COMMÉMORATION DE LA PASSION
Mardi de la Sexagésime.
Jésus-Christ voulant étaler aux yeux de ses enfants les grands mystères où il a fait éclater pour eux sa sagesse infinie, sa puissance sans bornes, sa charité immense leur fait souvent contempler le drame sanglant de sa passion. Pour les obliger à faire de ses humiliations et de sa mort le sujet constant de leur admiration, il a établi le grand et adorable sacrifice
de l'autel, le sacrement auguste de l'Eucharistie : « Vous ferez ceci en mémoire de moi. Voilà mon corps livré, immolé pour vous ; voilà mon sang répandu pour la rémission des péchés. » L'Église, fidèle aux instructions de son Époux, déclare qu'elle a reçu, dans ce sacrement admirable, la mémoire et le monument de sa passion. C'est pour cela qu'elle a institué une fête particulière en l'honneur de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'on célèbre avant la sainte quarantaine. L'Église sait qu'il n'est point de sujet plus capable d'exciter notre amour et notre reconnaissance envers Dieu qui nous a aimés jusqu'à mourir pour nous. Elle n'ignore pas que le péché ne saurait régner dans un cœur qui considère souvent la mort de Jésus et la porte pour ainsi dire avec lui. Aussi veut-elle que, dans nos temples, tout nous prêche la dévotion à la passion. Elle commande qu'on porte la croix à la tête des processions, qu'on la représente sur les vêtements sacrés, qu'on en retrace le signe auguste dans toutes les cérémonies ; qu'on lui consacre un jour chaque semaine, le vendredi; des fêtes à divers époques; un temps particulier chaque année, la quinzaine d'avant Pâques, tout entière ; et le chemin de la croix attire partout et à toutes les époques la dévotion des fidèles; tant le culte de Jésus crucifié est dans l'essence du christianisme. Aussi les saints, en qui se trouve la plénitude de l'esprit chrétien, ont-ils fait de la croix l'objet le plus habituel de leur piété. C'est à ses pieds qu'ils ont puisé leurs vertus et leur perfection. Saint Paul ne se glorifiait que dans la croix, ne voulait savoir que la croix, vivait toujours attaché à la croix. Saint
Augustin nourrissait son âme dans la méditation de la croix. Saint François d'Assise ne voulait pas que les siens eussent d'autre objet de méditation que la croix qu'il avait placée au lieu de réunion de sa communauté. La grande désolation de cet illustre amant de Jésus crucifié était de voir l'insensibilité des hommes au sujet de la passion du Sauveur. A la pensée de leur ingratitude il versait jour et nuit des larmes ; et quand on voulait le consoler : a Non, répondait-il, toute ma vie je serai inconsolable de ce que, mon Sauveur ayant tant aimé les hommes, les hommes cependant l'aiment si peu. » Saint Bonaventure, à son tour, ne vivait que dans les plaies de Jésus : « C'est là, disait-il, où je veille, où je prends mon repos, où je lis, où je converse, où je veux toujours être. » Aussi remarque saint François de Sales, il semble que, quand ce grand docteur écrivait les effusions célestes de son âme, il n'avait d'autre papier que la croix, d'autre plume que la lance qui avait percé le côté de son maître, d'autre encre que son précieux sang (1).
Réflexions pratiques.
Pénétrons-nous des sentiments que l'Église veut nous inspirer; mêlons nos larmes aux siennes ; commençons dès ce moment à méditer la passion de notre Dieu; venons le contempler couvert d'une sueur de sang, en proie à la tristesse et aux frayeurs -de la mort, traîné, comme un malfaiteur, de tribunal en tribunal, trahi par un apôtre, renié par un
(1) M. Hamon.
autre, abandonné de tous, cruellement flagellé, livré par la justice inexorable de son Père à tous les opprobres et à tous les supplices que peut inventer la rage de ses bourreaux. Suivons-le jusqu'au Calvaire, jusqu'au pied de la croix sur laquelle il expire. Voyons sa tête couronnée d'épines et penchée sur son sein, ses mains et ses pieds percés de clous, son côté ouvert d'un coup de lance, ses yeux éteints, ses lèvres pâles et desséchées, son visage et toute sa personne défigurés, tous ses membres couverts de sang. Voilà l'homme de douleurs ! voilà l'ouvrage de nos iniquités !
Jésus-Christ, pour notre réconciliation, a subi toute la rigueur du céleste courroux, et notre guérison a été le fruit de ses blessures; reconnaissons combien était funeste une maladie dont la guérison exigeait tout le sang d'un Dieu. — Écoutons la voix de ce sang précieux; il nous crie : «Détestez le péché, dont l'expiation a coûté si cher à Jésus-Christ. Aimons Jésus-Christ, qui nous a aimés jusqu'à donner sa vie pour nous, qui s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, jusqu'à la mort de la croix, pour nous sauver de la mort éternelle » (1).
Plan de méditation.
Moyens pour s'appliquer les mérites de la passion : 1° méditer souvent sur ce mystère; 2° se repentir de ses péchés, qui en sont la cause ; 3° imiter Notre- Seigneur Jésus-Christ dans sa patience ; 4° passer le saint temps qui nous sépare de la pâque dans des exercices de pénitence.
(1) L'abbé Martin.