MOIS DE FEVRIER
SAINT IGNACE, Évêque d'Antioche, Martyr
1er février.
On pense que saint Ignace, évêque d'Antioche et martyr, fut ce petit enfant que Jésus, embrassant à Capharnaum, plaça au milieu de ses apôtres et proposa comme modèle de l'innocence et de l'humilité chrétienne. Quelques auteurs affirment que ce fut lui qui présenta les cinq pains d'orge et les deux poissons que le Sauveur multiplia pour nourrir cinq mille hommes. Toujours est-il que cet illustre martyr vivait dans le premier siècle de l'Église et fut disciple de saint Pieire et de saint Jean l'Évangéliste. Les Apôtres relevèrent sur le siège d'Antioche en 68, après la mort de saint Évode. Pendant quarante ans qu'il gouverna son Église, il donna l'exemple de toutes les vertus épiscopales. Il ne cessa, durant la persécution de Domitien, de veiller à la garde de son troupeau, et de le soutenir par ses exhortations et ses prières. La paix ayant été rendue à l'Église par la mort du persécuteur, il s'en réjouit pour
l'amour des fidèles, mais il s'attrista en même temps de n'avoir pas été jugé digne de verser son sang pour la foi.
Après quinze ans de calme, la persécution se ralluma dans quelques provinces, sous Trajan. Ce prince fanatique, attribuant à la protection de ses dieux les victoires qu'il avait remportées sur les Daces et les Scytes, se crut obligé, par un motif de reconnaissance, de contraindre les chrétiens à adorer ses divinités, et à prononcer la peine de mort contre quiconque refuserait de le faire. L'an 107, au mois de janvier, Trajan, passant par Antioche, apprit que, non seulement Ignace refusait d'exécuter ses ordres, mais encore qu'il empêchait les autres d'obéir. Il le fit comparaître à son tribunal, et lorsqu'il fut en sa présence il lui dit : « C'est donc toi, mauvais démon, qui oses enfreindre mes ordres et persuader aux autres de périr misérablement. — Personne que vous, prince, n'appela jamais Théophore de ce nom injurieux, répondit le Saint. — Et quel est ce Théophore? — Celui qui porte Jésus-Christ profondément gravé dans son cœur. — Tu crois donc que nous n'avons pas dans nos cœurs les dieux qui nous aident à vaincre nos ennemis? — C'est une erreur d'appeler vos démons des dieux, car, il n'y a qu'un seul Dieu, qui a fait le ciel et la terre, et un seul Jésus-Christ, son fils unique, dont le royaume est éternel. »
Croyant séduire le saint évêque par des promesses, Trajan lui dit : « Adore mes dieux et tu seras mon ami, je te ferai pontife de Jupiter et membre du sénat. — Quelle étrange promesse est celle-ci, re-
prit Ignace : me faire pontife de Jupiter, moi pontife de Jésus-Christ, qui offre tous les jours, au seul et vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, un sacrifice de louanges, et qui suis prêt à m'immoler moi-même pour sa gloire. — De quel Dieu parles-tu donc? reprit l'empereur. Tu veux sans doute parler de celui qui a été crucifié sous Ponce-Pilate? — C'est celui-là même ; il est mort pour moi sur la croix, répliqua Ignace, et je désire lui donner ma vie; heureux si mes vœux sont exaucés. » Trajan, irrité, condamna le confesseur à être mis aux fers, et conduit sous bonne garde à Rome pour y être exposé aux bêtes et servir de spectacle au peuple. Ignace entendant la réponse, s'écria avec joie : « Grâces vous soient rendues, mon Seigneur et mon Dieu, vous daignez enfin couronner mon amour et me faire partager les chaînes de Pierre, votre apôtre. » 11 se mit lui-même les chaînes et fut embarqué sur le vaisseau qui devait le transporter à Rome. Il était gardé jour et nuit, sur terre et sur mer, par des soldats auxquels il donna le nom de Léopards, à cause de leur cruauté, et parce que sa patience et sa douceur ne faisaient que les irriter. — A Smyrne il vit saint Polycarpe, comme lui, disciple de saint Jean. Le vertueux prélat le reçut chez lui et baisa avec respect les chaînes de son illustre ami. Ignace fut visité dans la même ville par les députés de diverses Eglises. Là, il conjura saint Polycarpe et les autres fidèles de ne point demander sa délivrance, mais de réunir leurs prières aux siennes, afin que Dieu lui fît la grâce d'être dévoré par les bêtes, et d'aller ainsi à Jésus-Christ. Saint Ignace écrivit, aux chrétiens de
diverses Églises, sept lettres admirables par l'esprit apostolique et les sentiments généreux dont elles étaient animées. Un des points sur lesquels le saint évêque insistait fortement, c'est l'horreur qu'un chrétien doit avoir du schisme et de l'hérésie. Mais sa lettre aux Romains, surtout, est dictée par un cœur embrasé du plus ardent amour pour Jésus-Christ. « Je suis, dit-il, le froment de Dieu; il me faut être moulu sous la dent des bêtes, pour devenir le pain immaculé du Christ. Et si ces bêtes refusaient de me dévorer, je les y contraindrais en les irritant moi-même. »
Il arriva à Rome le 20 décembre 107 ; c'était le dernier jour des jeux publics. Le préfet, après avoir pris lecture de la lettre impériale, que les soldats lui avaient remise, ordonna qu'il fût conduit sur-lechamp à l'amphithéâtre. Une foule immense encombrait les gradins. Le saint confesseur fut exposé dans le cirque, près de l'autel élevé aux faux dieux. Portant alors ses regards vers la multitude des spectateurs, il s'écria : « Romains, et vous tous qui assistez à ce spectacle, sachez que je ne suis point ici pour expier un sortilège ou un crime quelconque, mais pour m'unir à Dieu ; cette union, je la désire avec une ardeur insatiable ! » En entendant rugir les lions, il répéta ce qu'il avait écrit aux Romains : « Je suis le froment du Christ! Je dois être moulu sous la dent des bêtes pour devenir son pain très pur. » A l'instant même deux lions s'élancent, le renversent, le broient, le dévorent, sans rien laisser de son corps, comme il l'avait désiré, excepté les plus gros et les plus durs de ses os. Ses restes précieux, re-
cueillis avec respect, furent portés d'abord à Antioche et rapportés ensuite à Rome sous le règne d'Héraclius.
Réflexions pratiques.
Qui pourrait ne pas admirer le courage de saint Ignace en face de la mort, et son ardent désir de se sacrifier pour la gloire de Jésus-Christ! Ce digne disciple des Apôtres croit ne pas assez aimer le Dieu sauveur s'il ne donne pour lui son sang et sa vie. C'est pour cela que dans son ardeur insatiable, il ne souhaite rien tant que d'être moulu pour Jésus- Christ, sous les dents des bêtes féroces. Que ces sentiments héroïques méritent notre attention ! Méditons-les pour nous humilier et nous confondre. Comparons un instant nos cœurs tout de glace avec le cœur de ce grand évêque, tout brûlant d'amour pour Jésus-Christ. Mettons en parallèle nos plaintes, nos impatiences dans les moindres peines avec ce fonds inépuisable de patience et de tranquillité de ce saint martyr, qui essuie, depuis la Syrie jusqu'à Rome, sans se plaindre, toutes les insolences et les brutalités de dix soldats, plus méchants que des léopards. Confrontons l'éloignement que nous avons pour les souffrances et pour la croix de Jésus-Christ, avec l'ardeur de saint Ignace qui ne souhaite rien tant que d'être immolé pour lui jusqu'à l'entière destruction de son corps ; et la différence qu'il y a entre la conduite de ce héros du christianisme et la nôtre nous couvrira bientôt de confusion.
Mon Dieu I qui nous avez donné la foi des martyrs,
animez-nous des mêmes sentiments, et donnez-nous le courage de vivre et de mourir pour vous.
Plan de méditation.
I. Aimons Jésus-Christ comme saint Ignace. IL Agissons pour Jésus-Christ comme saint Ignace. III. Souffrons pour Jésus-Christ comme saint Ignace.
PRÉSENTATION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS- CHRIST AU TEMPLE ET PURIFICATION DE LA SAINTE VIERGE
2 février.
Le 2 février, l'Église honore deux grands mystères : celui de la Présentation de Notre-Seigneur Jésus- Christ au temple et celui de la Purification de la Sainte Vierge. Pour comprendre ce double mystère, il faut connaître la double loi à laquelle obéirent Jésus et Marie, quoiqu'ils n'y fussent pas obligés.
D'après la loi mosaïque, la femme devenue mère était regardée comme impure et devait rester quarante jours après la naissance d'un fils, quatre-vingts après la naissance d'une fille, sans entrer dans le temple et sans toucher rien de consacré au Seigneur. Alors elle devait s'y présenter et offrir, si elle était riche, un agneau pour son enfant et une tourterelle pour sa purification, ou deux tourterelles si elle était pauvre.
Dieu avait aussi commandé qu'on lui offrît tous les enfants premiers-nés, et qu'on les rachetât par une modique somme d'argent. La Sainte Vierge n'avait pas besoin de se purifier puisqu'elle était vierge mère, immaculée mère de la divine Grâce. Elle n'était point dans la nécessité de s'abstenir de l'entrée du temple, puisque son sein virginal était devenu le sanctuaire de Dieu. Elle n'était point tenue de se priver du contact des choses saintes, puisqu'elle avait porté dans ses entrailles et allaité le Saint des saints. Jésus-Christ ne devait pas être racheté, puisqu'il était le fils de Dieu, Dieu lui-même, descendu sur la terre, pour racheter tous les hommes. Mais tous deux voulurent se soumettre à la loi de Moïse pour nous prêcher l'obéissance et l'humilité.
La fête de la Purification est aussi appelée vulgairement la Chandeleur à cause des cierges ou chandelles qu'on bénit et qu'on distribue au clergé et aux fidèles avant la grand'messe. Pendant la distribution des cierges, on chante le cantique du vieillard Siméon : Nunc dimittis ; et, après chaque verset, l'antienne : Lumen ad revelalionem gentium, tirée de ce même cantique, où le saint vieillard célébra Jésus- Christ, qu'il tenait dans ses bras, comme la lumière des nations et la gloire d'Israël! C'est afin de l'imiter que le clergé et les fidèles se mettent en marche pour la procession, en tenant à la main ce cierge bénit, qui doit être allumé, pendant la messe, au moment de l'Évangile, et depuis la Consécration jusqu'à la Communion, par respect pour la parole de Dieu et à cause de sa présence réelle sur l'autel.
Ces cierges bénits qu'on emporte ne doivent pas i. il
être employés à des usages profanes; les pieux fidèles les conservent dans leur maison, pour servir dans l'administration des derniers sacrements, où pour brûler auprès du corps de leurs parents défunts.
Réflexions pratiques.
En célébrant aujourd'hui le double mystère de la Purification et de la Présentation, entrons dans les sentiments de la mère de Dieu. En voyant en Marie cette obéissance exacte à une loi qui ne la regardait pas, apprenons de ce grand modèle à obéir ponctuellement à toutes les pratiques qui nous sont prescrites par la loi divine. Nous ne pouvons nous y soustraire sans crime. La loi est faite pour tout le monde. Les prérogatives de la dignité, du rang, de la naissance ne nous donneront jamais le droit de nous en dispenser. Eh ! quelle créature fut jamais plus grande et plus élevée que Marie 1 Cependant elle observe une loi qui ne l'oblige pas... Et moi, pécheur, je n'observerai pas cette loi lors même qu'elle m'oblige le plus indispensablement ! . . .
Entrons, comme Marie, dans le temple du Seigneur et offrons-nous au pied des autels, comme des victimes consacrées à son service et à sa gloire. Que l'oblation qu'elle fait aujourd'hui de son Fils soit le modèle de la nôtre, et qu'elle soit sanctifiée par les mêmes sentiments. Qu'ils étaient purs! Qu'ils étaient parfaits ces sentiments de Marie, lorsqu'elle vint offrir son fils au Seigneur dans le saint temple ! Que cette oblation fut sainte! Qu'elle fut entière et parfaite ! Marie en prévoit toutes les suites. Elle voit la croix et le calvaire. Cet aspect ne l'empêche pas de
s'avancer jusqu'à l'autel pour consacrer son Fils à toutes les volontés du souverain Maître. Est-ce ainsi que nous immolons à Dieu nos plus chères inclinations, quand la loi le commande? Est-ce ainsi que nous nous immolons nous-mêmes? Nous devons à Dieu tout ce que nous sommes, nous lui devons toutes les forces de notre corps, toutes les pensées de notre esprit, tous les mouvemements de notre cœur. Mais nous ne lui offrons jamais que la moindre partie de nous-mêmes, le reste est réservé pour plaire au monde, et pour satisfaire nos passions.
Nous avons tous été consacrés à Dieu au jour de notre baptême, comme Jésus au jour de la Présentation. Renouvelons aujourd'hui nos promesses baptismales entre les bras de Marie et en union avec l'Enfant Jésus ; consacrons-nous à Dieu de nouveau, universellement, sans réserve et pour toujours ; mais que notre consécration soit accompagnée du sacrifice d'un cœur pur.
Plan de méditation.
I. En quel temps devons-nous nous offrir à Dieu? Jetons les yeux dans le temple, nous y verrons un enfant, une mère, un vieillard ; et cette mystérieuse réunion nous apprendra que toute la vie de l'homme appartient au Seigneur : et ses jeunes années et sa maturité et ses derniers jours. Quarante jours sont à peine écoulés que l'Enfant-Dieu vient s'offrir à son Père... En ce moment la Sainte Vierge renouvelle cette offrande. Et le vieillard Siméon lui consacre les
derniers battements d'un cœur qui fut tout entier pour lui.
IL Que devons-nous offrir à Dieu? Pour le savoir, il nous faut encore jeter les yeux sur l'Enfant, sa mère et le vieillard. Jésus voue son corps à la souffrance et à la mort... Marie vient offrir son âme aux angoisses et à la douleur... Siméon vient offrir sa vie pour dernier holocauste et se résigne à mourir.
III. Quelles dispositions doivent accompagner notre offrande? Jésus s'offre avec pleine liberté ; Marie, avec humilité; Siméon, avec joie et reconnaissance.
SAINT REMÈDE ET SAINT TIGIDE, Martyrs