‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 49 sur 67 · III · texte numérisé non relu

III

force d'âme, celte énergie de caractère dans notre siècle de mollesse et d'affaiblissement moral, que la société serait vite régénérée I Demandons à Dieu la fermeté et la constance dans le bien et nous ne courberons jamais le front sous la tyrannie du respect humain.

Plan de méditation.

Sainte Catherine de Gênes a été une des plus illustres saintes : 1° par ses vertus ; 2^^ par ses œuvres ; 3^ par ses écrits.

EXALTATION DE LA SAINTE CROIX 14 septembre.

L'Église romaine célèbre deux fêtes en l'honneur de la sainte croix : la première, sous le nom de Vlnventiony ou de la découverte de la croix, se solennise le 3 mai ; et la seconde, le 14 septembre, sous le nom d'Exaltation.

Chosroës, roi des Perses, s'étant emparé de rÉgypte et de toute l'Afrique romaine, prit Jérusalem où il fit périr des miUiers de chrétiens, et transporta dans son royaume le plus précieux trésor qu'eussent les fidèles dans l'Orient, c'est-à-dire la relique de la vraie croix que sainte Hélène avait placée sur la montagne du Calvaire. — Chosroës néanmoins témoigna beaucoup de respect à ce bois sacré et il n'osa pas même le regarder à découvert, ni permettre qu'il fût tiré de l'étui où sainte Hélène

l'avait renfermé et cacheté. Les Perses furent également frappés d'une terreur religieuse pour cette relique ; ils la conservèrent précieusement, disant que le Dieu des chrétiens était arrivé en leur pays et qu'il fallait prendre garde de l'irriter.

Héraclius, arrivé à Tempire, proposa deux fois la paix à Chosroës, à telles conditions qu'il plairait de lui imposer. « Que votre prince renonce d'abord à son Christ, répondit orgueilleusement le roi des Perses aux ambassadeurs, qu'il adore comme moi le Soleil, après cela nous pourrons parler de paix. » Cette insolence fit horreur à tous les chrétiens. L'empereur, animé d'une sainte indignation, déclara à tous ses officiers qu'il était prêt à verser la dernière goutte de son sang pour venger cette impiété sacrilège. Le clergé, les maisons religieuses, tous les chrétiens donnèrent largement de leurs biens à l'empereur pour soutenir cette guerre sainte. Une armée organisée rapidement lui permit de résister à l'ennemi. Après avoir imploré le secours du Ciel et la puissante protection de la très Sainte Vierge, il entra dans la Perse et défit trois fois Chosroës qui prit honteusement la fuite. Le malheureux vaincu, au lieu de songer à faire la paix, s'associa au trône son second fils, Médarsès. Mais, Siroës, son fils aîné, furieux de se voir privé du trône, trama la mort de son père et de son frère. Les ayant atteints dans leur fuite, il exécuta ses desseins criminels. Chosroës fut jeté en prison, oîi il mourut misérablement de faim et de mauvais traitements, après avoir vu égorger, sous ses yeux, Médarsès et tous ses autres enfants.

Siroës, se voyant seul héritier du trône de Perse,

demanda la paix à Héraclius. Ce prince la lui accorda volontiers, moyennant certaines conditions, dont la première fut la restitution de la croix du Seigneur, et la seconde la mise en liberté de tous les esclaves chrétiens.

La vraie croix fut donc recouvrée quatorze ans après qu'elle était tombée au pouvoir des Perses. L'empereur se rendit d'abord avec la sainte relique à Constantinople. Tout le peuple sortit au-devant avec des flambeaux et des rameaux d'olivier, chantant des psaumes et des cantiques. Au printemps de Tannée suivante, Héraclius s'embarqua dans le dessein de replacer lui-même le précieux trésor qu'il avait conquis. Étant arrivé à Jérusalem, il prit la croix sur ses épaules pour la porter à l'église du Calvaire oti Jésus-Christ l'avait lui-même portée. Un éclatant miracle vint alors consacrer cet heureux événement. Pendant que l'empereur s'avançait au milieu du religieux silence des spectateurs, il se sentit arrêté tout à coup et dans l'impossibilité d'aller plus loin. Il en témoigna sa surprise au patriarche Zacharie qui marchait à ses côté. « Prince, lui répondit le pontife, vous portez vos ornements impériaux et Jésus-Christ était pauvrement vêtu, quand il parcourait les rues de cette ville, avant de consommer son sacrifice. Il était couronné d'épines, et votre tête est ceinte d'un riche diadème... Vous êtes chaussé et il marchait nu-pieds. » Héraclius, touché de ces paroles dont il reconnut la vérité, se dépouilla aussitôt de ses magnifiques ornements, déposa sa couronne et quitta sa chaussure ; après quoi il acheva facilement le reste du chemin. Il re-

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plaça la croix au lieu oîi les Perses Tavaient trouvée quatorze ans auparavant.

Pour rendre ce triomphe plus mémorable encore et exalter davantage la gloire de la croix, des miracles vinrent attester la vertu du bois sacré : un mort fut ressuscité, quatre paralytiques furent guéris, dix lépreux purifiés, quinze aveugles illuminés, quantité de possédés délivrés et une infinité de malades remis en parfaite santé. C'est cet événement mémorable qui fait Tobjet principal de la fête de l'Exaltation de la sainte croix.

La sainte croix dont l'Église célèbre en ce jour V exaltation est la même que les Pères et les docteurs ont glorifiée dans leurs savants écrits. Quelle place occupe-t-elle dans notre esprit? Quel rang prendelle dans nos affections? Les saints n'acceptaient pas seulement les croix qu'il plaisait à Dieu de leur donner, mais ils le priaient instamment de leur en envoyer de nombreuses afin d'avoir j)lus de ressemblance avec le divin Crucifié. — Saint Paul mettait toute sa gloire à souffrir pour Jésus-Christ ; il faisait consister tout son bonheur dans l'abnégation. La vue de l'autel sanglant sur lequel l'Homme-Dieu a expié nos iniquités et a scellé de son sang l'alliance de notre charité avec son Père, embrasait tellement son cœur d'amour pour Dieu et pour le prochain qu'il lui faisait dire : « A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, p^r qui le monde est mort et

crucifié pour moi, comme je suis mort et crucifié pour le monde. »

Sont-ce là nos sentiments? Que notre amour pour la croix est faible ! Au lieu de la fixer avec plaisir, nous détournons les yeux pour ne point la voir; au lieu de lui ouvrir notre cœur, nous le lui fermons ; au lieu de la désirer nous la repoussons. N'est-ce pas ce que confirme notre aversion constante pour les contradictions, les souff'rances, les maladies, les hu- ' miliations, les revers et les épreuves? — Mon Dieu! puisque celui qui ne porte pas sa croix n'est pas digne de vous, je veux, dès aujourd'hui, porter généreusement toutes celles qu'il vous plaira de m'envoyer. Accordez-m'en la grâce.

Plan de méditation.

I. Comment Dieu a glorifié la croix. Il en a fait : 1° l'autel de son sacrifice ; 2^ le trône de son amour; 3° son lit de justice; ¥ la chaire de son enseignement ; 5° le siège de sa royauté ; 6° le trophée de sa gloire.

II. Comment njus devons la glorifier nous-mêmes : do par un culte de respect; 2^ de reconnaissance 3» de confiance ; 4^ d'amour.

SAINT JULIEN ET SAINT FÉRÉOL, Martyrs

15 septembre.

Saint Julien naquit dans la ville de Vienne en Dauphiné, alors métropole d'une des dix-sept pro-

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vinces de l'empire, dans les Gaules. Sa famille était noble et riche; elle tenait un des premiers rangs dans la cité, et tout porte à croire qu'elle était déjà convertie au christianisme quand il vint au monde. Julien s'était consacré à la carrière des armes; il occupait dans la milice romaine un grade élevé et conforme à sa naissance et à sa fortune. Il servait sous les ordres de Féréol qui servait lui-même, en qualité de tribun, dans les armées de l'empire à Vienne. Les liens de l'amitié la plus vive et la plus intime unissaient ces deux officiers. Tous les deux étaient sincèrement attachés à la religion de Jésus- Christ, avec cette différence cependant, que Julien faisait profession publique de sa foi, et que Féréol, retenu par les exigences de sa position officielle, y mettait plus de circonspection, se bornant à cultiver sa religion et à la pratiquer en secret.

Cependant quelques années de tolérance et de paix laissées aux chrétiens, par les empereurs, commençaient à faire espérer que le temps des persécutions était enfin passé. La hache des bourreaux se reposait; les bûchers ne s'allumaient plus pour des hécatombes humaines, et l'arène des cirques et des amphithéâtres ne ruisselait point du sang des martyrs... Fausses espérances! voici que tout à coup l'intolérance païenne se réveille plus atroce et plus implacable que jamais. Des édits de proscription contre l'Église, arrachés à l'indifférence de Dioclétien par le fanatisme, sont publiés dans tout l'empire. Il ne reste aux chrétiens d'autre alternative que celle du martyre ou de l'apostasie. Le choix de Julien était arrêté d'avance; et quand il vit poindre

Forage, il ne songea plus qu'à se rendre digne de la palme céleste, qui avait déjà couronné saint Maurice et ses glorieux compagnons d'armes. Toutefois, comme le proconsul Grispinus, délégué de la puissance impériale, était un grand ennemi des chrétiens, et par conséquent, un des plus terribles agents delà persécution, Féréolpria avec instance Julien, dont le zèle pour la religion était très connu, de se tenir éloigné de Vienne, jusqu'à ce que la tempête fût au moins un peu calmée. Le Saint à qui ce conseil de prudence souriait peu, céda enfin et consentit à fuir. Arrivé à Brioude, il se retira dans un hameau où il trouva, chez une pauvre vieille femme, l'hospitalité bienveillante et sûre qu'il demandait.

Le proconsul, promptement informé de la disparition de Julien, mit ses cavaliers à sa poursuite et leur donna ordre de tuer le fugitif partout oti ils le rencontreraient, et de lui rapporter sa tête. La retraite de celui qu'ils cherchaient leur fut bientôt connue. Ils vinrent frapper à la porte de l'hôtesse du proscrit et sommèrent cette femme, avec menace, de leur livrer l'homme qu'elle cachait dans sa maison. Pour ne point exposer sa bienfaitrice à proférer un mensonge, et à recevoir de mauvais traitements, Julien se présente aux émissaires et leur dit : a C'est bien moi qui suis ce chrétien que vous cherchez. Je » connais les ordres que vous avez reçus; voici ma tête, frappez! » Les bourreaux, stupéfaits et comme atterrés partant de courage et de résolution, semblaient hésiter sur ce qu'ils devaient faire, mais Julien, qu'une sublime impatience poussait au martyre, les excite et les provoque en quelque sorte :

« Qu'attendez-vous? leur dit-il. Ne voyez-vous pas )) qu'il me tarde de sortir de ce monde, et que j'ai )) soif de la présence de Jésus-Christ? N'est-ce pas )) ma tête que vous demandez? Eh bien, voici que je » vous rapporte, et vous hésitez! Ah! frappez, et » d'un même coup vous accomplirez votre mission et )) vous comblerez tous mes vœux!)) A ces mots, le plus audacieux des cavaliers lève son glaive, le brandit avec fureur, et la tête du chrétien tombe sous le tranchant du fer.

Les miracles ne manquèrent pas de glorifier le généreux martyr. Féréol;, comme nous l'avons déjà dit, commandait une légion à Vienne, en qualité de tribun. Ce fait suffit pour établir qu'il était d'extraction patricienne. Nous ne doutons pas qu'il appartînt à la famille des Féréol, illustre et puissante dans les Gaules ; famille qui/a donné des préfets du prétoire à l'empire, des évêques à l'Église. Notre Saint professait le christianisme sans ostentation, mais sa réserve n'était point de la tiédeur, et quand les jours d'épreuve furent arrivés, quand il fut mis en demeure de confesser hautement sa foi et de rendre témoignage à Jésus-Christ, il ne recula point devant la menace du martyre. Lorsque les émissaires qui avaient décapité saint Julien en Auvergne, eurent rapporté sa tête à Vienne, Féréol retira cette relique sacrée des mains des bourreaux au prix de l'or. Il se dénonça ainsi lui-même au proconsul. Crispinus le fit comparaître devant son tribunal et voulut le contraindre à brûler de l'encens aux idoles. « Vous êtes officier des empereurs, lui dit-il, et vous recevez d'eux votre salaire, à ce double titre vous devez aux

autres Texemplc de robéissance et du respect. » Féréol répondit avec autant de modération que de fermeté : (( Je sais ce que je dois de respect et d'obéissance à la majesté des empereurs; aussi n'ai-je jamais désobéi à ce qui m'a été légitimement ordonné au nom de l'autorité impériale. Mais je ne saurais mettre cette autorité au-dessus de celle de Dieu, et mon obéissance ne peut pas aller jusqu'à violer les lois de ma religion. Est-ce l'honneur et le profit de ma charge que vous me reprochez? Je vous les abandonne volontiers ; je ne vous demande que la vie et la liberté; afm de pouvoir honorer Dieu selon ma conscience et selon mon cœur. Que si c'est encore trop vous demander, eh bien ! ôtez-moi la vie et la liberté; mais vous ne m'ôterez pas ma foi; car je suis disposé à tout souffrir plutôt que d'y renoncer. »

Une réponse si noble et si calme ne fit qu'irriter davantage la fureur du proconsul. Féréol fut chargé de chaînes, outrageusement frappé et jeté dans les cachots. Le troisième jour de son emprisonnement le martyr se trouva miraculeusement débarrassé de ses fers; et comme il vit les gardes endormis et la prison ouverte, il s'enfuit et sortit de la ville par la porte qui mène à Lyon. Il passa le Rhône à la nage et gagna la rivière de Gérés, qui tombe dans ce fleuve à deux lieues de Vienne. Mais ceux qu'on avait chargés de le poursuivre l'ayant repris, lui lièrent les mains derrière le dos et l'emmenèrent avec eux. Ils ne le conduisirent cependant point jusqu'à Vienne. Un accès de fureur les saisissant tout à coup, ils lui coupèrent la tête sur les bords du Rhône. C'était en l'an 304. Les chrétiens de la ville enseve-

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lirent le corps du saint martyr avec beaucoup de respect et ils éprouvèrent'plusieursfois sensiblement les effets de sa protection auprès de Dieu.

Réflexions pratiques.

Le courage et la grandeur d'âme de saint Julien et de saint Féréol, en présence des tyrans et en face de la mort , contraste merveilleusement avec la lâcheté d'un grand nombre de chrétiens de nos jours qui n'osent manifester publiquement leur foi. Quand on met ces deux officiers de la milice romaine en demeure de choisir entre Tapostasie et la mort, que répondent-ils? Nous sommes chrétiens, les chrétiens meurent, mais ils ne trahissent jamais leur foi. Quel courage I En avons-nous un pareil?

Aujourd'hui, pour nous faire apostasier, que fautil? l'appareil des supplices? La vue des chevalets? Un glaive? Une épée tranchante? Non, un geste, un coup d'oeil, une parole suffisent. Que faut-il? La crainte de la mort? Non, mais la crainte d'un qu'en dira-t-on, d'une fade plaisanterie. Et devant de pareilles armes on rougit, on pâlit et on cesse d'être chrétien. Quelle lâcheté! Quel manque de foi! Ce crime ne serait-il point le nôtre!...

Plan de méditation.

I. Le courage de Julien et de Féréol les porte à défendre leur religion et à mourir pour elle.

IL La religion règle leur courage en les rendant justes, saints et utiles.

SAINT CORNEILLE, Pape et Martyr, ET SAINT CYPRIEN, Évkque et Martyr

16 septembre.

Saint Corneille, Romain de nation, était un homme d'une conduite irréprochable, d'une pureté virginale, d'une humilité profonde, d'une douceur et d'une modestie remarquables. Après avoir passé par toutes les fonctions ecclésiastiques, o\i son zèle et sa prudence s'étaient fait admirer de tous les fidèles, il fut élevé sur la chaire de saint Pierre, vacante depuis un an et quelques mois. Il succéda au pape Fabien, martyrisé sous l'empire de Dèce, le 20 janvier 250. A peine monté sur le trône pontifical, il eut à combattre un schisme déplorable. Le prêtre Novatien, ambitieux, secondé par un évêque d'Afrique, Novat, donna à l'Église le scandale inouï d'un antipape. La philosophie et l'éloquence par lesquelles il s'était acquis une grande réputation, l'avaient tellement enflé, qu'il éclata en plaintes et en murmures sur l'élection de Corneille, comme si on lui avait fait injure de ne pas le choisir lui-même pour le souverain pontificat. D'accord avec Novat, il sema parmi les fidèles les plus atroces calomnies contre le souverain pontife, pour le décrier et le rendre odieux. Les deux chefs d'insurrection firent une propagande si active qu'ils surprirent un certain nombre de fidèles et même d'évêques. Trois prélats d'Italie, violentés ou trompés, imposèrent les mains à Novatien et l'ordonnèrent évêque. Le nouveau pontife écrivit à plusieurs évêques pour tâcher de les surprendre et de les ga-

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gner à sa* communion. Ses lettres n'étaient que des invectives contre Corneille, mêlées d'une doctrine perverse et hérétique. Il se plaignait entre autres choses, que le saint pape recevait trop facilement à la communion ceux qui avaient sacrifié aux idoles, et soutenait qu'on ne devait pas absoudre, même à la mort, ceux qui étaient tombés pendant la persécution. Saint Corneille qui brillait sur le trône de Pierre, avec toutes les vertus d'un véritable apôtre, employa, mais en vain, tous les moyens possibles, pour ramener ces deux hérésiarques à l'unité et à la pénitence. Les voies de la douceur ne réussirent pas mieux que celles de la menace ; il assembla alors un concile, où les deux chefs de la révolte furent cités et condamnés. Après ce triomphe, la persécution, qui s'était un peu ralentie sur la fin du règne de Dèce et au commencement de celui de Gallus, se ralluma avec plus de fureur que jamais. Voici à quelle occasion. Une peste affreuse ayant exercé ses ravages dans l'empire, le nouvel empereur crut ses 'dieux irrités de la paix accordée à l'Église et il s'imagina de les apaiser en répandant le sang des chrétiens. 11 renouvela donc les édits violents portés par ses prédécesseurs. Corneille fut le premier arrêté dans la ville de Rome. Son courage à confesser la foi le fit exiler à Cemtuncelles, aujourd'hui Civitta- Vecchia. Ramené plus tard à Rome, il y fut martyrisé, le 14 septembre de l'an 252.

Le même jour, l'Église célèbre la fête de saint Cyprien. Il naquit à Carthage, capitale de l'Afrique, d'une famille sénatoriale fort illustre. Dieu le dota de beaucoup de talent et de science. 11 fut élevé ave-c

beaucoup de soin dans tous les arts libéraux et fit des progrès si extraordinaires dans les belles-lettres qu'il enseigna la rhétorique, avec des applaudissements universels, à Cartilage. N'étant pas chrétien, il plongea misérablement sa jeunesse dans les dérèglements de Torgueil et même d'une vie licencieuse; mais ayant connu le prêtre Cécilius, il se lia d'amitié avec lui et apprit de ce vertueux ecclésiastique la science du salut. Dieu toucha ce cœur généreux par les instructions de son ami sur rexcellence de la religion chrétienne et la sainteté de la morale évangélique. Cyprien résolut de se convertir et de se donner entièrement à Dieu. Après son baptême, le fervent néophyte distribua ses grands biens aux pauvres, puis il se retira dans une profonde solitude pour y vaquer à l'étude des saintes lettres; il devint en peu d'années un des plus savants docteurs de son siècle ; il fut élevé à la prêtrise, et un an après, en 248, choisi malgré lui, par le vœu du clergé et du Pape, comme évêque de Garthage.

Le choix d'un si grand homme pour gouverner l'Église de Garthage, dans un temps oti l'on attendait à tout moment une nouvelle persécution, inspira un merveilleux courage aux chrétiens ; ils étaient persuadés que, par ses paroles et par ses exemples, il les fortifierait contre la malice de leurs ennemis. Ils ne se trompèrent point, car Cyprien, non seulement remplit tous les devoirs d'un digne et saint évêque, mais il brilla par l'éclat des plus éminentes vertus. Il se montra constamment le père de son peuple, le bon pasteur de son troupeau, le modèle des autres prélats et l'admiration des impies

et des idolâtres. Il sut allier, dans les fonctions de sa charge, la douceur à la fermeté, et la patience au courage. Sur ces entrefaites Tempereur Dèce publia les édits les plus sévères contre les chrétiens. Les païens de Carthage se déchaînèrent avec fureur contre Tennemi mortel de leurs dieux, contre celui qui avait renié leur calte pour celui du Crucifié : Cyprien aux lions, criaient-ils de toutes parts. Le saint évêque aurait bien voulu verser son sang pour Jésus-Christ, mais on lui fit comprendre les nombreux dangers qu'aurait à courir son troupeau sans pasteur. Cette considération l'obligea à se cacher durant la persécution. Toutefois, il ne cessa de pourvoir à ses besoins par ses écrits, par ses lettres, par la présence multipliée sur tous les points de prêtres zélés et fidèles, et par ses prières ferventes. II eut la douleur de voir, pendant son absence de quinze mois, un schisme tenté dans son Église par Novat, schisme qui lui causa bien des inquiétudes. Mais il fut surtout profondément affligé, en apprenant que la crainte des tourments avait porté un grand nombre de chrétiens à trahir leur foi. Sur ces différents objets et sur la conduite à tenir à Tégard des schismatiques et des apostats, il s'entendit toujours avec rÉglise romaine qu'il appelait la principale des Église et l'origine de l'unité sacerdotale.

L'empereur Dèce et son fils ayant péri, les fidèles respirèrent quelque temps, et saint Cyprien retourna à Carthage. Il y donna de sublimes exemples de piété, de zèle, de charité et de toutes les vertus. Sa charité se signala surtout durant la peste qui vint affliger sa ville épiscopale. Entraînés par l'éloquence

de ses discours, les chrétiens de Carthage s'empressèrent de suivre les leçons et l'exemple de leur pasteur, et d'assister non seulement leurs frères, mais encore leurs ennemis et leurs persécuteurs. Les riches donnèrent des sommes considérables et les pauvres offrirent leur travail.

La persécution contre les fidèles s'étant renouvelée sous le règne de Valérien, Cyprien fut saisi et entraîné devant le proconsul Paternus, le 20 août 257. (( Quel est votre nom et votre qualité? lui demanda le magistrat. — Je suis chrétien et évêque, répondit Cyprien. Je ne reconnais qu'un seul Dieu qui a fait le ciel et la terre et tout ce qu'ils renferment. C'est ce Dieu que nous adorons nous autres chrétiens, et que nous prions chaque jour, pour nous-mêmes, pour tous les hommes, et en particulier pour la prospérité des empereurs. )> Comme le prélat persista dans cette déclaration, il l'exila à Curube, où il demeura près d'un an. Il en fut rappelé par le proconsul Galère Maxime qui, l'ayant fait comparaître à son tribunal, lui dit : « Cyprien, es-tu chrétien? — Je le suis. — N'est-ce pas toi qui es l'évêque et le père de ces hommes sacrilèges qu'on nomme chrétiens?— C'est moi. — Obéis aux ordres des empereurs ou bien meurs par le glaive des bourreaux. — Je veux bien mourir, mais je ne veux pas obéir à vos ordres. » Aussitôt le gouverneur s'écria : « J'ordonne que Cyprien meure par le glaive. — Dieu soit béni, répondit le martyr. » Quand il fut arrivé au lieu de son supplice, il fit des largesses à son bourreau, se mit à genoux et pria. Sa tête tomba sous la hache, le 14 septembre 258.

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Réflexions pratiques.

Ce qui fait un mal incalculable à la religion du Sauveur, ce n'est plus le glaive des tyrans et des bourreaux, car le sang des martyrs est une source féconde de nouveaux chrétiens ; c'est la corruption des mœurs et le libertinage ; c'est l'esprit du monde qui multiplie les désastres dans l'Église e'n semant partout l'indifférence et l'impiété. Que de victimes immolées chaque jour ! Que d'âmes égarées. Ne serions-nous pas du nombre de ces infortunés. Malheur aux peuples qui sont exposés à ces sortes de persécutions infernales ! Mais heureux les chrétiens qui, dans ces temps difficiles, ont à leur tête des pasteurs intrépides comme saint Corneille et saint Cyprien qui savent mourir pour défendre les brebis de la fureur des loups dévorants. Qui pourrait dire tout ce que ces illustres pontifes ont déployé de zèle et de fermeté pour préserver les fidèles de la contagion du mal! Tant et de si glorieux travaux méritaient le Ciel et la palme des héros. — Perdons tout, séparons-nous de tout ce que nous avons de plus cher ici-bas, si c'est nécessaire, mais fuyons le vice, évitons le libertinage. Ecoutons les enseignements de l'Église et prenons ses doctrines pour règle de notre conduite.

Plan de méditation.

I. L'élection de ses deux saints pontifes fut l'ouvrage seul de la religion.

II. Leur conduite dans leur élévation fut un triomphe pour la religion.

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