‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 6 sur 67 · I. Nécessité des épreuves · texte numérisé non relu

I. Nécessité des épreuves

IL Avantages des épreuves. IIL Manière d'en profiter.

SAINTE JULIETTE 10 juillet.

Sainte Juliette était issue d'une illustre famille de la ville d'Icône, dans la Lycaonie. Sous l'empire de Dioclétien et de Maximien, cette province fut gouvernée par un certain Domitien, homme cruel et barbare. Sainte Juliette, voyant la persécution s'allumer, se retira dans la ville de Séleucie, en Isaurie; elle emmena avec elle saint Cyr, son jeune fils, alors âgé de trois ans ; mais il se trouvait là un proconsul de la Cilicie, nommé Alexandre^ non moins cruel que Domitien et aussi furieux contre les chrétiens qui refusaient de sacrifier aux dieux. Pour échapper à ce nouveau persécuteur, Juliette quitta encore Séleucie et se rendit à Tarse ; mais en même temps qu'elle, arriva le proconsul. t)ans sa patrie, Juliette avait été dépouillée à peu près de tous ses biens par un usurpateur tout-puissant. Cité par elle en justice, ce misérable, ne pouvant se défendre par aucune bonne raison, prétendit que Juliette était chrétienne, et comme telle, d'après les édits des empereurs, ne pouvait être admise à faire valoir ses droits en justice. Alexandre, instruit de toute cette histoire, fait arrêter Juliette et se la fait amener devant lui avec son enfant. « Juliette, lui dit-il, vous êtes chrétienne ; jamais vous ne pourrez invoquer les lois et vous en faire un appui, si vous ne sacrifiez aux divinités de l'empire. Renoncez à Jésus-Christ et sacrifiez aux dieux, c'est votre intérêt. — Je suis chrétienne, rien en ce monde, répond Juliette, ne me courbera de-

vant vos dieux. Je suis prête à perdre, non seulement mes biens, mais ma vie même plutôt que de renier Jésus-Christ, mon maître et mon Sauveur. » Le proconsul insiste. Il la presse d'abjurer sa foi ; mais plus jalouse encore du sacrifice de sa vie que de la perte de ses biens, Juliette n'a pas d'autre réponse : « Je suis chrétienne et rien au monde ne me fera trahir ma foi. » Irrité et hors de lui-même, Alexandre lui arrache son enfant, la fait étendre sur le chevalet et ordonne de la déchirer à coups de nerf de bœuf. Au milieu de ces tourments, la Sainte ne se lasse point de redire ces paroles : « Je suis chrétienne et je ne sacrifierai point à vos dieux. » Le jeune Cyr, voyant ainsi frapper sa mère, pleurait, poussait des cris, et tournait vers elle ses petits bras innocents. Le tyran prend alors le jeune enfant, l'asseoit sur ses genoux, et, pendant qu'il fait torturer la mère, il essaie de le caresser; il va môme, pour apaiser ses cris, jusqu'à vouloir l'embrasser, mais le jeune Cyr, ne cessant de regarder sa mère, cherche à s'échapper des bras du proconsul. « Je suis chrétien, dit-il à haute et ferme voix, » et à ces mots il se débat des pieds et des mains sur les genoux du tyran. Celui-ci perd patience. Il prend Tenfant par un pied, et du trône où il est assis, le jette à terre avec fureur. La tête du jeune enfant ayant frappé sur l'angle des degrés du trône, le crâne s'entr'ouvre et le sol se couvre d'horribles débris de sang et de cervelle mêlés. Ainsi expire le jeune Cyr, pour aller attendre aux cieux celle qui bientôt devait l'y rejoindre. Pauvre mère ! elle venait d'assister à un spectacle plus déchirant que toutes les tortures

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qu'elle pouvait endurer! ! Au lieu de s'en plaindre, elle s'écrie dans le transport d'une joie toute chrétienne : (( 0 mon Dieu 1 grâces vous soient rendues. Le fils que vous appelez avant moi n'a fait que me précéder, je vais le revoir bientôt pour n'en être jamais plus séparée. » •

Le juge, que sa cruauté contre un faible enfant semble avoir rendu plus furieux encore, ne voit en Juliette qu'une victime sur laquelle il doit épuiser toute sa rage. Il anime les bourreaux, leur ordonne de déchirer le corps de la jeune mère jusqu'aux entrailles ; et pour multiplier les tortures, il lui fait en môme temps verser sur les pieds un vase de poix bouillante. Tant de tourments émeuvent de pitié l'un de ceux qui sont présents.

(( Juliette, lui crie-t-il, ayez compassion de vous, et sacrifiez aux dieux. » Mais la Sainte dont on déchire les chairs, répond courageusement : « Je ne sacrifierai jamais aux démons : J'adore Jésus-Christ; je suis chrétienne et rien au monde ne me forcera à renier mon Dieu, je veux rejoindre bientôt mon fils. Il n'a fait que me précéder au ciel. » Le juge, las d'exercer vainement sa rage sur le corps de notre Sainte, ordonne qu'on la fasse brûler. Rayonnante de joie, l'héroïque martyre monte sur le bûcher oti elle ne tarde pas d'expirer. Toutefois les flammes s'élèvent autour d'elle en forme d'arcade et ne touchent point à son corps. Les chrétiens le retirent tout entier pour l'ensevelir dans le vestibule de la grande église de Gésarée,

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Réflexions pratiques.

Que d'héroïsme dans sainte Juliette! elle méprise les biens fragiles et les grandeurs éphémères de ce monde pour ne rechercher que ceux de Téternité. Que de patience dans cette illustre martyre qui brave les lames rougies et les supplices les plus infâmes pour ne pas perdre la grâce de Dieu et l'espérance du ciel ! Que de courage dans cette mère lorsqu'elle voit son fils expirer sous ses yeux, broyé par la cruauté du proconsul I Tant de bravoure et de générosité doit nous apprendre à soufifrir avec résignation les adversités et les misères d'ici-bas, les douleurs, la pauvreté, les persécutions, le mépris et tout ce qui peut nous mortifier: nos souffrances sont si peu de chose auprès de celles qu'eut à endurer notre Sainte ! Une seule pensée adoucissait ses maux, lui faisait supporter la mort de son cher fils, les tourments et les outrages dont on l'accablait : la volonté de Dieu, Tespérance du ciel. Dans nos plus grandes adversités, songeons donc aux terribles souffrances de sainte Juliette et des autres martyrs et rougissons de nos plaintes, au sein des épreuves qui nous arrivent. Désormais soumettons-nous à la volonté divine et disons avec courage : Fiat voluntas tua.

Plan de méditation.

I. Le fils de sainte Juliette voit dans sa mère un amour de la religion qui change sa faiblesse en courage.

IL La mère voit dans le fils une victime de la religion qui change ses alarmes en héroïsme.

SAINTE FÉLICITÉ ET SES ENFANTS, Martyrs

10 juillet.

Sainte Félicité que saint Augustin et d'autres nombreux Pères de TÉglise n*ont cessé de louer, était une dame romaine aussi distinguée par sa naissance qu'illustre par sa vertu. Elle vivait au milieu du deuxième siècle, du temps des empereurs Antonin et Marc-Aurèle. Mère de sept enfants, elle les éleva dans la crainte du Seigneur, et prit soin de les pénétrer des plus sublimes maximes de la religion. Après la mort de son mari, elle renonça par vœu aux engagements d'un second mariage, et ne s'occupa plus que de bonnes œuvres et du soin de sa famille. L'excellente mère parlait souvent à ses enfants de la caducité des biens de cette vie pour les en détacher, et du bonheur du ciel pour y fixer leurs désirs. Elle leur racontait les souffrances des martyrs ici-bas et leur triomphe dans la céleste patrie. Ces récits, rapportés avec l'accent de la foi, avaient allumé dans ces jeunes cœurs la soif du martyre. Le martyre était l'objet fréquent de leur conversation. « Pour moi, disait Janvier, j'ai droit, comme l'aîné, de donner mon sang pour la foi avant tous les autres. — Quoique nous soyons plus jeunes, répliquèrent les derniers, nous n'en serons pas moins courageux, et si Ton voulait nous épargner, nous crierions si haut : Nous sommes chrétiens^ que nous forcerions les tyrans à nous donner la couronne du martyre» » Les autres ne tenaient pas un langage moins généreux. L'héroïque mère entendait avec un

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plaisir indicible, ce pieux défi de ses enfants, et ne cessait de demander à Dieu qu'il daignât les choisir tous pour ses victimes. Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés.

Les exemples de Félicité et ceux de ses enfants arrachèrent plusieurs païens à leurs superstitions, en môme temps qu'ils encourageaient les chrétiens à se montrer dignes de leur vocation. — Les prêtres des idoles furieux des pertes qu'essuyait chaque jour la religion dont ils étaient les ministres, portèrent leurs plaintes à l'empereur Antonin, lui disant : « Prince, nous craignons que le ciel soit irrité contre vous et contre votre empire. Il y a dans Rome une veuve qui est le fléau de la cité et de la religion romaine. Elle a sept fils qui ne sont pas moins fanatiques que leur mère. Il est de votre intérêt, prince, d'apaiser les dieux vengeurs en forçant cette famille impie à leur rendre la culte qui leur est dû. »

Le superstitieux Antonin, séduit par ces délateurs, donne ordre à Publius, préfet de Rome, de convertir Félicité aux dieux du Gapitole. Le magistrat, docile aux volontés de l'empereur, manda chez lui la veuve chrétienne et ses fils. En se présentant Félicité ne peut dissimuler la joie qui remplit son âme. Publius traite d'abord cette noble dame avec tous les égards dus à son rang. « Sacrifiez aux dieux, lui ditil, et l'empereur élèvera vos enfants aux premières charges de l'État. Si vous refusez vous pouvez vous attendre à tous les supplices imaginables. — Vos menaces, lui répond-elle, ne sauraient me déconcerter, ni vos promesses me séduire; l'Esprit-Saint qui est en moi me fera triompher de tous vos as-

sauts. Et vous serez vaincus par une femme. » Publius étonné de la hardiesse de ces paroles : « Misérable, lui dit-il, si la mort a tant de charmes pour vous, mourez ; mais quelle fureur vous pousse à vouloir aussi faire mourir vos enfants? — Mes enfants vivront s'ils restent fidèles à leur Dieu ; et ils mourront s'ils fléchissent le genoux devant vos idoles. » Le lendemain, le préfet monte à son tribunal, et faisant comparaître Félicité avec ses enfants : « Ayez pitié, lui dit-il, de ces nobles enfants dont l'avenir peut être si brillant; et ne soyez pas cause, par une folle résistance, qu'ils soient immolés à la fleur de leur âge. — Gardez pour d'autres votre compassion, lui dit Félicité, nous n'en voulons point. » Puis se tournant vers ses fils : « Mes enfants, ditelle, voyez-vous ce Ciel si grand et si beau ? C'est là que Jésus-Christ vous attend avec une couronne immortelle. Jésus-Christ a donné son sang pour votre salut, donnez hardiment le vôtre pour sa gloire. Montrez-vous dignes serviteurs du grand Roi. » A ces mots, l'indigne préfet fit cruellement souffleter cette mère héroïque. « Oses-tu bien, lui dit-il, malheureuse, inspirer, en ma présence de pareils sentiments à tes fils, et les porter à mépriser les ordres de nos empereurs? » — Puis, appelant l'aîné de ses fils : « Soyez plus sage que votre mère, lui criat-il — Ma mère est sage, répHqua Janvier, et vos conseils ne sont pas ceux d'un prudent magistrat. J'aime mieux suivre la sagesse môme et mettre toute mon espérance en Dieu que d'écouter toutes vos perfidies et folles insinuations. » — A cette réponse succède une flagellation cruelle. Le préfet s'adresse

au second, croyant le trouver plus traitable : « Nous ne sacrifions qu'à Dieu seul. Un peu de bon sens suffit, répond hardiment celui-ci, pour juger vos dieux : ce sont des démons. Il n'y a qu'un seul Dieu et il ne peut y en avoir plusieurs. Pour lui nous serons heureux de donner notre vie. )> Le préfet frémissait de rage. (( Nous obéissons aux lois de notre Dieu, dit le quatrième; qui méprise des idoles, pour le servir, vivra éternellement. » ™ Et le cinquième : (( Je sers un maître plus puissant que César, c'est Jésus-Christ. » Après les supplices de la flagellation, Publius fit jeter ses victimes en prison et réserva les deux derniers des enfants de Félicité. Ceux-ci furent aussi inébranlables que leurs frères. « Je ne sacrifierai jamais aux démons, s'écria le sixième. — Et qu'est-ce que ces démons? — Ce sont vos dieux. » « Je suis chrétien, moi aussi s'écria le plus jeune ; j'ai horreur de vos idoles. » — Le préfet, plein d'étonnement et d'admiration, les réunit à leurs frères, et rendit compte du tout à Tempereur. Celui-ci voulant effrayer les chrétiens par un grand exemple, ordonna de les faire tous mourir. Les sept frères allèrent au supplice comme à un triomphe. Janvier fut battu jusqu'à la mort avec des fouets, garnis de balles de plomb; Félix et Philippe, assommés à coups de massue. Sylvain, le quatrième des frères, fut jeté la tête en bas dans un précipice. Alexandre, Vital et Martial qui étaient les plus jeunes, eurent la tête tranchée. Leur admirable mère, après avoir été martyrisée dans chacun de ses enfants, le fut enfin dans sa personne et mourut la dernière. C'était vers l'an 150 de Jésus-Christ.

Réflexions pratiques.

Quel héroïsme dans sainte Félicité ! Non seulement cette admirable mère fait à Dieu le sacrifice de sa vie, mais elle offre au Seigneur celui de tous ses enfants qu'elle encourage à endurer les tourments les plus inouïs plutôt que de trahir leur foi. Pour atteindre son but, elle les conjure de regarderie ciel avec ses charmes éternels, le ciel récompense assurée de leurs souffrances passagères. Venez, ô femmes, 6 mères de notre siècle, venez vous instruire et vous fortifier à Técole de l'illustre Félicité.

Que de courage dans ses dignes enfants qui, plutôt que de violer la loi divine, bravent la haine de leurs bourreaux et volent à la mort sans pâlir. Contemplez ce spectacle, chrétiens, et mettez en parallèle leur générosité avec la vôtre, puis dites s'il y a, je ne dis pas une parfaite ressemblance, mais quelques légères teintes de similitude ? Pourquoi, lâches que nous sommes, refusons-nous de nous faire violence un instant pour une gloire immortelle ! — Mon Dieu ! en face de ces athlètes victorieux, je rougis de mes lâchetés. Daignez m'apprendre à combattre et à triompher comme eux pour le Ciel.

Plan de méditation.

I. Double martyre de sainte Félicité : 1® dans ses sept enfants ; 2» dans sa personne.

II. Imitation de sainte Félicité dans sa foi, dans ses vertus de mère et de chrétienne.

LA BIENHEUREUSE GERMAINE COUSIN, Vierge

H juillet.

En 1579, naissait à Pibrac, village du Languedoc, une chétive enfant, infirme et paralytique. Son père, Laurent Cousin, et sa mère, Marie Laroche, n'avaient d'autre fortune qu'une modeste habitation, un domaine fort restreint et un troupeau en proportion de leur pauvreté. En présentant leur fille au baptême, les époux lui donnèrent le nom de Germaine et la placèrent sous la protection de la très Sainte Vierge. Le Ciel se plut à environner son enfance de toutes sortes de prodiges. La tendresse maternelle multiplia les leçons de vertu, mais, par un conseil mystérieux de la Providence, la pieuse mère fut prématurément ravie à l'affection de sa famille. Qu'on juge de l'affliction de la petite Germaine ! Cependant à cette douleur devaient se joindre d'autres amertumes non moins poignantes. Son père se remaria et la nouvelle épouse devint pour l'enfant une impitoyable marâtre.

Aussitôt que Germaine fut en âge de garder les troupeaux, la belle-mère la chargea de ce soin pénible et l'envoya dans les champs. C'était un moyen bien simple de tenir la pieuse enfant éloignée 'de la maison paternelle et de l'utiliser en môme temps. La jeune fille, dans une tout autre pensée, en rendit grâces au Seigneur, au fond de son cœur. Dans cette solitude, dont le silence n'était interrompu que par le chant des oiseaux ou le bêlement des agneaux, Germaine pouvait librement épancher son cœur

dans celui de son Dieu. Soit qu'elle cueillît des fleurs dans la prairie, soit qu'elle admirât les beautés de la nature, elle considérait la puissance et la bonté du Créateur ; tout la jetait dans de saintes et sublimes extases.

Témoins de sa ferveur, les autres bergères ne tardèrent pas à rechercher la société de Germaine. Mais celle-ci, trouvant ses délices, ses uniques délices dans la prière et dans son isolement qui la rapprochait de Dieu, évitait toute compagnie. Aussi la voyait-on conduire de préférence son troupeau dans les champs qui avoisinent la forêt de Beaucône, où les autres bergères n'osaient s'aventurer à cause des loups qui infestaient les bois,

Germaine ne les craignait pas, et les loups, qui décimaient les autres troupeaux, respectaient toujours le sien. Souvent on l'épia pour savoir ce qu'elle faisait dans des endroits aussi solitaires. On l'apercevait alors agenouillée au milieu de son troupeau. Et ses moutons paissaient tranquillement sous la garde d'un petit chien, et la prière terminée, Germaine prenait sa quenouille et filait jusqu'au soir. Elle aimait mieux se recueillir que dô partager les folles joies de ses compagnes. Ses infirmités, loin de lui attirer la commisération des habitants de Pibrac, l'avaient, au contraire, rendue un objet de risée et de moquerie. Chacun raillait sa simplicité et sa dévotion. On l'appelait la bigote. Germaine, s'inquiétant fort peu des paroles piquantes de ses compatriotes, remplissait tous ses exercices de piété avec une fidélité inébranlable.

L'énergie, la constance et l'allégresse de cette

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fidèle servante da Christ pour le service de Dieu n'était pas non plus du goût de la marâtre qui la tourmentait sans relâche. Aussitôt qu'elle arrivait des champs la belle-mère passait en revue son troupeau, et trouvait toujours à redire, et s'il arrivait que Germaine n'eût pas achevé sa quenouille, elle était impitoyablement grondée et très souvent battue. Un soir, la marâtre se livra à un tel accès de brutalité, que Laurent, à son retour, trouva le visage de sa fille tout ensanglanté. Et ces scènes afi'reuses se renouvelaient tous les jours. Ces excès en vinrent même au point, que le seigneur de Pibrac dut se rendre,, un soir, à la chaumière, pour mettre fin à une conduite aussi indigne. Modeste comme un Séraphin, Germaine n'opposait à ces mauvais traitements qu'une résignation angélique. Ses nombreuses infirmités lui causaient des douleurs continuelles, et elle les supportait toutes avec une inaltérable gaieté de cœur. — Le jour de la Pentecôte 1591, à l'âge de douze ans, la bergère de Pibrac eut le bonheur de s'asseoir pour la première fois au banquet eucharistique. Son âme inondée de délices ne trouvait plus de repos qu'auprès du Saint Sacrement. Aussi chaque jour, lorsque l'heure de l'auguste sacrifice était arrivée, la bienheureuse plantait en terre sa houlette et sa quenouille, laissait son troupeau à la garde de son chien et courait à l'église de Pibrac. Pendant les longues absences qu'elle était obligée de faire pour aller à l'église et pour en revenir , un gardien céleste veillait sur son troupeau et en écartait les loups qui sortaient de la forêt. Une main invisible filait sa quenouille et on eût dit

qu'une herbe fraîche et abondante croissait instantanément à mesure que ses agneaux avançaient dans les pâturages désignés.

Chaque fois que Germaine quittait son troupeau pour se rendre à TégUse, elle était obligée de traverser un ruisseau. Elle le passait ordinairement à gué. Un jour, le torrent était devenu infranchissable. La pluie était tombée à flots durant la nuit, et les eaux descendaient avec fracas, semblables à celles d'un fleuve impétueux. Germaine, uniquement préoccupée de la pensée de la Messe, arrive sur le bord, et sans s'arrêter un seul instant, elle met le pied dans le lit du torrent... Les flots s'amoncellent et lui laissent le chemin libre pour aller satisfaire sa piété. Ce prodige se renouvela plusieurs fois en présence de nombreux témoins.

Par une belle matinée de printemps, un jeune quêteur de l'Ordre de Saint-François, suivant le chemin qui longe la forêt de Beaucône, vit deux énormes loups, la gueule entr'ouverte, les poils hérissés, se dirigeant en toute hâte vers un troupeau qui paissait tranquillement non loin de là. Mais quelle ne fut pas la surprise du religieux lorsqu'il vit les loups, une fois arrivés près des agneaux, s'arrêter tout à coup et prendre immédiatem-ent la fuite vers la forêt, comme s'ils avaient eu à leur suite toutes les meutes des seigneurs voisins. En arrivant près de Pibrac, le Franciscain rencontra la jeune bergère, à Tair modeste, qui se hâtait de regagner son troupeau. « Germaine, lui criaient les villageois, vous avez tort d'abandonner ainsi votre troupeau ; avant la fin de l'été il sera détruit par les loups! —

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Bah I dit un muletier du seigneur de Pibrac, ne vous inquiétez pas du troupeau de Germaine, les fées et les magiciens le lui gardent, et les loups n'osent pas en approcher, — Les fées ! s'écria le frère quêteur, dites plutôt la Providence, » et il raconta ce qu'il avait vu.

Malheureusement pour Germaine, les bruits du village parvinrent aux oreilles de la marâtre dont la fureur ne fit que s'accroître. Un soir, la méchante femme l'attendit à quelques pas de la maison et Taccablade coups, à tel point que la pauvre enfant demeura évanouie et couverte de sang dans le sentier. Lorsque Germaine eut recouvré ses sens, ses premières paroles furent pour demander pardon à son bourreau. — Dès l'âge le plus tendre, la bergère de Pibrac avait choisi la Reine des Anges pour sa mère. Sa confiance en elle devint si grande, qu'elle ne cessait de la prier. Elle lui demandait surtout de protéger son innocence et d'embraser son cœur d'amour pour Dieu. Sa charité n'excluait personne, ni les enfants à qui elle apprenait à connaître, à aimer et à servir le Seigneur, ni les pauvres dont elle soulageait la misère. Gomme elle ne pouvait disposer de rien dans la maison de son père, elle donnait aux malheureux le morceau de pain noir qu'elle recevait le matin pour passer la journée aux champs. La marâtre n'apprit pas sans une nouvelle aigreur ces actes de charité. Un jour que Germaine vaquait à ses occupations, la marâtre profita de son absence pour fureter dans le recoin obscur de l'étable qui lui servait de refuge, afin de trouver la pieuse enfant en défaut* Après avoir tout fouillé, cette implacable

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rcmmc trouvîi dans un panier deux pelils morceaux de pain noir que la jeune lille réservait à quelque pauvre. Cette méchante marâtre, transportée de colère , se mit à courir après elle, en criant : A^Tetez la voleuse/.,. Arrivée près de Germaine, elle l'aurait cruellement frappée si des voisins attirés par ses cris ne s'étaient interposés pour protéger l'innocente enfant. — « Germaine nous prend tout le pain, elle vient de nous en voler trois morceaux, cria de nouveau cette terrible femme; si vous en doutez, ouvrez son tablier, et vous en serez convaincus. » On ouvre le tablier, et il en tombe trois magnifiques bouquets de fleurs aussi fraîches que si on les eût cueillies dans une matinée du mois de mai. On était alors au mois de janvier. Ce prodige qui révélait la sainteté de Germaine, émerveilla tous les assistants et la marâtre elle-même. Le soir de cette belle journée, la bergère de Pibrac, en revenant avec son troupeau, trouva sa belle-mère plongée dans de profondes réflexions. Le miracle des fleurs Tavait complètement changée. Germaine fut dès lors admise à la table commune et jouit des douceurs du foyer domestique.

Cependant Theure de récompenser tant de vertus et de bonnes œuvres était arrivée. Un soir, deux religieux, surpris par la nuit avaient été obligés de s'arrêter dans la forêt voisine pour y attendre le retour du soleil. Vers le milieu de la nuit ils furent éveillés par des cantiques admirables. Ils virent à la faveur d'une lumière plus éclatante que le soleil, une troupe de vierges se dirigeant vers Pibrac en chantant des cantiques ravissants. Un instant après,

ils aperçurent ces mêmes vierges revenant sur leurs pas. Elles entouraient une compagne nouvelle postant sur la tête une couronne émailiée des Qeurs les plus éclatantes. C'était Germaine qui allait au Ciel. Le matin de la même nuit, Laurent Cousin, ne voyant pas paraître comme d'habitude sa fille toujours matinale et active, se rend sous Tescalier, appelle, s'approche... La bergère dormait du grand sommeil. C'était vers la fin de juillet 1601. Elle était âgée de vingt-deux ans. La mort, au lieu de défigurer son visage, lui avait, au contraire, imprimé des grâces célestes. Chacun s'empressa d'aller la voir, et tout le monde voulut accompagner la précieuse dépouille de la pieuse bergère à sa dernière demeure. Quarante-trois ans s'étaient écoulés depuis sa mort, lorsque dans le cours de l'année 1644, son corps fut trouvé entier et sans corruption, couvert de fleurs toutes fraîches. Ce miracle fut suivi de beaucoup d'autres qui s'accomplirent auprès de son tombeau pendant deux siècles.

Pie IX, au nom de l'Eglise universelle, a constaté cette sainteté extraordinaire, et depuis 1854, Germaine est placée sur les autels.

Béflexions pratiques.

A la vue du touchant tableau d'une vie si bien remplie, en présence d'une vie si humble et si obscure, qui osera se plaindre de la petitesse de sa condition! En face de cette pauvreté aujourd'hui glorifiée par la religion, qui ne trouvera son indigence plus supportable et moins amère? Qui, au contraire, ne sera tenté de s'appliquer à soi-même ce mot c61è-

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