III. Enseignements de sa conversion
SAINT POLYCARPE, Évêque et Martyr
26 janvier.
Saint Polycarpe, disciple de l'apôtre saint Jean, le bien-aimé du Sauveur, vint au monde vers l'an 70 de Jésus-Christ. D'abord païen comme ses parents, à l'âge de dix ans il se convertit au christianisme. La pureté de ses mœurs, sa piété, son zèle pour la religion le rendirent cher aux apôtres. Il eut le bonheur de converser avec plusieurs de ceux qui avaient vu le Sauveur et de puiser l'esprit de Jésus- Christ dans les instructions des apôtres mêmes. Saint Jean l'Evangéliste l'ordonna évêque de Smyrne vers l'an 96. Notre saint aimait à raconter ce trait de l'apôtre bien-aimé : «Un jour, dit-il, qu'appuyé sur ses disciples le vieillard s'était rendu aux bains, on lui apprit qu'un hérétique du nom de Cérinthe se baignait en même temps que lui. A celte nouvelle,
pâlissant d'horreur et d'indignation, il sécria avec effroi : « Mes enfants, sortons vite d'ici de peur que cet édifice ne s'écroule sur nous, pour nous ensevelir sous ses ruines avec Cérinthe, l'ennemi de la vérité. »
A l'exemple des apôtres, Polycarpe interdisait aux chrétiens tout commerce avec les hérétiques : « Mon Dieu! mon Dieu! disait-il parfois en apprenant les blasphèmes de ces derniers, à quel temps affreux avez-vous réservé ma vieillesse ? »
Quelques difficultés sur plusieurs questions de discipline et spécialement sur le jour où Ton devait célébrer la pâque l'emmenèrent à Rome. Il trouva dans cette ville un grand nombre de chrétiens qui s'étaient laissé séduire par les hérésiarques Marcion et Valentin ; par ses brûlantes exhortations il les ramena à la foi. Un jour qu'il rencontra par hasard Marcion, celui-ci, avec l'impudence d'un hérétique, lui dit : a E-t-ce que vous ne me reconnaissez pas? — Je vous reconnais, lui répondit le Saint, pour le fils aîné de Satan. »
De retour à Smyrne, Polycarpe se livrait en paix aux travaux de son ministère, lorsque, la sixième année du règne de Marc-Aurèle, il s'éleva une violente persécution contre les chrétiens d'Asie. Notre Saint, cédant aux prières de ses amis, se retira à la campagne où, jour et nuit, il restait en prières et offrait au Seigneur de ferventes supplications pour toutes les Églises et pour tout le monde. Mais bien, tôt il fut découvert par le moyen d'un jeune enfant qu'on menaça des plus cruels supplices s'il n'indiquait pas le lieu où il s'était caché. Le soir, des sol»
dats investirent sa maison, l'ayant saisi le conduisirent à la ville monté sur un âne. En approchant de Smyrne, un char somptueux vint à leur rencontre. C'étaient Hérode, l'officier de la police, et son père Nicétas qui, prévenus du succès de l'expédition, accouraient au-devant de leur prisonnier. Ils lui firent prendre place à leurs côtés dans le char et, chemin faisant, ils tâchèrent de le gagner, en lui répétant souvent : « Quel mal y a-t-il de dire : Seigneur César, ou même de sacrifier pour sauver sa vie ? » Saint Polycarpe, à l'exemple de Notre-Seigneur Jésus- Christ, ne répondit rien d'abord; mais comme ils redoublèrent leurs instances, le saint vieillard leur dit simplement : « Je ne ferai jamais ce que vous exigez de moi. » A ces mots, ils l'accablèrent d'injures et le repoussèrent brusquement hors du char. Dans sa chute, le saint évêque se froissa la jambe, mais se relevant aussitôt il continua la route à pied. Calme et insensible à la douleur, il suivit d'un pas ferme les soldats qui le conduisirent à l'amphithéâtre. A son entrée, l'on entendit une voix qui disait du ciel : « Courage, Polycarpe, combat en homme de cœur. » Tous les chrétiens présents entendirent ces paroles. Le proconsul ayant fait conduire le vieillard devant son tribunal, lui demanda : « Es-tu Polycarpe? — Oui, répondit-il. — Aie pitié de tes cheveux blancs, reprit le magistrat. Jure, par le génie de César, maudis le Christ et je te mettrai en liberté. — H y a quatre-vingt-six ans que je le sers, répondit Polycarpe, et il ne m'a fait que du bien, comment pourrai-je le maudire? Il est mon créateur, mon roi et mon Sauveur. — Sais-tu, dit le procon-
sul que j'ai des lions et des ours, tout prêts à te dévorer? — Fais-les venir ! — Puisque tu te moques des bêtes féroces, je te ferai brûler. — Je ne crains point le feu matériel qui ne tue que le corps et qui finit en un moment; je redoute davantage le feu qui brûle les impies et qui ne s'éteint jamais. Fais venir les bêtes, allume le feu, je suis prêta tout. »
A ces mots le proconsul fit publier trois fois dans l'amphithéâtre que Polycarpe avait avoué être chrétien.— « Il est digne de mort, s'écria-t-on de toutes parts, car il est le maître qui enseigne dans toute l'Asie, c'est le père des chrétiens et le destructeur de nos temples. »
La multitude voulait qu'on lâchât sur lui un lion ; mais comme les combats des bêtes féroces étaient achevés, on arrêta qu'il serait brûlé vif. Le bûcher fut bientôt préparé. Comme les bourreaux se mettaient en devoir de l'attacher au poteau, il leur dit : aCette précaution est inutile, laissez-moi libre, Celui qui me donne la force de souffrir le feu, m'en donnera aussi pour rester sur le bûcher sans vos chaînes et vos clous. » Us se contentèrent donc de lui lier les mains derrière le dos. Alors le Saint leva les yeux au ciel et pria. Quand il eut achevé sa prière, on mit le feu au bûcher et il s'éleva une grande flamme. En ce moment on vit un miracle surprenant attesté par de nombreux témoins. Les flammes, s'arrondissant en voûte et représentant une voile de navire enflée par le vent, s'étendirent autour du Saint sans lui faire aucun mal. Son corps exhalait une odeur très suave, comme celle de l'encens ou de tout autre aromate
précieux qui venait agréablement flatter l'odorat de l'assistance.
Le persécuteur voyant qu'il ne pouvait être consumé par le feu lui fit plonger un poignard dans le sein. Ainsi mourut l'admirable martyr Polycarpe, le 2o avril de l'an 167.
Réflexions pro.tiqu.es.
Saint Polycarpe, dès les premières années de sa vie, tourne vers Dieu toutes les affections de son cœur. Elevé par le disciple de l'amour, il puise dans les enseignements de son maître cette abondance de charité qui n'a jamais cessé d'embraser son cœur. Aussi, au terme de sa carrière, quand le tyran veut le contraindre d'abandonner le service du Seigneur et le faire blasphémer le nom adorable de Jésus- Christ, notre Saint préfère perdre la vie plutôt que de devenir parjure et apostat. — Et nous, combien de temps y a-t-il que nous servons le Dieu qui s'est montré si prodigue de faveurs à notre égard ? Enrôlés dans sa sainte milice dès l'enfance, l'avonstoujours aimé? Avons-nous constamment rempli les engagements de notre première communion? Avonsnous journellement accompli la volonté adorable du divin Maître? Nous sommes-nous dignement acquittés de tous nos devoirs? Où sont les vertus que nous avons pratiquées en vue de lui plaire? Quels sont les défauts que nous avons réformés dans notre conduite? Hélas I au lieu de passer notre vie entière dans le service de Dieu comme le devoir nous obligeait à le faire, nous en avons coulé une partie dans la tiédeur, dans l'indifférence, dans le mépris. Que
dis-je? nous avons même renié notre Dieu. Et pourquoi? Pour éviter des tourments, la mort? Nullement. Mais pour ne pas nous priver d'une vaine satisfaction, d'un vil intérêt... Combien de fois? Que répondent notre orgueil, notre sensualité, nos affections coupables, nos péchés? — 0 mon Dieu! je veux, dès aujourd'hui, m'attacher plus que jamais à votre service et vous être fidèle jusqu'à mon dernier soupir.
Plan de méditation.
Caractères du martyre de saint Polycarpe : 1° martyre glorieux qui couronne sa vieillesse; 2° martyre édifiant où il proclame les bienfaits qu'il a reçus de Jésus-Christ; 3° martyre des plus cruels qu'il endure avec héroïsme.
SAINT JEAN CHRYSOSTOME, Evêque et Docteur de l'Église
27 janvier.
Saint Jean que la force et les charmes de son éloquence firent surnommer Chrysostome ou bouche d'or, naquit à Antioche vers l'an 347. Ses parents, distingués par leurs emplois et leur noblesse l'étaient bien davantage par leur piété. Il était encore au berceau quand il perdit son père. Sa mère, demeurée veuve à vingt ans, cédant à la tendresse maternelle, renonça à un second mariage, et n'épargna rien pour donner une brillante éducation à son fils. Elle voulut
se charger elle-même du soin de former son cœur. Pour l'étude de l'éloquence, elle le confia à Libanius, le plus célèbre orateur de son siècle. Le jeune Chrysostome fit des progrès si rapides qu'il eut bientôt égalé, puis effacé son maître. Un jour Libanius, qui avait donné, comme sujet de composition, le panégyrique des empereurs, trouva ce travail si parfait qu'il ne put s'empêcher de s'écrier : « Heureux les empereurs qui ont de tels panégyristes. »
A vingt ans, Jean, qui s'était destiné au barreau, plaidait des causes avec un talent tellement supérieur, qu'il était l'objet d'une enthousiaste admiration. Il se sentait attiré vers le monde et ses plaisirs, déjà il avait cédé quelques instants à ses attraits quand il en comprit le danger. Il fit alors un éternel divorce avec tout ce qui l'avait séduit et se voua tout entier à Dieu. Après avoir étudié les saints Livres, il s'attacha à saint Mélèce, évêque d'Antioche, qui l'instruisit, le baptisa et le fit lecteur.
L'an 374, il se retira sur les montagnes de la Syrie et se mit sous la conduite d'un saint religieux avec lequel il demeura quatre ans. De là il alla s'enfermer dans une caverne profonde où il demeura seul pendant deux ans, continuellement appliqué au saint exercice de la prière et à l'étude de l'Écriture qu'il apprit tout entière. Une maladie fort grave l'ayant forcé de retourner à Antioche, Mélèce l'ordonna diacre. Cinq ans après, Flavien, successeur de Mélèce, l' éleva au sacerdoce, et lui confia, par un privilège tout particulier, le ministère de la parole que, jusque-là, les évêques se réservaient à eux seuls. Jean fut toujours l'œil, le bras et la bouche de son
évêque. Il avait alors trente-huit ans. Son éloquence était si grande que toute la ville accourait à ses premières prédications; il nous apprend qu'il n'y avait pas moins de cent mille auditeurs, et dans la suite l'empressement à l'entendre ne fit que s'accroître de plus en plus.
Cependant Nectaire, patriarche de Constantinople, étant mort, Jean Chrysostôme, dont la renommée avait pénétré jusqu'aux extrémités de l'empire, fut élu à sa place et sacré, malgré sa résistance, le 26 février 398. Il se hâta de réformer sa maison épiscopale, vendit, pour en donner le 'prix aux pauvres, le riche ameublement que son prédécesseur lui avait laissé, puis il s'occupa à déraciner certains abus qui s'étaient introduits dans son troupeau ; et il attaqua surtout, avec toute la force de son éloquence, les dérèglements et le luxe des femmes et en particulier les désordres de la cour. La noble fermeté de l'évêque lui suscita des ennemis parmi les grands. Il encourut la disgrâce de l'impératrice Eudoxie, qui résolut de le faire exiler. C'est dans cette circonstance que le courageux prélat répondit à ceux qui lui donnèrent connaissance des projets de son ennemie : « Allez dire à l'impératrice que Jean Chrysostôme ne craint qu'une seule chose ; ce n'est ni l'exil, ni la prison, ni la pauvreté, ni la mort; c'est le péché. »
Cependant le décret d'exil est porté et la ville tout entière est plongée dans une profonde consternation. On n'entend de toutes parts que pleurs et gémissements sur la perte d'un pasteur et d'un père. Pendant trois jours, le peuple armé garde son évêque. Mais, pour éviter des troubles et épargner le
sang, Chrysostôme s'échappe furtivement dans la nuit et prend le chemin de l'exil. A peine parti, un tremblement affreux menace d'engloutir Constantinople. C'est une vengeance du Ciel, crie-t-on de toutes parts. L'impératrice, aussi timide qu'orgueilleuse, fait rapporter le décret et rappelle le Saint de l'exil. L'évêque revient dans sa ville épiscopale, et son retour est un vrai triomphe. Une foule immense se porte à sa rencontre et l'accueille avec un enthousiasme indescriptible.
Mais ce calme n'est pas de longue durée, car le saint pontife, ne se relâchant point de sa fermeté, est de nouveau en butte à la persécution. Tous ceux que la vertu effraye se déclarent contre lui et conspirent sa perte. Il est chassé une seconde fois de son siège. Chrysostôme reprend le chemin de l'exil. C'est là qu'il mourut, à l'âge de soixante ans, exténué de fatigues et d'austérités.
Réflexions pratiques.
Saint Chrysostôme, le plus zélé des prêtres, le plus saint des prélats, est un modèle de toutes les vertus. Mais ce que nous devons le plus admirer dans ce grand docteur, c'est son courage dans l'œuvre de la sanctification des âmes. Il en connaît le prix. Les souffrances, les travaux et la mort d'un Dieu lui ont dit la valeur de cet être aux immortelles destinées. Il n'ignore pas qu'il y a joie ou deuil dans le Ciel pour le salut ou la perte d'une seule âme. Plein de ces grandes pensées, il ne recule devant aucun sacrifice pour le salut de ses ouailles. Il déclare la guerre à tous les vices : blasphèmes, impuretés, usures, hé-
résies... Et si l'on vient lui faire des menaces de la part de la cour, il n'a qu'un mot à dire, mais ce mot est admirable : « Allez dire à l'empereur et à l'impératrice que Chrysostôme ne craint qu'une seule chose, le péché. »
Et nous, que pensons-nous du péché, l'ennemi implacable de notre âme? Comment apprécions-nous les âmes? Que faisons-nous pour sauver celles de nos parents, de nos frères, de nos amis, celles de nos inférieurs? Gomment traitons-nous la nôtre? Ne la vendons-nous jamais au péché, au monde, au démon? Et pourquoi?... Réfléchissons un instant et répondons... 0 folie ! Seigneur, faites-moi comprendre ce que vaut mon âme, ce que vous l'estimez, ce qu'elle vous a coûté, et faites-moi la grâce unique, la grâce qui renferme toutes les autres, la grâce de la sauver.
Sujet de méditation.
Zèle de saint Chrysostôme : 1° pour la conversion de plusieurs contrées encore idolâtres auxquelles il envoie des missionnaires... En Phénicie plusieurs églises sont bâties et les restes du paganisme sont détruits; 2° pour l'extermination des hérétiques dans tout l'empire. Ils se convertissent en grand nombre; 3° pour la réforme des mœurs chez les grands et surtout à la cour.
SAINT PELADE, Archevêque d'Embrun 28 janvier.
Saint Pelade naquit à Embrun, dans la dernière moitié du cinquième siècle. Ses parents, que distinguaient leur attachement à la foi catholique et l'exercice de toutes les vertus chrétiennes, n'eurent rien tant à cœur que d'élever, dans la crainte de Dieu, le fils qu'il venait de leur donner.
Le jeune enfant répondit affectueusement à leurs soins pieux. Eclairé d'une lumière surnaturelle, il comprit de bonne heure que les biens, les honneurs et les plaisirs de ce monde sont trop peu de chose pour captiver le cœur d'un chrétien; en conséquence, toutes ses pensées et tous ses désirs se tournèrent vers Dieu et la vertu.
Catulin, archevêque d'Embrun, frappé des sentiments admirables du jeune Pelade, voulut le garder près de lui. Cet enfant adoptif, édifié par les exemples de son bienfaiteur, fit de grands progrès dans la perfection. Le prélat, persécuté par les Ariens qui venaient de se rendre maîtres d'Embrun, eut beaucoup à souffrir, et se vit obligé, pour mettre ses jours en sûreté, de se retirer à Vienne, en Dauphiné. Pelade, pour partager les épreuves et les malheurs de son bienfaiteur le suivit dans cette ville. Là, saint Avit, archevêque de Vienne, reçut les fugitifs avec des égards dus aux confesseurs de la foi et avec une charité au-dessus de tout éloge.
Pendant cet exil, qui fut assez long, le pieux Pelade se livra à l'étude des sciences ecclésiastiques
qu'il n'interrompait que pour vaquer à la prière et à la méditation. Ses progrès étonnants le firent bientôt trouver digne d'entrer dans les ordres et d'être promu à la prêtrise. Elevé à cette sainte dignité, il continua d'avoir pour protecteurs et pour modèles les deux prélats qui l'avaient pris sous leur garde.
Vers l'an 522, Catulin mourut à Vienne. Nous n'essayerons point de peindre la douleur que Pelade ressentit lorsque la mort vint briser les liens qui l'unissaient au saint archevêque. Ce fut Gallican Ier qui fut élu sur le siège d'Embrun. Ce nouveau pontife, à force de prudence et de douceur, parvint à se concilier tous les esprits. Sur ses entrefaites, Pelade rentra dans sa ville natale et vint s'asseoir au foyer de ses pères. Sa conduite prudente, jointe à ses rares vertus, le fit tellement apprécier, qu'après la mort de Gallican, il n'y eut qu'une seule voix, chez le peuple comme chez le clergé, pour l'acclamer sur le siège devenu vacant. Pelade, malgré sa répugnance, se soumit et comme il voyait que la charge qui venait de lui être imposée était évidemment au-dessus de ses forces, il eut recours, plus que jamais, à la protection des saints anges à qui, dès l'âge le plus tendre, il avait voué un culte spécial. Sa confiance ne fut point trompée. Les célestes intelligences le dirigeaient dans ses entreprises, le conseillaient dans ses embarras, l'avertissaient des abus et des désordres secrets qu'il fallait corriger dans le diocèse et détournaient de lui les dangers qui pouvaient menacer sa vie.
• Placé sur le chandelier de l'Église, Pelade, tel
qu'un brillant flambeau, répandit, dans la maison de Dieu, les plus éclatantes lumières. Les ténèbres de l'esprit de mensonge furent dissipées, l'indifférence fut bannie des cœurs. Le pontife ne perdit pas un instant de vue ses grandes obligations. Il savait qu'il se devait tout entier à ses ouailles et il ne dédaigna point de parcourir les bourgs et les villages les plus reculés, les lieux les plus inabordables.
Mais sachant, d'après les saints enseignements de la foi, qu'en vain l'homme plante et arrose, si Dieu ne donne l'accroissement, Pelade demande sans cesse au Ciel l'assistance divine. Pour l'obtenir, il jeûne et exerce sur sa chair les plus rigoureuses austérités. Il prie continuellement pour son peuple et à sa prière, la grâce descend du ciel, l'erreur s'éloigne, les volontés s'amollissent, les conversions se multitiplient et son diocèse revient à la foi et aux plus saintes pratiques de la religion.
Sa commisération pour les pauvres, sa tendresse envers les veuves et les orphelins, lui firent donner le nom bien doux de Père des pauvres.
Tandis que saint Pelade consumait ses jours dans l'exercice de la charité et de toutes les vertus les plus héroïques, Dieu exaltait aux yeux des hommes la sainteté de son serviteur par des miracles. En voici quelques-uns dont l'histoire a gardé un fidèle souvenir :
Un jour que notre Saint allait visiter la paroisse de Réalon, un énorme rocher se détache tout à coup du sommet de la montagne et va l'écraser avec toute sa suite qui pousse un cri d'effroi, lorsque avec un signe de croix il détourne le rocher de sa direc-
tion première et se trouve ainsi délivré de tout danger.
Une jeune fille, mordue au bras par un serpent, souffrait horriblement de cette morsure ; l'enflure avait déjà gagné tout le corps et l'on craignait pour sa vie. Pelade, touché de compassion, prie et obtient une guérison aussi subite qu'entière.
Une autre fois, c'est le fils unique d'une pauvre veuve, atteint d'une paralysie complète, qu'il guérit instantanément ; c'est un homme à l'agonie à qui il rend la santé en lui mettant dans la bouche un peu de pain bénit.
Enfin, après une carrière pleine de bonnes œuvres, de vertus et de mérites, Pelade s'endormit paisiblement dans le Seigneur, le 6 janvier de l'an 538. De nos jours, on célèbre sa fête le 28 du même mois. Sur ses restes vénérés, il s'opéra un grand nombre de miracles très éclatants.
Réflexions pratiques.
Quel a été le principe des nombreuses vertus pratiquées par saint Pelade? C'est la foi pratique qu'il a trouvée au sein de sa famille et à la suite de son maître et de son bienfaiteur. Pourquoi la vertu estelle si rare aujourd'hui? Hélas ! c'est parce que la foi pratique a quitté le foyer domestique, c'est parce que de malheureux parents, de coupables maîtres l'étouffé mt eux-mêmes dans le cœur de leurs enfants ou de leurs disciples. Et s'ils ne poussent pas jusque-là l'oubli de leurs devoirs, ils négligent au moins de cultiver la foi, de l'entretenir, de l'augmenter dans ces âme tendres et dociles dont les premières im-
pressions sont si vives et si durables. Que de pères et de maîtres coupables sur ce point! Combien de parents et de supérieurs qui causent ainsi la perte de leurs enfants et de leurs subordonnés ! Ah! sondez les replis de votre conscience et voyez si vous n'avez pas contribué pour votre part à l'indifférence glaciale, à l'irréligion et aux maux sans nombre qui affligent votre famille et la société.
Plan de méditation.
I. Saint Pelade abandonne le monde : 1° pour obéir à l'inspiration divine ; 2° pour servir Dieu avec plus de liberté.
II. -Sous la direction de Catulin, archevêque d'Embrun : 1° il écoute ses leçons ; 2° il imite ses vertus.
III. Durant son épiscopat, il déploie un zèle apostolique et exerce une charité sans bornes.