‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 4 sur 67 · LE VÉNÉRABLE JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE · texte numérisé non relu

LE VÉNÉRABLE JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE

Fondateur des Frères des Écoles chrétiennes

^juillet.

Le Vénérable de la Salle naquit à Reims, le 30 avril 1651, de parents aussi distingués par leur noblesse que par leur fortune et leur piété. L'aîné de sept enfants, dont quatre se consacrèrent au service de Dieu, il reçut au baptême le nom de Jean-Baptiste. Dès ses plus tendres années, on remarqua en lui un goût décidé pour tout ce qui a rapport à la religion. Les noms sacrés de Jésus et de Marie furent les premiers qu'il prononça distinctement. Son plus grand plaisir était d'aller à l'église, d'entendre et de servir la messe et d'imiter dans ses jeux les cérémonies du culte divin. Ses parents, pleins de foi et de religion, cultivèrent avec bonheur les heureuses dispositions que leur fils annonçait pour la vertu. Ils le placèrent de bonne heure au collège de Reims, où il fit ses premières études avec de grands succès. A peine sorti de l'enfance, Jean-Baptiste manifesta une vocation marquée pour Tétat ecclésiastique. Ses parents , quoique très vertueux , ne lui permirent qu'avec peine de la suivre, parce qu'il était l'aîné

de la famille; mais admirant en lui les effets de la grâce, et craignant de résister à la volonté de Dieu, ils lui accordèrent enfin leur consentement. Il entra à l'université de Reims à neuf ans, déjà à cette époque, son grand-père récitait avec lui l'office complet ; à onze ans, il fut tonsuré ; à quinze ans, un chanoine de Reims voulut donner sa démission pour le gratifier de ce titre très honoré, en sorte qu'il faillit retrouver dans l'Église les honneurs qu'il voulait fuir; mais Dieu veillait sur sa vocation. A dixsept ans, il recevait les ordres mineurs; à dix-huit ans, il était maître es arts et se rendait à Paris, pour conquérir son doctorat.

La mort prématurée de ses parents l'ayant forcé de quitter le séminaire de Saint-Sulpice, où il faisait sa philosophie, il revint à Reims prendre la direction de la famille dont il était le chef. Là, il profita de son autorité pour introduire dans la maison paternelle des usages de piété qui la firent ressembler à un couvent. Cependant le jeune chanoine venait d'être ordonné prêtre à vingt-sept ans, lorsqu'un vénérable ecclésiastique, avant de mourir, le chargea par testament de prendre soin d'un institut qu'il venait de fonder. C'était la Congrégation de l'Enfant-Jésus, établie pour instruire les petites filles pauvres et non encore approuvée. L'abbé de la Salle obtint à Paris l'approbation. Puis, il retourna à ses anciens travaux, croyant son œuvre solidement constituée. Que le lecteur nous permette de donner, en passant, l'origine de l'œuvre des Asiles de l'Enfant-Jésus, à côté desquels prirent naissance les écoles chrétiennes : — Une personne riche et très mondaine de Reims,

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mariée à Rouen, y était devenue la reine de toutes les fêtes ; la toilette et la table étaient les deux grands objets de ses préoccupations; son nom était madame de Maillefer. Un soir, un mendiant fatigué et malade frappa à sa porte, demandant un morceau de pain et l'hospitalité ; elle repoussa le mendiant avec dédain. Le cocher, attristé des misères de ce pauvre malheureux, prit sur lui de l'introduire dans Técurie, et la nuit même le mendiant mourut. En présence du cadavre, le cocher dut avouer sa charitable désobéissance, et madame de Maillefer, furieuse, le chassa aussitôt. Puis, choisissant un drap déjà usé, elle le jeta dédaigneusement à ses gens pour ensevelir le cadavre dont on s'était permis d'encombrer sa maison. Le soir en s'asseyant à sa table toujours somptueusement servie, la dame trouve ployé, à la place qu'elle occupait, le drap qu'elle avait donné à regret. Que signifie cela? On fait une enquête : le pauvre avait été bien enseveli et enterré avec le drap, personne ne l'avait apporté; mais le mendiant n'avait pas voulu, après sa mort, du présent de celle qui, pendant sa vie lui avait refusé un morceau de pain. Le lendemain, la riche vaniteuse dame, touchée d'un spectacle dont elle avait été témoin, était à la messe avec un tablier de servante. Le monde la prit pour une folle, mais que s'était-il passé? La grâce avait touché cette âme et lui avait inspiré le désir de la pénitence. — La nouvelle convertie veut s'occuper des pauvres petites filles tout d'abord et les recueillir. Elle détermine son compatriote, l'abbé Rolland, à l'aider dans rétablissement de la communauté de TEnfant-Jésus que plus tard le vénérable de la Salle

devait faire approuver à Paris. Puis elle travaille à fonder des écoles semblables pour les petits garçons. Ne pouvant seule réaliser son projet, elle obtient le concours d'un pieux laïque de Rouen, nommé Niel. 11 s'agissait de trouver un homme dévoué et capable qui voulût consacrer sa vie à Tinstruction des petits pauvres. M. Niel, venu à Reims, reçoit providentiellement l'hospitalité chez le chanoine de la Salle. Après avoir longuement parlé de cette œuvre de charité, le vertueux chanoine est résolu de se dévouer; il met toute son application à trouver et à former des maîtres capables de remplir cette mission aussi difficile que délicate. 11 retire chez lui un certain nombre de jeunes gens et transforme sa maison en vraie communauté religieuse. Le nouvel institut ne tarda pas à produire des fruits salutaires. Mais il faut que Tœuvre de Dieu souffre contradiction : celle de Tabbé de la Salle devait recevoir ce cachet glorieux. Comme il avait ouvert sa maison aux maîtres des nouveaux établissements, le monde le traita d'imprudent, d'insensé qu'un zèle mal entendu égarait; les plus réservés se contentaient de le prendre en pitié. Pour lui, s'armant de patience et de confiance en Celui dont il cherchait la gloire, il laissa dire et continua son œuvre. Après la tempête revint le calme et la sérénité. Informé des avantages que le nouvel Ordre procurait aux enfants pauvres, le curé de Saint-Sulpice, à Paris, voulut avoir des Frères pour diriger les écoles de sa paroisse. L'abbé de la Salle s'offrit à lui rendre service. Des écoles furent établies et un noviciat fondé. L'Ordre grandit et se répandit dans un grand nombre de grandes

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villes au milieu des contradictions, de la pauvreté et du mépris des hommes. Le saint fondateur donna aux Frères des règles pleines de sagesse, tant pour leur conduite particulière que pour celle des enfants. Cependant Fabbé de la Salle souffrait depuis longtemps de violentes douleurs rhumatismales, et chaque jour il soupirait après le moment de sa délivrance. Le Seigneur exauça enfin son ardent désir. Ayant reçu les derniers sacrements, avec une piété angélique, il rendit son âme à Dieu le Vendredi- Saint, 7 avril 1719. Ce grand serviteur de Dieu était âgé de soixante-huit ans. Le procès de sa béatification est commencé.

Réflexions pratiques.

Elle est belle la mission qui a pour but d'exercer Tapostolat parmi les enfants, et de procurer à ces générations naissantes, l'espoir et l'avenir de la société, des anges tutélaires pour les diriger dans le chemin de la vertu. Celui qui s'est dévoué avec le plus de tendresse et de sollicitude à cette œuvre sublime, c'est THomme-Dieu. Il disait : Laissez venii^ à moi les petits enfants; puis il se plaisait à les bénir et à les sanctifier. Il ne cessa, durant sa vie mortelle, de s'intéresser à eux et d'éloigner tous ceux qui pouvaient nuire à leur innocence. « Malheur à celui qui scandalise un seul de ces petits enfants. »

A l'exemple du divin Maître, le bienheureux de la Salle n'a pas cru pouvoir se dévouer à une œuvre plus parfaite que la culture de l'esprit et du cœur de l'enfance. Qui dira les sacrifices qu'il s'est imposés pour réussir dans cette œuvre de charité, et le bien m. 2

qu'il a opéré par lui et par ses dignes successeurs ! Parents, maîtres, supérieurs, vous êtes les précepteurs-nés de vos enfants, de vos subordonnés. C'est auprès de vous qu'ils doivent recevoir ces leçons de vertu qui forment au service de Dieu et préparent d'excellents citoyens. Avez-vous toujours rempli vos devoirs à leur égard? Votre conscience ne vous adresse-t-elle aucun reproche.

Plan de méditation.

I. Ardeur delà charité du bienheureux Jean-Baptiste de la Salle pour les enfants.

IL Patience de son zèle durant son apostolat de charité.

SAINT JULES, Martyr

6 juillet.

Saint Jules était un soldat plein de bravoure et aussi dévoué à Dieu qu'aux empereurs romains. Il fut accusé par ses propres officiers de professer le christianisme, et traduit devant Maxime, gouverneur de la Mésie, aujourd'hui la Bulgarie, a Ce qu'on me rapporte de vous, est-il véritable? dit Maxime en le voyant. — Oui, répond Jules, je suis chrétien. — Quoi! réplique le gouverneur, ignorez-vous donc les ordres des empereurs? Ne savez- vous pas qu'ils ont commandé de sacrifier aux dieux ! — Je sais ce qu'ils ont ordonné, mais je connais également ce que le Dieu vivant et véritable exige de moi; je

Taîme et je l'adore. — Est-ce donc une chose si criminelle d'offrir l'encens aux divinités de l'empire et de se retirer ensuite? — Dieu me le défend et je ne puis enfreindre ses ordres. J'ai fait vingt-sept campagnes, je me suis trouvé dans sept batailles, et jamais on ne m'a reproché de manquer de courage, ni d'obéissance à mes chefs. Fidèle en des choses moins essentielles, pensez-vous que je puisse manquer à ce que je dois à Dieu? — Je vois, dit le gouverneur, en prenant un ton moins sévère, que vous êtes un homme sage et de bon sens ; mais sacrifiez aux dieux, c'est dans votre intérêt que je vous donne ce conseil. ■ — Je ne puis faire ce que vous demandez ; ce serait commettre un crime et m'exposer à des châtiments éternels. — Si c'est un péché, je le prends sur moi ; personne ne vous reprochera d'avoir sacrifié par contrainte, et vous pourrez vous retirer en paix; de plus, vous recevrez l'argent que les princes donnent à leur dixième année, et vous n@ serez jamais plus inquiété. » A ces mots, le pieux soldat de s'écrier : <( Dieu m'est plus cher que tous les trésors du monde ; rien ne sera capable de me faire renoncer à ma foi et à la soumission que je lui dois. — Si vous n'obéissez aux ordres des princes, reprend alors Maxime d'un ton courroucé, je vous ferai trancher la tête. — J'approuve votre pensée, condamnez-moi à perdre cette vie temporelle, c'est tout l'objet de mes vœux.— Eh bien, dit Maxime, vous aurez ce que vous désirez, si vous persistez dans votre opiniâtreté. — Je vous en remercierai comme d'un bienfait. — Vous vous hâtez de mourir, vous vous imaginez sans doute que vous en aurez de la

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gloire! — Oui, si je mérite de souffrir, j'aurai une gloire éternelle. » C'est alors que le juge impie prononce la sentence : « Que Jules soit puni de mort, parce qu'il est rebelle aux ordres des princes. » Gomme on conduisait le généreux martyr au lieu de l'exécution, il fut rencontré par un soldat chrétien nommé Hésychius, prisonnier aussi et bientôt martyr comme lui. « Allez avec courage, dit Hésychius, et volez à la couronne que le Seigneur vous a promise. Souvenez-vous de moi, qui dois bientôt vous suivre. Recommandez-moi aux serviteurs de Dieu qui nous ont précédés dans la confession du saint nom de Jésus — Hâtez-vous, répondit Jules en embrassant son ami, hâtez-vous, mon cher frère, de venir à nous. Ceux auxquels vous me chargez de vous recommander ont déjà entendu votre prière. » On lui banda alors les yeux, puis le martyr présentant satêteau bourreau s'écria : « Seigneur Jésus, c'est pour votre nom que je souffre la mort, daignez ouvrir à mon âme les portes de la béatitude éternelle, recevez-la dans les rangs de vos élus. » Son martyr arriva le 27 mai, vers Tan 302, à Durostoro, sur le Danube. *

Réflexions pratiques.

Saint Jules, cet héroïque soldat de l'empire, qui maintes fois avait exposé sa vie pour la défense de son prince, ne fut pas moins Adèle à Dieu qu'à sa patrie. On voulait le contraindre de trahir sa foi. Que répond-il? Le Seigneur mêle défend, et il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. Ni les menaces, ni les supplices, ni la mort la plus affreuse

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ne furent capables d'ébranler sa cens tance. — Soldats de Jésus-Christ comme lui, avons-nous pour la gloire de notre Maître quelque chose de ce noble courage? Pratiquons-nous généreusement ce que nous croyons ? Avons-nous assez de fermeté pour résister aux artifices et aux séductions du monde? Bravons-nous hardiment le respect humain? Que répond notre conduite ? N'est-elle pas en perpétuel désaccord avec notre foi? — Grand Saint, qui avez constamment résisté aux ennemis du salut, obteneznous la fermeté nécessaire pour confesser la foi de Jésus-Christ au péril même de nos jours.

Plan de méditation.

I. Le courage de saint Jules le porte à défendre sa religion et à mourir pour elle.

IL La religion règle son courage en le rendant juste, saint, utile.

SAINTE SYMPHOROSE ET SES SEPT FILS, Martyrs

li juillet.

Sainte Symphorose naquit à Rome, d'une famille aussi recommandable par son attachement à la foi chrétienne que par sa noblesse, et par le rang que ses ancêtres avaient tenu dans la ville. Elle fut soigneusement élevée dans les principes du christianisme. Ses mérites et ses vertus la firent rechercher en mariage par de nombreux seigneurs d'Italie. Gétule eut la préférence à cause de sa piété et de ses

éminentes qualités. Gétule et son frère Amance étaient Tun et l'autre tribuns militaires dans l'armée de l'empereur Adrien. La cruelle persécution qui s'éleva contre l'Église, durant le règne de ce prince superstitieux, les força à se retirer et à se cacher. Mais le zèle qu'ils déployèrent à instruire et à encourager de nombreux chrétiens attira sur eux rattention des persécuteurs. Céréal, vicaire de Rome, fut chargé de les rechercher et de les arrêter. Celui-ci n'eut pas plus tôt entendu les deux tribuns parler sur la religion qu'il fut converti. Les deux frères l'envoyèrent à Rome pour être baptisé par le pape saint Sixte. La conversion du vicaire de Rome fit grand bruit; il fut arrêté avec saint Gétule et saint Amance, par Licinîus, officier de l'empereur. Après avoir enduré de cruels tourments et passé vingt-sept jours en prison à Tivoli, les trois confesseurs de la foi furent décapités à cinq lieues de Rome, sur les bords du Tibre.

Sainte Symphorose, qui n'avait cessé d'assister les saints martyrs, enleva secrètement le corps de son mari et l'ensevelit, avec ceux de ses compagnons, dans son domaine. Après cette action si héroïque, elle s'en alla à Tivoli s'occuper de ses enfants et les élever dans la crainte du Seigneur. La persécution augmentant, elle fut contrainte de passer plusieurs mois dans une citerne desséchée, avec ses sept fils, les instruisant et les formant,, par l'exercice môme des croix et des incommodités de cette retraite, aux combats qu'elle désirait leur voir un jour soutenir pour la foi, et à la palme du martyre, dont elle leur étalait sans cesse le prix et la gloire. « Souvenez-

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VOUS, mes enfants, disait-elle, que vous avez un père et un oncle martyrs. Pour quelques heures de tourments soufferts pour Jésus-Christ, ils jouissent aujourd'hui d'une félicité éternelle. Prions sans cesse le Seigneur de nous accorder la même grâce. » Puis s'adressant au plus jeune de tous, nommé Eugène : (( Mon fils, lui disait-elle, que feriez-vous si l'on vous menaçait de vous déchirer à coups de fouet, si vous n'offriez de l'encens aux idoles? — Je me laisserais plutôt mettre en pièces,! répondit-il d'un ton hardi et déterminé, que d'offrir de l'encens aux démons. — Mais ne serez-vous pas effrayés, ne manquerez-vous point de courage, mes chers enfants, quand brilleront à vos yeux les feux, les poteaux, les chevalets, et cent autres instruments de supplices, tous plus horribles les uns que les autres? Que je crains, mes pauvres enfants, que vous ne succombiez à la violence des tourments! — Ne craignez rien, chère mère, répondirent-ils tous avec un noble courage. Aidés de la grâce du Dieu que vous nous avez appris à connaître, rien ne saura nous ébranler.» L'empereur Adrien ayant fait bâtir, vers Tan 120 après Jésus-Christ, un magnifique palais à Tivoli, en ordonna la dédicace solennelle, selon les cérémonies usitées parmi les païens. On commença par les sacrifices usités dans la consultation des oracles. Mais les démons répondirent : « La veuve Symphorose et ses sept fils nous tourmentent chaque jour en invoquant leur Dieu; si vous les déterminez à sacrifier, nous vous promettons de ne rien refuser à vos vœux. )) Adrien, dont la superstition avait été alarmée par la réponse de ses dieux, se fit amener

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Symphorose et ses fils. Symphorose vint avec joie, priant pour elle et pour ses enfants, et demandant à Dieu la grâce de confesser généreusement son saint nom. L'empereur leur parla d'abord à tous avec douceur, et les exhorta, d'une manière pressante, à sacrifier. « Vous savez, leur dit-il, que le seul crime de Gétule, votre mari, a été de n'avoir pas voulu renoncer aux superstitions chrétiennes. Je l'estimais et voulais TéleveT aux premières dignités de Tempire, s'il eût voulu se rendre à mes volontés. Pour vous, soyez plus sages que lui; je veux faire moi-même la fortune de vos enfants et la vôtre, mais, pour cela, il faut que, sans délai, vous sacrifiiez à mes dieux. »

« Seigneur, répond Symphorose, ma fortune et celle de mes enfants est faite, si nous sommes assez heureux pour être offerts en sacrifice à la gloire de mon Dieu. — C'est à mes dieux, repart l'empereur, que vous serez sacrifiée et non pas au vôtre. — Vos dieux ne peuvent me recevoir en sacrifice; mais si je suis brûlée pour l'amour de Jésus-Christ, mon Dieu, les feux du bûcher attiseront plus vivement encore les flammes éternelles qui tourmentent ces démons que vous appelez vos dieux. — Ou sacrifiez à mes dieux, ou vous périrez tous misérablement. — Ne croyez pas que la crainte puisse me faire changer; je désire être admise au repos du Ciel, ayec mon mari Gétule, que vous avez déjà fait mourir pour le nom de Jésus-Christ. »

L'empereur Adrien la fit conduire au temple d'Hercule. Là, on lui meurtrit le visage de soufflets et on la suspendit par les cheveux; mais comme rien n'é-

branlait sa constance, l'empereur ordonna qu'on lui mît une pierre au cou et qu'on la précipitât dans le Tibre. — Eugène, frère de Symphorose, recueillit le corps de la sainte martyre, et l'ensevelit religieusement près des portes de la ville.

Le lendemain, Adrien fit amener en sa présence les sept fils de Symphorose. Ni les menaces, ni les instruments de supplice ne purent les décider à sacrifier aux fausses divinités. Ils étaient heureux de se réunir à leur mère et à leur père et de porter avec eux la palme du martyre devant le trône de Dieu. On les étendit, avec des poulies, sur des pieux plantés autour du temple d'Hercule, et on inventa, pour chacun d'eux, un genre de mort difl'érent. Gressens, l'aîné de tous, eut la gorge coupée; Julien reçut un coup de poignard dans la poitrine ; If émésius eut le cœur percé d'une lance; Primitivus^ fut frappé dans l'estomac; on rompit les reins à Justin; on ouvrit les côtés à Stracteus, et on fendit lé corps d'Eugène de la tête aux pieds. Ainsi furent immolées au Seigneur ces victimes si pures. Leurs corps furent jetés dans une fosse très profonde. Plus tard on les transféra dans la ville et ils furent ensevelis dans l'église de Saint-Ange-à-la-Piscine.

Réflexions pratiques.

L^esprit de piété et de foi passe ordinairement des parents aux enfants. Gélule avait renoncé à toutes les espérances du siècle pour demeurer fidèle à Dieu. Par sa mort généreuse, il enseigna à sa famille ces grands principes de l'Évangile : // n'y a qu'une seule chose nécessaire*.. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais

ceux qui tuent le corps et précipitent Vâme dans l'enfer. Ces maximes ont soutenu son épouse Symphorose et ses enfants, tous désireux d'aller jouir avec lui des consolations éternelles, promises aux fidèles serviteurs de Dieu. Qu'il y ait toujours des pères et des mères, des maîtres et des supérieurs vraiment chrétiens, et nous verrons la famille tout entière marcher sur leurs traces. Les enfants sont lâches et indifférents pour les choses du Ciel, parce que les exemples du toit paternel ne leur montrent pas le prix des sacrifices réservés au service du Seigneur. On se contente de froides leçons, souvent démenties par une conduite moins qu'édifiante. Encourageons nos frères dans la foi, et surtout nos subalternes, par nos exemples et nos paroles, à être toujours fidèles à Dieu. Ils marcheront sur nos traces.

Plan de méditation.

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