III. Prodiges après sa mort
SAINT ARNOUX, Évêque de Gap, Patron du diocèse
Vers les premières années du onzième siècle, naquit à Vendôme, diocèse de Chartres, Arnoux, fils de parents remarquables par la noblesse du sang et
plus encore par la noblesse du cœur. Ceux-ci cultivèrent avec beaucoup de soin les heureuses dispositions qu'il manifesta dès son jeune âge. Douceur de caractère, innocence de mœurs, précocité d'esprit, ingénuité de manières, et beauté physique, rien ne manquait à cet enfant pour être la joie de sa mère, Tespoir de sa famille et l'admiration de ceux qui l'approchaient. Tout lui promettait une carrière brillante et dorée. Mais Dieu qui s'était réservé cette âme d'élite, le fit naître dans le voisinage du célèbre monastère de la Sainte-Trinité fondé à Vendôme en 1042, et le poussait par une sympathie secrète et un attrait irrésistible vers les murs du saint asile. Pendant que ses compagnons d'âge se divertissaient sur la place publique, il allait s'agenouiller au pied des autels de l'église abbatiale ou converser avec quelque personne sage capable de l'instruire et de l'édifier.
Pour protéger la vertu naissante d'Arnoux contre la contagion du monde et le préparer à une haute perfection, Dieu inspira à ses parents de confier l'éducation de leur fils chéri aux pieux et savants enfants de Saint-Benoît. Qui pourrait dire sa joie, quand s'ouvrit pour lui la porte si désirée du célèbre monastère dont il devait, un jour, devenir l'ornement et la gloire ! Admis au milieu des pères, désormais ses maîtres et ses modèles, on le vit, comme le divin Sauveur, grandir merveilleusement en science et en sagesse devant Dieu et devant les hommes, et il ne tarda pas de faire l'admiration de la communauté.
Ravi de l'ordre, de la paix, du bonheur qui régnaient
autour de lui, mille fois Arnoux désira y fixer pour toujours sa demeure. Ce pieux désir ne tarda pas à être exaucé. Le premier abbé du monastère, frappé de la haute vertu et de Tétonnante maturité du saint jeune homme, crut pouvoir s'écarter, en sa faveur, des règles ordinaires en lui donnant Thabit monastique. Heureux de se voir fixé dans cette silencieuse retraite qui faisait ses délices, il s'étudia avec un zèle infatigable à acquérir les trésors de science, de sagesse et de piété dont il devait un jour enrichir TEglise de Dieu; et il devint le modèle de la pieuse et fervente communauté.
Tant de mérites et de perfections attirèrent à notre Saint des faveurs plus précieuses encore. Le supérieur du monastère, voyant dans ce jeune religieux de si grandes vertus et une vie si pure, le jugea digne d'être élevé au sacerdoce. Nulle bouche humaine ne saurait dire comment il répondit à cet appel du Seigneur et ce qui se passa de céleste dans cet ange de la terre. Il se prépara à la grâce du sacerdoce par un redoublement de zèle dans Taccomplissement de tous les devoirs religieux. Une fois prêtre, ses nombreuses et précieuses qualités attirèrent sur lui l'affection et la confiance du vénérable abbé. Sur ces entrefaites, le fondateur de l'abbaye delà Trinité mourut et les religieux eurent à souffrir des injustes violences du comte de Vendôme. L'abbé du monastère, n'ayant pu arrêter par la voie de la douceur les mille vexations de l'oppresseur, résolut de faire le voyage de Rome et de porter ses plaintes au tribunal même du souverain pontife. Il emmena avec lui Arnoux, son disciple chéri. Le pape Alexandre II
eut occasion, dans ce voyage, d'apprécier Tesprit aimable d^Arnoux, la solidité de son jugement et la profondeur de ses vues. Il voulut le retenir à Rome. Quatre années entières notre Saint fut l'ami et le confident intime du souverain pontife. Mais loin de se laisser aller à la vaine gloire il n'en devint que plus humble, plus mortifié et plus pénétré de mépris pour les grandeurs humaines. Néanmoins, Dieu qui se plaît à exalter les humbles ne tarda pas à placer sur le chandelier de FÉglise cette lumière brillante. L'évêque de Gap, Ripert, avait été déposé comme simoniaque, et le diocèse était privé de pasteur depuis plus de deux ans. La foi se perdait, les mœurs se dépravaient, le troupeau sans guide et sans pasteur se dispersait. Dans ces fâcheuses extrémités, le clergé et les habitants de Gap envoyèrent à Rome des hommes de confiance pour informer le souverain pontife du déplorable état où se trouvait leur diocèse et le prier d'y apporter un prompt et efficace remède. Le Pape, mesurant la profondeur du mal, comprit que pour en arrêter les progrès alarmants, il fallait un apôtre, et il jeta les yeux sur le bienheureux Arnoux. Malgré ses résistances l'élu fut obligé d'obéir. Il fut consacré par le souverain pontife luimême, puis il partit pour aller consoler l'Église de Gap de son déplorable veuvage. Ce fut dans ce voyage que Dieu fit éclater les merveilles de satdutepuissance, en rendant, par l'intercession d' Arnoux, un pauvre enfant à la vie et à sa mère. C'était près de Vendôme : il marchait sur les bords du Loir, lorsque des cris et des pleurs vinrent frapper ses oreilles ; il s'approcha; une foule nombreuse entou-
POUR CHAQUE JOUR DE l'aNNÉE 431
rait le cadavre d'une enfant qu'on venait de retirer de l'eau. A ce spectacle, Arnoux, ému de compassion, couvre le cadavre de son manteau, et à l'instant même le corps s'anime, l'enfant se relève plein de santé et de vie. Quelques jours après le saint et vénéré pasteur arrive, devancé par le bruit de ce prodige, au milieu de ses ouailles. Il est reçu comme un ange envoyé du Ciel. Chacun veut voir cet homme étonnant auquel la mort obéit. Ses manières douces et aimables, l'onction irrésistible de sa parole, le doux parfum de sainteté qu'il répand autour de lui, achèvent de lui concilier l'amour et l'admiration.
Voulant profiter de ces heureuses dispositions, Arnoux se met aussitôt à l'œuvre. Sous son action vivifiante, les abus se réforment, les injustes préventions tombent, la foi, la piété se réveillent, les conversions les plus inattendues, les plus éclatantes s'opèrent, et bientôt, parles effets de son zèle admirable, l'Église de Gap devint l'une des plus ferventes Églises du monde catholique. Les honneurs ne changèrent rien à la sévérité et à l'innocence de ses mœurs. Il fut sous la mitre ce qu'il avait été sous l'habit religieux, humble, mortifié, désintéressé, charitable, toujours persuadé qu'on ne peut travailler efficacement au salut des autres, si l'on n'est pas saint soi-même.
Malgré ses vertus, Arnoux eut à souffrir la persécution des méchants. Mais Dieu le vengea en frappant de mort ses insulteurs.
Comme rien n^est plus propre à ranimer la foi que les œuvres miraculeuses, Dieu permit à son serviteur d'en opérer. En voici quelques-unes des plus frap-
pantes et des plus authentiques : Une religieuse ayant perdu de vue la sainteté de son état devint si furieuse qu'on fut obligé de l'attacher avec des chaînes de fer. Le saint évoque la convertit et la guérit d'un signe de croix. — Pendant que saint Arnoux consacrait l'église de Valernes, dans les Basses-Alpes, un des assistants qui s'était imprudemment placé dans un lieu élevé pour mieux voir la cérémonie, se laissa tomber, et dans sa chute, se brisa plusieurs membres. Averti de ce fâcheux accident, le Saint accourt, touche l'infortuné, prie et à rinstant il est rendu à une santé parfaite. — Un autre jour que le. pieux prélat se purifiait les mains pour aller célébrer les saints mystères, on lui présente un pauvre aveugle et on le prie de lui rendre la vue. Le bienheureux, touché de son triste sort, verse Teau qu'il avait dans les mains, sur les yeux de l'infortuné, et aussitôt il y voit parfaitement. C'est ainsi que par la splendeur de ses prodiges et Tardeur de son zèle, saint Arnoux, parvint en peu de temps, à rétablir, parmi nos ancêtres, la pureté de la foi et la ferveur de la piété. Enfin, pleine de mérites devant Dieu, Tâme du saint pontife, s'envola au ciel, le i9 septembre 1070, et sa sainte dépouille, accompagnée des regrets du clergé et des fidèles en deuil, fut ensevelie avec toutes les pompes de la religion, dans l'église de Saint-Jean-le-Rond.
Réflexions pratiques.
Saint Arnoux, ce généreux contempteur des vanités de la terre, n'a pas attendu un âge avancé pour mesurer le vide des biens d'ici-bas et toute la gran-
POUR CHAQUE JOUR DE l'aNNÉE 433
deur des récompenses promises à ceux qui recherchent Dieu et s'attachent à son service. De bonne heure cet enfant, digne d'occuper une place distinguée dans le monde, comprit que tout sur la terre n'est que poussière et vanité, qu'une seule chose reste au dernier jour de la vie : les œuvres faites pour Dieu. Plein de ces pensées, pour détacher son cœur de tout ce qui pouvait le corrompre, le ravir à son Créateur et le soustraire aux choses du Ciel, il se prépara aux saintes joies d'une heureuse éternité par le sacrifice d'une vie vertueuse. Il ne voulait pas de la gloire humaine, et pour Dieu il en sacrifia toutes les espérances. Mais Dieu ne se laisse point vaincre en générosité. Il acquit la vraie gloire et les véritables grandeurs. Le succès couronna tous ses efforts, et aucun de ses travaux ne demeura stérile. Religieux, il fut l'admiration et le modèle de ses frères. Pèlerin, il conquit l'affection du successeur de Pierre. L'Éghse lui imposa ses plus hautes dignités. Dieu lui donna de rares privilèges et le pouvoir des thaumaturges. — Ne nous contentons pas d'admirer ces merveilles. Imitons les vertus qui en furent la première source. Et Dieu nous rendra au centuple le prix des quelques sacrifices que nous aurons faits pour sa gloire.
Plan de méditation.