I. Héroïsme de sainte Symphorose en face des tyrans
IL Héroïsme de ses enfants.
m. Lâcheté d'un grand nombre de chrétiens.
SAINTE ELISABETH, Reine de Portugal
8 juillet.
Sainte Elisabeth était fille de Pierre III, roi 4'^ragon, et petite-fille de Jacques ?% surnommé le Conquérant et le Saintj à cause de sa valeur et de sa piété. Elle vint au monde en 1271, et fut nammée
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Elisabeth, en rhonneur de sainte Elisabeth de Hongrie, tante maternelle de son père, canonisée par Grégoire IX, quarante ans auparavant. Sa naissance causa tant de joie à toute la famille royale, qu'elle rétablit la paix entre le roi son grand-père et le prince Pierre son père, dont les divisions troublaient le royaume depuis quelque temps. Le roi Jacques voulut se charger lui-même de l'éducation de sa petite-flUe. Il se plaisait à cultiver cette jeune fleur qui devait un jour répandre sur le monde les suaves parfums d'une vertu plus qu'ordinaire. Elisabeth n'avait encore que six ans quand le roi, son grandpère, mourut ; mais les instructions saintes qu'elle avait reçues de lui et les exemples de sa grand'tante qu'on lui mettait constamment sous les yeux, avaient fait tant d'impression sur son esprit, que déjà tout en elle ne respirait que la piété. A huit ans, époque de la vie où d'ordinaire on est encore enfant, elle montrait une maturité complète. Au grand étonnement de ceux qui l'environnaient, jamais elle n'entreprit une seule action qui ne fût le fruit d'une sagesse consommée. Dès lors elle commença à réciter l'Office divin, et elle fut fidèle à cette pratique jusqu'à la fin de sa vie. Malgré la faiblesse de son corps, elle le macérait par des austérités de la pénitence la plus rude. Elle jeûnait rigoureusement toutes les veilles des fêtes de la Sainte Vierge. Un air doux et agréablement sérieux, une modestie majestueuse, un mépris prononcé pour le faste, pour les parures, pour les plaisirs, une singulière inclination pour la retraite et pour tout ce qui tient à la piété, la faisaient admirer à la coure On ne parlait
partout que des rares qualités et des grandes verUis de la princesse. Chacun la regardait comme un ange que Dieu avait envoyé sur la terre pour donner aux hommes une idée de la vie céleste. C'est ce qui faisait dire au roi, son père, que la piété de sa fille attirait les bénédictions du Ciel sur son royaume, et qu'elle était Tange tutélaire de ses États.
Elisabeth n'avait encore que douze ans lorsqu'elle fut recherchée, pour sa rare beauté et pour ses qualités brillantes, par plusieurs princes de TEurope. Ce fut Denis, alors roi de Portugal, qui eut le bonheur de devenir son époux. Ce prince avait moins considéré en elle la vertu que l'éclat de la naissance, et les belles qualités du corps et de Tesprit; mais ne pouvant refuser son admiration à sa piété, il lui laissa cependant la hberté de vaquer à ses exercices religieux. La jeune princesse ne se laissa éblouir ni par l'éclat de la couronne, ni amolir par les douceurs de la royauté; elle continua d'être à Dieu de la manière la plus parfaite. Elle s'appliqua avec un soin égal à pratiquer la vertu et à régler sa maison, ne négligeant aucun moyen de plaire à son époux. Pour avoir le temps d'allier les devoirs du christianisme avec ceux de son état, elle se levait de grand matin, et après sa prière, qu'elle faisait avec beaucoup de ferveur, elle récitait Matines, Laudes et Prime du grand Office. Chaque matin elle assistait à la messe où elle communiait très souvent, après quoi elle s'occupait des afi'aires domestiques.
Ses aumônes n'avaient point de bornes ; elles s'étendaient bien au delà des limites du Portugal, partout où elle connaissait des malheureux. Elle
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visitait elle-même les malades les plus abandonnés, et pansait, de ses mains royales, les plaies les plus dégoûtantes. Elle fonda ou dota plusieurs hôpitaux. Outre cet esprit de charité qui la distinguait d'une manière si éminente, notre Sainte possédait encore au plus haut degré Tesprit de concorde et de conciliation. Elle fît faire la paix à son époux avec le duc de Portalègre, son frère, au moment où ils allaient se déclarer la guerre. Elle rétablit également la paix entre Ferdinand IV roi de Gastille et Alphonse de la Certa, son cousin germain.
Elisabeth eut beaucoup à souffrir des écarts de son mari. Ce prince, doué d'excellentes qualités, aimait la justice, il était brave, humain et compatissant; mais il se conduisait d'après les maximes corrompues du monde. Son épouse, touchée de l'offense de Dieu et du scandale qui en résultait, priait assidûment et faisait prier pour la conversion de celui qu'elle aimait. Elle tâchait de gagner son cœur par les voies de la douceur. Une telle conduite ouvrit les yeux à Denis. Le remords déchira son âme et la grâce fut victorieuse. Touché de repentir, il renonça à ses désordres et travailla à se rendre digne de sa vertueuse épouse. L'événement que nous allons raconter ne contribua pas peu à le faire rentrer en lui-même.
Elisabeth avait un page extrêmement vertueux, dont elle se servait pour la distribution de ses aumônes secrètes. Un autre page, jaloux de cette faveur, résolut de le perdre. Pour y réussir, il l'accusa de relations criminelles avec la reine. Le prince, que la corruption du cœur portait à mal juger, crut à la calomnie, et la mort du prétendu coupable fut résolu. 3
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lue. Étant donc monté à cheval, il dirigea sa promenade vers un lieu où existait un four à chaux ; il en appela le maître, et lui dit que le lendemain il lui enverrait un page pour lui demander 5'^7a^;a^7 exécuté ses ordres^ et que c'était là le signal auquel il le reconnaîtrait. « Vous le prendrez, ajouta-t-il, et le jetterez aussitôt dans le fourneau ardent. Il a mérité la mort pour avoir justement encouru mon indignation. » Le lendemain, le roi commande au page de la reine d'aller, de sa part, demander au maître du four à chaux s'il avait exécuté ses ordres. Le page part sur l'heure ; mais, ayant passé devant une église, il entre pour adorer Jésus-Christ et entendre la messe, selon sa coutume de tous les jours. Comme le divin sacrifice était commencé en ce moment-là, il crut devoir attendre qu'un autre prêtre eût remplacé le premier à l'autel et oJEfert l'auguste Victime. Durant ce temps-là, le roi, impatient de savoir ce qui s'était passé, envoie le délateur s'informer si Ton a exécuté ses ordres. Le maître du four, prenant celui-ci pour le page dont le prince lui avait parlé, le saisit et le jeta dans le feu, qui le consuma en un instant. Cependant, le page de la reine, après avoir satisfait sa dévotion, continue sa route, gagne le four, et demande si l'ordre du roi était exécuté ; comme on lui répondit affirmativement, il revient au palais rendre compte de sa commission. Le roi est fort surpris de voir le page qu'il croyait mort; mais instruit des particularités de l'événement, il reconnut le jugement de Dieu et rendit justice à l'innocence du serviteur. Dès ce jour il ne cessa de respecter la vertu et la sainteté de la reine.
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Elisabeth vivait presque la moitié de Tannée avec du pain et de Feau. Par un miracle extraordinaire, Teau se changea en vin dans une maladie où la Sainte persistait dans ses mortifications, malgré les avis des médecins. Elle guérit subitement d'un horrible ulcère une pauvre femme, en embrassant ses plaies dégoûtantes. Une autre fois, portant dans le pan de son manteau royal une somme d'argent pour la distribuer aux pauvres, elle rencontra le roi qui lui demanda ce qu'elle portait : des roses^ réponditelle; et, quoique ce ne fût point la saison des fleurs, elle put montrer une belle collection de roses fraîchement épanouies.
Après la mort de son royal époux, Elisabeth, retirée dans la solitude, fut le modèle des veuves, comme elle avait été celui des vierges au commencement de sa vie, et celui des épouses dans Tétat du mariage. Elle ne cessa de s'occuper, le reste de sa vie, de bonnes œuvres, puis mourut le 4 juillet 1336. De nombreux miracles s'opérèrent sur son tombeau; et, au bout de trois siècles, ses restes précieux étaient encore exempts de la corruption.
Réflexions pratiques.
L'amour de la douceur et de la paix, c'est ce que Jésus-Christ n'a cessé d'inspirer à ses disciples. Bienheureux ceux qui sont doux et pacifiques^ parce qu'ils posséderont la terre, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu, Tel fut le caractère des élus, et en particulier de sainte Elisabeth. Mais autant la pratique de cette vertu est facile, loin des épreuves et des contradictions, autant elle est difficile et méri-
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toire dans le sein de la souffrance et de la persécution ; or, quelles n'ont pas été les épreuves de sainte Elisabeth, soit de la part de son mari, par les dérèglements de sa conduite licencieuse, soit de la part des courtisans jaloux, qui cherchèrent à noircir sa réputation. Mais au milieu de ces procédés iniques, Elisabeth conserva toujours la même égalité d'âme, se contentant de prier Dieu pour ses odieux persécuteurs et son indigne époux ; et le Seigneur lui-même se chargea de dévoiler sa parfaite innocence par un prodige éclatant, qui fut suivi de la conversion de son époux et de tous ceux qui lui faisaient la guerre. Après avoir réconcilié son fils avec son petit-fils, elle s'endormit tranquille dans la paix et la joie du Seigneur.
Voulons-nous mourir comme les saints? Soyons doux, charitables, pieux comme sainte Elisabeth. Mères, maîtresses, femmes chrétiennes, désirez-vous faire le bonheur de la famille et de la société? Comme Elisabeth, aimez, pratiquez la douceur, la charité et la piété; parla, vous vous sauverez et contribuerez au salut de vos frères. Qu'y a-t-il de plus touchant que le miracle des roses opéré par notre Sainte? Oui, la charité se transforme en couronne de roses précieuses dont les parfums embaumeront notre âme dans l'éternité.
Plan de méditation.
I. Elisabeth fut une sainte épouse qui fit : l"* la joie; T la gloire; 3^ la richesse de son royal époux.
II. Une sainte mère qui : 1^ instruisit; 2^ anima; S"" établit avec soin ses enfants.
III. Une sainte maîtresse qui eut soin : 1° de nourrir ; 2» de vêtir ; 3° de payer généreusement ses domestiques.
Autre plan.
Le miracle des roses. — I. La charité répand tout autour de nous la bonne odeur de Jésus-^Christ en faisant aimer sa loi.
II. La charité répand dans notre âme la bonne odeur de Jésus-Christ en nous faisant ressembler à ce divin modèle.
SAINT EPHREM D'ÉDESSE, Docteur de l'Église
9 juillet >
Saint Ephrem fut le plus illustre des docteurs qui brillèrent dans l'Église de Syrie par leur doctrine et leurs écrits. Il naquit à Nisibe de parents appliqués aux travaux de la campagne, mais ennoblis par le sang des martyrs qu'ils comptaient dans leur famille, et par la confession qu'ils avaient faite eux-mêmes de la foi catholique. Il fut consacré à Dieu dès son enfance, et élevé dans la crainte du Seigneur ; mais il ne reçut le baptême qu'à dix-huit ans.
Il avait avant ce temps-là commis certaines fautes que la délicatesse de sa conscience lui grossissait extrêmement, et qu'il ne cessa jamais de pleurer, se reprochant continuellement son ingratitude envers Dieu. Ces fautes n'étaient que de petits mouvements de colère auxquels il s'était laissé aller quelquefois
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en jouant avec les enfants de son âge. Il s'accuse luimôme, dans sa confession^ de deux fautes, qu'il appelle des crimes; il les avait commises dans le même âge, et il en gémit toute sa vie. La première était d'avoir, en jouant, chassé la vache d'un voisin sur les montagnes oîi elle avait été dévorée par des bêtes féroces ; la seconde, d'avoir une fois douté si la Providence s'étendait à toutes nos actions.
Dieu permit, pour le purifier de plus en plus, qu'il passât par une rude épreuve. Dans un voyage qu'il faisait au milieu des déserts de la Mésopotamie, il fut surpris par la nuit et obligé de se retirer dans la cabane d'un berger qui avait perdu le troupeau confié à sa garde. Le maître du berger, les ayant trouvés ensemble l'un et l'autre, les arrêta et les fit conduire en prison, sous prétexte qu'ils lui avaient volé son troupeau. Ephrem fut sensiblement affligé d'un tel accident. Mais, au bout de quelques jours, un ange vint le consoler et lui annoncer la fin de sa captivité. En effet, le véritable voleur du troupeau ayant été découvert, Ephrem fut mis en liberté. Il avait alors dix-huit ans. Le temps des passions était venu et l'aiguillon du vice stimulait son âme. Pour se mettre à l'abri des tentations et les vaincre, il crut qu'il ne pouvait mieux faire que de prendre l'habit monastique et se vouer à la solitude. Il s'enfonça donc dans un désert voisin de la ville d'Édesse et se plaça sous la direction d'un saint abbé. Dans son extrême ferveur, il couchait sur la terre nue, passait une grande partie des nuits en prières, et restait souvent plusieurs jours sans prendre aucune nourriture. Il se distinguait par une pureté parfaite
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de corps et de cœur, une rare modestie, une douceur inaltérable, une profonde humilité, un discernement exquis pour connaître ce qu'il y avait de plus parfait tant pour lui-même que pour les autres ; et de plus il possédait au suprême degré le don des larmes et le pouvoir de convertir les pécheurs. « Nous ne pouvons, dit saint Grégoire de Nisse, penser à ses larmes continuelles sans y mêler les nôtres. » Ce qui les provoquait surtout, c'était la crainte des jugements de Dieu.
Dieu lui ayant inspiré le dessein de quitter sa patrie, il se rendit à Edesse, ville célèbre, dès la naissance de l'Église, par la piété de ses habitants et par le grand nombre de saints anachorètes qui s'étaient établis dans les montagnes voisines. Gomme il s'attendait à ne trouver que des sujets d'édification dans cette ville, il fut tout étonné de se voir logé visà-vis de la chambre d'une courtisane. Gelle-ci voulant lier conversation et s'insinuer dans son esprit, lui cria un jour de sa fenêtre : « Mon père, donnez-moi votre bénédiction. » Puis elle lui demanda s'il n'avait besoin de rien. « Oui, répondit Ephrem, j'aurais besoin de pierres et de mortier pour boucher cette fenêtre par où vous me regardez. » La courtisane sans se déconcerter, lui répliqua : « Vous traitez bien rudement une personne qui a de l'affection pour vous, et qui voudrait vous en donner des preuves. — S'il en est ainsi, seriez-vous disposée à venir dans un lieu que je vous indiquerai? — Me voici toute prête. — Allons donc, lui dit Ephrem, au milieu de la place publique. — Mais la vue du monde, répliqua-t-elle, ne vous fera-t-elle pas rougir? — Hé quoi!
repaiiiL le Saint, si nous rougissons devant le monde, qui ne nous peut rien, comment ne pas rougir devant Dieu, qui doit nous juger et dont la sentence sera éternelle ! » Ces paroles furent un trait qui perça le cœur de la courtisane, et la grâce agissant en même temps, elle vint toute pleurante se jeter aux pieds de saint Ephrem en lui disant : a Serviteur de Dieu, apprenez-moi ce que je dois faire. :» Celui-ci après lui avoir donné des avis salutaires, la fit entrer dans un monastère où elle se livra à la pénitence et trouva asile contre sa faiblesse.
Pendant son séjour à Edesse, Ephrem s'acquit Testime et la vénération de toute la population chrétienne. Sa ferveur, sa grande réputation d'éloquence et de savoir, portèrent Tévêque de cette ville à l'ordonner diacre et à lui confier spécialement le ministère de la parole. Il devint donc Tapôtre de la pénitence qu'il prêcha avec autant de zèle que de succès. 11 était si vivement pénétré de ce qu'il disait, qu'on ne pouvait résister à la force de ses discours. Il convertit un grand nombre d'idolâtres et d'hérétiques, et il combattit victorieusement ses derniers dans ses savants écrits. Sur la fin de sa vie il entreprit le voyage de Césarée pour visiter saint Basile, et lui demander des avis sur sa conduite. Le saint archevêque conçut pour saint Ephrem une vénération particulière, et voulut l'ordonner prêtre; mais Ephrem avait une si haute idée du sacerdoce, que, par humilité, il ne voulut jamais y consentir. Il revint à Edesse, oîi il se renferma dans sa cellule pour se préparer à paraître devant Dieu. Il mourut le 9 juillet de Tan 378, dans un âge fort avancé.
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Réflexions pratiques.
Sur cette terre d'exil les épreuves sont le partage des enfants d'Adam ; elles furent toujours le caractère distinctif du chrétien. Le monde se réjouira, avait dit Jésus-Christ à ses disciples, pour vous, vous serez dans la tristesse. Saint Ephrem avait compris cette vérité, voilà pourquoi ce fidèle serviteur d'un Dieu crucifié accepta toujours avec calme et résignation les diverses épreuves par lesquelles la divine Providence le fit passer. Au lieu de s'en plaindre il regarda les disgrâces et les afflictions comme un avantage et une faveur du Ciel. Chose étonnante 1 il y a des chrétiens assez faibles pour craindre les moindres contradictions et pour s'en plaindre et murmurer quand elles arrivent. Ne sommes-nous pas de ce nombre? Ranimons notre foi et souvenons-nous que si Jésus-Christ a passé par la voie des tribulations, le disciple ne doit pas être mieux traité que le Maître. Cette pensée excitera notre courage et nous fera accepter avec joie et
patience les peines inséparables de notre condition.
Seigneur, accordez-nous cette grâce.
Plan de méditation.