SAINT JEAN DE MATHA
8 février.
Saint Jean de Matha naquit à Faucon, en Provence, vers le milieu du douzième siècle. Ses parents aussi distingués par leur piété que par leur noblesse s'affligeaient de n'avoir pas d'héritier. La Sainte Vierge un jour sécha leurs larmes en leur révélant qu'ils auraient un enfant pur comme un ange et qui rendrait la liberté à un grand nombre de ses frères.
TOUR CHAQUE JOUR DE i/ ANNÉE 211
L'enfant vint au monde le 23 juin 1154 et reçut, au baptême, le nom de Jean-Baptiste, le jour même de la fête du saint Précurseur. L'heureuse mère, reconnaissante, le consacra au Seigneur dès sa naissance par un vœu. Son père prit un soin particulier de son éducation et l'envoya à Aix, afin qu'il y fît ses études, et qu'il apprît tout ce que doit savoir un jeune homme de qualité. Jean profita des leçons de ses maîtres sans négliger la pratique des vertus chrétiennes. Dès sa jeunesse il distribuait aux pauvres l'argent que ses parents lui donnaient pour ses menus plaisirs, et tous les vendredis il allait servir les malades dans les hôpitaux; là, il pansait leurs plaies et leur procurait tous les secours qui étaient en son pouvoir. Son père, brave chevalier, voulait lui faire apprendre le métier des armes, mais Jean le pria de lui laisser faire sa théologie. Cette demande l'atterra, toutefois, en père chrétien, il adora les desseins de Dieu sur son enfant et l'envoya à Paris. Arrivé dans cette grande cité, Jean s'arrêta près du tombeau de sainte Geneviève et lui confia le succès de ses études. C'était l'an de grâce 1180, il avait vingt-six ans.
Les progrès du vertueux jeune homme furent rapides, car il travaillait avec la charité divine et par conséquent avec l'aide de Dieu. Cependant, troublé un jour comme le sont parfois les âmes les plus vaillantes, il fut encouragé par une voix lui disant : « Etudiez la sagesse, ô mon fils, et réjouissez mon cœur. » Il redoubla d'efforts et bientôt il fut reçu docteur et peu de temps après on l'éleva au sacerdoce. Le jour où on lui imposa les mains, il plut à
Dieu de montrer aux hommes la sainteté de son serviteur. Une colonne de feu reposa sur la tête du nouveau prêtre et manifesta l'onction du Saint-Esprit qui opérait dans son âme. Le bruit de ce prodige s'étant répandu, une nombreuse assemblée se réunit dans la chapelle de l'évêque pour entendre la première messe célébrée par Jean de Matha. Les abbés de Sainte-Geneviève et de Saint-Victor étaient présents. Tout à coup, au moment de la consécration, lorsque Jean élevait l'hostie et que tout le peuple était en prières, on vit le visage du Saint resplendir d'une lumière surnaturelle, et ses yeux se fixer audessus de l'autel sur un spectacle invisible aux assistants. Le jeune célébrant voyait un ange tout blanc, avec un vêtement brillant, portant sur la poitrine une croix de couleur rouge et bleue, ses bras se croisaient et il présentait les mains à deux captifs, l'un chrétien et l'autre maure. Ils étaient à ses pieds dans la posture de suppliants. Jean se souvint alors en ce moment des promesses de la Vierge avant sa naissance. Il forma, dès lors, la généreuse résolution de travailler à racheter les infortunés chrétiens qui gémissaient dans l'esclavage chez les nations infidèles. Il ne voulut cependant point entreprendre cette importante affaire avant d'avoir consulté le Seigneur. Ce fut ce qui le détermina à se retirer dans la solitude, où, par la permission de Dieu, il rencontra Félix de Valois qui s'y était réfugié depuis longtemps. Les mêmes goûts, les mêmes sentiments, les mêmes vertus, le même désir de servir Dieu, unirent bientôt les deux Saints de la plus étroite amitié. Un jour qu'ils étaient assis sur le bord d'une fontaine,
ils s'entretenaient ensemble, dans tout l'épanchement de leur âme, des choses de Dieu, ils virent paraître, tout à coup, un cerf portant entre ses deux cornes une croix rouge et bleue, comme celle que Jean avait vue dans l'apparition de sa première messe. Il crut devoir alors déclarer à son compagnon tout ce qui s'était passé dans la première vision. Félix ne douta point qu'un tel projet ne vînt de Dieu et promit de s'associer à cette sainte et généreuse entreprise. Les deux Saints, après avoir redoublé leurs mortifications et leurs prières, afin d'obtenir de nouvelles lumières sur la conduite qu'ils auraient à tenir, se mirent en marche pour Rome. Innocent III, qui venait d'être élevé au suprême pontificat, les reçut comme deux anges envoyés du Ciel et les fit loger dans son palais. Comme il hésitait sur l'approbation du nouvel institut, il vit lui-même pendant qu'il célébrait les saints mystères, à Saint-Jean-de-Latran, un ange vêtu de blanc et portant une croix rouge et bleue absolument semblable à celle qu'avait vue Jean de Matha. Dès lors il ne balança plus; il approuva le nouvel Ordre et voulut que les nouveaux religieux portassent l'habit blanc avec une croix rouge et bleue sur la poitrine, et qu'ils prissent le nom de Frères de l'Ordre de la Sainte Trinité pour la Rédemption des captifs. L'occupation de ces religieux devait être d'instruire les soldats, de prendre soin des malades, et de travailler à racheter les captifs. , Le nouvel Ordre fut accueilli avec enthousiasme dans tout le monde chrétien et se répandit rapidement partout. Le centre de l'œuvre fut établi à Cerfroid, près de Meaux et Jean de Matha en fut le
supérieur. L'année suivante, il alla lui-même à Tunis où il amassa des sommes considérables qui lui servirent à mettre en liberté une foule de malheureux, écrasés pour ainsi dire, sous le joug des Maures d'Espagne.
En 1210, Jean de Matba faisait un second voyage à Tunis. A peine y était-il arrivé qu'il ranima la foi presque éteinte dans un grand nombre de chrétiens captifs. Il se laissa emporter si loin par son zèle que les barbares furent sur le point de l'égorger. On le trouva un jour dans la ville de Tunis, meurtri, brisé de coups et nageant dans son sang. Il s'estimait heureux de souffrir pour Jésus-Christ et s'écriait souvent : « Si je n'ai pas le bonheur d'être martyr, puissé-je au moins rester ici comme esclave pour mes frères. «Mais Dieu avait d'autres desseins. Après d'innombrables travaux, le Saint sortait de Tunis avec cent vingt esclaves. A peine s'était-il embarqué que les barbares exaspérés par son zèle se jetèrent sur le vaisseau pour enlever le gouvernail, briser les mats, mettreen pièces les voiles et les condamner à périr au milieu des flots. Mais le Saint plein de cette foi vive qui opère des miracles, tend son manteau et ceux de ses compagnons, en forme de voiles, puis, à genoux sur le tillac et le crucifix à la main, il prie le Seigneur de vouloir être le pilote. Le Tout-Puissant ne trompa point son espérance. Après une heureuse navigation, il arrivait, en peu de jours, au port d'Ostie. Le Saint se rendit à Rome, et comme sa santé dépérissait sensiblement, il passa dans cette ville les deux dernières années de sa vie. Il employa utilement son temps à faire des œuvres de miséri-
corde et à prêcher la nécessité de la pénitence. Dieu donna une telle efficacité à sa parole que les pécheurs les plus endurcis se convertissaient sincèrement. Enfin, usé de fatigue et comblé de mérites, il s'endormit dans le Seigneur, le 21 décembre 1213, à l'âge de soixante et un ans. Son corps fut inhumé avec tout l'honneur qu'il méritait, dans l'église de Saint-Thomas.
Apprenons à l'école de saint Jean de Matha ce dont est capable un cœur mû par la ch'arité. Sachant que Jésus-Christ ne laisse pas sans récompense le verre d'eau froide donné en son nom, il était persuadé que ce divin Sauveur rénumérerait largement ceux qui auraient distribué de l'argent aux pauvres, visité les malades, consolé les affligés, racheté les captifs, et pratiqué toutes les œuvres de miséricorde. Aussi n'hésite-t-il pas un seul instant à tout sacrifier pour acquérir la liberté du corps et de l'âme d'une multitude innombrable de malheureux qui gémissent sous la cruelle tyrannie des barbares ennemis de Jésus-Christ. Pour les affranchir, il ne craint pas de s'exposer à toutes sortes de mauvais traitements et de se charger des chaînes de la captivité. Quelle admirable charité ! — Et nous, pratiquons-nous cette vertu? Dieu n'exige pas que nous nous dépouillons de tout notre avoir pour en revêtir les pauvres, il ne demande pas que nous quittions notre pays pour aller affranchir les esclaves de l'Afrique ou d'ailleurs. Ce qu'il veut, c'est que nous fassions l'aumône aux
malheureux selon nos facultés; ce qu'il réclame, c'est que nous aidions de nos conseils, de nos exemples et de nos prières, les pauvres pécheurs, à briser leurs chaînes et à se rapprocher de Dieu.
Plan de méditation.
I. Jean de Matha libérateur des captifs : 1° il fait connaître au monde leur déplorable état ; 2° il recueille des aumônes pour leur rachat; 3° il institue un Ordre spécial pour leur délivrance; 4° il va lui-même à leur recherche et traiter de leur rançon*
II. Jean de Matha apôtre des captifs : 1° il les console dans leur captivité ; 2° il les fortifie dans la foi ; 3° il convertit les renégats.
SAINTE APOLLONIE, Vierge et Martyre
Sainte Apollonie vivait dans la grande ville d'Alexandrie où les occasions du vice étaient aussi fréquentes que faciles. Elle vivait, de plus, au sein du paganisme qui luttait avec fureur contre le petit troupeau de chrétiens disséminés çà et là dans la cité. L'entraînement de l'exemple, les séductions de la jeunesse, les cruelles persécutions exercées contre les fidèles, tout semblait se réunir pour la perdre. Et cependant elle fut si vigilante qu'elle sut conserver intactes sa jeunesse et sa vie entière. Elle
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avait donné à Dieu son cœur dès le bas âge, et elle ne le lui ravit jamais.
Sainte Apollonie ne se contenta pas de consacrer au Seigneur ses premières années, sa jeunesse et son existence tout entière, elle voulut encore lui offrir le sacrifice de sa vie. Voici dans quelles circonstances : Il y avait, en 248, dans la ville d'Alexandrie, un magicien, ennemi acharné des chrétiens. Ce misérable, pour exciter la haine du peuple contre eux, avait prédit quelque grand malheur a la ville si on laissait en paix ces ennemis mortels des dieux. Il n'en fallut pas davantage pour exciter la haine et la fureur des idolâtres contre les disciples du Christ. On pilla les maisons, et l'on exerça sur leurs personnes d'horribles violences. Parmi les fidèles qui furent arrêtés était une vierge nommée Apollonie, déjà avancée en âge, et singulièrement chère aux fidèles à cause de sa haute piélé, de son mérite et des services qu'elle avait rendus. Les barbares, qui cherchaient une illustre victime, se jetèrent sur elle, et la frappèrent si rudement avec des cailloux, qu'ils lui rompirent les mâchoires et lui brisèrent les dents; puis l'ayant entraînée hors de la ville, ils allumèrent un grand feu, résolus de l'y jeter si elle ne renonçait à Jésus-Christ. La Sainte demanda quelques instants comme pour délibérer. Que fit-elle pendant ces courts moments, où elle restait les yeux fixés au ciel ? Offrait-elle à Dieu sa vie dans une prière fervente? Lui demandait-elle son inspiration pour le projet qu'elle formait dans son cœur? C'est plus que probable. Mais aussitôt, pour prouver à ses persécuteurs que son sacrifice était
pleinement volontaire, elle se jeta elle-même au milieu des flammes où elle rendit son âme au Seigneur. Les païens restèrent tout stupéfaits en voyant une fille plus hardie et plus prompte à chercher la mort qu'eux-mêmes à la donner.
Réflexions pratiques.
Est-il rare d'entendre répéter dans le siècle : Il est bien difficile de se sauvegarder aujourd'hui au milieu d'un monde si corrompu. On rencontre des dangers partout 1 Impossible de s'y soustraire! On ne voit que scandales ! On n'entend que paroles dissoluesl... Et sur ce, on se laisse entraîner parle courant, et l'on se croit excusable. Quelle fatale illusion 1 Sainte Apollonie ne vivait-elle pas comme nous au milieu d'un monde corrompu? Les païens et les impies de cette époque n'étaient-ils pas aussi éhontés que nos mauvais chrétiens d'aujourd'hui? Et cependant, au sein de ces éléments d'une corruption universelle, ne s'est-elle pas maintenue pure et intacte comme un ange? Par sa vigilance, par sa fidélité à la grâce et surtout par la fuite des occasions, n'a-t-elle pas triomphé de toutes les séductions d'un monde pervers? Comme notre Sainte, recourons à la prière; veillons sur nos sens, fuyons le danger, et toute notre vie, nous serons les fidèles serviteurs de Dieu. — Seigneur, régnez en souverain sur nos cœurs. Que le feu de votre amour éteigne tout autre feu.
Plan de méditation.
Virginité et martyre de sainte Apollonie.
I. Virginité de sainte Apollonie : 1° elle est l'épouse de Jésus-Christ dès son bas âge jusqu'à sa vieillesse ; 2° elle est le modèle de toute vertu dans Alexandrie.
II. Son martyre : 1° on lui brise les dents et on lui meurtrit le visage; 2° on exerce sur elle toutes les cruautés ; 3° on la menace du bûcher si elle ne blasphème; 4° victoires de la Sainte.
SAINTE SCHOLASTIQUE, Vierge 10 février.
Sainte Scholastique, de la noble race des Anicius, naquit à Norcia, en Italie, vers la fin du cinquième siècle. Elle était sœur de saint Benoît, ce fameux patriarche des solitaires d'Occident. On sait qu'elle se consacra à Dieu dès sa plus tendre jeunesse, mais on ignore en quel endroit était le monastère où elle se retira. Ce qu'il y a de certain, c'est que, quand son frère se fut établi au Mont-Cassin, où de nombreux visiteurs venaient lui demander des leçons de perfection, elle se rapprocha de lui afin de profiter de ses instructions et de ses exemples. Elle établit un couvent de religieuses à Plombariola, au sud et à cinq kilomètres du monastère de saint Benoît. Sainte Scholastique ne sortait de sa retraite qu'une seule fois dans l'année, pour aller voir son frère; celui-ci ne souffrant jamais qu'elle vînt jusqu'à son monastère, la recevait toujours, avec quelques-uns de ses religieux, dans une maison située à une petite distance du Mont-Cassin. Le temps qu'ils passaient ensemble
était employé à louer Dieu, à s'entretenir des devoirs de la vie religieuse et des délices de la vie éternelle. La dernière de ces visites fut accompagnée d'une circonstance bien remarquable. Voici comment saint Grégoire la rapporte :
Le 9 février 543, sainte Scbolastique était allée visiter son frère, comme de coutume. Le jour s'était passé à chanter des psaumes et à conférer sur divers sujets de piété. Comme les saintes conversations avaient fait passer le temps agréablement, la nuit survint sans qu'on s'en aperçût. «Il est trop tard pour vous retirer, dit la Sainte à son frère, ne me quittez pas de toute la nuit, je vous prie, afin que jusqu'à l'aurore nous puissions parler des joies de la vie céleste. — Que me dites-vous là. ma sœur, répondit Benoît; passer la nuit hors du couvent, c'est ce qui m'est tout à fait impossible ! » Scholastique, affligée de ce refus, joignit les mains sur la table, les doigts entrecroisés, et la tête entre ses mains, pria Dieu en s'inclinant. Elle versa un torrent de larmes. Le ciel était fort serein ; il n'y avait pas le moindre nuage dans l'air. Or, lorsqu'elle releva la tête, les éclairs brillaient, le tonnerre retentissait avec fracas et la pluie tombait par torrents. Ni le vénérable Benoît, ni les religieux ne purent songer à mettre le pied hors de leur retraite. L'homme de Dieu, inquiet de ce qui se passait, s'en plaignit ainsi : « Que le Dieu Tout-Puissant vous pardonne, ma sœur, mais qu'avez-vous fait? — Je vous ai prié, dit-elle, et vous n'avez point eu d'égard à ma supplication; j'ai prié le Seigneur, et il m'a exaucée, maintenant sortez si vous le pouvez. Renvoyez-moi et rentrez à votre mo-
nastère. » Saint Benoît et sa sœur veillèrent toute la nuit, s'entretenant du bonheur des élus dont Scholastique devait bientôt jouir.
Le lendemain ils se séparèrent, et trois jours après la Sainte, âgée de soixante ans, mourut dans sa solitude. Saint Benoît qui était en prières dans sa cellule, vit cette âme bienheureuse monter au ciel sous la forme d'une colombe. Cette vision le remplit de joie. Il en rendit grâce à Dieu et envoya quelquesuns de ses religieux pour chercher les restes de sa sœur et les déposer dans le tombeau qu'il s'était préparé. Ainsi la mort même ne peut séparer ceux que la même naissance, le même désert et les mêmes sentiments avaient réunis.
Réflexions pratiques.
Le miracle opéré par sainte Scholastique confirme la vérité de cette parole sortie de la bouche du divin Maître : « En vérité, je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, vous sera accordé. » Cette âme pure et confiante en Dieu conjure le ciel d'obliger son frère à rester encore quelques heures avec elle pour continuer de l'entretenir de la céleste patrie, et sa prière est aussitôt exaucée. Pourquoi nos prières sont-elles si peu efficaces? parce qu'elles émanent d'un cœur mal disposé. Désormais prions, comme sainte Scholastique, avec pureté de cœur, attention, humilité, confiance et persévérance, et comme elle nous obtiendrons tout ce dont nous avons besoin.
Plan de méditation.
I. Sainte Scholastique cachée au monde dans sa famille. Elle y mène une vie : 1° de piété; 2° de réparation; 3° d'union avec Dieu.
II. Sainte Scholastique cachée au monde dans un monastère. Elle y mène une vie : 1° de renoncement absolu; 2° d'austérités excessives ; 3° de perfection pour elle et pour ses religieuses.
SAINT ANDRÉ CORSINI, Évêque et Confesseur 11 février.
Saint André naquit à Florence, en 1302, de la noble et illustre famille des Corsini, qui subsiste encore. Il reçut au baptême le nom d'André, parce qu'il était né le 30 novembre, jour où l'on célèbre la fête de cet Apôtre.
Ses parents, qui l'avaient longtemps demandé à la Sainte Vierge par d'instantes prières, le reçurent comme un fruit de bénédiction. Pendant que sa mère le portait dans son sein, elle eut une vision. Il lui semblait qu'elle avait mis au monde un loup qui courut au monastère des religieux du Carmel et se transforma en agneau aussitôt qu'il eut pénétré dans le vestibule de l'église. Ses vertueux parents n'oublièrent rien pour lui inspirer la crainte de Dieu, l'horreur du péché et l'amour delà piété. Toutefois, ils ne négligèrent pas de lui faire donner une brillante éducation. Mais André, né avec un carac-
tère vif et ardent, répondit mal à leurs soins. Gâté par quelques compagnons libertins, il se jeta dans toutes sortes de désordres. Les jeux, les spectacles, les parties de plaisir et le libertinage étaient sa vie habituelle. Aux sages remontrances qu'on lui faisait, André ne répondait que par des boutades ou par un superbe dédain. La pauvre mère était désolée. Elle ne cessait, comme une autre Monique, de pleurer sur les égarements d'un fils coupable et de demander à Dieu et à la Sainte Vierge sa conversion.
Un jour qu'André allait partir pour une partie de débauche, sa mère, baignée de larmes, lui parla de la consécration qu'on avait faite de lui à la Vierge mère de Dieu, à sa naissance, et de la vision qu'elle avait eue elle-même autrefois. C'en fut assez pour le faire rentrer en lui-même et pour le convertir. Sans laisser à sa mère le temps de revenir de sa surprise, il court à l'église des Carmes, et là, se prosternant devant l'autel de la Sainte Vierge et fondant en larmes, il s'offre à Jésus et à sa divine mère comme une victime. Il prend dès lors la résolution de se faire religieux et d'entrer dans l'ordre des Carmes. Le démon ne négligea rien pour le tenter à ce sujet, et pour lui faire abandonner son dessein. André demeura ferme.
Pendant son noviciat il étonna tous les religieux, même les plus parfaits, par sa ferveur, — qui ne se ralentit jamais. Il porta aussi loin que possible l'humilité, la ponctualité à la règle, l'obéissance à ses supérieurs, l'esprit de recueillement et de mortification. Dieu donna dès lors à ses paroles cette onction et cette force merveilleuse qu'il eut toute sa
vie pour la conversion des pécheurs ; il le favorisa même du don des miracles et de prophétie. Un de ses parents, nommé Jean de Corsini, était atteint d'un cancer que les médecins avaient déclaré incurable. André l'assura que s'il récitait pieusement, pendant sept jours, le Pater et Y Ave, en l'honneur de la Sainte Vierge et une seule fois le Salve regina, il serait guéri. Jean crut à cette promesse, pria et fut guéri.
Un jour on allait baptiser un enfant : André, après l'avoir considéré attentivement, se mit à pleurer. Et comme le père qui était présent lui demandait la cause de ses larmes : « Je pleure, ditil, parce que je prévois que cet enfant périra misérablement et qu'il entraînera tous les siens dans sa ruine. » La prophétie ne se réalisa que trop.
En 1328, Corsini fut appelé au sacerdoce. Jamais prêtre ne célébra les saints mystères avec plus de ferveur. On croyait voir un séraphin à l'autel.
Après avoir prêché quelque temps à Florence, il fut envoyé à Paris où, pendant trois ans, il fit en entier le cours de ses études et prit successivement tous ses grades. Rappelé ensuite à Florence il fut élu prieur de son Ordre dans la province d'Etrurie. Cependant l'Église de Fiesole, veuve de son évêque, l'ayant demandé pour pasteur, il se cacha longtemps pour échapper à une charge dont il se croyait indigne, mais il fut trahi par un enfant qui n'avait jamais parlé et qui tout à coup s'écria : a André, que Dieu a choisi pour prélat, se cache dans la Chartreuse, où il est en oraison. » En même temps, un autre enfant, vêtu de blanc, apparaissait au Saint et
lui disait : « Ne crains pas, André, je serai ton guide et la Sainte Vierge ta protectrice. » Le saint homme, ne pouvant plus douter de la volonté de Dieu, se laissa consacrer évêque. La dignité épiscopale, au lieu de tempérer ses austérités, ne fit que les augmenter. Au cilice qu'il avait coutume de porter, il ajouta une rude ceinture de fer armée de pointes aiguës qui lui entraient dans les chairs. A son office de tous les jours, il ajoutait les sept Psaumes de la Pénitence et les Litanies des Saints, qu'il terminait par une sanglante discipline. Des sarments de vigne étendus à terre lui servaient de lit.,11 jeûnait presque tous les jours et passait la plus grande partie des nuits en prières. Sa charité, qui n'avait point de bornes, s'exerçait surtout à l'égard des pauvres honteux. Il avait une liste de tous les malheureux de sa ville épiscopale et ne laissait aucune souffrance sans soulagement. Tant de vertus engagèrent le, pape Urbain V à l'envoyer, comme légat, à Boulogne, pour y apaiser des séditions. Cet ange de paix n'y fut pas plus tôt arrivé que tout fut tranquille. Il réconcilia les citoyens divisés et en convertit un grand nombre.
Enfin, après avoir édifié son peuple par les plus grands exemples de piété et de zèle, il mourut saintement le 5 janvier de l'an 1373, à l'âge de soixante et onze ans. L'opinion universelle qu'on avait de sa sainteté fut bientôt confirmée par un grand nombre de miracles. Son corps fut porté dans l'église des Carmes de Florence, comme il l'avait ordonné.
Réflexions pratiques.
Le songe que nous avons raconté plus haut avait
vivement préoccupé la mère d'André Corsini. Aussi, avec quels soins n'éleva-t-elle pas son fils dans la crainte de Dieu et l'horreur du péché ! Et malgré sa sollicitude, les illusions du monde entraînèrent, plus tard, cette âme que sa vertueuse mère avait consacrée à Dieu et à la Sainte Vierge. André devint par ses vices semblable à la bête fauve. Qui pourrait exprimer la douleur de cette mère désolée? Elle laisse échapper ce cri de son âme éplorée : « Mon fils, je ne doute plus que vous ne soyez ce loup qui m'apparut autrefois dans le sommeil. Cependant, votre père et moi vous avons consacré à Dieu sous la protection de la Sainte Vierge. Il suit de là que vous n'êtes ni pour nous, ni pour le monde, mais pour le service du Seigneur. Pensez-vous, mon fils, que votre conduite s'accorde avec votre destination ? » Ces paroles frappèrent au cœur le jeune homme qui alla aussitôt se jeter aux pieds de la Sainte Vierge pour lui renouveler l'acte de consécration faite par ses parents ; et ce loup devint un agneau ; ce pécheur un fervent religieux, un prêtre modèle et un évêque admirable. Quel précieux avantage d'avoir, ici-bas, une mère sincèrement chrétienne et d'être placé sous la protection puissante de la Mère du Ciel. L'éducation d'une bonne mère éclaire, touche, relève, convertit et purifie ; et la vraie dévotion à Marie sauve les pécheurs. Remercions Dieu d'avoir eu des parents chrétiens et recourons souvent à la Reine du Ciel.
Plan de méditation.