IV. Saint Isidore le modèle des vertus épiscopales
SAINT VINCENT FERMER, Dominicain
5 avril.
Saint Vincent Ferrier, l'apôtre de l'Europe, la gloire de l'Église, l'ornement de l'Ordre des Frères- Prêcheurs et le prodige de son siècle, naquit à Valence, en Espagne, le 23 janvier 1357. Il vint au monde avec un si riche naturel et de si belles inclinations, que son enfance fut un prélude merveilleux delà sainteté suréminente de sa vie. Son heureuse et vertueuse mère, quoique douée des biens de la fortune, voulut être elle-même la nourrice de son
cher enfant. La beauté ravissante de cet ange terrestre, jointe à un air de sérénité et de gaieté, le faisait aimer de tous ceux qui étaient à portée de le voir. En ce moment Valence était affligée d'une sécheresse qui ravageait la campagne. Déjà les prières se multipliaient pour demander la cessation du fléau, mais le Ciel paraissait sourd à toutes les supplications. Vincent encore au maillot dit à sa mère : « Si vous voulez la pluie, qu'on me porte en procession, et elle vous sera accordée. » La prophétie ne tarda pas à se vérifier. La procession était à peine finie qu'on obtint un pluie abondante.
Le jeune Vincent fut pieux dès le berceau ; sa jeunesse tout entière fut un hommage d'amour et d'innocence offert à Dieu, à Jésus et à Marie. À l'âge de six ans ses vertueux parents l'envoyèrent à l'école. On découvrit dès lors, dans le saint enfant, une mémoire prodigieuse avec un esprit vif et pénétrant. La science chez lui marchait d'un pas égal avec la sainteté. Tout le temps qu'il n'employait pointa l'étude, il le passait dans les églises au pied des autels de la Sainte Vierge. A dix ans il jeûnait déjà les mercredi et vendredi de chaque semaine, pratique qu'il continua jusqu'à son dernier soupir. A douze ans il faisait son cours de philosophie avec un succès éclatant. A quatorze il commençait ses études théologiques, et à dix-sept il étonnait ses maîtres qui n'avaient plus rien à lui apprendre. Il occupa toujours le premier rang parmi ses condisciples et obtint sur eux un grand ascendant; il en profitait pour les détourner du vice et les porter au bien. Toutefois les plus corrompus d'entre eux, voyant dans sa conduite
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une amôro censure de leur libertinage, cherchaient à la tourner en ridicule et à se moquer des miracles qu'on lui attribuait. Pour le décréditer, ils convinrent que lorsque Vincent mettrait le pied sur le seuil de la porte de la ville, d'où il devait sortir avec ses pieux compagnons, l'un de leur bande ferait semblant de tomber raide mort. En effet, le coup prémédité fut mis à exécution. Lorsque le Saint parut, les jeunes débauchés se mirent à crier et à demander du secours. Vincent accourut, et après avoir vu le jeune homme, il leur dit : « Cet infortuné a feint d'être mort, mais sa fiction lui a été funeste; il est en effet sans vie. » On se mit à rire et à le huer. Mais bientôt les ris se changèrent en pleurs et le mépris en vénération. Sur les prières de la nombreuse assistance accourue au bruit du coup fatal, Vincent adressa une prière à Dieu, et prenant le mort par la main, il le ressuscita. Ce prodige fit ouvrir les yeux à plusieurs des coupables et les convertit. Mais notre Saint fut celui qui profita le mieux de cet événement. La vie dissolue de ceux qui y avaient donné occasion le frappa, et lui fit comprendre la grandeur des dangers qu'on court dans le monde. Il résolut de le quitter et d'embrasser la vie religieuse.
Après avoir terminé ses études avec beaucoup d'éclat, il entra dans l'Ordre de Saint-Dominique. Son père, avant la naissance de cet enfant, avait eu révélation que son fils serait une des grandes lumières de cet Ordre, aussi le conduisit-il au couvent avec une douce joie.
Le jeune novice égala bientôt en mérites les religieux les plus parfaits ; par l'innocence de sa vie,
par ses solides études, il devint un des hommes les plus illustres de son siècle. Ses travaux n'interrompaient jamais sa prière : « Voulez-vous étudier avec succès, a dit ce grand homme, consultez plus encore l'Esprit-Saint que les livres, et demandez-lui, avec humilité, la grâce de comprendre ce que vous lirez. L'étude fatigue l'esprit et dessèche le cœur. Allez de temps en temps ranimer l'un et l'autre aux pieds de Jésus-Christ. »
.Après sa profession solennelle il s'appliqua tout entier aux saintes lettres, et conquit de la manière la plus glorieuse le grade de docteur en théologie. Avec la permission de ses supérieurs, il commença à prêcher la parole de Dieu, à confondre la perfidie des Juifs, à combattre les erreurs des Sarrasins ; et il le fit avec tant de force et de succès, qu'il convertit à la foi de Jésus-Christ une multitude d'infidèles, ramena plusieurs milliers de chrétiens, du péché à la pénitence, du vice à la vertu. Nul abus, nul vice, nulle passion quelque violente et enracinée qu'elle pût être ne résistait à la conviction de son éloquente parole.
Au milieu de ses travaux, Vincent eut ses peines intérieures et ses épreuves. La calomnie s'attacha à ses pas, et les pécheurs endurcis mirent tout en QBavre pour le perdre. Une femme débauchée se glissa secrètement dans sa cellule, mais le Saint, au lieu de céder à ses suggestions, lui représenta si vivement le danger où elle était de se perdre à jamais, qu'elle tomba à ses pieds, pénétrée de douleur, et se retira dans un monastère pour y expier ses désordres. — Une autre personne, ayant conçu pour lui une
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passion criminelle, eut la pensée sacrilège de faire lervirau péché la chose la plus sainte : Elle feignit d'être malade etfit appeler Vincent pour se confesser. Quand elle le vit seul dans sa chambre, elle ne rougit pas de lui déclarer son dessein et les sentiments honteux qu'elle avait conçus. Le saint prêtre poussa un cri d'indignation et prit la fuite comme Joseph. Cette misérable, furieuse de n'avoir pas réussi, eut recours à la calomnie, et osa l'accuser d'avoir attenté à son honneur. Mais elle avoua, depuis, son crime et en fit une réparation publique.
Vincent, après avoir évangélisé l'Espagne, parcourut la Erance. llévangélisa plusieurs fois le Dauphiné. Trois vallées surtout furent le théâtre de ses travaux et des miraculeux succès de sa prédication : l'Argentière, Freyssinières et Vallouise, toutes trois situées sur la rive droite de la Durance, entre Embrun et Briançon. Elles étaient alors peuplées d'hérétiques, appelés Vaudois, renommés par leurs violences et par leur profonde immoralité. Il pénètre chez elles : il prêche, il s'élève avec force contre leurs monstrueuses erreurs et leurs infâmes désordres. Trois fois ils attentent à ses jours, trois fois il est divinement protégé. Enfin, vaincus par l'éloquence et les vertus du pieux missionnaire, les misérables victimes abjurent leurs hérésies et rentrent en foule dans le giron de l'Église. La transformation fut telle, que cette vallée prit le nom de Val-pure, ou Vallée de pureté, nom qu'elle changea, sous Louis XI, contre celui de Vallouise, qu'elle retient encore.
Les fruits ne furent pas moins abondants dans les vallées de l'Argentière et de Freyssinières. En peu
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de mois le pays avait changé de face. — Vincent s'était attaché à ces trois vallées de l'Embrunais, aussi voulut-il les visiter plusieurs fois.
De la France, le zélé missionnaire se rendit en Italie, puis en Angleterre, en Corse, en Irlande, et enfin, rentrant en France, il vint en Languedoc.
Voici le règlement que suivait notre Saint durant ses missions : il se levait de très grand matin, se confessait, récitait à genoux les heures canoniales, ensuite se rendait à l'église pour y célébrer la sainte messe qu'il faisait chanter avec une grande solennité. A la fin de la messe ; il faisait annoncer au son de la cloche l'heure des miracles. On lui apportait alors les infirmes et les malades qu'il guérissait toujours. La journée se passait entière, soit en chaire, soit au confessionnal, soit à terminer les différends, et à réconcilier les ennemis. Il jeûnait tous les jours et ne mangeait jamais de viande.
Vincent prêchait avec beaucoup de force et d'éloquence toutes les vérités de la religion ; mais le sujet qu'il traitait le plus fréquemment était celui du jugement dernier. — Le nombre des miracles qui appuyèrent les enseignements du fervent apôtre sont incalculables. Une enquête faite à Avignon et d quelques autres villes enrelate plus de8GÛ. Essayons ; citer quelques-uns:
A tforella, il avait reçu l'hospitalité chez un cavalier duut la femme prenait souvent des accès de folie qui allaient jusqu'à la frénésie. Un matin cet homme allant entendre prêcher le Saint, la femme mit à mort l'un de ses enfants et en lit rôtir la moitié. •Juelle ne tut pas la douleur et le désespoir de ce
père infortuné en rentrant dans sa maison ! Vincent arrive pour consoler ce père désolé. Il se fait apporter les membres épars de l'enfant, les réunit et après une courte prière 'ni rend la vie. — A Pampelune, notre Saint rencontra un homme qu'on conduisait au supplice pour un homicide qu'on lui imputait injustement. Une lumière céleste lui fit connaître son innocence. Il fit arrêter les ministres de la justice en présence du cadavre qu'on conduisait au cimetière. Là il ordonna au mort de dire si celui qu'on menait au gibet était coupable du meurtre dont on l'accusait. Le mort se leva et déclara qu'il était innocent. — Pendant que Vincent prêchait une mission à Vannes, une dame d'un rangdistingué donna le jour à un enfant tout noir et de la plus affreuse laideur. A cette vue le mari se persuada quête père était un nègre esclave, qu'il gardait dans sa maison. Transporté de fureur, il jure de donner la mort à son épouse, si elle ne lui fait point l'aveu de son crime. Cette dame innocente à recours à saint Vincent qui la console et l'exhorte à la patience. Il lui dit de faire porter cet enfant à son sermon le lendemain. « Il est né seulement hier, dit la mère. — N'importe, envoyez-le, je remédierai à tout. » Une nourrice le porta en effet. Après un beau discours sur les jugements téméraires et sur les grands maux qu'ils produisent, le prédicateur commande à l'enfant d'aller seul trouver son véritable et légitime père. L'enfant docile à la voix qui lui parle, va trouver l'ombrageux cavalier dans cette assemblée composée de plus de trente milles âmes et s'arrête devant lui en le fixant. « Est-ce bien là, lui dit le Saint, celui qui ii. 2
est ton père? » — Et l'enfant par une permission divine répondit: « Oui, celui-là est mon père. » A l'instant il prit une couleur blanche et présenta l'aspect le plus beau et le plus agréable.
Chaque fois que saint Vincentperdait l'un de ses parents, il en était averti surnaturellement et priait pour lui. Il ne lui restait plus qu'une seule sœur dont il n'avait eu de nouvelles depuis fort longtemps. Un jour, au moment où Use disposait à monter à l'autel, sa sœur lui apparaît triste et abattue. « Je suis en purgatoire depuis huit ans, lui dit-elle, pour des péchés graves contre la pureté et pour avoir empoisonné mon corrupteur, et je dois y rester jusqu'à la lin du monde. » Le Saint, à ce langage, se mit à pleurer, à prier, à jeûner, et huit ans après sa sœur lui apparut de nouveau pour lui annoncer le terme de ses souffrances.
Saint Vincent, épuisé de travaux et de pénitences, tomba malade à Vannes, où il mourut le 5 avril 1419, à l'âge de soixante et dix ans.
Réflexions pratiques.
Le Saint-Esprit nous déclare que la pensée fréquente des fins dernières éloigne le péché de l'homme. C'est pour cela que Vincent Ferrier étale souvent devant les yeux des pécheurs ces grandes et lugubres vérités qu'il ne cesse de méditer au pied de la croix. Profondément convaincu de la«doclrine qu'il proche, il l'annonce avec tant de force et d'onction qu'il fait verser des larmes à toute l'assistance. — Ces vérités nous les avons entendu prêcher ; les avons -nous
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écoutées avec attention, et en avons-nous fait le sujet de nos réflexions ? Si nous ne nous occupons pas de ces grandes pensées que faisons-nous en ce monde ? Comment éviterons-nous le péché et sauverons-nous notre âme?