‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 33 sur 67 · SAINT HYACINTHE, DOMINICAIN · texte numérisé non relu

SAINT HYACINTHE, DOMINICAIN

19 août.

Saint Hyacinthe, l'un des plus grands ornements des Frères-Prêcheurs, l'élève de saint Dominique, vint au monde en Tan H82, au château de Saxe, en Silésie, province de Pologne. Il montra de bonne heure un naturel enclin à la vertu, et ses parents, aussi distingués par la foi qu'illustres par la naissance, eurent un soin particulier de cultiver ses heureuses dispositions. Sa douceur, sa docilité, sa modestie étaient des présages de sa sainteté future. Il commença ses études au collège de Cracovie, les continua à Prague et vint les achever à Bologne. C'est dans l'université de cette dernière ville qu'il prit le grade de docteur en droit et en théologie. De retour dans sa patrie, il s'attacha à Vincent, évêque de Cracovie, qui le fît chanoine de sa cathédrale et l'associa au gouvernement de son diocèse. Hyacinthe justifia ce choix. Vincent, évêque de Cracovie, s'étant démis de sa dignité pour se préparer à la mort dans la solitude, on plaça sur son

rOUR CHAQUE JOUR DE l'ANNÉE 271

siège Ives de Kouski, chancelier de Pologne et oncle d'Hyacinthe. Ce nouveau prélat emmena avec lui son neveu à Rome. Ce fut là que Hyacinthe eut occasion de voir saint Dominique fondant son Institut. Ce saint patriarche ayant ressucité par ses prières un jeune homme qui s'était tué en tombant de cheval, Hyacinthe témoin de ce miracle en fut si frappé qu'il renonça à son bénéfice pour entrer dans l'Ordre de Saint-Dominique.

L'évêque de Cracovie et celui de Prague, ayant entendu les Frères-Prêcheurs, furent tellement touchés de la sainteté et de l'onction de leurs discours, qu'ils prièrent le saint fondateur d'envoyer quelquesuns de ses missionnaires dans leurs diocèses pour y établir des maisons de son Ordre et y fonder des séminaires. Saint Dominique qui avait envoyé tous ses religieux dans les diverses provinces qui les lui avaient demandés, fut dans l'impuissance d'accueillir la demande des dignes prélats, mais il le fit plus tard. Ce fut saint Hyacinthe, dont la vertu brillait d'un éclat extraordinaire, qui fut établi supérieur de la mission envoyée en Pologne. Ce zélé missionnaire prêcha avec beaucoup de fruit ; il fonda même un couvent à Priésach, où il passa six mois; il y laissa le Père Herman pour supérieur. Étant arrivé à Cracovie, il fut reçu par Tévêque, le clergé, le peuple, et la noblesse comme un envoyé du Ciel : son entrée parut un triomphe. Dieu donna tant de bénédiction à son zèle, qu'il produisit dans tout le diocèse de Cracovie des fruits merveilleux. H déracina beaucoup de vices honteux qui régnaient parmi les Polonais. L'usage fréquent des sacrements fut rétabli, et l'on

272 UN MODÈLt:

vit renaître Tesprit de prières, de charité et de mortification qui avait rendu si florissante l'Eglise primitive. Pour perpétuer son œuvre et rendre stables les heureux efiets de sa mission, Hyacinthe fonda trois missions de son Ordre à Cracovie ou dans les environs. Sur les bords de la Vistule il opéra un miracle éclatant attesté par plus de quatre cents témoins oculaires. Il voulait passer le fleuve pour aller prêcher à Visgrade, mais les eaux avaient été tellement grossies par un orage qu'aucun batelier n'osait se hasarder sur les flots. Le pieux et zélé missionnaire, ayant fait le signe de la croix, s'avança hardiment sur le fleuve et marcha sur les eaux comme sur une terre ferme, à la vue de la multitude qui l'attendait sur l'autre rive. On imagine bien avec quel respect les habitants de Visgrade, témoins du prodige, écoutèrent l'apôtre qui arrivait ainsi miraculeusement dans leurs murs.

Après avoir prêché dans les principales villes de Pologne, Hyacinthe entreprit de porter la lumière de l'Évangile chez les peuples barbares du Nord. La longueur et la difficulté des chemins, la profondeur des précipices qu'il fallait franchir, la vaste étendue des déserts, qu'il avait à parcourir, rien ne put le décourager ni l'arrêter. Partout sur son passage, il confondit l'erreur, dissipa le schisme, détruisit les vices, gagna de nombreuses âmes à Dieu et fonda plusieurs couvents de son Ordre. De là il passa dans la Grande Russie, et il s'arrêta à Kiew, oîi on lui bâtit un couvent et une église. Il était dans cette ville lorsque les Tartares la prirent d'assaut. Tandis qu'on y mettait tout à feu et à sang Hyacinthe se hâta de

POUR CHAQUE JOUR DE L'aNNÉE 273

prendre le saint sacrement et ordonna à tous ses religieux de le suivre. En passant dans la nef oîi était la statue d'albâtre de la Sainte Vierge devant laquelle il priait souvent; il entendit une voix miraculeuse qui lui dit : Portez-moi aussi. Comme la statue avait plus de six pieds de haut, le Saint se vit très en peine ; et comme Timage vénérée se pencha vers lui il la prit sur son bras et l'emporta sans peine. Il sortit par une porte dont les Tartares ne s'étaient point encore emparés et prit le chemin de Cracovie. La ville brûlait et des ruisseaux de sang coulaient de toutes parts. Hyacinthe tenant le saint ciboire d'une main, la statue de la Vierge de l'autre, passa au milieu des flammes et arriva sur les bords du Niéper, Il n'y avait pas de pont. Plein de confiance, l'homme de Dieu marcha hardiment sur les eaux, ainsi qu'il l'avait déjà fait en se rendant à Visgrade et ses religieux le suivirent. Après une vie d'apostolat et de labeurs, il mourut plein de jours et de mérites, le 15 août 1257, et sa mort fut suivie de miracles aussi éclatants que ceux qui avaient illustré sa vie.

Saint Hyacinthe, issu d'une des premières familles de la Silésie, promu de bonne heure à un canonicat avec le titre de docteur, pouvait aspirer et parvenir sans peine aux premières dignités de l'Église ; mais tout cela ne satisfait guère l'humilité de son cœur. Il se sent appelé à la vie religieuse et embrasse l'institut de Saint-Dominique. Il devient un apôtre infatigable qui allume dans les âmes le feu de la charité de Jésus-Christ. Dans toutes les contrées du nord de

la Russie et jusque sur les côtes de TAsic, il opère partout des prodiges de conversion et de salut.

Quelle noble et sublime vocation de travailler à la sanctification des âmes I c'est celle qu'ont remplie Jésus-Christ et les Apôtres. Travaillons nous-mêmes, dans la mesure du possible, à sauver les âmes et à propager le royaume de Dieu. Si nous n'avons pas mission de monter en chaire, nous avons celle de prêcher par nos sages conseils, par nos bons exemples, par Taccomplissement exact des devoirs de notre état.

Plan de méditation.

I. Le Saint Sacrement et l'image de la Sainte Vierge furent un doux fardeau pour saint Hyacinthe.

IL Avec le Saint Sacrement et l'image de la Vierge Hyacinthe opéra des miracles.

SAINT BERNARD, Abbé de Clairvaux, Docteur

DE l'Église

20 août.

Saint Bernard, un des plus grands ornements de rÉglise de France, au deuxième siècle; le plus zélé et le plus chéri des serviteurs de Marie, vint au monde en 1091, au château de Fontaine, près de Dijon. Son père et sa mère appartenaient l'un et l'autre à deux des plus illustres familles de la province. Cependant, ces nobles époux étaient plus illustres encore par leur pitié que par leur haute nais-

POUR CHAQUE JOUR DE l'ANNÉE 275

sance. — A peine Bernard fat-il né, que sa mère ne se contenta point de l'offrir à Dieu, comme elle fit à l'égard de tous ses enfants, mais elle le consacra d'une manière spéciale à l'Église ; et depuis ce jour elle ne le regarda plus comme étant à elle, mais comme appartenant exclusivement au Seigneur. Elle prit un soin tout particulier de son éducation dans l'espérance qu'il serait un jour digne de servir à l'autel. Le jeune Bernard profita admirablement des leçons et des exemples de sa vertueuse mère. Aussi sa vie fut-elle plutôt d'un ange que d'un homme. Sa beauté était ravissante, son regard doux et modeste et le son de sa voix suffisait à lui gagner tous les cœurs. Les petits enfants lui tendaient les bras dès qu'ils le voyaient, et il semait les miracles sur ses pas.

Dès que Bernard fut en état d'étudier, il fut envoyé à Châtillon-sur-Seine, chez les chanoines réguliers, qui avaient fondé un collège dans cette ville. Il ne tarda pas d'attirer l'admiration de ses maîtres, qu'il étonna par la vivacité de son esprit, sa pénétration et ses progrès extraordinaires. Tout jeune encore, il fuyait le monde et il aimait la solitude. On le voyait toujours recueilli, docile, affable et complaisant envers tout le monde. Il était surtout d'une modestie angélique. Ce qu'il demandait le plus souvent à Dieu, c'était de ne jamais souiller son âme par le péché. Pour s'en préserver il exerça sur ses sens une vigilance continuelle, réprimant jusqu'aux moindres mouvements de curiosité. Ayant un jour jeté légèrement les yeux sur une femme, il s'en punit aussitôt lui-même en se plongeant jus-

qu'au cou dans un étang glacé. Ce qui aida puissamment notre Saint à triompher des violentes tentations qu'il éprouva, ce fut sa grande dévotion à la Sainte Vierge et son grand amour pour Notre- Seigneur. Une nuit de Noël, TEnfant Jésus lui apparut sur l'autel rayonnant de grâce et de douceur; sa beauté toute divine le charma tellement, que depuis ce jour-là il se sentit enflammé de la plus tendre dévotion pour le mystère du Verbe Incarné; et toutes les fois qu'il avait l'occasion d'en parler c'était avec une douceur et une onction infinies.

A Tâge de dix-neuf ans, il perdit sa vertueuse mère. Bernard, alors de retour au château de Fontaine, était maître de ses actions. Son père, occupé de ses affaires et obligé de rester à l'armée, ne pouvait veiller sur sa conduite. Sentant tout le danger que sa vertu aurait à courir dans le monde, il prit la résolution de le quitter, et d'aller s'enfermer à Cîteaux. Sa famille s'opposa d'abord à l'exécution de ce projet; mais il plaida si bien sa cause que ceux qui l'avaient désapprouvé imitèrent son exemple. Il entraîna trente jeunes nobles à sa suite, parmi lesquels se trouvaient cinq de ses frères. Guy, l'aîné, faisant ses adieux au plus jeune de ses frères, lui dit : « AdieUj mon petit frère Nivard, vous aurez seul nos biens et nos terres. — Quoi! répondit l'enfant, avec une sagesse au-dessus de son âge, vous prenez le ciel pour votre partage, et vous me laissez la terre! ma part est trop inégale. » Dans la suite, ce dernier quitta tout lui-même pour aller, avec son père, se joindre à eux. Saint Etienne, alors abbé de Cîteaux, les reçut avec des transports de joie se-

POUR CHAQUE JOUR DE l'ANNÉE 277

crête. Ils firent leur noviciat Tan 1113 avec une grande ferveur, et Tannée suivante, leur profession.

Bernard avait alors vingt-deux ans; rien n'égalait son ardeur pour toutes les pratiques de la vie religieuse. Uniquement occupé de la prière el du travail des mains, il refusait à son corps les moindres satisfactions et vivait comme un ange sur la terre.

L'exemple de Bernard et de ses compagnons attira à Cîteaux un si grand nombre de religieux, qu'au bout de deux ans le monastère ne pouvant plus les contenir, on fut obligé de fonder deux nouvelles maisons ; Tune à Morimond et l'autre à Clairvaux. Bernard fut envoyé à Clairvaux avec douze des siens. C'était alors un affreux désert au milieu d'une forêt, qui servait de repaire aux bêtes féroces et aux voleurs. Ils en défrichèrent une partie et s'y bâtirent de petites cellules. C'est là que Bernard fit paraître dans toute son étendue cet amour de la pénitence et ce zèle héroïque dont il était pénétré. Geoffroi qui lui servait de secrétaire, lui paraissant un jour étonné de son extrême abstinence malgré le mauvais état de sa santé, saint Bernard lui dit : (( Si vous connaissiez bien toute la grandeur de vos obligations, vous ne mangeriez pas un seul morceau de pain qui ne fût trempé de vos larmes. » Il ajouta qu'un religieux ne devrait pas oublier ses devoirs à cause de ses infirmités ; que les fondateurs de monastères qui étaient des saints, les avaient bâtis dans des vallées humides et profondes, afin que les religieux y étant souvent malades, et n'ayant qu'une santé faible et mal assurée, eussent toujours l'image et la crainte de la mort devant les yeux. —

Page 1