FÊTE-DIEU
L'Église occupée, pendant la Semaine Sainte, du mystère de la passion de Jésus-Christ, et ne pouvant
rendre un culte assez solennel au Saint Sacrement le jour même de son institution, a choisi, pour s'acquitter de ce devoir, le premier jeudi après la semaine de la Pentecôte. Cette grande et délicieuse fête doit son origine miraculeuse à une révélation particulière du Ciel. Nous allons en parler brièvement : C'était au treizième siècle. A l'ombre d'un humble cloître vivait une sainte religieuse, oubliée du monde et d'elle-même... C'est sur elle que Dieu jeta les yeux pour l'accomplissement de son grand dessein. Près de la ville de Liège, en Belgique, était un couvent des Hospitalières du mont Cornillon. Parmi les chastes colombes qui l'habitaient, se trouvait une jeune novice, âgée de seize ans, et appelée Julienne. Cet ange de la terre, étant un jour en oraison, l'Époux des âmes pures, Celui qui aime à se communiquer aux âmes humbles, lui fit connaître qu'il voulait qu'on instituât une fête solennelle pour l'honorer au Sacrement de son amour. C'était en 1200. Soit timidité, soit crainte d'illusion, la pieuse enfant conserva, pendant près de trente ans, cette révélation au fond de son cœur. Seulement elle s'efforça de suppléer, par le redoublement de sa dévotion envers Jésus-Christ au Saint Sacrement, à ce que l'Église n'avait pas encore fait. — Mais en 1230, Julienne, ayant été élue prieure de son monastère, se sentitplus vivement pressée de déclarer cette révélation. La première personne à qui elle en fit part, fut un chanoine de Saint-Martin de Liège, très considéré du peuple à cause de la sainteté de sa vie. Elle lui persuada de communiquer ce projet aux théologiens et aux pasteurs de l'Église. Le chanoine s'occupa de
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cetto mission avec beaucoup de zèle, et réussit auprès de la plupart de ceux à qui il s'adressa. 11 intéressa particulièrement, dans cette pieuse entreprise, l'évoque de Cambrai, et le chancelier de l'Église de Paris ; mais surtout le provincial des Jacobins de Liège, qui fut, depuis, cardinal et archevêque de Verdun, et enfin Pape sous le nom d'Urbain IV. La bienheureuse Julienne, assurée de l'approbation de tant de personnes éminentes par leur savoir et leur piété, fit composer un office du Saint Sacrement, dont elle donna elle-même l'idée et le plan.
En 1246, l'évêque de Liège établit une fête particulière du Saint Sacrement, dont il ordonna la célébration publique et solennelle dans tout son diocèse.
— Mais une maladie grave lui étant survenue, l'empêcha de mettre la dernière main à cette institution. Néanmoins il eut la consolation, avant de descendre dans la tombe, de voir célébrer, en sa présence, l'office de la nouvelle fête. Ce furent les chanoines de l'église de Saint-Martin, à Liège, qui la solennisèrent les premiers. — Toutes les œuvres saintes doivent souffrir contradiction. Ce cachet précieux ne manqua point à l'œuvre de la bienheureuse Julienne... La persécution dont elle fut l'objet, jointe à la mort de l'évêque de Liège, suspendit la célébration de la nouvelle fête. Dans cet intervalle Julienne mourut, et il semblait que son entreprise devrait mourir avec elle; ce qui fut infailliblement arrivé si la chose n'avait été que l'œuvre de l'homme.
— Mais deux ans après la mort de Julienne, en 1258, une autre recluse de la ville de Liège, qui avait été sa confidente, pressa fortement le nouvel évoque de
s'employer auprès du Pape pour faire établir, par toute l'Église, la fête du Saint-Sacrement. L'élévation d'Urbain IV au souverain Pontificat fut regardée comme une conjoncture très favorable à cette pieuse entreprise, parce qu'il en avait déjà approuvé antérieurement le but et les moyens. On ne se trompa point sur ses bonnes dispositions. Ce Pape institua, en effet, la fête du Saint-Sacrement et ordonna qu'elle fût célébrée avec toute la solennité des fêtes de premier ordre, le jeudi d'après l'octave de la Pentecôte.
L'Église célèbre cette fête avec la plus grande pompe et le plus brillant appareil. Elle est la plus majestueuse des fêtes de l'Église, celle où elle déploie tout son faste, où l'or brille sur les vêtements de ses ministres, où les fleurs sont prodiguées sous leurs pas, où tous les fidèles rivalisent d'ardeur pour témoigner leur foi au grand mystère de l'Eucharistie. A l'occasion de la procession solennelle du Saint- Sacrement, les murs des édifices et les rues se parent de riches tentures ; le pauvre à défaut de tentures, tresse des guirlandes de fleurs, orne de feuillage son humble chaumière; les jeunes vierges se couvrent dévoiles d'une éclatante blancheur, symbole de leur innocence ; de tendres enfants remplissent leurs corbeilles de roses effeuillées et les offrent au Dieu par qui naissent les fleurs et mûrissent les fruits tandis que les lévites font voler vers le même Dieu la fumée de l'encens. Quel mouvement, quelle allégresse partout où doit passer le Saint Sacrement ! «Je n'ai jamais vu, disait le fameux Diderot, philosophe du dernier siècle, cette longue file de prêtres
on habit, sacordotaux, ces jeunes acolytes, vôtus de leur aubes blanches, ceints de leurs larges ceintures bleues, et jetant des fleurs devant la Saint Sacrement ; cette foule qui les précède et qui les suit dans un silence religieux ; tant d'hommes le front prosterné contre la terre; je n'ai jamais entendu ce chant grave et pathétique, entonné par les prôtres, et répondu affectueusement par une infinité de voix d'hommes, de femmes, de jeunes filles et d'enfants, sans que mes entrailles s'en soient émues, en aient tressailli, et que les larmes ne m'en soient venues aux yeux. »
Réflexions pratiques.
Pour honorer Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la fête du Saint-Sacrement, d'une manière et avec toute la pompe possible, préparons lui soigneusement nos cœurs qui doivent être les reposoirs sur lesquels il désire surtout être déposé. Assistons avec une tendre piété à la sainte messe, aux bénédictions et processions où il nous donne ses audiences affectueuses. Visitons souvent ce bon Sauveur dans le Saint- Sacrement pour lui faire amende honorable et réparer la froideur et les outrages qu'il reçoit de la part des mauvais chrétiens, des impies et des hérétiques.
Plan de méditation.