DIMANCHES DE LA SEPTUAGÉSIME , DE LA SEXAGÉSIME ET DE LA QUINQUAGÉSIME
Ces noms donnés aux trois dimanches qui précèdent le Carême, viennent des trois mots latins qui signifient soixante-dixième, soixantième et cinquantième. Mais quelle est la raison de ces noms ? La voici :J
Le Carême se compose de quarante jours de jeûne, sans compter les dimanches, par conséquent de six semaines et des quatre jours qui s'écoulent du mercredi des Cendres au premier dimanche de Carême. Or, dans plusieurs contrées, en Orient surtout, on ne jeûnait point le samedi, parce qu'on le regardait comme un jour de joie, en mémoire du repos de Dieu, qui termine ce jour-là l'ouvrage de la création. En d'autres pays on ne jeûnait pas non plus le jeudi, parce qu'on le regardait aussi comme un jour de joie en mémoire de l'institution de la sainte Eucharistie. Pour compléter les quarante jours déjeune, les chré-
tiens anticipaient le jeûne du Carême. Les uns le commençaient cinquante jours avant Pâques, c'està-dire le lendemain de la Quinquagésime ; les autres, soixante jours, c'est-à-dire le lundi de la Sexagésime; et enfin une troisième classe commençait soixante et dix jours avant cette solennité ou le lendemain de la Septuagésime.
Les trois dimanches qui précèdent le Carême, sont regardés comme un temps de préparation au jeûne quadragésimal. Aussi, pendant ces trois semaines, comme pendant le Carême, l'Église retranche de ses offices tous les chants de joie : Y Alléluia, le Gloria in excelsis et le Te Deum, et y substitue des chants lugubres avec des prières convenables à un temps de pénitence ; elle célèbre ses offices avec des ornements violets, comme pour les temps de jeûne et d'abstinence.
Si l'Église veut encore nous faire entrer dans l'esprit de componction et de pénitence pendant les trois dimanches qui précèdent le Carême, c'est pour nous engager à mêler nos larmes aux siennes sur les dissolutions et les excès si communs parmi les chrétiens aux approches de la sainte quarantaine. On dirait qu'ils veulent se dédommager, par avance, des saintes austérités de la pénitence qu'elle est sur le point de leur imposer. Un vrai chrétien peut-il être témoin de ces dérèglements sans s'en affliger devant Dieu et sans s'efforcer de fléchir sa colère par des prières et des bonnes œuvres? Celui qui aime véritablement Dieu et sa loi sainte, peut-il ne pas gémir sur tant de scandales? Une âme charitable peut-elle rester insensible aux malheurs de ses
frères en les voyant ainsi courir à leur perte ? C'est dans cette vue que nous devons nous efforcer de fléchir par la prière, la pénitence et toutes sortes de bonnes œuvres, la colère de Dieu irritée par les désordres auxquels de trop nombreux chrétiens se livrent en ce temps.
Le dimanche de la Septuagésime qui est l'annonce de la grande pénitence publique du Carême, entrons dans l'esprit de l'Église. Évitons les désordres, hélas ! si communs dans ces jours d'iniquité qui doivent être des jours dé sanctification. Étrange opposition entre l'esprit de Jésus-Christ et celui du monde! Jésus-Christ, par la bouche de ses ministres, invite les chrétiens à s'humilier devant Dieu dans la vue de leurs péchés ; il les exhorte à la prière, à la retraite, aux bonnes œuvres; et le monde invite ses sectateurs à la dissipation, à l'intempérance. Ah! de quel esprit sommes-nous animés ? Et à qui de Jésus- Christ ou du monde appartenons-nous ? Si nous reconnaissons Jésus-Christ pour maître, si nous sommes vraiment chrétiens, ayons en horreur les folles joies du siècle, ces excès scandaleux qui déshonorent le christianisme; bannissons-les de nos maisons , gémissons sur le malheur de ceux qui s'y livrent ; empêchons nos subalternes de s'y livrer ; pénétrons-nous des vérités saintes dont l'Église nous entretient pendant ces jours ; vivons dans la prière et dans l'éloignement de toute compagnie mondaine; venons souvent dans le saint temple; adorons Jésus-Christ et réparons les outrages que lui
font tant de chrétiens indignes d'un si beau nom. C'est à ces traits qu'on reconnaîtra que nous sommes animés de l'esprit de Jésus-Christ et que nous lui appartenons. Quoi de plus insensé que de se préparer au recueillement par la dissipation, au jeûne par l'intempérance, à la mortification par la sensualité, à la tristesse salutaire de la pénitence, par les éclats tumultueux d'une joie dissolue.
Plan de méditation.
I. Aveuglement déplorable de certains chrétiens dans les désordres qui précèdent le Carême.
II. Ce que doivent faire les vrais serviteurs de Dieu pour y remédier.