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CIRCONCISION DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

1er Janvier.

La circoncision à laquelle notre divin Sauveur a daigné se soumettre était le signe de l'alliance que Dieu avait faite avec Abraham; signe qui distinguait les descendants de ce grand patriarche de tous les autres peuples de la terre avec lesquels le Seigneur n'avait pas fait un pacte semblable. — Par la circoncision les Israélites consacraient leurs enfants à Dieu le huitième jour après leur naissance ; et dès ce moment ils appartenaient au peuple choisi, ils étaient initiés au service du vrai Dieu; ils s'engageaient solennellement, et à croire les vérités que le Seigneur avait révélées, et à vivre conformément aux règles de morale qu'il avait tracées. L:Enfant-Dieu, né d'une Vierge et lui-même immaculé, n'était" pas plus tenu à la loi de la circoncision qu'aux autres observances mosaïques. Néanmoins il a daigné s'y assujettir pour nous donner un grand exemple et une

grande leçon. Il a voulu nous apprendre à garder la loi de Dieu avec la fidélité la plus parfaite, et à ne pas chercher dans de vains prétextes, des excuses à notre lâcheté et à notre désobéissance; il a voulu guérir notre orgueil par ses humiliations; il a voulu enfin nous insinuer la nécessité de la circoncision du cœur dont celle de la chair n'était que la figure.

Le divin Enfant fut donc circoncis par Marie et Joseph dans l'étable même de Bethléem et y reçut alors le nom adorable de Jésus qui veut dire Sauveur. Cette étymologie nous a été donnée par l'ange Gabriel disant à Joseph : « Vous l'appellerez Jésus, parce que c'est lui qui délivrera son peuple de ses péchés. »

Le 1er janvier, jour où l'Église célèbre la Circoncision, les païens célébraient une fête solennelle en l'honneur de Janus, un de leurs dieux qui a donné son nom à ce mois, et en l'honneur de la déesse Strenia ou Strena. A cette occasion on se faisait mutuellement des présents et on se livrait à de honteux divertissements à la suite de repas fort licencieux. — Plusieurs Pères de l'Église, instruits des scandales qui se donnaient durant cette fête, s'élevèrent fortement contre de tels abus. Voici ce que disait, à ce propos, saint Augustin aux fidèles de son diocèse : « Les païens donnent des étrennes, donnez des aumônes; ils se délassent par des chansons impures, délassez-vous par les saintes Écritures ; ils courent au théâtre, volez à l'église; ils s'enivrent, vous, jeûnez. »

Les chrétiens ont aussi gardé l'habitude des étrennes et des visites d'amitié et de politesse imposées par l'usage. La religion les approuve dès lors surtout

qu'elles deviennent l'occasion et la source de réconciliations nombreuses.

Le 1er janvier, avant la grand'messe de la Circoncision, dans la plupart des églises, on chante le Veni creator; c'est pour implorer les lumières du Saint-Esprit au commencement de l'année nouvelle. La veille on donne un salut solennel de pénitence et d'actions de grâces. On y chante le Miserere et le Te Deum, pour demander pardon à Dieu des fautes commises et le remercier des grâces reçues pendant l'année qui finit. On termine par l'absoute et le De Profundis, pour ceux de nos parents et de nos frères que la mort a frappés autour de nous pendant cette même période.

Re flexions pratiques.

D'après nos saints Livres la circoncision du corps ne sert de rien sans celle du cœur dont elle est le symbole. Cette circoncision du cœur, substituée par l'Évangile à la circoncision de la chair, consiste dans le retranchement de toutes les passions criminelles qui nous tyrannisent. Cette circoncision spirituelle est nécessaire parce qu'elle est, à proprement parler, la grâce de l'Evangile qui nous fait appartenir à Jésus-Christ, dit saint Paul : « Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses passions et ses désirs déréglés. » Mortifier sa chair ou la satisfaire, c'est une question de vie ou de mort pour nous.

Hélas! une bien triste expérience ne me l'a que trop souvent appris; si, encore à présent, je fais tant de péchés, n'est-ce pas mon amour des plaisirs, et mon esprit d'imniorLifîcatiou qui en sont la cause?

En parcourant ma vie du matin au soir, du lundi au dimanche, du commencement du mois à la fin, je ne puis m'empêcher de voir que si j'avais circoncis mon cœur en réprimant en lui tout amour désordonné, j'aurais évité la plupart de mes fautes. Je dois donc me mortifier, et je n'ai pas besoin d'un grand examen pour voir quoi et quand; c'est en tout et continuellement, parce que continuellement et en tout la concupiscence tend à m'entraîner.

Mon Dieu ! Je vous consacre les prémices de cette nouvelle année, et je vous promets de l'employer tout entière à votre service.

Plan de méditation.

Jésus-Christ, dans la fête de la Circoncision, nous donne l'exemple : 1° de l'humilité; 2° de l'obéissance; 2° de la souffrance.

Autre plan.

Dans la Circoncision Jésus-Christ nous apprend : 1° à souffrir; 2° à obéir.

SAINT ODILON, Abbé de Cluny

Même jour, 1er janvier.

Saint Odilon naquit l'an 962 en Auvergne'. Ses parents qui occupaient un rang très élevé dans le monde, étaient d'une insigne piété. Son père, le seigneur de Mercœur, savait joindre la gloire des

armes à une loyauté exemplaire, et sa mère, après avoir édifié le monde, termina ses jours dans la vie religieuse.

Dès son enfance, Odilon manifesta une piété extraordinaire qui ne fit qu'augmenter de jour en jour. Aussi Dieu l'en récompensa d'une manière sensible. Dans un âge fort tendre, notre Saint perdit presque complètement l'usage de ses membres. Une sorte de paralysie lui ôtait tout mouvement. La personne qui prenait soin de lui, l'ayant conduit un jour à la porte d'un sanctuaire dédié à la Sainte Vierge, l'y abandonna quelque temps. L'enfant, ainsi délaissé, se démena si bien en s'aidant des pieds et des mains qu'il parvint à franchir le seuil. Tout joyeux, il avançait peu à peu vers l'autel. Lorsqu'il y fut arrivé, il en saisit le parement, et par une assistance miraculeuse de la glorieuse Mère de Dieu, au grand étonnement général, il recouvra subitement toutes les forces naturelles à son âge.

Mû par un sentiment de reconnaissance envers Dieu, Odilon lui consacra sa vie. Dès que l'âge lui permit de disposer de sa liberté, il se retira dans le monastère de Cluny, et y reçut l'habit des mains du saint abbé Maïeul. Par la pratique simple et humble de l'obéissance, il remplit l'ordre auquel il appartenait du parfum de ses vertus. A l'âge de vingt-neuf ans, quoique jeune profès, le pieux abbé le nomma son coadjuteur. Trois ans après saint Maïeul, sur son lit de mort, le choisit au milieu de tant de vénérables et anciens religieux pour être son successeur et gouverner l'abbaye. Tous les religieux se réjouirent de trouver en lui un Père digne de celui qu'ils pieu-

raient, et malgré sa résistance, ils l'élurent canoniquement. Peu de temps après il fut ordonné prêtre. — Le nouvel abbé ne contribua pas peu à augmenter la réputation de sainteté que possédait Cluny : il en fut, par sa charité, par sa pureté de vie et par ses œuvres merveilleuses, une des gloires les plus éclatantes.

La charité était la vertu qu'il pratiquait le plus ardemment sous toutes les formes. L'amour de Dieu le soutenait dans tous ses travaux ; aussi ne manquait-il jamais d'offrir le saint sacrifice de la messe tous les jours, malgré l'incommodité des voyages que nécessitait sa charge et malgré les maladies qu'il eut à supporter.

11 distribuait ses aumônes avec tant de profusion et de bonté que ceux qui l'entouraient allaient jusqu'à lui reprocher ce qu'ils appelaient sa prodigalité. Comme il ne doutait jamais de la puissance divine il ne craignait pas d'en être abandonné. Un jour qu'il visitait un de ses monastères où s'étaient réunis un grand nombre de religieux pour assister à ses entretiens, la nourriture manqua et les serviteurs n'avaient plus qu'un poisson pour tant de monde. Le Saint ordonna de servir ce qu'ils avaient et il se trouva que non seulement tous les religieux, mais encore tous les serviteurs furent pleinement rassasiés et les pauvres eurent aussi leur part.

En traversant une haute montagne, le Saint rencontra de pauvres gens, exténués de fatigue et de soif, et comme l'eau manquait, il ordonna aux siens de leur distribuer tout le vin que l'on portait pour lui et ceux qui l'accompagnaient. Peu après, on s'ar-

rêta pour la réfection et les serviteurs trouvèrent les flacons aussi pleins qu'avant. Car donner au pauvre, c'est donner à Dieu qui récompense surabondamment.

Saint Odilon traitait son propre corps avec une sévérité extrême. Ses jeûnes étaient rigoureux et continuels, il dormait fort peu, se couvrait de rudes cilices et portait constamment une chaîne de fer garnie de petites pointes. Malgré ses austérités, sa conduite envers les autres était pleine de douceur et de bonté. Vis-à-vis de ses inférieurs il ne prenait jamais un ton impératif et sévère ; il suppliait mais ne commandait pas. A ceux qui lui reprochaient sa prodigalité et sa bonté, il répondait : « Dussé-je même être condamné sur ce point, j'aime mieux pécher par excès de douceur que par excès de sévérité.

Sa charité envers le prochain éclata merveilleusement dans une grande famine qui désola et dépeupla la France en 1016. Saint Odilon après avoir fait distribuer aux indigents toutes les provisions de son monastère, ordonna de vendre les ornements et les vases sacrés de son église pour subvenir à tant de misère. Ces aumônes ne pouvant suffire, il se rendit dans les villes et les châteaux, afin d'exciter les princes et les riches à donner généreusement ; c'est ainsi que plusieurs milliers de personnes lui durent la vie. — Nouveau Tobie, il ensevelissait pieusement les morts que la misère et le froid avaient fait périr sur les grandes routes.

Bon nombre de malades recouvrèrent, par son intercession et ses prières, les uns la vue, les autres

la raison, d'autres l'usage de leurs membres. Un jour saint Henri, empereur d'Allemagne, étant à Cluny avec toute sa cour, on servit à table une coupe de cristal délicieusement ciselée et remplie d'aromates. C'était un chef-d'œuvre de l'art alexandrin qu'un prince d'Orient envoyait à saint Henri. Celui-ci fit appeler deux de ses chapelains, leur remit cette coupe et les chargea de l'offrir de sa part au bienheureux Odilon. Les deux chapelains s'acquittèrent en toute révérence de leur commission et revinrent en hâte auprès de l'empereur. La merveilleuse coupe faisait l'admiration des moines et excitait leur curiosité. Ils ne se contentèrent pas de la regarder, chacun voulut la tenir à la main, mais l'un d'eux laissa tomber le vase précieux qui se brisa en morceaux. L'accident avait eu lieu en l'absence d'Odilon ; les moines l'informèrent aussitôt de cette mésaventure. L'homme de Dieu leur fit comprendre la portée que leur faute pouvait avoir : « L'auguste empereur, dit-il, pourrait en rendre responsables les deux clercs de son palais, lesquels y sont complètement étrangers. » Après ces paroles, il se rendit avec tous ses religieux à l'église du monastère, et pria le Seigneur de ne point faire retomber sur des innocents un accident qui n'était point leur fait. Après cela, il commanda qu'on lui apportât le vase qu'il n'avait point vu depuis qu'on l'avait cassé. Mais on le trouva complètement intact, tellement que l'homme de Dieu, dans un premier mouvement de sainte indignation, accusait ses religieux de l'avoir induit en erreur en lui parlant d'un accident imaginaire. Mais la stupéfaction qui se peignait sur leurs

POUR CHAQUE JOUR DE L ANNÉE «io

visages lui prouva bientôt leur sincérité, et tout le monastère en rendit grâces à Dieu. L'empereur transporté de joie donna encore au saint abbé sa couronne, son sceptre et un crucifix d'or.

D'autres merveilles montrèrent encore la sainteté d'Odilon. Deux fois des voleurs furent contraints de rendre ce qu'ils avaient dérobé, parce qu'ils furent frappés par la vengeance divine et ne purent se défaire de ces objets, ni les vendre. Deux fois il traversa en toute sécurité, avec ses compagnon s, rivières débordées, et, la seconde fois, ses chaussures ne furent pas même mouillées.

La charité de notre Saint s'étendait jusqu'aux morts qui n'avaient point encore satisfait entièrement à la justice divine, il sollicitait sans cesse leur délivrance par des prières ferventes, et recommandait fortement aux autres cette pieuse pratique, il institua dans toutes les maisons de son ordre la Commémoration des fidèles trépassés, le 2 novembre. Cette fête passa depuis dans l'Église universelle.

Enfin, après avoir été abbé pendant cinquante-six ans, saint Odilon mourut d'une colique, en 1049, au prieuré de Souvigni en Bourbonnais, dans le cours de la visite de ses monastères. Il était dans la quatrevingt-septième ann^e de son âge. Il se fit porter à l'église durant son agonie, et il y rendit l'esprit sur un cilice couvert de cendres. Il avait reçu la veille le saint Viatique et l'Extrème-Onction.

Réflexions pratiques.

Quelles puissantes raisons ont pu déterminer saint Odilon à abandonner sa famille et ses biens

pour aller s'ensevelir tout vivant dans les profondeurs d'un cloître ? Le but final de sa courageuse résolution, ce sont les magnifiques promesses du Sauveur qui ne se laisse point vaincre en générosité et qui a affirmé qu'il rendrait au centuple, à celui qui quitterait tout pour le suivre. Ce centuple, ce sont les éternelles joies du Ciel. C'est donc pour mieux assurer son salut que .ce noble cœur a quitté le monde et tout ce qu'il possédait dans le monde. Ces promesses sont pour nous aussi si nous voulons nous attacher à Dieu et à son service en lui sacrifiant les fausses félicités de la terre. Que faisons-nous pour éviter ce qui est un obstacle à notre salut? vivons-nous pour Dieu ? travaillons-nous pour le Ciel ? A l'exemple de saint Odilon, fuyons la corruption du siècle et comme lui nous serons admis à célébrer les noces éternelles de l'agneau.

Plan de méditation.

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