‹ Un mod`ele pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 1 sur 59 · MOIS D'AVRIL · texte numérisé non relu

MOIS D'AVRIL

SAINT HUGUES, Evêque de Guenoble

1er avril.

Saint Hugues naquit à Château -Neuf, en Dauphiné, clans le diocèse de Valence, au commencement de Tan 1053. Il était d'une famille distinguée par son ancienne noblesse et encore plus par sa rare piété. Son père, officier aussi brave que vertueux, alla finir ses jours dans la Grande-Chartreuse, et sa mère, modèle des femmes chrétiennes, resta au sein de la famille pour soigner l'éducation de ses enfants. Sous la conduite de parents si pieux, Hugues fit de très rapides progrès dans la vertu. Dès qu'il fut en âge d'apprendre, on l'envoya dans diverses

universités pour le former aux belles-lettres. Il termina ses études avec beaucoup de succès, puis il retourna dans son pays et embrassa l'état ecclésiastique. Il venait d'être nommé à un canonicat de la cathédrale de Valence, lorsque le légat du pape Grégoire VII arriva dans cette ville. Les vertus du jeune chanoine, ses talents, l'aménité de son caractère, ses manières douces et agréables charmèrent le prélat; il voulut s'attacher un sujet aussi accompli, et l'employa avec succès à la réforme de plusieurs abus qui avaient envahi l'Église. Quelque temps après, un concile ayant été tenu à Avignon, les chanoines de Grenoble s'y rendirent pour prier le légat de donner Hugues pour évoque à leur Église, dénuée de pasteur. Le légat le leur accorda d'autant plus volontiers qu'il connaissait mieux ses hautes vertus et ses brillantes qualités. L'évêque élu n'avait encore que vingt-sept ans. Il opposa à sa nomination une vive et longue résistance, faisant valoir sa jeunesse et son inexpérience ; mais il fut contraint d'accepter le pesant fardeau qui lui était imposé. Le légat le mena avec lui à Home, et le lit sacrer par le pape Grégoire VII.

Arrivé à Grenoble, Hugues y trouva d'innombrables désordres dans toutes les classes de la société, et s'appliqua avec beaucoup de zèle à les réformer ; mais la crainte de ne pas remplir tous les Étyoin de son ministère lui causa de si grands icrupules, qu'il prit la résolution de renoncer à l'épiscopat, et de se retirer dans un monastère, pour &'a?oir plus à rendre compte à Dieu que de sa propre conduite. 11 choisit pour lieu de sa retraite

l'abbaye de Chaise-Dieu, en Auvergne. Il y prit l'habit de Saint-Benoît, et devint bientôt un modèle parfait de la vie monastique ; mais le Souverain Pontife en ayant été informé l'obligea d'en sortir et de retourner à son Église. Sa retraite avait consterné son troupeau, son retour le combla de joie.

Trois ans après son retour, saint Bruno et ses six compagnons vinrent le consulter sur le dessein qu'ils avaient formé de quitter le monde. Saint Hugues, après leur avoir prodigué les témoignages de la plus vive affection, leur conseilla de se retirer dans un désert de son diocèse où il les conduisit lui-même, en 1084. Ce désert est la Grande-Chartreuse, qui donna son nom à cet Ordre admirable qui fait encore aujourd'hui un des plus beaux ornements de l'Église. Saint Hugues était si charmé de la conversation de saint Bruno et de ses compagnons qu'il demeurait avec ces nouveaux anges du désert le plus longtemps et le plus souvent qu'il lui était possible, et s'assujettissait, comme eux, à tous les exercices de la pénitence. Il était plein de charité pour les pauvres et dans un temps de famine, il vendit, pour les assister, un calice d'or et une partie de ses ornements épiscopaux. Ses prédications opéraient des prodiges. Les cœurs les plus insensibles ne pouvaient résister. En descendant de chaire il se livrait à l'administration du sacrement de pénitence ; comme un autre Àmbroise, il pleurait daDs le saint tribunal avec les pécheurs, et, parla, faisait naître en eux les sentiments de la plus vive componction.

Notre Saint était vivement pénétré de la crainte des jugements de Dieu. Un jour, un de ses clercs le

voyant pleurer amèrement lui dit : « Mon père, pourquoi pleurez-vous? Que feriez-vous de plus si vous aviez commis un homicide ou un parjure?

— Hélas ! répondit le vertueux évoque, qu'importe que je sois exempt de ces crimes, puisqu'il ne faut pour me damner qu'un sentiment criminel de cupidité et d'orgueil ; à moins que la bonté de Dieu ne vienne à mon secours. »

Sa vie sainte trouva de nouvelles sources de mérites dans d'horribles tentations et dans les douleurs d'une longue maladie. Sa bienheureuse mort arriva le 1er avril 1132. Il était âgé de près de quatre-vingts ans.

Réflexions pratiques.

Si la vie admirable de saint Hugues a été comblée de faveurs, il faut convenir qu'il a su admirablement faire valoir les dons du ciel. Si son âme a été inondée de grâces précieuses, il faut avouer qu'il y a merveilleusement correspondu; s'il est parvenu de bonne heure à une sainteté éminente ; si enfin, à l'âge de vingt-cinq ans ses vertus font l'admiration de tout le monde, il est hors de doute qu'il a eu soin de travailler sérieusement à sa sanctification.

— Le père de famille qui a si abondamment doté saint Hugues de ses dons no nous a-t-il pas départi à nous-mômes une large part de talents qu'il ne refuse à aucun de ses serviteurs? Avons-nous eu soin de les faire valoir comme cet éminent prélat? Ne les avons-nous pas enfouis comme le mauvais servil ur de l'Évangile? Or, parmi ces talents que Dieu a

roun chaque jouk de l année o

déposés dans nos mains, nous pouvons compter lé temps et la grâce.

Quel usage faisons-nous du temps? L'employonsnous utilement et chrétiennement? Ne le perdonsnous jamais? N'en abusons-nous pas quelquefois? — Les grâces que Dieu nous accorde chaque jour sont également des talents que nous devons faire valoir. Quel profit retirons-nous des bonnes inspirations, des saintes pensées, des pieux désirs qui nous portent au bien? Quel fruit retirons-nous des instructions que nous entendons, des bons conseils qui nous sont donnés, de» remords qui nous invitent à changer de vie? — Mon Dieu ! j'ai été jusqu'ici un serviteur négligent et paresseux, digne des ténèbres extérieures. Je veux, à l'avenir, accomplir fidèlement votre sainte volonté. Accordez -m'en la grâce.

Plan de méditation.

I. Vertus privées de saint Hugues : humilité, douceur, patience, chasteté, charité.

II. Vertus publiques comme évoque : zèle, activité, dévouement, exercice des œuvres d'après les actes de son épiscopat.

SAINT FRANÇOIS DE PAULE, Fondateur de l'Ordre des Minimes

2 avril.

Saint François de Paule, ainsi nommé du lieu de sa naissance, vint au monde le 27 mai 1416, à

Paule, petite ville de la Calabre, au royaume de Naples. Son père et sa mère étaient pauvres, mais très chrétiens. Ils avaient longtemps attendu un fils qu'ils demandaient au Ciel par l'intercession de saint François d'Assise, et cet enfant de bénédiction, si ardemment désiré, leur fut accordé. En le présentant au baptême, il le nommèrent François, par reconnaissance pour ce saint intercesseur. Sa pieuse mère voulut le nourrir elle-même et il suça la piété avec le lait de sa nourrice. Les exemples édifiants de sa famille ne servirent pas peu à alimenter sa ferveur. Quoique dans le plus bas âge, il se distinguait déjà par son amour pour la prière, pour la solitude et la mortification.

Les parents de François avaient fait vœu, s'ils obtenaient un fils, de le consacrer au Seigneur. Pour accomplir leur promesse, son père le confia aux religieux Franciscains dès l'âge de douze ans. Là, le saint enfant édifia les religieux par sa pureté angélique, son amour de la retraite, son humilité et sa patience. Bien qu'il n'eût point fait profession, il dépassa bientôt les moines les plus fervents par sa scrupuleuse observance de la règle. Son abstinence était extrême, et il passait presque toutes les nuits en prière devant un crucifix ou devant l'image de la S;iinte Vierge. L'étonnante sagesse de cet enfant lui gagna bientôt le cœur des bons religieux, qui mirent tout en œuvre pour ne pas perdre ce jeune trésor ; mais Dieu l'appelait ailleurs. Au retour d'un voyage à Rome qu'il lit l'année suivante avec l'agrément de ses parents, il se retira dans un lieu solitaire du domaine de son père, pour y vivre dans la retraite, et

comme il no trouva pas ce lieu assez désert, il alla se cacher dans le coin d'un rocher au bord de la mer où il se creusa un asile, et la il se mit à pratiquer, avec ferveur, le genre de vie des anciens et des plus fameux anachorètes. Son lit, était la pierre nue ; sa nourriture, des herbes et des racines ; sa boisson, l'eau d'un petit ruisseau; son vêtement, un cilice. La lecture des livres pieux, la prière et la contemplation remplissaient toutes les journées de ce jeune ascète de quinze ans.

Il en avait dix-neuf, quand, ne pouvant plus résister à leur instante prière, il reçut quelques jeunes gens qui se construisirent, près de sa grotte, trois cellules avec une chapelle. Là, ils chantaient les louanges de Dieu, et un prêtre venait leur dire la sainte messe et leur administrer les sacrements : telle fut l'origine de l'Ordre illustre des Minimes. L'éminente sainteté de François attira bientôt près de lui une foule de disciples, il fallut bâtir un monastère et une église. Une foule de chrétiens de tout rang et de toute condition se portèrent avec empressement pour aider aux constructions.

Dès lors se manifesta le don des miracles chez François de Paule. L'un des plus célèbres fut celui qui arriva lorsqu'il voulut se rendre de la Calabre en Sicile. Comme il n'avait pas de quoi payer son passage et celui de son compagnon, les mariniers ne voulurent pas le laisser monter sur leur barque. Voyant cela, le Saint étendit son manteau sur les flots et traversa ainsi le détroit de Sicile avec son compagnon.

Un jour les ouvriers qui travaillaient à la construc-

tion de son couvent manquaient d'eau, soudain il fait jaillir d'un rocher une fontaine qui ne tarit plus.

Sa sœur, nommée Brigitte, avait un fils qui voulait se faire religieux et entrer dans l'institut de son oncle; mais par une tendresse mal réglée et trop naturelle aux mères, elle s'y opposa toujours. Le jeune homme mourut et elle ne douta point que le Ciel ne l'eût frappée pour la punir. Brigitte désolée vint trouver son frère pour chercher près de lui quelques consolations : « C'est moi, disait-elle, qui suis cause de sa mort; si j'avais consenti à sa vocation religieuse, il vivrait encore. — Si votre enfant vivait encore, dit-il à sa sœur, donneriez-vous votre consentement? — Ah! sans doute, mais il est trop tard. » François, sans rien dire, s'approche du défunt, le ressuscite et le présente plein de vie à sa mère, qui ne peut en croire à ses yeux et contenir son bonheur. Le jeune homme se fait religieux. On compte soixante personnes à qui le Saint rendit la vie.

Le pape Paul II, voulant s'assurer si ces merveilles qu'on publiait partout étaient bien réelles, chargea un de ses caméristes de se rendre sur les lieux afin de vérifier les faits. L'envoyé du Souverain Pontife arriva au monastère sans avoir averti les religieux. En l'apercevant, il voulut lui baiser la main par respect; mais le pieux ermite s'y opposa. « C'est moi, s'écria-t-il, qui dois baiser vos mains consacrées depuis trente-trois ans par l'oblation du divin sacri- Ûce.i Ces paroles étonnèrent profondément le camériste, car François de Paule ne le connaissait pas.

Pour mieux s'éclairer, il lui demanda un entretien particulier et fut émerveillé de ses réponses pleines de sagesse et de foi. Il retourna auprès du pape et lui déclara que ce qu'on publiait des travaux et des mérites de François de Paule restait encore bien au-dessous de la réalité.

Louis XI, dangereusement malade, l'appela en France du fond de la Galabre, espérant obtenir sa guérison par ses prières. François hésita quelque temps à entreprendre un voyage de quatre cents lieues pour un prince qui ne lui demandait un miracle que par des vues purement humaines. Mais ayant reçu l'ordre du Souverain Pontife de se rendre en France, il partit sans délibérer davantage. Le roi le reçut avec de grandes démonstrations de respect. Ce prince voulut le combler de richesses et de présents, mais le Saint refusa tout ce qu'il lui offrit et se contenta de lui demander sa protection pour l'établissement de son ordre dans le royaume de France. Louis XI l'ayant conjuré d'obtenir que Dieu lui prolongeât sa vie. « La vie des rois, lui répondit François, a des bornes comme celle des autres hommes. Les décrets de Dieu sont immuables et vous n'avez d'autre parti à prendre que de vous soumettre avec résignation à la volonté du Ciel, de faire pénitence et de vous préparer à la mort. » Le roi, touché par ces exhortations rentra en lui-môme, se convertit et mourut très chrétiennement. Saint François de Paule fonda en France plusieurs maisons de son ordre, et mourut dans celle de Plessis-les- Tours, le 2 avril 1508, à l'âge de quatre-vingt-onze ans. Dans cet ordre, on garde l'abstinence toute la vie.

Réflexions pratiques.

Saint François de Paule ne fut ni riche, ni savant, ni grand aux yeux du monde. Il fut encore plus petit à ses propres yeux, car toute sa vie il fut d'une modestie et d'une humilité peu communes. Son unique ambition était de se dérober constamment aux regards du monde et d'être le serviteur de tous ses frères. Mais l'Homme-Dieu qui avait porté cet oracle : Celui qui s'abaisse, sera élevé, se chargea luimême de déchirer le voile dont le modeste solitaire voulait cacher sa vie et ses mérites et de mettre au grand jour les admirables vertus de son humble serviteur. Le Seigneur voulut que la gloire du monde qu'il cherchait tant à fuir, vînt le chercher jusqu'au fond de son désert. Là, François devint le conseiller des rois et des princes, le confident des secrets les plus chers, la force et la consolation des situations les plus douloureuses. Que d'âmes relevées, consolées, sauvées par cet homme de Dieu ! Ah ! c'est que le Ciel, qui résiste aux superbes, ne sait rien refuser aux supplications des humbles de cœur auxquels il a dit : « Ne craignez point, petit troupeau, car il a plu à votre père de vous donner le royaume. » Soyons de ces âmes choisies qu'il appelle petit troupeau à cause de leur humilité; il n'y a rien qui purifie, élève et grandisse plus une âme que cette glorieuse vertu : elle ferme l'enfer, elle ouvre le ciel, elle s'ell'ace sur la terre, mais elle règne dans l'éternité I

Plan de méditation.

Conduite admirable de saint François de Paule : 1° au désert ; 2° dans l'état religieux ; 3° à la cour des grands et des rois.

SAINTE MARIE ÉGYPTIENNE, Pénitente 3 avril.

Sous le règne de Théodore le Jeune, il y avait en Palestine un moine de haute et d'éminente sainteté; il se nommait Zozime. Il avait été élevé depuis son enfance dans tous les exercices de la vie religieuse. La pureté de ses mœurs, sa ferveur et son innocence lui valurent la dignité sacerdotale. Il y avait cinquantetrois ans que Zozime vivait dans cette exacte régularité de la vie solitaire, lorsque le démon le tentant par toutes sortes de pensées de vaine complaisance, lui disait, que nul religieux dans la solitude n'était aussi avancé que lui dans les voies de la perfection. Inquiété par ces vaines idées il consulta un religieux qui l'engagea à demander la permission d'aller dans un monastère du voisinage où son orgueil serait bientôt guéri par l'exemple des rares vertus qu'y pratiquaient les solitaires. Zozime y consentit, et, après en avoir obtenu la permission, il se rendit dans le couvent designé. Là, il trouva des religieux consommés en sainteté; c'était une légion d'Anges, tant le corps tenait peu de place dans leur solitude.

Il se fit agréer dans cette communauté. Or il était d'usage dans ce couvent que le premier dimanche de carême chaque religieux, après avoir entendu la sainte messe et fait la sainte communion, quittât le monastère pour se retirer dans le désert, y passer quarante jours, à l'exemple de Jésus-Christ, et n'en revenir que vers la fête de Pâques. Zozime franchit donc le Jourdain, marcha pendant vingt jours sans avoir vu aucun homme, lorsque, étant occupé à chanter des psaumes, il aperçut une espèce de fantôme qui fuyait devant lui. Il en fut d'abord effrayé, et fit aussitôt le signe de la croix; puis s'étant rassuré, il résolut de suivre ce fantôme et de l'atteindre. Ayant marché fort vite, lorsqu'il fut assez près pour se faire entendre, il cria : Serviteur de Dieu, je vous supplie, pour l'amour de Celui que vous servez dans cette solitude, de vous arrêter et de m'attendre. Alors il entendit une voix qui lui répondit: Père Zozime, jetez votre manteau à cette pauvre pécheresse, si vous voulez quelle reçoive votre bénédiction et qu'elle puisse vous parler. Zozime jeta son manteau dans une fondrière, où cette personne était cachée. Elle s'en couvrit et parut devant lui. Le Saint la prit pour quelque solitaire d'une éminenle sainteté, et il se mit aussitôt à genoux pour lui demander sa bénédiction. Mais elle lui dit : «Oubliez-vous, mon père, que ?OU8 êtes prêtre, et que c'est à vous à me bénir, et à prier Dieu pour la plus misérable pécheresse qui fut jamais. »

Zozime la pria de lui dire qui elle était et depuis quel temps elle s'était retirée dans cette solitude. L'habitante des déserts répondit d'abord : « J'aj

TOUR CIIAQUE JOUR DE L'ANNÉE KJ

honte do vous révéler eo que je suis. Le seul récit de ma vie vous glacerait d'effroi, et vos oreilles no pourront entendre l'histoire des crimes énormes que j'ai commis, je vous les raconterai cependant après avoir demandé le secours de vos prières. » Ensuite elle raconta ainsi l'histoire de sa vie :

« L'Egypte est mon pays. A l'âge de douze ans je quittai mon père et ma mère et me retirai malgré eux dans la ville d'Alexandrie, où j'ai eu le malheur de vivre dix-sept ans dans les plus grands désordres. Voyant un jour une grande foule de peuple qui courait vers la mer, je demandai où elle allait. On me répondit qu'elle se dirigeait vers Jérusalem pour y célébrer la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix. Je m'embarquai avec les autres dans le dessein de continuer mes impudicités, et je me plongeai dans les plus affreux désordres durant le voyage. Je fis la môme chose à Jérusalem.

» Lorsque le jour de la fête fut arrivé, je me rendis avec les autres à l'église où l'on exposait la croix du Sauveur à la vénération des fidèles. Mais il ne me fut pas possible d'y entrer : une force secrète et invisible me repoussait quand je me présentais à la porte. Cela s'étant renouvelé trois ou quatre fois, je compris que mes péchés me rendaient indigne de voir l'instrument de notre rédemption. Cette pensée m'arracha des larmes. Aussitôt je m'adressai à la Sainte Vierge que je savais être une mère de miséricorde et dont je voyais une image devant moi. Je promis de passer le reste de mes jours dans un désert, quand j'aurais adoré la Croix de mon Sauveur. J'entrai ensuite dans l'église sans aucune peine; je

me prosternai humblement devant la croix de Jésus- Christ, en versant des larmes; et en sortant de Téglise, j'entendis une voix qui me disait : « Passe le Jourdain, et tu trouveras le repos. » — Je passai le Jourdain, après avoir reçu la divine Eucharistie dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, et je me fixai dans cette solitude. Je n'avais alors que vingt-neuf ans, et il y a quarante-sept ans que j'y demeure, pour y pleurer amèrement mes péchés. » — « Mais de quoi avez-vous subsisté, lui dit alors Zozime : — Le peu de pain qui me restait, répond la Sainte, fut bientôt consommé, après quoi je n'ai vécu que d'herbes et de racines. — Et n'avez-vous rien eu à souffrir du tentateur, repartit le saint vieillard? — Ah ! mon père, pendant dix-sept ans l'enfer semblait déchaîné contre moi. Les tentations les plus violentes, les épreuves les plus terribles n'ont cessé de m'assaillir, mais par la prière, la pénitence et surtout la protection de la Sainte Vierge, j'ai toujours triomphé. »

Marie Égyptienne pria ensuite Zozime de revenir la voir l'année suivante le Jeudi saint, et de lui apporter la Sainte-Eucharistie. Zozime vint en effet l'année d'après et la communia.

Une seconde année s'étant écoulée, il revint encore pour lui donner la communion, mais il la trouva morte. A côté d'elle il lut ces mots gravés sur le sable : « Enterrez ici, par charité, le corps de la pécheresse Marie, qui mourut le Vendredi saint, après que vous lui eûtes donné la communion; et n'oubliez pas de prier Dieu pour elle. »

POUR CUAQUR JOUR DH l'àNÏIÉE 18

Réflexions pratiques.

La pécheresse d'Egypte était une de ces âmes véhémentes et orageuses qui, une fois aveuglées parla passion, s'enfoncent dans le crime avec un effroyable mépris d'elles-mêmes; mais aussi une de ces âmes qui, une fois désillusionnées des vains plaisirs du monde, se tournent vers Dieu avec toute leur puissance d'aimer et savent lui rendre à chaque instant ce qu'elles lui ont injustement dérobé pendant les années livrées au vice. Si la première partie de la vie de cette brebis errante et perdue a été bien dissolue, celle qui a suivi sa conversion n'a-t-elle pas généreusement réparé tant de désordres par un sincère repentir et par les sévérités d'une pénitence mémorable? Qui pourrait compter les larmes versées pendant quarante-neuf ans dans les profondeurs du désert? Qui pourrait se faire une idée des souffrances qu'elle a endurées par la faim, le froid, la chaleur et les privations de toute sorte durant un demisiècle? Quelle pénitence courageuse! C'est par la pénitence que les pécheurs s'assurent le royaume des cieux. Que faisons-nous pour arriver au même but? Où en sommes-nous? Où est notre conversion? Où sont nos mortifications? Hélas! nous prétendons à la même couronne et nous refusons de la conquérir; nous voulons la victoire, et nous n'osons combattre. Commençons donc une bonne fois à vivre pour Dieu et pour notre âme, en nous souvenant que le Ciel souffre violence, et qu'il n'y a que les âmes courageuses qui puissent l'obtenir. Divin Sauveur, j'en prends la résolution à vos pieds !

iG UN MODÈLE

Plan de méditation.

Conversion de Marie d'Egypte : 1° courageuse; 2° entière ; 3° constante. — Les nôtres, au contraire, sont sans cesse ajournées, timides, superficielles, éphémères.

SAINT ISIDORE, Évêque et Docteur de L'Église

4 avril.

Saint Isidore, qu'on regarde avec raison comme le plus illustre docteur de l'Église d'Espagne, naquit à Carthagène, de parents dont la vertu égalait la noblesse. Il eut le bonheur de ne trouver autour de lui que des saints. Frère de saint Léandre, de saint Fulgencc, tous évoques, et de Florentine qui est aussi honorée d'un culte public, il n'eut rien de plus à cœur que sa propre sanctification. On raconte une circonstance fort remarquable de son enfance.

Rebuté par les difficultés que lui offraient les

sciences et par le peu de progrès qu'il semblait y

faire, il s'était enfui de dépit, comme un enfant, et

s'était arrêté tout rêveur auprès d'un puits. Là se

penchant à l'embouchure du puits et considérant

ttention, il remarqua une grosse pierre que

u en tombant goutte à goutte, avait creusée. Ce

phénomène Le lit réfléchir : » Quoi donc, se disait-il,

quelques gouttes d'eau ont pu, avec le temps, creu-

cette pierre, et je ne pourrai pas, moi, creuser

mon àme par l'étude et y faire entrer la science

tour chaque jour de l'année 17

Et, s'armant d'un nouveau courage, il retourna sur ses pas, résolu de travailler avec une ardeur infatigable. Il devint, en effet, le plus savant homme de son siècle. Formé à la littérature latine, grecque et hébraïque, il se distingua au plus haut degré par les sciences, comme par toutes les vertus chrétiennes. Il s'unit à son frère saint Léandre, archevêque de Séville, pour travailler à la conversion des Visigoths infestés de l'arianisme, et il eut beaucoup de part à la victoire que la vérité remporta sur Terreur en cette occasion.

Saint Léandre, archevêque de Séville, étant mort en 600, saint Isidore son frère, fut élu d'une voix unanime pour le remplacer. Il s'appliqua courageusement à rétablir la discipline ecclésiastique, et présida avec une grande distinction aux conciles de Séville et de Tolède qui se tinrent à ce sujet. Son zèle pour la régularité et la majesté des offices divins l'engagea aussi à réformer le missel et le bréviaire. Il composa beaucoup d'ouvrages recommandables, qui le firent appeler par le huitième concile de Tolède, tenu quatorze ans après sa mort, le Docteur excellent de l'Église catholique.

Après trente-six ans d'un laborieux épiscopat, il fut assailli par toutes les infirmités de la vieillesse. Elles purent bien briser son corps, mais elles furent impuissantes à ralentir son zèle et sa ferveur. Pendant les six derniers mois de sa vie il redoubla ses aumônes avec une telle profusion qu'on voyait venir chez lui une foule de pauvres depuis le matin jusqu'au soir, et qu'à la fin il fut réduit lui-même à la pauvreté. Se sentant près de sa fin, il pria deux

évêques, ses suffragants, de venir le voir. Il se rendit avec eux à l'église, et là, l'un le couvrit d'un cilice et l'autre lui mit de la cendre sur la tête. Levant alors les mains au ciel, il pria avec beaucoup de ferveur et demanda à haute voix pardon de ses péchés; puis il communia de la main d'un des évêques, se recommanda aux prières des assistants, exhorta le peuple à la charité, lui fit distribuer tout ce qui lui restait d'argent; puis il retourna chez lui, et mourut dans la paix du Seigneur, le 4 avril, à l'âge de quatrevingts ans. Son corps fut placé, comme le Saint l'avait demandé, entre les restes de son frère Léandre et de sa sœur Florentine. Des miracles s'opérèrent sur son tombeau pour attester sa haute sainteté.

Réflexions pratiques.

Rien ne contribue à la sanctification de la vie comme une éducation chrétienne. Les impressions du premier âge produisent des effets qui ne s'effacent que difficilement. La vie de saint Isidore confirme cette vérité. Élevé sous les yeux d'un père chrétien, d'une mère pieuse, de frères et de sœurs vertueux, cet enfant pratiqua de bonne heure toutes les vertus les plus admirables, et n'eut jamais rien de plus à cœur que sa propre sanctification. Après les pures et innocentes années de l'enfance, Isidore se sépara sans peine du monde et se consacra au service de l'Église. Il ne tarda pas de remplir le mondo du bruit de Bfl icience et de l'éclat de ses vertus. Il ne se contenta plus de travailler à sa propre sanctification; mais dès qu'il se sentit assez fort et assez mûr pour

POUR CnAQUK JOUR DR 1,'aNNÉE 19

le travail d'un apôtre, il unit ses travaux à ceux du saint Evoque de Séville, son frère, pour convertir les hérétiques. Une fois élu évoque, quel zèle ne déployat-il pas pour rétablir la discipline dans l'Eglise d'Espagne et pour arrêter le torrent dévastateur de l'hérésie qui menaçait de tout envahir. Dieu bénit ses efforts et il eut le bonheur de ramener les brebis égarées dans le bercail du Seigneur. Oh ! que les fruits de l'éducation chrétienne sont délicieux ! Heureux les maîtres qui savent la donner !

Plan de méditation.

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