SAINT MACAIRE
Saint Macaire, dit le Jeune, naquit à Alexandrie où il exerça une profession bien commune : pour vivre, il était obligé de vendre des gâteaux et des sut creries. Étant encore à la fleur de l'âge, touché de la grâce, il fit un éternel divorce avec le monde pour se consacrer à Dieu sans réserve. Dès lors, il s'enfonça dans la solitude où il vécut plus de soixante ans. Là, uniquement occupé du travail, de la prière, il fit des prodiges de mortification et d'abstinence. Ce que l'on en raconte paraîtrait incroyable, si la foi ne nous apprenait que la grâce, croissant dans une âme à mesure que sa fidélité augmente, la conduit enfin à un point de perfection el de détachement qui surpasse les efforts ordinaires de la nature.
Il vécut sept ans ne mangeant que des herbes crues, et se contentant pendant trois ans de quelques onces de pain et d'un peu d'eau. En traitant si rudement son corps, il avait encore plus soin de purifier son esprit et son cœur : il élevait l'un et l'autre à Dieu par une prière continuelle. Il s'enfermait souvent dans sa cellule durant plusieurs jours sans parler ni répondre à personne, pour se donner tout entier à la contemplation. « Mon âme, disait-il, élevez-vous jusqu'au Ciel, et prenez garde d'en descendre pour vous occuper de pensées inutiles "et terrestres. Vous y trouverez un Dieu Créateur de l'univers que les Anges adorent; c'est là qu'il faut vous attacher. »
Il avait, dans la basse Egypte, trois cellules différentes, l'une dans le désert de Scété, l'autre dans celui des Cellules, ainsi nommé de la multitude de cellules et de solitaires qui s'y trouvaient, et la troisième sur la montagne de Nitrie. La première était semblable à un cacbot obscur, la lumière du soleil ne pouvait y pénétrer; c'était celle où il avait coutume de passer le saint temps du Carême. La seconde était tellement étroite qu'il ne pouvait y étendre son corps. La dernière était plus spacieuse, et c'était là qu'il recevait les visites des pieux solitaires qui venaient le consulter.
Chaque solitaire vivait séparé de ses frères dans une cellule particulière, d'où il ne sortait que le samedi et le dimanche pour vaquer au service divin et participer aux saints mystères. Tous n'avaient qu'un seul désir, celui d'arriver à la plus haute perfection.
Pallade, évêque d'Hélénipole, disciple de saint Macaire et historien de sa vie, nous rapporte un trait bien édifiant de la mortification de ces pieux anachorètes. Macaire, ayant reçu en présent une grappe de raisin fraîchement cueillie, l'avait envoyée à un solitaire du voisinage qui était malade. Celui-ci l'avait portée à un troisième, et ainsi de suite ; de sorte que la grappe, après avoir passé de cellule en cellule, était revenue à notre Saint qui, enchanté de la mortification de ses frères , ne voulut point y toucher.
Cependant les austérités de Macaire , quelque grandes et continuelles qu'elles fussent, ne suffisaient plus à sa soif de mortifications et de pénitences. Ayant ouï parler du monastère de Tabeune,
gouverné par saint Pacôme, dont la réputation remplissait le désert, il résolut de s'y rendre, pour examiner à loisir ce qui s'y pratiquait et y apprendre à avancer dans les voies de la perfection. Il s'y (rendit, en effet, sous l'habit d'un artisan aGn de ne pas être reconnu. Saint Pacôme fit d'abord de grandes difficultés pour l'admettre parce que, le voyant déjà d'un certain âge, il ne le croyait pas capable de s'assujettir aux jeûnes et à toutes les austérités pratiquées par ses frères. Comme Macaire insistait, on l'admit enfin, mais à condition qu'il observerait toutes les règles du monastère. Quand le Carême arriva, chaque religieux ajouta quelques austérités à ses mortifications ordinaires. Quant à saint Macaire, il se retira dans un coin durant la sainte quarantaine, se tenant debout en oraison et ne mangeant autre chose que quelques feuilles de choux, non pas cuites et assaisonnées, mais toutes crues, et encore ne se permettant ce léger soulagement que le dimanche. Une austérité si étonnante effraya les autres solitaires qui crurent voir en lui un ange descendu du Ciel. Saint Pacôme l'ayant reconnu le remercia de ce qu'il était venu guérir ses religieux des tentations de vaine gloire que pouvaient leur causer leurs austérités , en leur faisant voir un homme qui les surpassait tous; puis le laissa partir en le priant de se souvenir devant Dieu de lui et de ses religieux.
Cependant sa vertu fut souvent éprouvée par diverses tentations : entre autres, il lui vint à l'esprit la pensée de quitter le désert, tantôt sous le prétexte d'aller soigner les malades, tantôt sous d'au-
très plus ou moius spécieux ; mais la fermeté le délivra bientôt de ces pièges dans lesquels l'ennemi du salut essaya de l'attirer. Un jour, pour résister à la tentation, il remplit de sable deux grands paniers, les charge sur ses épaules et traverse ainsi le désert. Un anachorète le rencontre et lui demande ce qu'il prétendait faire avec ce fardeau qui l'accable ; et Macaire de lui répondre : « Je tourmente celui qui me tourmente. » Le soir, il retourne à sa cellule, épuisé de fatigue, mais entièrement délivré de la tentation.
Dieu récompensa dès ce monde sa courageuse fidélité par le don de discernement des esprits, par la connaissance des choses cachées et par la puissance de faire des miracles. Il guérissait les malades qu'on lui apportait. On raconte qu'une personne de qualité frappée d'une maladie cruelle vint le prier d'obtenir sa guérison. Le Saint connut par révélation que l'infortunée était punie de Dieu pour plusieurs sacrilèges dont elle n'avait fait aucune pénitence; il le lui reprocha, la convertit et la guérit.
Un jour Macaire d'Alexandrie passant le Nil avec Macaire d'Egypte, surnommé Y Ancien, portaient sur leur front une si grande joie et une si parfaite sérénité que des officiers et des soldats en furent vivement frappés. « Ces anachorètes, disaient-ils, doivent goûter un bonheur parfait dans leur pauvreté. — Vous avez raison, répondit notre Saint, de nous appeler heureux, mais si nous sommes heureux en méprisant le monde, que doit- on penser de vous qui vous plaisez dans ses chaînes? » Ces paroles touché-
rent si vivement l'officier qui avait parlé le premier, qu'il distribua tout son bien aux pauvres et suivit le saint solitaire au désert.
L'arianisme qui désolait alors l'Église, le trouva également inébranlable dans sa foi, et il mérita d'être exilé pour son inviolable attachement à la doctrine catholique. Enfin, après avoir atteint une extrême vieillesse, il s'endormit dans le Seigneur' vers l'an 394.
Réflexions pratiques.
Deux choses surtout frappent dans la vie de saint Macaire : c'est l'intégrité de ses mœurs, la multiplicité de ses bonnes œuvres. — Pour conserver son âme intacte, il a fait un divorce complet avec le monde. Il a compris que pour se préserver des atteintes du 'péché, il fallait avant tout s'éloigner des occasions prochaines ; aussi va-t-il pendant plus de soixante ans s'ensevelir dans les profondeurs de la solitude. Là, ses pensées, ses affections et les actes de sa vie s'élèvent sans cesse vers Dieu comme un encens d'agréable odeur.
Avons-nous à cœur, comme saint Macaire, d'offrir à Dieu une vie innocente etpure? Et, pour réussir, avons-nous évité les occasions de péché et brisé nos attaches dangereuses? Ahl faibles autant que présomptueux , n'avons-nous pas prétendu mettre la main dans le feu sans la brûler? N'avons-nous pas voulu vivre au milieu du vice sans en ressentir les funestes atteintes? Et cependant, nous n'ignorons pas que celui qui s'expose au danger y périra.
A la pureté du cœur notre Saint joignait une vie
pleine de bonnes œuvres. C'est ce qu'il devait faire pour plaire à Dieu. C'est ce à quoi sont tenus tous les chrétiens. Faire le bien et rester esclave de l'orgueil, de la jalousie, de la haine, de la volupté ou de toute autre passion ; être pur, être généreux sans pratiquer les autres vertus, c'est mener une vie stérile pour le Ciel. Mais joindre l'un à l'autre ces deux éléments de la sainteté, c'est travailler pour Dieu, c'est mériter la couronne d'immortalité. Avons-nous compris cette vérité et avons-nous agi en conséquence? Où sont les bonnes œuvres qui doivent orner notre vie?...
Plan de méditation.
Motifs jde la retraite de saint Macaire : 1° pour obéir à l'inspiration divine ; 2° pour servir Dieu avec liberté.
Autre plan.
Manière dont saint Macaire vécut dans sa solitude : 1° dans une courageuse lutte contre le démon et contre lui-même; 2° dans la contemplation; 3° dans le progrès vers la perfection.
Autre plan.