ORAISON DE NOTRE-SEIGNEUR AU JARDIN DES OLIVIERS
Mardi après le dimanche de la Septuagésime.
Après la dernière Cène, le Sauveur, accompagné de ses apôtres, sort du Cénacle, quitte Jérusalem, passe le torrent de Cédron et se rend à la montagne des Oliviers. Il entre dans le jardin de Gethsémani où il avait coutume de se retirer pour se soustraire au tumulte de la ville et pour prier. Là, voulant ménager la faiblesse de ses disciples, il se retire à l'écart dans une grotte et n'admet auprès de lui que ses apôtres de prédilection : Pierre, Jacques et Jean. Il leur fait part de ses chagrins : « Mon âme, leur dit-il, est triste jusqu'à la mort; attendez ici et
veillez avec moi. » Puis s'éloignant d'eux, environ d'un jet de pierre, il tombe à genoux devant son Père, et, comme s'il craignait de ne pouvoir s'abaisser assez pour l'bonorer, il courbe, jusqu'à terre, sa face adorable, il se prosterne devant lui. C'est alors que, succombant sous le poids de la douleur, il laisse échapper de ses lèvres ces paroles qui résument tout l'homme et tout Dieu, ces paroles devenues la sagesse- de tous les sages : « Mon Père, si vous le voulez, détournez de moi ce calice, néanmoins que votre volonté soit faite et non la mienne. » Que de confiance et d'amour dans cette parole : Mon Père! Ce nom de Père est doux et tendre comme le cœur de Jésus. Si vous le voulez, ajoute-t-il, si tel est votre bon plaisir. Où trouver plus de respect, plus de douceur, plus de modestie ! Bien qu'il sente vivement ce que son calice a d'amer, il ne dit pas sans condition : Dispensez-moi de le boire; ce sentiment serait trop naturel. Voilà pourquoi, s'élevant aussitôt au-dessus de la sensibilité, il adore la volonté de son Père, et se soumet sans réserve à tout ce qui lui plaira d'ordonner. La prière de Jésus, au jardin de Gethsémani, est celle que nous devrions adresser à Dieu dans nos afflictions et nos épreuves.
Pendant que le Dieu Rédempteur s'entretient avec son Père, la vive image de la cruelle mort qu'il va subir, les opprobres dont il sera saturé, les fouets et les épines qui ensanglanteront son corps, la croix sur laquelle il doit expirer, le plongent dans une profonde tristesse. Représentant de l'humanité déchue, caution des pécheurs, il éprouve dans son
âme les horribles tourments qu'il doit souffrir en détail, il sent sur sa tête le poids accablant des crimes de tous les siècles passés, présents et à venir. Mais le spectacle lugubre qui afflige le plus profondément son cœur, c'est le peu de fruit que produira sa mort, l'inutilité de son sang pour un grand nombre de pécheurs qui abusent de sa grâce. La connaissance exacte de tant de scélératesse et d'ingratitude, plonge son âme dans une cruelle agonie. Aussitôt une sueur de sang et d'eau ruisselle de tous les pores de son corps. La terre, souillée par nos péchés, demande vengeance ; Jésus l'arrose de son sang pour obtenir notre pardon. Dans les angoisses de la mort, il continue d'offrir, à son Père, ses puissantes supplications pour apaiser son courroux; et pour nous donner l'exemple de la prière et de la résignation : « Mon Père, disait-il, tout vous est possible; détournez de moi ce calice! Qu'il en soit néanmoins, non ce que je veux, mais ce que vous voulez. » Imitons ce modèle achevé de toutes les vertus.
Réflexions pratiques.
La mémoire solennelle de la prière de Notre-Seigneur au Jardin des Oliviers est la première de ces belles fêtes de la Passion, qui s'échelonnent le long du Carême et préparent pieusement les âmes à sanctifier la Semaine sainte. Avec Notre- Seigneur et comme lui, redoublons de prières dans nos peines et dans les épreuves de l'Église. La prière, c'est le salut; elle seule prépare la victoire : « Veillez et priez, afin de ne pas succomber dans l'épreuve. » Mais
prions comme notre grand modèle, loin du tumulte, avec humilité, respect et persévérance et notre prière sera exaucée.
Plan de méditation.
I. Gomment prie Jésus-Christ? Il prie: 1° fréquemment; 2° longuement; 3° respectueusement; 4° ardemment.