II. L'avons-nous fait
III Que ferons-nous à l'avenir?
SAINTE CATHERINE DE GÊNES, Vierge
13 septembre.
Sainte Catherine de Gênes vint au monde vers la fin du quinzième siècle. Elle sortait de l'une des plus riches familles de la Ligurie, si féconde en grands
hommes et en héros. Sa raison commençait h peine à se développer, qu'elle paraissait déjà un enfant de bénédiction. Elle fut, par une grâce spéciale, préservée de ces petits défauts auxquels Tenfance est sujette. Dès l'âge de douze ans, quoique sa complexion fût fort délicate, elle pratiqua des mortifications très rudes et très austères. Elle ne couchait que sur la paille et n'avait pour chevet qu'un morceau de bois. A cette époque elle reçut de Dieu des grâces extraordinaires, et entre autres le don d'une oraison sublime. Elle ressentit les feux du pur amour, qui devait plus tard embraser son cœur et le consumer tout entier. Pour se livrer à cet attrait elle voulut embrasser l'état religieux et se consacrer entièrement au Seigneur. Elle fut détournée de ce dessein par les supérieurs du couvent qui la jugèrent trop jeune et trop délicate pour supporter les rigueurs de la règle, et par ses parents qui refusèrent leur consentement. Trois ans après on lui fit épouser un seigneur de Gênes, nommé Julien Adorno. Jamais mariage ne fut plus mal assorti. Julien traitait Catherine comme une étrangère, ou plutôt comme une esclave, sans lui laisser prendre aucune connaissance des affaires domestiques. Cet homme, dévoré d'ambition et d'orgueil, vivement passionné pour les plaisirs et les pompes du monde, ne tarda pas de dissiper en débauches son bien et celui de son épouse. Qui pourrait dire les noirs chagrins et les mille contradictions qu'elle eut à essuyer de la part de ce jeune libertin pendant les dix ans qu'ils passèrent ensemble. Catherine chercha quelques consolations dans le monde. Mais Dieu qui veillait sur cette âme
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privilégiée, répandit une amertume salutaire sur tous les plaisirs qu'elle poursuivait. Bientôt même elle tomba dans une mélancolie sombre et dans une espèce de désespoir. Sa sœur religieuse, ayant appris son état, vint à son secours. Elle lai proposa de se confesser au directeur de la communauté, l'assurant qu'il apporterait quelques remèdes à ses maux. Elle le fit, et s'en trouva très bien. Elle changea complètement le 22 mars, et ce même jour elle éprouva un désir insatiable de la sainte communion. Elle demanda donc et obtint la permission de communier tous les jours. Notre-Seigneur, redoublant ses faveurs à son égard, voulut que, dans l'Avent et le Carême, elle ne vécût que de la sainte communion. En effet, pendant vingt-trois ans, il lui fut impossible, depuis la Saint-Martin jusqu'à Noël, depuis le Quinquagésime jusques à Pâques, de rien retenir dans son estomac que cette nourriture céleste.
Pendant tout le temps de son mariage, Catherine n'avait cessé de prier pour son époux. Elle eut enfla le bonheur de le convertir. Adorno, revenu de ses égarements, fit pénitence, entra dans le Tiers-Ordre de Saint-François, et mourut dans de grands sentiments de repentir. Débarrassée des liens qui la retenaient dans le monde, la Sainte résolut de ne plus vivre que pour le Ciel et pour Dieu ; mais elle délibéra quelque temps sur la manière dont elle exécuterait son dessein. Elle se décida enfin pour la réunion de la vie active à la vie contemplative. Elle s'attacha au grand hôpital de Gênes, oii elle servit plusieurs années les malades avec une charité et une tendresse incroyables. Sa charité n'était point renfermée dans
UN MODKLIi:
Tenceinte de Thôpilal, elle s'étendait à tous les pauvres malades de la ville ; dès qu'elle les connaissait, elle leur faisait parvenir tous les secours dont ils avaient besoin. Son amour pour eux éclata surtout pendant la peste qui fit à Gênes de terribles ravages, dans les années 1497 et 1501.
Ses austérités avaient quelque chose d'effrayant. Elle passa plusieurs fois quarante jours sans prendre d'autre aliment que l'Eucharistie. Journellement elle faisait six heures d'oraison mentale, dans une posture très humiliée. Réfléchissant sur ces paroles de Jésus-Christ : Celui-là maime^ qui garde mes commandements, elle s'écriait : a 0 amour, si les autres sont attachés à vous par une chaîne, je m'y rattacherai, moi, par dix ! Tout ce que voui commandez conduit à la paix et à la douce union de l'amour. Mais cette vérité n'est réellement comprise que par ceux auxquels l'expérience en a donné le sentiment. » Elle gémissait sur l'insensibilité des hommes pour Dieu, et ne pouvait s'imaginer qu'il fût possible d'aimer autre chose que Jésus-Christ, surtout en considérant cette immense charité qui l'avait porté à se faire homme et à souffrir une mort aussi cruelle qu'ignominieuse pour le salut du monde.
Un jour, en embrassant des malades infectés de la peste et de toutes sortes de maladies contagieuses, elle contracta un mal dont elle faillit mourir; mais Dieu la guérit miraculeusement. Neuf ans avant son décès, elle tomba dans une autre maladie qui lui dura jusqu'au dernier soupir. Aucun médecin ne put découvrir le caractère de cette maladie. C'était le feu divin qui consumait Catherine. Sa devise au
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sein de ses peines était cette parole de l'Oraison dominicale : (( Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le Ciel. » Elle mourut, le 14 septembre 1510, à la soixante-deuxième année de son âge, après une maladie longue et douloureuse. On lit dans Tauteur de sa vie, que sa sainteté fut attestée par plusieurs miracles. Dix-huit mois après sa mort, on leva de terre son corps qui n'avait encore aucune marque de corruption. Elle fut canonisée par le pape Clément XII.
Réflexions pratiques.
Ce qui frappe le plus dans la belle vie de sainte Catherine de Gênes, c'est la force et l'énergie de caractère qu'elle a déployées dans toutes les phases de son existence. Avant son mariage, elle a été un ange de vertu qui n'a cessé de pratiquer Thumilité, la chasteté, l'obéissance et la mortification la plus héroïque. En vain le monde a fait luire à ses yeux l'éclat de sa naissance et la perspective d'un brillant avenir, elle a toujours résisté courageusement à tous ses appas séducteurs ; attachée à Dieu, elle n'a vécu que pour lui seul.
Pendant les dix années de son mariage, elle n'a cessé de se montrer la femme véritablement forte. Les contradictions et les chagrins domestiques dont elle a été journellement abreuvée, n'ont jamais pu ébranler sa constance dans la vertu. — Durant son veuvage, elle a légué au monde l'exemple du plus héroïque dévouement. Quelle vie admirable d'abnégation et de charité ! Oh ! si la fille et la femme chrétiennes déployaient à tous les âges de la vie cette