‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 51 sur 67 · SAINT JOSEPH DE GOPERTINO · texte numérisé non relu

SAINT JOSEPH DE GOPERTINO

Saint Joseph naquit dans la petite ville de Copertino , au royaume de Naples, le 17 juin 1603. Sa mère lui donna le jour dans Une étable oîi elle s'était retirée pour se soustraire aux insultes des agents de justice qui la poursuivaient pour quelques dettes contractées par son mari. Cette femme avait la foi vive; elle sut en remplir le cœur de son fils. Joseph, prévenu des grâces les plus privilégiées, s'attacha au service divin et méprisa les avantages du monde. Son esprit était tellement absorbé par les choses célestes qu'il semblait impropre à tout ce qui n'était pas prière ou contemplation. On ne réussit qu'à grand'peine à lui apprendre à lire et à écrire. Mais Dieu qui voulait être lui-même son instituteur, le mit, tout jeune, à la grande école de la souffrance. Sa santé s'altéra. Il fit une longue et cruelle maladie, oii il donna des preuves d'une patience admirable. Guéri miraculeusement au sanctuaire de Notre-Dame des Grâces, l'enfant reconnaissant n'eut dès lors qu'une pensée : se consacrer à Dieu. Il était sans cesse à l'église. Il pratiquait la mortification sous toutes ses formes : vivant d'herbes assaissonnées d'absinthe et portant un rude cilice sur sa chair délicate. Le Saint avait dixsept ans quand il fit choix de l'Ordre séraphique de

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Saint-François. Après avoir essuyé un refus chez les Capucins, il parvint à se faire admettre comme frère convers. On ne lui avait pas reconnu les qualités et l'intelligence nécessaires pour jamais arriver à la prêtrise, tout au plus pouvait-il espérer être un serviteur passable. Et encore dans ses nouveaux devoirs il fit preuve d'une incapacité absolue. Les grâces dont Dieu semblait Taccabler devaient lui attirer le mépris. Absorbé dans une incessante contemplation des choses divines, en extase à l'église, en extase à la maison, vivant uniquement en Dieu, il paraissait mort à tout le reste. Ses supérieurs lui confiaient-ils le soin du réfectoire, il laissait tomber les assiettes et les plats ; le chargeait-on de préparer la cuisine, en mettant du bois sur feu il renversait les casseroles. Il prenait du pain noir pour du pain blanc, et déclarait ne pas savoir distinguer l'un de l'autre. Ces énormités et d'autres encore le firent renvoyer du couvent. Quelle humiliation I quelle douleur mortelle pour ce pauvre serviteur de Dieu de se voir ainsi fermer honteusement et irrévocablement la porte de tous les monastères ! Aucun de ses parents ne voulait le recevoir dans la maison. On le prenait •pour un vagabond et un insensé qui déshonorait les siens. Sa mère désolée eut beau parler aux Franciscains;, en sa faveur, tout ce qu'elle put obtenir d'un religieux qui était son propre frère, c'est que Joseph porterait l'habit du Tiers-Ordre de Saint-François sous le titre d'oblat et serait, en cette qualité, attaché au service de l'écurie et chargé du pansement de la bête de somme. Mais Dieu qui avait déjà tiré Joseph enfant d'une étable, voulut le tirer encore de celle où

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Ton reléguait sa jeunesse. Ses supérieurs, l'ayant examiné de près, furent tellement frappés de sa sainteté qu'ils décidèrent son admission au noviciat et le destinèrent à la prêtrise. A force de zèle, de travail et de persévérance, il finit par acquérir les connaissances indispensables pour être promu au sacerdoce.

Dès qu'il fut prêtre, le Saint redoubla de ferveur et de mortification : pendant cinq ans, à partir de son ordination, il ne mangea pas de pain et ne but pas de vin. A l'imitation du glorieux patriarche, saint François, il jeûnait sept carêmes. Du jeudi au dimanche il n'était soutenu que par la sainte Eucharistie. Un soir son supérieur lui ordonna de manger de la viande, il le fit, mais son estomac la rendit immédiatement avec d'atroces souffrances. Il se disciplinait toute la nuit jusqu'à en perdre haleine et portait un cilice armé de pointes de fer. Aussi l'amour qui l'avait animé dès le premier âge, fit-il en lui de jour en jour les plus remarquables progrès. Témoin les délicieuses extases et les étonnants transports qui souvent le ravissaient en Dieu. Durant ces faveurs l'amour divin suspendait les lois de la pesanteur et pendant soixante-quatre ans il s'élevait chaque jour dans les airs comme la colombe. Les juges de l'Inquisition, chargés d'examiner ces faits extraordinaires, furent témoins de quelques-unes de ces extases dont la vie de Joseph fournit tant d'exemples.

Un jour le Saint se préparait à offrir le divin sacrifice dans l'église de Saint-Grégoire l'Arménien ; il était agenouillé dans un coin lorsque, en présence d'une nombreuse populace, il poussa un grand cri et

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s'élança dans les airs, vola jusqu'à l'autel où il alla se placer debout, les bras sur la poitrine en forme de croix, le corps penché sur les fleurs et les cierges allumés qui ne le brûlaient pas. Ensuite il fit entendre un autre cri, s'éleva d'un second vol en tournoyant et en chantant : « 0 bienheureuse Vierge ! 0 bienheureuse Vierge ! » et revint prendre la place qu'il occupait d'abord. — Un peu plus tard, en présence d'Urbain VIII, le spectacle de la grande majesté du vicaire de Jésus-Christ émeut son cœur à tel point qu'il est ravi en esprit, s'envole et demeure suspendu dans les airs, dans la salle même des audiences. Le Pontife s'écria que si Joseph mourait avant lui, il pourrait servir de témoin dans son procès de canonisation.

Dans une autre circonstance, notre bienheureux étant à Assise, dans une église où une nombreuse assistance l'attendait, il aperçut une image de la Sainte Vierge tout à fait semblable à cette de Grotella qu'il aimait depuis sa jeunesse; il tomba en extase, s'éleva à 18 pieds de haut jusqu'à la sainte effigie qu'il baisa tendrement en disant : a 0 ma mère, vous m'avez accompagné ici. »

Sous sa main les miracles se multipliaient comme par enchantement. Après un violent orage, des bergers désolés, voyant la plaine couverte des cadavres de leurs brebis, vinrent, en pleurant, implorer le secours de ses prières. Notre Saint les consola et, se rendant sur le théâtre du sinistre, il ressuscita une à une toutes les brebis en disant: Aw nom de Dieu lève-toi.

Un jour qu'il visitait un malade, une mère lui prénii 24

senta sa fille estropiée, impotente, et atteinte de la petite vérole. Le Sainl, s'asseyant, tira un crycifîx de sa poitrine et dit à la fille : « Viens, embrasse ce crucifix et va le faire embrasser à ton père et à ta mère. » La jeune fille obéit et fut guérie. Malgré tant de faveurs il se regardait comme le plus grand pécheur du monde. Se trouvant un jour en présence d'un enfant de trois ans, il se pencha pour le caresser et lui dit : (( Mon petit ami, dit comme moi : Frère Joseph est un grand pécheur, digne de l'enfer. » L'enfant qui articulait à peine, se mit à dire d'une voix très nette : « Frère Joseph est un grand saint, digne du paradis. )> Cette particularité frappa l'esprit des assistants et fit rougir le Saint.

Malgré toutes ces faveurs et un nombre incalculable d'autres que nous sommes obligés de passer sous silence, Joseph fut horriblement éprouvé : Dieu d'abord, pour épurer sa vertu, lui retira toutes les consolations divines qui l'avaient inondé jusquelà. Le démon ensuite le tenta de toutes les manières. Toutefois il ne manqua jamais de confiance. Peu de temps après les consolations célestes revinrent plus abondantes que jamais. On l'entendait souvent répéter ces mots : « Jésus, Jésus, attirez-moi à vous ; je ne puis plus rester sur la terre. » Il mourut, le 18 septembre 1666, après avoir reçu tous les sacrements avec une foi admirable.

Réflexions pratiques.

Dieu visite souvent ses fidèles serviteurs par les tribulations, l'adversité et les épreuves de tout genre, parce qu'elles sont des marques et des gages de pré-

destination. En effet, ceux qui sont prédestinés, dit TApôtre, doivent être conformes à Jésus-Christ ; et qu'est-ce qui nous donne cette conformité avec Jésus-Christ crucifié sinon l'épreuve ? Aussi le même Apôtre nous dit que si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi un jour avec lui. Jésus-Christ luimême ne nous Tassure-t-il pas lorsqu'il nous dit : (( Bienheureux ceux qui pleurent parce qu'ils seront un jour consolés dans le Ciel I » Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des Cieux est à eux ! » Faut-il s'étonner, après cela, si saint Joseph de Copertino a été fortement éprouvé et s'il a accepté les afflictions avec calme et résignation? Et nous, enfants des saints, lorsque nous sommes visités par l'adversité, l'angoisse, la douleur, les persécutions, comment acceptons-nous les épreuves ? Les regardons-nous comme de puissants moyens de satisfaire à la justice divine, et d'acquérir de grands mérites pour le Ciel ? N'avonsnous pas, bien souvent, repoussé la main qui nous frappait et éclaté en murmures? Ah ! souffrons avec Jésus-Christ pour régner un jour avec lui dans le Ciel.

Plan de méditation.

Avantages des épreuves : 1° elles nous font rentrer en nous-mêmes ; 2° elles nous détachent du monde ; 3^ elles nous détachent du péché ; 4^ elles nous procurent les moyens de satisfaire à la justice de Dieu, d'acquérir de nombreux mérites ; 5° elles nous rendent conformes à Jésus-Christ.

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