‹ Un modèle pour chaque jour de l'année (volume 2)Chapitre 8 sur 67 · I. La charité est toujours parée des fleurs les plus suaves · texte numérisé non relu

I. La charité est toujours parée des fleurs les plus suaves

II. Les fleurs sont des fruits de sanctification. Flores met frucius.

SAINT JEAN GUALBERT, Abbé

12 juillet.

Saint Jean Gualbert, illustre chevalier, naquit à Florence vers le commencement du onzième siècle. Sa famille riche et noble le fit élever avec soin dans les maximes de la piété et dans la connaissance des lettres ; mais à peine fut-il entré dans le monde, qu'il

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en reçut Tesprit avec le goût des vanités. Son père, vieux guerrier, était enchanté de trouver dans son fils des inclinations martiales, et son premier soin fut de les exciter et de les nourrir. Il perdit bientôt dans les camps la sainteté de son enfance. L'amour des plaisirs le subjugua tellement, que ce qui lui avait paru criminel jusque-là, ne lui offrit plus rien que de légitime et d'innocent. Il s'imagina que la dissipation et le faste devaient être un privilège de la naissance; mais dans ce temps d'égarement. Dieu veillait toujours sur son serviteur, et alors qu'il semblait abandonner le chemin du Ciel, la miséricorde le prédestinait à occuper une place considérable dans l'Église. Ce fut le jour même du Vendredi saint que le Sauveur choisit pour s'emparer de cette âme. Et, voici à quelle occasion. A la suite de querelles, Hugues Gualbert, frère unique de Jean, fut tué par un de ses parents. Le vieux père Gualbert jura la mort de l'assassin et souffla dans le cœur de son fils un ardent désir de vengeance. Tous deux n'attendaient plus que l'occasion de venger ce qu'ils appelaient rhonneur de la famille. Mais le meurtrier se tenait sur ses gardes, et l'occasion si désirée tarda longtemps de se présenter. Un jour, cependant, c'était le Vendredi saint, Jean revenait de la campagne, quand il vit venir à lui l'assassin de son frère. C'était dans un passage si étroit qu'il n'était pas possible de s'éviter. La vue de son ennemi irrita sa vengeance; déjà le chevalier mettait Tépée à la main, et se préparait à lui percer le cœur, lorsque le gentilhomme désarmé se jeta à ses pieds, et là, les bras étendus en forme de croix : « Au nom de Jésus-Christ, mort pour nous

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à pareil jour, dit-il, pardonnez au meurtrier de votre frère. » Cette posture de suppliant, l'image de la croix, le nom de Jésus qu'il invoque, la circonstance même du jour, tout frappe Gualbert. Une lutte terrible s'engage entre la passion de la vengeance et les souvenirs de la foi. Mais après un instant de silence la grâce a triomphé de la nature. Gualbert tend la main à son ennemi, le relève et l'embrasse : « Je te pardonne au nom de Jésus-Christ qui a pardonné à ses bourreaux. Prie pour moi, afin qu'il me pardonne aussi mes péchés. » Cet acte de miséricorde plut au Seigneur. Dieu voulut ce jour même être plus généreux que son serviteur. Jean, jusqu'alors pécheur, étant entré dans une chapelle le long du chemin se prosterna au pied d'un crucifix. Il Tembrassait avec toute la ferveur de son âme, et pendant qu'il priait ainsi, la tête du crucifix s'inclina vers lui, comme pour lui dire : « Je suis content, Gualbert, tu as pardonné pour moi, je te pardonne. » Ébranlé par ce miracle, le chevalier sort de la chapelle, entre dans le monastère de Minieto, se jette aux pieds de l'abbé, raconte les prodiges opérés en sa faveur et lui demande l'habit monastique.

Dans la crainte d'irriter le père de Jean, Tabbé lui refuse la grâce qu'il sollicitait, mais, à force de supplications, le nouveau converti obtient la permission de suivre, en habit séculier, les exercices] de la communauté. — Quelques jours après, le chevalier se coupa lui-même les cheveux, et se revêtit d'un habit de moine qu'il avait emprunté. Son père, informé de la démarche que Jean venait de faire, accourut au monastère, oîi il éclata en invectives et en me-

naces contre les religieux de Saint-Miviat. A la fin cependant il s'adoucit, et touché des motifs qui avaient déterminé son fils à quitter le monde, il se résigna à se séparer de lui, lui donna sa bénédiction, et l'exhorta à persévérer dans ses bons sentiments. — Le jeune novice ainsi dégagé des liens du monde se livra tout entier aux plus austères pratiques de la pénitence : les jeûnes et les veilles n'avaient rien de pénible pour lui, et ses oraisons ne cessaient presque pas.

Il joignait aux mortifications corporelles de vifs sentiments de componction, exerçait sur son cœur et sur ses sens une vigilance extrême pour vaincre les penchants corrompus de la nature. Il devint le plus humble, le plus obéissant, le plus ponctuel et le plus fervent de la maison. Aussi, Tabbé étant mort, les religieux, pleins d'admiration pour Gualbert, le choisiront, d'un consentement unanime^ pour lui succéder. Mais il fut impossible de lui faire accepter une dignité dont il se croyait très indigne.

Pendant ce temps-là, un moine, moins délicat et beaucoup moins capable, allait à Florence, et au moyen d'une énorme somme d'argent, obtint du prélat cette dignité qu'il convoitait depuis longtemps. Gualbert, ne pouvant se résigner à vivre sous un abbé simoniaque, se retira chez les Gamaldules qui vivaient sous la règle de Saint-Romuald. Chemin faisant avec un autre religieux, il rencontra un pauvre qui lui demanda l'aumône. « Frère, dit Jean à son compagnon, donnez-lui la moitié du pain qui nous reste. » Le religieux ne voulait pas. (( Nous îi'avons plus à nous deux qu'un seul pain. Ce pauvre

trouvera facilement sa subsistance dans la bourgade que nous venons de quitter. — Mon frère, n'bésitez plus, je vous en prie, n Le religieux donna au malheureux la moitié des provisions. Celui-ci reçut l'offrande avec de vives actions de grâces. — Vers le soir, les deux pèlerins arrivèrent près d'un village modeste. Gualbert sans y entrer, se mit en prières et dit à son compagnon d'aller demander aux chrétiens de ce lieu, de quoi nourrir deux pauvres de Jésus-Christ. Le religieux obéit, mais personne ne voulut lui faire Taumône. Il s'en plaignit amèrement au Saint. C'était l'heure oh les bergers ramenaient leurs troupeaux dans le village. Ils avaient rencontré dans la campagne le pauvre mendiant qui leur avait raconté l'acte touchant de charité des deux voyageurs inconnus. Arrivés dans le pays, ils le redirent aux habitants, et ceux-mêmes qui avaient refusé au frère quêteur un petit morceau de pain, vinrent apporter aux deux étrangers des vivres en abondance. Gualbert ne manqua pas défaire la leçon à son compagnon de voyage, et de lui faire remarquer comment Dieu récompense largement un bienfait, même dès ce monde. Notre Saint, après avoir passé quelques années dans un monastère de Camaldules, demanda la permission de se retirer dans une solitude plus profonde, pour être caché à tous les regards. L'ayant obtenue, il se retira à Vallombrose, charmante solitude qui se trouve à une demi-journée de Florence. La réputation de sainteté dont jouissait Jean Gualbert, lui attira bientôt de nombreux disciples qui demandèrent à vivre sous sa conduite. Il fut obligé de fonder plusieurs établissements où l'on

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suivait la règle de Saint-Benoît dans toute sa rigueur primitive.

Là on gardait un silence absolu, on portait constamment le cilice, la méditation n'était jamais interrompue, et l'abstinence perpétuelle. On rapporte que le pain ayant manqué complètement, Jean, ému de la disette, ordonna de tuer un des moutons et de l'apprêter pour le repas. Les frères prirent place au réfectoire à l'heure accoutumée ; on servit à chacun sa portion de viande, mais personne n'y toucha, en sorte qu'après Faction de grâces, tous se retirèrent à jeun. Tout à coup on sonna violemment à la porte. Le cellérier accourut, et il trouva une abondante provision de pain et de farine; mais personne ne put découvrir la trace des mystérieux donateurs. — Une année de grande disette, tous les couvents ayant épuisé leurs provisions, Jean Gualbert se rendit au monastère du Passignano oh il espérait trouver quelques provisions de blé pour ses enfants. — Voyons, dit-il au cellérier, ce que renferme votre grenier. Le pauvre cellérier qui savait que son couvent partageait le sort commun des autres communautés, dit au Saint qu'il ne restait presque plus rien. Pour l'en convaincre il le conduisit dans l'appartement qui renfermait les greniers de la maison. Mais quelle ne fut pas sa surprise en ouvrant la porte, de voir la vaste salle pleine de bon froment. — « Comment se fait-il, demanda le Saint, que nos frères soient dans la détresse quand vous nagez dans l'abondance? » Et il sourit. — Sur-le-champ on se mit à remplir les nombreux sacs destinés aux autres maisons; on fit ensuite d'abondantes distributions aux pauvres. Le

soir le cellérier alla voir s'il lui restait quelque chose pour nourrir son couvent le lendemain. Mais le merveilleux grenier, véritable figure de TEucharistic, n'avait pas désempli.

Après des œuvres innombrables, le Saint, plein de jours et de mérites, rendit son âme à Dieu, le 12 juillet 1073. Il avait soixante-quinze ans.

Réflexions pratiques.

Jésus-Christ nous commande souvent de faire du bien à ceux qui nous font du mal, de pardonner à nos ennemis; il nous a donné un bel exemple sur la croix en priant son Père pour ceux qui le crucifiaient. Les saints et en particulier saint Jean Gualbert ont pratiqué cette héroïque vertu. Ne devonsnous pas marcher sur leurs traces? Aimons-nous donc les uns les autres. Donnons place à nos ennemis dans notre cœur et Dieu nous comblera de grâces et de faveurs spéciales. Si ce sacrifice nous coûte, souvenons-nous que nous ne pouvons entrer au Ciel que par la porte de la miséricorde.

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