‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 3 sur 67 · I. La charité forme le dessein de la Visitation · texte numérisé non relu

I. La charité forme le dessein de la Visitation

IL L'humilité l'exécute.

IIL La sanctification des âmes en est la fin.

SAINTE MARINE, Vierge

Z juillet.

La bienheureuse dont nous allons esquisser la vie sous le nom de Marine s'appelait d'abord Marie. Son père nommé Eugène, étant devenu veuf, résolut de quitter le monde pour ne songer qu'à son salut. Ayant recommandé sa fille à un de ses parents, il se rendit dans un monastère des environs. Là il fit de grands progrès dans la vie religieuse. L'abbé voyant en lui un modèle de piété, d'humilité et d'obéissance, lui témoigna une affection toute particulière. Eugène était heureux dans la solitude, néanmoins il manquait quelque chose à son bonheur: c'était de ne pas avoir près de lui la chère enfant qu'il avait laissée

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dans le monde. Son souvenir jetait quelque trouble dans son âme, la remplissait de mélancolie et quelquesfois môme faisait couler les larmes de ses yeux.

L'abbé^ s'en étant aperçu : « Qu'avez-vous, mon Frère, lui dit-il, quelle est la cause de votre tristesse? Dites-le moi en toute franchise, et Dieu qui aide les affligés vous consolera? — Mon père, lui répondit le religieux en se jetant à ses pieds, je laisse dans le monde un enfant encore bien jeune, et c'est son souvenir qui cause mes peines. — Je vous permets, lui dit Tabbé, d'aller le chercher et de l'amener au couvent. » Le père, plein de joie, alla chercher sa fille, lui coupa les cheveux, changea son nom de Marie en celui de Marin, etl'ayant vêtue d'un habit qui n'était pas de son sexe, il lui commanda le secret jusqu'à sa mort, et l'amena au couvent. Là, il l'instruisit avec toute la tendresse d'un père, la conduisant dans les voies de Dieu, moins encore par ses leçons que par ses exemples.

Frère Marin, c'est ainsi que nous -le nommerons maintenant, n'avait encore que dix-sept ans quand il perdit son excellent père. Ce fut une grande perte et par suite le sujet d'une grande douleur. Marin, dès lors, resta seul dans sa cellule. Fidèle aux leçons de vertu qu'il avait reçues, il se faisait aimer de tout le monde, et on le regardait comme le plus humble, le plus zélé, le plus exemplaire des Frères de la maison. Comme le monastère était près de la mer, et qu'il se tenait un marché à trois lieues de là, les solitaires y allaient chercher souvent ce qui était nécessaire à la maison. On se plaignit que Frère.Marin n'y allait point avec lès autres. L'abbé qui ne s'en

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était point aperçu jusque-là, lui dit un jour : « Pourquoi n'allez-vous pas au marché comme vos Frères ? » Marin répondit humblement : « Je n'y manquerai plus, puisque vous me le commandez, mon père. » Depuis ce jour il s'adjoignit aux religieux chargés d'approvisionner le couvent; et lorsqu'il était trop tard pour revenir coucher au monastère, il demeurait avec les autres Frères dans un hôtel, au lieu même oh se tenait le marché.

L'hôtelier avait une fille qui s'était laissé séduire par un soldat ; ses parents, s'étant aperçus de ce malheur, la maltraitèrent rudement, et la forcèrent de nommer son comphce. Elle accusa Frère Marin. Là-dessus, le père court au couvent ; plein de colère, il raconte à Tabbé l'outrage que lui a fait le solitaire Marin. L'abbé, quoique convaincu de l'innocence de Frère Marin, le fait comparaître en sa présence et lui dévoile le crime dont il est accusé. Marin, après avoir élevé ses regards vers le ciel et réfléchi un instant, ne veut point proclamer son innocence, ni se justifier, il se contente de dire en soupirant : a Je suis très coupable, mais je suis disposé à faire pénitence. » L'abbé à ce langage, le croyant convaincu par sa propre bouche, le fait châtier selon toutes les rigueurs de la discipline et le chasse du couvent.

L'innocent religieux demeura pendant trois ans à la porte du monastère, acceptant avec la plus grande résignation la pénitence qui lui était imposée, couchant sur la terre nue, jeûnant, pleurant et conj urant les solitaires qui entraient et sortaient d'implorer pour lui la miséricorde divine, et leur demandant un peu de pain, quand il était dans une extrême

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nécessité. Bientôt même il fallut ajouter un surcroît de pénitence. La fille de Thôtelier, ayant mis au monde un fils, Fenvoya, aussitôt qu'il fut sevré, au Frère Marin en lui disant : « Voilà votre enfant, nourissez-le comme vous pourrez. » Marin l'accepta comme s'il était le sien, lui donna tous ses soins sans jamais murmurer et le nourrit, pendant deux ans, du fruit de ses aumônes.'

Après ce temps, les religieux étant touchés de compassion, vinrent trouver Tabbé, le priant de recevoir Marin dans la communauté, et lui disant : « Mon Père, pardonnez à notre Frère et recevez-le; il y a cinq ans qu'il couche sur la terre et qu'il fait pénitence, à la porte de la maison, exposé à toutes les injures de l'air, aux reproches et aux mépris des passants. L'abbé, vaincu par leurs instances, lui permit enfin de rentrer, et quand il le vit prosterné à ses pieds :a Je vous fais grâce, dit-il, en considération de votre père qui était un saint homme. Mais comme votre faute est énorme, il faut que votre pénitence soit proportionnée. C'est pourquoi je vous commande de balayer tout seul la maison, d'apporter l'eau nécessaire, de nettoyer les chaussures des Frères et de les servir tous.»

Marin accepta la pénitence de grand cœur et s'en acquitta avec courage. Mais le fardeau était audessus de ses forces déjà épuisées partant de privations et d'austérités. Il y succomba et mourut après quelques jours de maladie. Les Frères ayant rapporté sa mort à l'abbé, il leur dit : « Voyez quelle était la grandeur de son crime, puisque Dieu ne lui a pas même laissé le temps de faire pénitence ! Ne

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laissez-pas néanmoins, par charité, de laver son corps, et enterrez-le bien loin du monastère. »

Quelle ne fut pas la stupéfaction des religieux quand ils reconnurent son innocence! Ils coururent tout en pleurs en informer l'abbé. Celui-ci, convaincu de ce qu'il en était, se laissa tomber de douleur, et se frappant la poitrine, il s'écriait : « Servante de Dieu, je vous conjure par Jésus-Christ, ne m'accusez pas des peines que je vous ai fait souffrir. Vous savez que je l'ai fait par ignorance. » Il commanda ensuite que le corps fût enterré dans l'oratoire du monastère. La méchante fille qui avait diffamé saint Marin ayant appris ce qui se passait, tomba dans des accès de fureur. Elle ne fut guérie que le septième jour sur le tombeau de la Sainte, après avoir fait l'aveu de son crime. La sainteté de Marine fut manifestée depuis, par de nombreux miracles.

Réflexions pratiques.

Quelle patience admirable dans sainte Marine ! Cette innocente vierge jBst noircie par d'affreuses calomnies dont elle aurait pu facilement se laver, cependant elle ne le fait pas, connaissant cette parole du Sauveur : «Vous serez heureux lorsque, à mon sujet, on vous chargera d'opprobres, qu'on vous persécutera, et qu'on dira de vous toute sorte de mal contre la vérité. )> Elle veut acquérir le mérite et la gloire de ce genre de persécutions. Elle n'ignore pas que Jésus-Christ et ses apôtres ont été calomniés ; elle s'estime heureuse de passer par les mêmes épreuves qui sont passagères^ et dont les récompenses sont

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sûres, infinies et éternelles. Avons-nous imité cet exemple de patience et de résignation? Au sein de nos afflictions, lorsque notre réputation était attaquée, nous sommes-nous jetés avec confiance entre les bras de la Providence? Dieu n'abandonne jamais ceux qui se confient en lui. Avons-nous espéré en son secours pour n'être pas confondus? Interrogeons notre vie.

Plan de méditation.

Trois sacrifices de sainte Marine : 1° le premier de sa virginité; 2^ le second de sa patience; 3^ le troisième de sa pénitence.

SAINT THIBAUT, Ermite 4 juillet.

Saint Thibaut descendait de la famille des comtes de Champagne. Il naquit à Provins, en Brie, Tan 1017. On lui donna au baptême le nom de son oncle Thibaut, archevêque de 'Vienne, qui mourut en odeur de sainteté. Ce vertueux prélat avait annoncé à sa nièce la naissance de cet enfant. Il avait prédit qu'il serait un grand serviteur de Dieu et la gloire de sa famille. Cette prédiction fit vivement désirer la naissance du jeune Thibaut et le rendit toujours bien cher à ses parents. Sa mère, femme aussi recommandable par sa piété que par sa naissance, voulut se charger elle-même de la première

éducation de son fils. Sa tâche ne fut pas difficile à cause des heureuses dispositions de Tenfant. On ne vit jamais un naturel plus doux, un esprit plus docile, ni des inclinations plus portées à la vertu. Dès l'âge de quatre à cinq ans, par sa piété et sa modestie, le jeune Thibaut se faisait aimer de tout ceux qui le connaissaient. On ne remarqua jamais rien de puéril dans ses mœurs, ni de léger dans sa conduite. Quoiqu'il trouvât dans la maison paternelle tout ce qui était capable d'inspirer le goût du monde et de flatter la cupidité, il sut éviter les écueils contre lesquels, bien souvent, vont se briser les vertus les mieux éprouvées.

La vie des Pères du désert lui étant tombée entre les mains, il en parcourut les pages touchantes. La perfection de leur vie le frappa et il conçut un vif désir de les imiter. Son père voulut inutilement le retenir au milieu du monde. Il lui prépara des partis avantageux et des postes brillants soit à la Cour, soit dans les armées, mais le saint jeune homme, plein de dégoût pour le siècle, et rempli d'enthousiasme pour la vie héroïque des Jean-Baptiste, des Paul, des Antoine, des Arsène, voulut, comme eux, chercher le bonheur dans les austérités d'une vie solitaire et pénitente. A force de sollicitations, de patience et de vertu, il obtint de son père la permission de quitter le siècle, et de se donner tout au Seigneur. Formé de bonne heure à l'école du pieux Burchard, qui vivait dans une petite île de la Seine, il s'exerça sous sa conduite, à la pratique du jeûne, des veilles et des diff^érentes mortifications; puis, pour mener une vie plus parfaite, il quitta furtive-

ment le pays avec un sien ami du nom de Gauthier. Arrivés à Reims, ils allèrent loger dans Tabbaye de Saint-llemi, et, la nuit suivante, ayant changé d'habits avec deux jeunes pauvres pèlerins, ils sortirent de la ville pour se rendre en Allemagne, dans un lieu désert, appelé Pétingen. Là ils se construisirent des cellules et vécurent en vrais anachorètes. Ils passaient les nuits à chanter les louanges de Dieu et à méditer ses grandeurs, prenant à peine quelques heures de sommeil;^ le jour, ils allaient dans les villages exercer le métier de manœuvres, pour gagner le morceau de pain qui faisait leur nourriture, et l'eau d'une source qui coulait, non' loin de leurs cellules, était leur seul breuvage.

La sainteté de leur vie attirant sur eux les regards et l'admiration des habitants voisins, ils résolurent d'abandonner un lieu oh il ne leur était plus possible de rester inconnus. Ils firent nu-pieds le pèlerinage de Compostelle, après quoi ils reprirent la route d'Allemagne. En passant à Trêves, Thibaut rencontra son père qui ne le reconnut point à cause de la pauvreté de ses habits et de son visage desséché par les rigueurs de la pénitence. Son cœur ressentit la plus forte émotion à la vue de celui qui lui avait donné le jour. Il aurait voulu se précipiter dans ses bras, mais réprimant les sentiments de la nature, il eut le courage de ne point lui parler, et de se priver pour l'amour de Dieu, d'un bonheur si doux. Pour ne pas être exposé, une seconde fois, à une pareille épreuve, il entreprit, avec son compagnon, un pèlerinage à Rome. Les deux Saints allèrent toujours nupieds. Ayant visité tous les lieux de dévotion qui

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étaient en Italie, ils se fixèrent dans un désert affreux, nommé Salanigo, près Vicence, et s'y bâtirent, avec le consentement du seigneur du lieu, deux cellules dans le voisinage d'une vieille chapelle qui tombait en ruines. L'exercice de la prière faisait leur occupation continuelle. Il n'y avait que deux ans qu'ils habitaient leur nouvelle solitude quand Dieu appela Gauthier à la récompense éternelle.

Thibaut regarda la mort de son compagnon, comme un avertissement que Dieu lui donnait de la proximité de la sienne. Il redoubla donc de ferveur dans sa vie solitaire. Il ne vivait que d'eau, de pain d'avoine et de racines, et il en vint jusqu'à s'interdire absolument l'usage du pain. Jamais il ne quittait le cilice. Une planche lui servait de lit, et, pendant les cinq dernières années de sa vie, il ne dormait plus qu'assis sur un banc. L'évêque de Vicence, frappé des éminentes vertus de notre Saint, l'éleva au sacerdoce, et plusieurs personne de piété lui confièrent la direction de leur conscience. — Son père et sa mère, qui vivaient encore, ayant appris que l'ermite de Salanigo, dont on parlait dans toute l'Europe, était ce fils qui, par sa fuite, leur avait fait verser tant de larmes, se mirent aussitôt en route pour l'aller trouver. Qui pourrait exprimer les sentiments du père et de la mère auprès de cet enfant qu'ils avaient tant pleuré et qu'ils retrouvaient au milieu de toutes les pratiques de la sainteté et de la perfection I Sa mère ne voulut pas le quitter. Il lui bâtit une cellule près de la sienne et la dirigea dans les voies de la perfection. Peu de temps après le Saint fut atteint de la maladie dont il mourut. Il souffrit avec une grande

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patience les douleurs aiguës que lui causaient les ulcères dont son corps était couvert. Ayant reçu les derniers sacrements avec des dispositions admirables, il mourut en paix, le 30 juin 1066, h Tâge de quarante-neuf ans.

Réflexions pratiques.

Celui qui aime son père ou sa mère ou ses frères plus que moi, n'est pas digne de moi, dit Jésus- Christ. C'est à tous les chrétiens qu'il adresse cette maxime. Saint Thibaut Ta parfaitement comprise* A peine la voix de Dieu s'est-elle fait entendre à cette âme sanctifiée par la grâce et préparée par une heureuse éducation, qu'elle s'empresse d'obéir à ses inspirations, et d'accomplir ses volontés. Rien ne peut le retenir au milieu du monde, ni les larmes et les sanglots d'une mère, ni les douleurs et l'autorité d'un père, ni les offres les plus séduisantes du siècle. Le Seigneur a parlé, il a dit à Thibaut d'aller dans la solitude, et cet ange terrestre, pour lui plaire, malgré les réclamations de la nature et les justes révoltes d'une sensibilité exquise, se rend à l'appel divin. Rentrez au dedans de vous-mêmes et cherchez quels sont en vous les effets du saint Amour. Quelles victoires vous a-t-il fait remporter sur la nature? Que voyez-vous dans votre premier âge comme dans la suite de vos années? Quelles chaînes avez-vous brisées? Quels projets avez-vous abandonnés? Quelles espérances avez-vous foulées aux pieds ? 0 mon Dieu I que j'ai peu fait pour vous ! Je veux, à l'avenir, me montrer plus généreux dans votre service.

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Plan de méditation.

I. Vanité du monde : 1° dans ses grandeurs ; 2^ dans ses plaisirs.

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