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SAINTE URSULE ET SES COMPAGNES

Vierges et Martyres

21 octobre.

Sainte Ursule vint au monde, vers l'an 362, dans la Grande-Bretagne, où la religion chrétienne régnait alors avec éclat dans la plupart de ses provinces. Elle était fille de Dionnot, roi de Cornouailles et de Da,rie, princesse qui ne cédait en rien à son mari, ni pour la noblesse de son sang, ni pour la perfection de ses vertus. La piété des parents fit donner à la jeuneprincesse une éducationtrès soignée. Jamais enfant ne fut douée d'un esprit plus brillant efd'un naturel plus heureux. Un cœur noble, bienfaisant et généreux, des inclinations toutes portées à la vertu, et une beauté rare firent d'Ursule une des princesses les plus accomplies de l'Europe. Elle comprit, dès

son bas âge, que la modestie doit faire, dans tous les états, le plus bel ornement d'une fille chrétienne, et méprisant tout ce que sa naissance lui promettait de plus flatteur, tout ce que la Cour a de plus séduisant, tout ce que les louanges ont de charmes, elle n'eut pas plus tôt connu Jésus-Christ, qu'elle souhaita passionnément de n'avoir jamais d'autre époux que lui. Le Sauveur aussi ne l'avait prévenue de tant de grâces que pour en faire une de ses plus chères épouses, et la tendresse qu'il lui avait inspirée pour sa divine mère, la Vierge des vierges, était un présage qu'elle ne perdrait jamais l'éclat de sa virginité, à laquelle Dieu voulut bien ajouter la gloire du martyre.

Le tyran Flavius-Clément Maxime, qui commandait en qualité de général les troupes de l'empereur Gratien, dans la Grande-Bretagne, s'étant fait proclamer empereur, l'an 382, fit passer ses troupes dans les Gaules. Alors il chassa des côtes maritimes ses anciens habitants, et partagea cette contrée fertile, aux soldats bretons qu'il avait amenés avec lui. Afin que cette nouvelle colonie se perpétuât, il envoya des députés dans la Grande-Bretagne, demander pour chacun de ses soldats, devenus colons, une jeune fille à épouser. La demande fut accueillie favorablement ; car les princes et les peuples de ces provinces savaient que leurs filles seraient honorablement établies en se mariant à ces soldats. A leur tête fut placée Ursule. On les rassembla toutes à Londres, et on les embarqua malgré leur répugnance. Il était convenu qu'Ursule épouserait un prince breton chrétien qui était désigné pour être gouverneur de la nouvelle

colonie. Le père de la Sainte, qui voyait pour sa fille de grands avantages dans ce mariage, y consentit. Enfin, le temps étant devenu propice pour faire en peu d'heures la traversée de la Grande-Bretagne sur les côtes de la Gaule, on mit à la voile. Mais aussitôt une furieuse tempête s'éleva et menaça de tout engloutir. L'effroi était dans tout l'équipage. Ursule, seule était calme et tranquille. « Courage, mes filles, disait-elle à ses compagnes, le Dieu que nous servons commande aux flots et aux tempêtes, confions-nous en sa sainte garde. » Quelques heures après, le vaisseau fut jeté sur les rivages de la Germanie, occupés en ce moment par les armées des Huns. Ces barbares, n'écoutant que leurs passions, auraient voulu les outrager, mais Ursule leur parla avec une fermeté si chrétienne, et avec tant de hardiesse et de majesté qu'ils n'en firent rien. Ses compagnes encouragées par ses nobles exhortations déployèrent un courage invincible et préférèrent la mort à la perte de leur vertu. Ces barbares, furieux de rencontrer tant de résistance dans ces nobles vierges, se jetèrent sur elles et les égorgèrent toutes, sans exception.

C'est ainsi qu'elles allèrent augmenter la Cour céleste de l'Agneau sans tache, en remportant la palme du martyre, le 21 octobre de l'an 383. Les habitants de Cologne les ensevelirent avec beaucoup d'honneur, et tout le monde chrétien célèbre cet illustre combat dont la mémoire ne saurait périr.

Reflexions pratiques.

Sainte Ursule souffrit un généreux martyre, et, par son exemple et ses exhortations, elle anima ses

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saintes compagnes à donner leur vie pour la défense de leur foi et de leur virginité. Si nous n'avons pas le bonheur de mourir pour Jésus-Christ, vivons au moins pour lui. Notre sainte vie sera une espèce de martyre, untémoignage éclatant que nous rendrons à la souveraine autorité de Dieu.

Sainte Ursule attire encore tous les jours après elle des troupes de saintes vierges, qui l'ont prise pour protectrice. Elles imitent son innocence et sa générosité, par une vie qui doit s'appeler un martyre très rude par sa longueur. Des compagnies très savantes, des universités fameuses ont aussi voulu être sous sa protection. Pour l'obtenir pour nous-même, imitons ses vertus héroïques.

Plan de méditaffion.

ï. Innocence dUrsule, que son courage sut conserver dans tous les grands périls.

II. Courage d'Ursule, que son innocence fit triompher au milieu des plus rudes combats.

SAIiNT HILARION

22 octobre.

Saint Hilarion naquit dans la petite villede Tabatha, en Palestine, vers l'an 291. Ses parents opulents et païens l'envoyèrent à Alexandrie pour y faire ses études. L'un de ses maîtres, chrétien secret et véritable apôtre sous le manteau de philosophe, trouvant en lui un esprit excellent et un naturel très

heureux, prit un soin tout particulier de cet enfant. Il découvrit à son disciple les beautés de la foi chrétienne. Dès lors, Hilarion renonça à tous les divertissements profanes et ne se sentit plus de goût que pour les assemblées des fidèles. Baptisé à quinze ans, il devint le modèle des vieux chrétiens.

Ayant entendu parler de saint Antoine dont le nom était célèbre en Egypte, il voulut visiter le solitaire. A la vue du patriarche du désert, son cœur s'émut, son esprit, éclairé par une lumière surnaturelle, comprit que le monde n'est rien et que Dieu ^ est tout : « Et moi aussi I s'écria-t-il, le Seigneur me veut ermite. »

• Touché de ses exemples, il revêtit aussitôt la bure

monastique, et, pendant deux mois étudia la vie du

patriarche de la Thébaïde. Il imita son genre dévie,

sa ferveur dans la prière, sa persévérance dans les

austérités et ses autres vertus. Une seule chose lui

déplaisait dans sa solitude. C'était ce concours de

personnes de toute espèce qu'attirait le parfum de

sainteté de son maître spirituel. Désirant vivre dans

une entière solitude, il en lit part à saint Antoine,

qui le confirma dans son dessein, et lui donna pour

cela des leçons salutaires.

Comme il se disposait à entrer plus avant dans la solitude, il apprit la mort de ses parents. Forcé par là de revenir dans sa patrie, Hilarion n'y reparut que pour y donner un grand exemple : il répandit son bien dans le sein des pauvres et dit adieu, pour cette vie, à ses proches. Libre alors, comme il convient à un soldat de Dieu, il alla chercher un abri contre la vanité et les joies menteuses d'ici-bas dans un dé-

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sert affreux de la Palestine. Comme on lui représentait que ce lieu était infecté de voleurs, il répondit : « Un homme pauvre et nu ne craint point les voleurs. » Cependant, ses terribles voisins, indignés de se voir braver par un enfant, résolurent d'en tirer une prompte vengeance. — Une nuit ils marchèrent dans ce but vers le creux du rocher qu'habitait Hilarion. Mais Dieu obscurcit leurs yeux et ne leur permit point de voir leur victime. Ils s'humilièrent alors sous la main qui les frappait et leur fureur était tombée quand, au matin, ils aperçurent le jeune ermite qui priait à quelques pas d'eux. « Ne craignezvous point, lui dirent-ils, les criminels qui hantent ces parages? — Dénué de tout comme je le suis, qu'ai-je à craindre? — Mais ils pourraient vous ôter la vie! — Que m'importe! puisque je suis prêt à mourir. Mais vous, malheureux ! que deviendrait votre âme si elle tombait maintenant aux mains du Dieu tout-puissant?,.. Faites donc pénitence, si vous ne voulez pas servir d'aliment aux feux de l'enfer. » Touchés par ces paroles, les coupables se convertirent.

C'est dans cette affreuse solitude que Hilarion commença, à l'âge de quinze ans, cette vie parfaite qui a fait de lui un prodige de pénitence. Vêtu d'un sac grossier et d'une tunique de peau, présent de saint Antoine, il logeait dans une cabane ouverte à toutes les rigueurs des saisons. Il couchait sur une simple natte de jonc et s'était interdit l'usage du pain. Pendant six ans, il n*eut pour toute nourriture de chaque jour, que quinze figues qu'il mangeait au coucher du soleil.

Les démons lui livrèrent, comme à saint Antoine, d'horribles combats et l'assaillirent de nombreuses tentations. Ils allumèrent en lui le feu de la concupiscence. Son cœur, qui n'avait connu jusque-là que les feux de l'amour divin, fut troublé par des fantômes impurs. La prière, le jeûne, un rude travail les austérités de toutes sortes, domptèrent les ennemis de son salut; il traitait son corps avec la dernière rigueur : « Malheureux animal, lui disait-il, je t'empêcherai bien de regimber; je te nourrirai de paille, au lieu de grain; jeté chargerai et te fatiguerai tellement, que tu ne chercheras plus qu'à manger, sans songer aux plaisirs. » A force de le mater par la pénitence, il en avait fait un vrai squelette, ayant la peau collée aux os. Depuis vingt-deux ans il combattait sans relâche, nuit et jour, dans son affreux désert, quand Dieu voulut le manifester au monde.

Le préfet Elpide, ayant eu ses trois fils dangereusement malades, recourut à ses prières, et ses lils furent arrachés à une mort regardée comme certaine. Dès lors, on accourut de toutes parts vers Hilarion. Une femme aveugle depuis dix ans se fait conduire au saint ermite : « Seigneur, ayez pitié de moi, j'ai dépensé toute ma fortune en remèdes et mon mal n'a point diminué. » Hilarion la guérit et dit : « Si vous étiez venu à Dieu avant de recourir aux hommes, il vous aurait exaucée comme aujourd'hui et vous auriez pu par l'aumône racheter vos péchés. »

Un païen de Gaza, frappé de paralysie, n'avait plus que la langue de libre, il s'en servit pour implorer

l'anachorète. Celui-ci, à son tour, s'en sert d'abord pour dégager son âme des liens de l'erreur et ensuite pour lui rendre la santé corporelle.

Le nombre de disciples qui demandèrent à vivre sous sa direction fut si considérable qu'il se vit contraint de fonder plusieurs monastères; et la Palestine ne tarda pas à devenir une nouvelle Thébaïde, où plus de trois mille solitaires se mirent sous sa conduite. Il les gouverna avec tant de sagesse que le nombre des saints égala le nombre des moines.

Cependant le saint anachorète gémissait de se voir accablé de la multitude toujours croissante de visiteurs, évêques, prêtres, moines, magistrats, princes et peuple. 11 résolut de se retirer plus profondément dans la solitude, et il vint dans la Haute- Egypte où il vécut en ange'*beaucoup plus qu'en homme. Ce pays ayant été désolé d'une sécheresse horrible, le peuple recourut à lui, et il obtint ce qu'on lui demandait. Mais il s'enfuit bientôt de ce lieu pour s'enfoncer dans un nouveau désert» d'où il passa en Sicile, puis en Dalmatie dont il délivra les habitants d'une inondation en faisant le signe de la croix sur les eaux qui se retirèrent. Enfin il alla en Chypre, où il s'ensevelit dans le creux d'un rocher, et où il vécut encore cinq ans. Arrivé en face de la mort, ce grand Saint sentit défaillir son courage, mais, ranimant sa confiance : « Quoi, dit-il, à son âme, voilà soixante-dix-sept ans que tu sers le Seigneur, et tu redoutes la mort ? » A ces mots il rendit l'esprit, en 371, dans la quatre-vingtième année de son âge. On l'enterra comme il l'avait or-

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