I. Les effets de la grâce sur André Corsini : 1<> elle
dompte son esprit rebelle; 2° elle touche son cœur subjugué parles passions.
IL Correspondance de ce Saint à la grâce : c'est par sa fidélité à ses inspirations qu'il devient : 1° un chrétien repentant ; 2° un prêtre mortifié et humble; 3° un évêque zélé et saint.
SAINT VINCENT ET SAINT ANASTASE, Martyrs
Saint Vincent, un des plus illustres martyrs de l'Église de Jésus-Christ, était d'une des meilleures familles de Saragosse, en Espagne. Tout jeune encore, il fut confié aux soins de l'évêque Valère, qui le forma à la piété, aux saintes lettres et aux sciences humaines. Comme il fit des progrès rapides, le saint évêque de Saragosse, Valère, le fit diacre de son Église et lui confia le ministère de la parole. Son grand âge et les difficultés qu'il éprouvait à parler, ne lui permettant plus de vaquer à cet emploi. Le jeune diacre s'en acquitta avec dignité et avec succès, et comme il était aussi puissant en œuvres qu'en paroles, il n'instruisit pas seulement les fidèles, il convertit encore un grand nombre de païens à la foi. Vers l'an 303, l'un et l'autre furent arrêtés, par l'ordre de Dacien, alors gouverneur d'Espagne, et l'un des plus cruels persécuteurs que l'Église ait jamais eus. Après avoir été, à Saragosse, en proie à toutes sortes de tourments, ils furent transférés à Valence et renfermés dans une horrible prison. Ils y restèrent longtemps en proie aux plus
dures rigueurs. Le gouverneur espérait, qu'épuisés par les mauvais traitements : par la faim, la soif, l'horreur d'un affreux cachot et toutes les privations, ils paraîtraient devant lui à demi vaincus. Il fut tout stupéfait quand il les vit frais, robustes et inébranlables.
Dacien, pensant que la voie de la douceur serait plus propre à ébranler leur foi que les menaces, s'adressa, d'abord à l'évêque et lui dit : « Eh bien ! Valère, vous connaissez les ordres de nos invincibles empereurs. Est-ce que vous n'êtes point décidé à adorer les dieux de l'Empire, que le monde entier adore? Songez que si vous ne voulez pas brûler de l'encens sur leurs autels, il faudra les arroser de votre sang. » Le saint vieillard, qui avait de la peine à s'expliquer, ordonna à Vincent de répondre. Celui-ci prenant la parole dit hardiment à Dacien : « Vous voulez nous engager à renier notre foi et à blasphémer le Dieu tout-puissant, ce que nous regardons comme un crime; sachez que nous sommes chrétiens, résolus d'être, jusques à la mort, les serviteurs et les témoins du Dieu éternel que nous adorons. » Le juge, à ces mots, cachant son dépit, condamne Valère à l'exil et tourne toute sa fureur contre Vincent. D'abord il le fait étendre sur un chevalet, et commande aux bourreaux de lui tirer les pieds et les mains avec des cordes : ce qu'ils exécutent avec tant de violence, que ses os en sont disloqués. A ce supplice en succède un plus affreux encore. Ils s'acharnent sur leur victime avec des fouets et des ongles de fer. Le sang ruisselle de toutes parts, les chairs sont déchirées et l'on voit à nu les entrailles
palpitantes. Pendant ce temps-là, Vincent raillait ses bourreaux et leur reprochait de manquer de force et de courage. Deux fois ils furent contraints de se reposer; ensuite, animés d'une nouvelle fureur, ils lui firent endurer tous les tourments que peut imaginer la cruauté la plus raffinée. Mais la grâce, agissant dans son âme, le fortifiait et l'inondait de si grandes consolations intérieures que la joie se manifestait sur son visage. Un moment Dacien s'avoua vaincu; il fît suspendre les tourments et s'approchant de Vincent il lui dit : « Eh bien ! puisque vous avez tant de répugnance à brûler de l'encens aux dieux, je vous laisse la vie. Remettez-moi seulement les Écritures des chrétiens alin qu'on les jette au feu. » Toute la réponse du Saint fut qu'il craignait moins la mort qu'une fausse compassion. Alors Dacien, plus furieux que jamais, ordonna que Vincent fût soumis à la question du feu, la plus cruelle de toutes. On retendit sur un lit de fer dont les barres, en forme de scie et garnies de pointes aiguës, étaient posées sur un brasier ardent. Toutes les parties de son corps qui n'étaient pas tournées du côté du feu furent déchirées à coups de fouet et brûlées avec des lances rougies. Pour rendre la douleur plus vive et plus cuisante on répandit du sel sur ses plaies.
Voyant que le généreux martyr était toujours calme et invincible au milieu, de ses horribles souffrances, le gouverneur au désespoir, le renvoya en prison avec ordre de le coucher sur des morceaux de pots et de verres cassés. Mais Dieu n'abandonna point son serviteur : des Anges descendus du ciel vinrent le consoler, et chanter avec lui les louanges
du Seigneur. Le geôlier ayant regardé par les fentes de la porte, vit le cachot éclairé d'une lumière céleste et le Saint qui se promenait en chantant des hymnes. Il fut si frappé de ce prodige, qu'il se convertit sur-le-champ et reçut ensuite le baptême. Cette nouvelle fut pour Dacien un coup de poignard, il en pleura de rage. Il eut recours à un dernier expédient et fit mettre Vincent sur un lit mollet, mais il expira aussitôt, âgé de vingt-deux ans, l'an 304.
Le même jour l'Église honore la mémoire de saint Anastase, martyr. Il était Persan et avait servi quelque temps dans les troupes du roi Chosroès. Comme, après la prise de Jérusalem, on emportait la croix de Jésus-Christ à Ctésiphon, il voulut savoir pourquoi les chrétiens faisaient tant de cas d'un bois qui avait servi d'instrument de supplice. S'en étant informé, il connut la vérité, se fit chrétien et alla passer quelque temps dans le monastère de Saint-Anastase, dont il prit le nom. Il passa sept ans dans les exercices de la vie monastique. Le désir ardent qu'il eut, depuis son baptême, de donner son sang pour Jésus- Christ, lui fit obtenir la permission d'aller à Césarée. Là les païens le saisirent, et après lui avoir fait endurer d'affreuses tortures, lui tranchèrent la tête le 22 janvier de l'an 628. Saint Vincent et saint Anastase ont souffert, le même jour, mais à des époques éloignées. Les reliques de ce dernier, transportées d'abord à Jérusalem, furent plus tard transférées dans un couvent à Rome.
Réflexions pratiques.
L'extrême désir qu'éprouvait saint Vincent d'en-
durer le martyre fait voir jusqu'où peut aller la force d'un courage chrétien qui ne respire que la gloire de Jésus-Christ. Ce grand ami de la croix ne soupirait qu'après le bonheur d'offrir sa vie en sacrifice à. Celui qui s'était immolé pour nous sur le Calvaire. Écoutez le langage qu'il tient au tyran qui pensait l'intimider par ses menaces et dompter son courage par la grandeur des tourmenls qu'il devait endurer : « Vous me menacez de la mort, et vous croyez, par là, m'efl'rayer, comme si la foi d'un chrétien était capable de ces faiblesses. Je ne crains point la mort, je la désire. Le martyre a été jusqu'ici le terme de toutes mes ambitions, et c'est encore aujourd'hui le comble de mes vœux. Je ne crains qu'une seule chose, c'est que vous soyez trop indulgent, à mon égard, et que jaloux de ma gloire, vous n'ayez point autant d'ardeur pour me tourmenter que j'en ai pour souffrir. Je ne veux point qu'on m'épargne. Déchirez, brisez, démembrez, ne relâchez rien de la rigueur des supplices, éprouvez ma constance par tout ce que la cruauté peut inventer, afin que je ne perde rien du fruit de la victoire qui doit terminer un si glorieux combat. » 0 le généreux défi! 0 le grand cœur, qui cherche la croix avec autant d'ardeur que les plus avares un trésor, et qui la reçoit avec autant de joie que s'il avait acquis une couronne! Ce courage est le produit d'une foi vive et d'un amour ardent pour Dieu. Celui qui possède ces vertus brave tout et n'a point de crainte. Pourquoi ne sommes-nous pas animés des sentiments de saint Vincent? Pourquoi fuyons-nous avec horreur les souffrances et la croix que ce généreux martyr a
cherché avec ardeur? Pourquoi recherchons-nous, avec une soif insatiable, les plaisirs qu'il a évités et plus redoutés que la mort? Quand on a la même foi, quand on suit la même morale, quand on sert le même Dieu, quand on aspire au même bonheur, devrait-on avoir moins de courage et dedévoûment? 0 mon Dieu! ayez pitié de ma faiblesse et de ma lâcheté!
Plan de méditation.
Les trois épreuves de saint Vincent : I. Dans sa foi, — il est cité devant le tribunal du juge païen. — Il confesse publiquement sa croyance.
IL Dans son courage : il est menacé des plus cruels supplices. — Il les endure avec héroïsme.
III. Dans sa charité : — Il meurt par amour pour son Dieu. — Il meurt pour édifier et convertir les païens.
SAINT DOMNIN, Évêque de Digne
13 février.
Saint Domnin, évêque de Digne, naquit vers la fin du troisième siècle en Afrique, alors province de l'empire romain. Il était disciple de saint Vincent qui lui succéda sur le siège de Digne. Quand la persécution, allumée en Afrique par l'édit porté par Dioclétien, fut assoupie, saint Marcellin, devenu plus tard archevêque d'Embrun, conçut le projet de traverser la mer et de venir dans les Gaules travailler au salut des âmes. Dieu permit que dans ce temps le
jeune Marcellin se lia d'amitié avec deux saints personnages, nommés, l'un Vincent et l'autre Domnin. Dans un de leurs entretiens intimes Marcellin fit part de son héroïque résolution à ses amis. Ceux-ci y applaudirent et lui déclarèrent que, s'il voulait les agréer pour compagnons, ils étaient prêts à le suivre. Nos trois saints n'hésitent plus et s'empressent de réaliser leurs vœux. Ils s'embarquent à Garthage et s'en vont à Rome faire part de leurs projets au souverain Pontife. Le successeur de Pierre loue leur zèle et les exhorte à poursuivre leur noble entreprise. Ils se rendent à Embrun où ils trouvent une population toute païenne. Leur piété, leur douceur, leur charité, l'action de leur parole font passer les idolâtres de la colère et du préjugé au silence, du silence à l'estime et de l'estime à l'admiration. Les habitants de la cité abordent nos trois apôtres, s'entretiennent avec eux et vont les entendre. Leurs instructions familières les touchent, les éclairent et les convertissent. Ils bâtissent une vaste église qui est remplie de nouveaux chrétiens. Eusèbe, évoque de Verceil, vient la bénir et Marcellin est élu évêque de cette nouvelle église.
La ville de Digne était alors plongée dans les ténèbres du paganisme. Marcellin attaché à son troupeau ne pouvait pas voler au secours de ces chères âmes, comme il le désirait, il laisse à Domnin et à Vincent la gloire et le bonheur de faire cette nouvelle conquête. Après les avoir bénis, il les chargea d'aller gagnera Jésus-Christ ces nombreuses âmes endormies dans le péché.
Les deux apôtres arrivent à Digne animés d'un
saint zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Mais ce peuple, jusque-là livré à la plus grossière idolâtrie, ne pouvait comprendre les vérités si sublimes qu'on venait lui annoncer. La morale si pure de l'Évangile était trop en désaccord avec sa conduite. Aussi, la foule, au lieu de prêter une oreille attentive, résistait. C'est alors que Domnin, inspiré d'en haut, leur dit : « Amenez-nous tous vos infirmes, tous vos malades, tous les possédés du démon; nous invoquerons sur eux le Dieu que nous adorons et qui s'est tant abaissé pour notre salut, il vous fera connaître sa grande puissance. » Cette parole hardie est acceptée. On apporte devant les missionnaires une grande multitude d'aveugles, de sourds, de boiteux, de paralytiques, de malades et d'énergumènes. Vincent se met en prières et Domnin commence l'abjuration. A l'instant le sol frémit sous les pieds de la foule et toute cette multitude, souffrante et saisie d'effroi, se trouve parfaitement guérie. Tout le monde bénit le Dieu des chrétiens et confesse qu'il est le seul véritable. Plus de cinq cents personnes demandent et reçoivent le baptême.
On s'occupa aussitôt de la construction d'une église qui ne tarda pas à être bâtie#. Ce fut pour Domnin et Vincent une occasion favorable de revoir saint Marcellin. Ils prièrent le saint pontife de venir consacrer le nouveau temple élevé en l'honneur du vrai Dieu. Saint Marcellin comprit alors qu'un évêque était nécessaire pour diriger cette nouvelle chrétienté, déjà trop importante pour rester sous sa houlette pastorale. Domnin fut contraint d'accepter cette dignité ; et l'obéissance le courba sous une
charge dont, mieux que tout autre, il comprenait la pesanteur. Peu d'années s'étaient écoulées, depuis son élévation à l'épiscopat, et déjà ses vertus, ses prédications et les prodiges que le Seigneur opérait par ce serviteur fidèle avaient changé la face de son vaste diocèse. Il eut révélation de sa mort prochaine. Dieu lui en avait marqué l'heure et le jour. De plus, il lui avait déclaré que Vincent, son maître, lui succéderait et continuerait son œuvre.
Réflexions pratiques.
Saint Domnin, éclairé des lumières de l'Évangile, ne se contente pas d'aimer et de servir le Dieu qu'il a le bonheur de connaître; mais il déploie un zèle extraordinaire à instruire les ignorants et surtout les païens des vérités de notre sainte religion. Son pays natal n'est pas un champ a-sez vaste pour satisfaire l'ardeur de son cœur. Il tourne les yeux vers les Gaules et y dirige ses pas. Que n'a-t-il pas fait dans ces vastes contrées pour élargir le royaume de Dieu. A l'exemple du divin Maître, il enseigne les peuples par sa conduite avant de leur faire connaître les maximes de l'Évangile. Et il fait d'innombrables conquêtes à Jésus-Christ. Quel usage faisons-nous des lumières de notre esprit? Les employons-nous à éclairer les autres, à les instruire des vérités de la foi, à leur apprendre leurs devoirs s'ils les ignorent, . à leur faire connaître leurs fautes quand ils offensent Dieu en notre présence? Les connaissances que Dieu nous a données sont des talents qu'il nous a confiés et que nous devons employer à sa gloire. Le
faisons-nous? Mon Dieu! que mon zèle pour faire votre œuvre est peu ardent. Daignez l'activer.
Plan de méditation.
I. Ce qu'a fait saint Domnin pour se sanctifier, m'apprend ce que je dois faire moi-même pour devenir un saint.
IL Ce qu'il a fait pour sanctifier les autres, m'apprend quel doit être le zèle d'un chrétien pour le salut de ses frères.
SAINT RAYMOND DE PEYNAFORT, Confesseur
14 février.
Saint Raymond naquit à Barcelone, au château de Peynafort, en 1175, d'une famille alliée aux rois d'Aragon. Orné de tous les dons de la nature et de la grâce, il ne tarda pas à faire fructifier, au centuple, les talents que la divine Providence lui avait confiés avec tant de largesse. Il fit des progrès si rapides dans ses études qu'à vingt ans il enseignait la philosophie avec distinction dans son pays. Au sortir de l'adolescence, il se rendit à Bologne pour s'y appliquer avec soin à l'accomplissement des devoirs de la piété et à l'étude du droit canonique et civil. Il passa par les Alpes et traversa le mont Genèvre. C'est sur cette montagne qu'il fut témoin d'un grand miracle opéré par l'intercession de la Sainte Vierge en faveur d'un jeune homme de ce pays. Près du hameau des Clavières, se trouvait une chapelle, sous
le vocable de la Visitation delà Sainte Vierge, appelée Sainte-Marie de Balbeza. Un jeune homme des environs, s'étant rendu à cette chapelle pour satisfaire à sa dévotion, fut saisi par des ennemis qui lui arrachèrent les yeux et lui coupèrent les deux mains. Porté dans la chapelle, il se prosterna aux pieds de la Vierge. Sa mère qui apprit ce qui était arrivé, courut en toute hâte, et trouva son fils dans ce triste état. Pleine de confiance en la Vierge de Balbeza, elle la pria instamment de lui rendre son fils sain et sauf comme elle le lui avait envoyé, et à l'instant le miracle s'opéra; deux yeux brillants, et y voyant bien, prirent la place de ceux qui avaient été arrachés, et deux mains saines et robustes furent ajustées aux bras mutilés. Raymond de Peynafort et son compagnon Pierre Ruber virent ce jeune homme et constatèrent ce miracle, qui augmenta encore leur dévotion et leur confiance en la Vierge Marie. — A vingt-cinq ans, il reçut à Bologne le titre de docteur et y expliqua les saints canons, aux applaudissements de ses nombreux auditeurs. On vantait son esprit, mais plus encore son désintéressement et sa vie exemplaire, car il n'accepta les appointements que la ville lui assigna sur les deniers publics que pour les distribuer aux pauvres. Ses études n'avaient d'autre motif que la charité.
Bérenger, évêque de Barcelone, revenant de Rome, passa par Bologne pour voir le docteur Raymond dont on parlait partout avec tant d'éloges. Le vertueux prélat lui donna de si fortes raisons et il lui fit tant d'instances qu'il le décida à quitter sa chaire
pour revenir dans sa patrie. A son arrivée, il reçut le titre de chanoine et d'archidiacre de l'église de Barcelone. Dans cette nouvelle dignité, il resta ce quil était auparavant : humble, modeste, simple malgré sa science et devint bientôt l'admiration du clergé et du peuple, par son intégrité, son savoir et la suavité de ses mœurs.
La Vierge, mère de Dieu', était pour lui l'objet d'une piété et d'une affection particulière, et toujours il travailla à augmenter son culte et son honneur. Entré dans l'Ordre de Saint-Dominique à quarantecinq ans, il s'exerça, comme un nouveau soldat, dans tous les genres de vertus, principalement à l'exercice de la charité pour les pauvres et au soulagement des chrétiens captifs chez les infidèles, à la délivrance desquels il résolut de travailler sans relâche. Le Ciel favorisa ses charitables projets; car en une même nuit , la Sainte Vierge apparut à Jacques Ier, roi d'Aragon, à saint Pierre Nolasque et à saint Raymond lui-même pour les exhorter à fonder un Ordre religieux où l'on s'engageât par un vœu exprès, à travailler à la rédemption des captifs. Ils se communiquèrent cette révélation. L'Ordre fut établi sous le nom de Notre- Dame-de-la- Merci. Saint Raymond de Peynafort en dressa les constitutions. Saint Pierre Nolasque en fut le premier général et le roi d'Aragon le grand appui.
Appelé à Rome par Grégoire IX, qui le fit son chapelain, puis son pénitencier et son confesseur, Raymond recueillit, par le commandement du pape, les décrets des souverains pontifes qui se trouvaient épars, soit dans leurs lettres, soit dans les actes des
conciles et il en composa un livre connu sous le nom de Décrétâtes.
Ayant été nommé à l'évêché de Tarragone, il en fut si affligé, qu'il en devint malade ; et le pape, ayant égard à son invincible répugnance pour les dignités ecclésiastiques, lui permit d'y renoncer, et nomma à cet archevêché, un sujet que saint Raymond lui proposa, et qu'il jugeait plus capable que lui de le remplir dignement. 11 obtint ensuite du pape la permission de retourner dans son couvent à Barcelone afin d'y vivre dans le calme de la retraite; mais de retour dans sa patiie, les Dominicains le nommèrent général de leur Ordre. Raymond après en avoir réformé les constitutions se démit de sa charge et reprit les fonctions du saint ministère.
Il célébrait tous les jours les saints mystères avec une ferveur et une piété si sensibles, que les assistants en étaient touchés. Il jeûnait toute la semaine, excepté le dimanche. Sévère pour lui-même, il était pour les autres, à l'exemple de Jésus-Christ, plein de douceur et de bonté. Cependant, il savait parfaitement allier la douceur à la fermeté pour guérir les pécheurs. Il n'eut jamais pour eux de lâches complaisances et ne fit jamais grâce au péché. En voici une preuve palpable : Etant confesseur de Jacques R, roi d'Aragon, il apprit, par bruit commun, que le prince entretenait à la cour une personne avec laquelle on l'accusait de mal vivre. Saint Raymond, avec toute la liberté des serviteurs de Dieu, lui dit clairement : Non lient. Cela ne vous est pas permis. Le roi promit de changer de conduite, mais la pas-
sion l'ayant toujours emporté sur ses promesses, le Saint vint le trouver et lui déclara que puisqu'il ne voulait pas congédier le scandale, il allait s'éloigner lui-même.
Convaincu que le départ de l'homme de Dieu serait une terrible condamnation de sa conduite, le roi lui défendit de partir, et alla jusqu'à prononcer la peine de mort contre quiconque oserait l'embarquer. La cour était alors à Majorque, dans les îles Baléares. Raymond partit néanmoins, et arrivé sur le rivage : « Un roi de la terre, dit-il à son compagnon, nous ferme le passage, mais le roi du Ciel y suppléera. Et, plein de confiance, il jeta son manteau sur les flots, il y monta armé du signe de la croix, comme sur une barque solide; et arriva à Barcelone en six heures, quoiqu'il y eût cinquantetrois lieues de trajet. Là, par un second miracle, la porte de son monastère s'ouvrit d'elle-même. Le bruit de ces prodiges augmenta la vénération dont il était environné. Sa réputation éclata partout. Le roi lui-même en fut si touché qu'il rompit ses liaisons coupables et se remit, avec une nouvelle confiance, entre les mains de son saint directeur. — Enfin usé, de travaux, comblé de mérites, il mourut à Barcelone aussi saintement qu'il avait vécu, le 6 janvier 1275, âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans et quatre mois. Dieu honora son tombeau d'une foule de miracles et Clément VIII le canonisa solennellement.
Reflexions pratiques.
La pureté de cœur, jle zèle du salut des âmes, la multiplicité des bonnes œuvres, tel est le résumé de
la vie de saint Raymond de Peynafort. Pour se soustraire aux plaisirs de la jeunesse, pour échapper aux séductions du monde, ce grand saint eut recours à la prière et à l'étude. La prière éleva son cœur à Dieu, par un amour tendre et profond; l'étude occupa son esprit et l'orna de la science divine et humaine. L'un et l'autre l'aidèrent à s'élever à la pratique de toutes les vertus chrétiennes et à donner aux fidèles le spectacle d'une vie aussi sainte qu'édifiante et d'une fermeté de caractère qui ne sut jamais faiblir devant le mal. Cette fermeté venait de sa foi vive, jointe à un ardent amour de Dieu et à des convictions religieuses qui ne se démentirent pas un seul instant. 11 en est toujours ainsi quand de grands talents sont unis à une profonde piété. Celle-ci est l'arôme de la science qui, sans elle, n'engendre que l'orgueil et la corruption. On l'a toujours dit, et c'est toujours vrai : peu de science éloigne de Dieu, beaucoup de science y ramène. Pourquoi sommesnous aujourd'hui si faibles? Pourquoi les caractères ont-ils baissé! Pourquoi les âmes fortes sont-elles si rares parmi nous?Il y a deux causes à ce mal: la foi s'est refroidie en nous, et l'ignorance en religion est presque générale. Voilà pourquoi aussi notre vie est mauvaise; voilà pourquoi nos mœurs sont si faciles et notre vie si vide de bonnes œuvres. La lumière de la foi est éteinte dans nos cœurs; ne nous étonnons plus si nous marchons dans les ténèbres du vice; l'étude de la religion n'est plus qu'une chose secondaire, on ne la connaît pas, par conséquent on ne peut pas la pratiquer.
Plan de méditation.
I. Saint Raymond fut le captif de l'amour de Jésus-Christ en se dépouillant : 1° de ses biens; 2° de sa liberté ; 3° de sa vie qu'il sacrifia.
II. 11 fut le captif de l'amour du prochain: 1<> par le désir qu'il eut de délivrer les captifs; 2° par les actes de cette délivrance même.