‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 9 sur 68 · LA BIENHEUREUSE MARGUERITE -MARIE ALACOQUE, YIERGE · texte numérisé non relu

LA BIENHEUREUSE MARGUERITE -MARIE ALACOQUE, YIERGE

16 octobre.

La bienheureuse Marguerite-Marie naquit d'une famille honorable, dans un bourg du diocèse d'Autun. Son père, juge de plusieurs seigneuries, était un homme d'une probité et d'une piété reconnues. Sa mère n'était pas moins vertueuse. On lui donna au baptême le nom de Marguerite ; elle y ajouta celui de Marie lorsqu'elle entra en religion.

Elle fut prévenue d'une manière admirable des dons de la grâce dès sa plus tendre enfance. A peine sa raison commença-t-elle à se développer, qu'elle conçut la plus vive horreur du péché. Sa crainte d'offenser Dieu était si grande, qu'il suffisait de lui dire qu'elle commettait une faute, pour réprimer à l'instant les petites vivacités de son âge.

On remarquait en elle l'amour de la pureté, le goût de la prière, une tendre dévotion envers la très Sainte Vierge, une affection particulière pour Jésus- Christ dans le Saint-Sacrement de l'autel. A huit ans elle perdit son père; à cette époque sa mère la plaça dans le couvent des Dames de Sainte-Glaire de Charolles, en qualité de pensionnaire. Edifiée de la vertu des religieuses, Marguerite se sentit dès lors pressée de les imiter et d'entrer en religion. Elle fit l'année suivante sa première communion avec une ferveur qui fut le prélude de l'ardeur qu'elle éprouva toute sa vie pour cette céleste nourriture.

Dieu la visita bientôt par des afflictions ; elle eut un

rhumatisme et une paralysie qui la retinrent pendant quatre ans sur un lit de douleur. Sa confiance en la Sainte Vierge lui obtint sa guéris on. Cette faveur lui fit redoubler de zèle pour avancer dans la vie spirituelle. A treize ans elle donnait chaque jour deux heures à la méditation, jeûnait trois jours la semaine, portait le cilice et couchait sur la dure : Bientôt il lui vint aux jambes des ulcères douloureux ; les remèdes furent inutiles; mais, Marguerite, ayant joint ses prières à celles de sa mère, en fut heureusement délivrée.

Le rétablissement de sa santé excita dans Marguerite de l'attrait pour le plaisir. Ses confessions devinrent plus rares ; l'affection que sa famille lui portait flatta sa vanité ; elle voulut même prendre part aux. divertissements du carnaval; mais de nouvelles afflictions la firent rentrer en elle-même. '

Sa mère, devenue âgée et incapable d'agir, fut obligée de remettre le soin de sa maison entre les mains de servantes qui se rendirent maîtresses : elles refusaient à Marguerite les choses les plu3 nécessaires, au point qu'il lui fallut plus d'une fois emprunter des vêtements propres pour aller à l'égUse.

Ce refus était d'ordinaire accompagné de manières grossières et de paroles rudes. Ce fut en pleurant aux pieds d'un crucifia que cette vertueuse fille trouva la consolation à ses maux. Le Seigneur lui donna une patience si grande, qu'elle en vint jusqu'à concevoir une affection chrétienne pour ceux qui la tourmentaient. Il accorda à la ferveur de sa prière la guérison de sa mère, atteinte d'une infirmité qui faisait craindre pour ses jours.

La tendresse de Marguerite pour sa mère et ses soins assidus étaient connus de tout le monde : plusieurs partis avantageux se présentèrent et la recherchèrent en mariage. Elle semblait être prête à agréer cette disposition, dans le dessein d'être plus utile à sa mère ; mais un vœu de chasteté qu'elle avait fait dans son enfance, et la persuasion intime qu'elle était appelée à la vie religieuse, l'empêchèrent d'y consentir. Après une longue agitation, la grâce triompha des sentiments naturels et du penchant pour les créatures, et elle résolut de se consacrer à Dieu.

Elle obtint avec peine le consentement de sa famille et fit choix d'une maison religieuse où elle ne connaissait personne. Elle choisit l'institut de la Visitation de Sainte-Marie. Elle se présenta au monastère de Parayle-Monial, et, comme elle entrait au parloir, une voix intérieure lui dit : C est là que je te veux. L'accueil favorable de la supérieure, qui consentit à la recevoir, mit le comble à ses désirs. Elle entra dans cette maison à l'âge de vingt-trois ans, le 25 mai 1671.

La simplicité, la candeur, la docilité, l'ardeur pour la vertu, l'amour de la mortification, signalèrent le noviciat de la jeune postubnte. Elle prononça, le 6 novembre 1672, les vœux qui l'attachaient irrévocablement à Dieu. Elle devint le modèle de la communauté par son humilité, son obéissance, son amour pour la pauvreté et pour Jésus-Christ, et par son goût constant pour l'oraison et pour les austérités. Ces vertus qui auraient dû frapper tous les yeux et édifier tout le monde lui attirèrent mille contradictions. Les voies extraordinaires par lesquelles la Providence conduisait cette sainte fille firent croire à bon nombre de

religieuses qu'elle était le jouet de misérables illusions. On la traita plusieurs fois de visionnaire. Loin de s'en plaindre, elle s'en réjouit en supportant ses diverses épreuves avec un courage vraiment héroïque. C'est dans la fréquente communion et dans les nombreuses visites qu'elle faisait au très Saint-Sacrement qu'elle puisait les forces dont elle avait besoin pour triompher de ses peines. C'est encore là que le chaste Époux la favorisait de grâces vraiment extraordinaires.

Un jour, entre autres, qu'elle était au pied des autels tout absorbée dans la considération de la tendresse immense du Fils de Dieu pour les hommes, Jésus- Christ lui apparut et lui montra au milieu de sa poitrine entr'ouverte son divin cœur tout enflammé et environné d'épines : en même temps il lui recommanda de propager en public et en particulier la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, promettant de combler des grâces les plus précieuses ceux qui pratiqueraient cette dévotion.

Marguerite-Marie, remplit successivement la charge de maîtresse des pensionnaires et celle de maîtresse des novices. Elle s'appliqua à inspirer aux jeunes personnes placées sous sa direction l'amour de Dieu, une piété tendre et affectueuse et surtout la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. — A cette époque, ce Cœur divin ne recevait pas d'honneurs publics dans l'Église. Les compagnes de Marguerite étaient loin de partager ses sentiments sur cette dévotion qu'elles traitaient de pratique nouvelle et qu'elles blâmaient. Néanmoins, soutenue de Dieu, encouragée par le Père de la Colombière, elle travailla sans re-

lâche à propager ce culte qui fut ensuite approuvé par l'Église et répandu dans l'univers entier. La sainte religieuse, au comble du bonheur, en voyant ses désirs accomplis, mourut le 17 octobre 1690, à l'âge de quarante-trois ans. Elle fut béatifiée par Pie IX en 1864.

Réflexions pratiques.

La grande dévotion de Marguerite-Marie fut pour Jésus-Christ dans le très Saint Sacrement de l'Eucharistie. Qui pourrait dire les délicieuses heures qu'elle coulait au pied des autels ! Qui pourrait exprimer les sentiments tendres et affectueux qui la brûlaient pour le chaste Époux de son cœur! Aussi, fidèle à sa mission travaillait-elle sans relâche à propager le culte du Sacré-Cœur de Jésus et déploya-telle un zèle incomparable à réparer les .injures qu'il reçoit de la part de ses enfants.

Admirons la fidélité de cette pieuse amante du Sauveur à mettre à profit les faveurs extraordinaires qu'elle recevait du Ciel. Montrons-nous comme elle dociles à la grâce. Aimons le Cœur de Jésus comme elle l'a aimé elle-même et nous en retirerons les fruits les plus abondants de sanctification.

I. Excellence de la dévotion au Sacré-Cœur : 1° son autorité ; 2° son objet ; 3° sa fin.

:: n. Avantages que procure cette dévotion.

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SAINTE HEDWIGE, Veuve 17 octobi'e.

Sainte Hedwige, d'une famille princière de Pologne, naquit vers la fin du douzième siècle. Elle fut formée de bonne heure à la vertu autant par les exemples que par les leçons de sa pieuse mère et des personnes qui étaient auprès d'elle. Dès son enfance, elle se fit remarquer par son air sérieux et réfléchi, et toutes ses inclinations étaient tournées vers la piété. On la mit fort jeune encore dans le monastère de Lutzingin en Franconie, d'oîi elle ne sortit qu'à l'âge de douze ans pour épouser Henri, duc de Salésie et de Pologne. Ce nouvel état fit éclater en elle de nouvelles vertus. Elle s'étudia d'abord à connaître Thumeur et le caractère de son mari, et s'appliqua avec soin à lui plaire. Il ne lui fut pas difficile de réussir, car Dieu l'avait douée d'un naturel si heureux, et de tant de belles qualités, qu'on doute s'il y eut jamais une princesse plus accomplie. Elle joignit, à la grandeur de sa naissance, une pureté de mœurs et une innocence qui éleva la noblesse de son âme beaucoup au-dessus de celle de son sang. Sa fidélité à remplir ses différents devoirs la rendit semblable à cette femme forte dont l'Esprit-Saint a tracé le portrait, et qu'il faudrait aller chercher aux extrémités de la terre. Toutes ses pensées et toutes ses actions avaient uniquement pour but la gloire de Dieu, sa sanctification et celle de sa famille.

Une de ses maximes était que plus on est grand,

par sa naissance, plus on doit l'être par ses vertus, et que plus on est élevé, plus on est obligé de donner de bons exemples. Dieu lui donna six enfants qu'elle eut soin d'élever elle-même dans les sentiments les plus purs de la religion et de la vertu ; aussi eut-elle la consolation de les voir tous aussi distingués par leur piété que par les grandes qualités qui les rendirent illustres dans toutes les cours de TEurope.

On ne pouvait voir sans une profonde admiration Hedwige jeune, riche et belle, aimée de tout le monde, vivre, au milieu d'une cour pompeuse, plutôt en religieuse qu'en princesse. Mais ce qui est encore plus merveilleux, c'est que n'ayant que vingt ans, et son mari n'en ayant pas encore trente, elle lui persuada de vivre jusqu'à la mort en parfaite continence ; et ce fut entre les mains de leur évêque qu'ils allèrent déposer le vœu secret qu'ils en firent à Dieu. Depuis ce jour-là, le duc et la duchesse firent des progrès prodigieux dans la voie de la perfection. Sainte Hedwige aimait beaucoup les pauvres, les veuves et les orphelins; chaque jour elle en nourrissait un grand nombre dans son palais. On avait coutume de dire que la visite des malheureux dans le§ hôpitaux, était le seul divertissement de la princesse. L'amour qu'elle avait pour la chasteté l'engagea à faire bâtir un monastère à Trébnitz, où elle mit des religieuses de Cîteaux, dans lequel elle fit élever un grand nombre de jeunes filh s pauvres ou orphelines. Elle aimait à s'y retirer de temps à autre pour y prier avec plus de ferveur et y méditer avec plus de loisir sur la passion de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Afin d'imiter la vie mortifiée du divin

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Maître, elle jeûna tous les jours, excepté les dimanches et les fêtes, et passa quarante ans sans manger ni viande ni poisson. Quelque rigoureuse que fût la saison, elle allait ordinairement nu-pieds à l'église et on aurait pu la suivre quelquefois à la trace de son sang. Son habillement très simple recouvrait un rude cilice qu'elle portait nuit et jour. Jamais elle ne se servait du lit qui était dans sa chambre ; elle prenait sur la terre nue les trois heures de repos qu'elle accordait à la nature, le reste de la nuit elle le passait en prières. Chaque matin eile entendait avec piété toutes les messes qui se disaient dans le lieu oh elle se trouvait et sa ferveur redoublait encore aux approches de la communion. Mais nulle grande vertu sans croix, nul saint sans de grandes épreuves. *

Hedwige, après avoir vu son mari, prisonnier, blessé , le vit expirer entre ses bras en 1238, et trois ans plus tard elle eut encore la douleur de perdre son fils aîné, qui fut tué dans un combat contre les Tartares. Elle soutint ces deux pertes avec une résignation parfaite à la volonté de Dieu, et consola elle-même ceux qui lui en paraissaient affligés.

Après la mort du duc son mari, elle se retira au monastère de Trébnitz, qu'elle avait fondé, prit l'habit, et vécut sous la conduite de sa fille Gertrude, qui en était abbesse. Comme elle ne portait que des habits tout usés, une des sœurs lui dit un jour : « Pourquoi portez-vous ces haillons , il vaudrait mieux les donner aux pauvres ? — Si cet habit vous olfense, répondit la Sainte, je suis prête à me

corriger de ma faute. » Elle le quitta sur-le-champ, et en prit un autre. Son humilité fut récompensée par le don des miracles. On l'invoqua pour un enfant qui s'était noyé et qui avait été entièrement broyé par les roues d'un moulin; elle le rendit à la vie. Par la vertu du signe de la croix, elle ouvrit les yeux à une pauvre religieuse devenue aveugle. Elle opéra encore d'autres nombreux miracles qui furent parfaitement constatés. Se voyant atteinte de la maladie dont elle mourut, elle voulut recevoir l'extrêmeonction lorsqu'on ne la croyait pas encore en danger de mort. Dieu l'appela à lui, le 15 octobre 1243.

Une des maximes de sainte Hedwige était : que plus on est grand par sa naissance, plus on doit l'être par ses vertus, et que plus on est élevé, plus on est obligé de donner de bons exemples. Cette illustre princesse n'a cessé de la mettre en pratique ; cette âme énergique, cette femme forte et généreuse a été constamment un modèle de zèle et de ferveur dans le service de Dieu. Que de bien feraient les grands, les chefs de famille, les patrons, s'ils étaient animés des sentiments de sainte Hedwige. La vertu serait partout en honneur et le vice détesté. 0 Dieu! qui veillez sur le salut des peuples, donnez toujours à vos enfants des maîtres selon votre cœur !

Projet de méditation.

Sainte Hedwige fut une veuve : 1° dont toutes les occupations ont été saintes ; 2° dont toutes les oraisons ont été ferventes ; 3° dont tous les sacrifices ont été sublimes.

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SAINT LUC, ÉYANGÉLISTE

18 octobre.

Saint Luc, un des quatre Évangélistes, était d'Antioche, métropole de Syrie, ville célèbre par la richesse de son commerce, par son étendue, ainsi que par le nombre et la politesse de ses habitants, par son amour pour l'étude des lettres et de la sagesse. Elle avait des écoles renommées dans toute l'Asie, et qui produisirent des maîtres très habiles dans tous les arts et toutes les sciences. Saint Luc y fît dans sa jeunesse d'excellentes études qu'il perfectionna encore par divers voyages dans la Grèce et dansTÉgypte. Saint Paul nous dit qu'il était médecin de profession et saint Jérôn^e ajoute qu'il excellait dans cet art.

Saint Luc n'était pas seulement habile dans la médecine, il était de plus un peintre distingué. Il laissa plusieurs portraits de Jésus-Christ et de la très Sainte Vierge. A peine eut-il été éclairé des lumières de l'Évangile qu'il s'appliqua à en mettre les maximes en pratique; et il était déjà un parfait modèle de toutes les vertus lorsque saint Paul le choisit pour être le coopérateur et le compagnon de se travaux. Ces deux grands Saints parcoururent ensemble les villes de la Grèce, où la moisson devenait chaque jour plus abondante, ne se séparant que par intervalles, et lorsque le besoin des Églises le demandait. Saint Paul l'envoya avec Tite à Corinthe, vers l'an oO, le douQant comme un homme dont le nom était célèbre dans toutes les Églises.

Cinq ans après, saint Paul, poursuivi par les prêtres et le peuple de Jérusalem, ayant demandé à être jugé par César, fut envoyé à Rome, et y conduisit avec lui saint Luc, qui ne l'abandonna point pendant sa captivité. Ce fut sans doute par le conseil de ce grand Apôtre que saint Luc écrivit son Evangile. Voici à quelle occasion :

Le démon, qui cherche toujours à obscurcir la vérité par le mensonge dont il est le père, suscita quelques imposteurs, pour répandre dans l'Église des histoires fabuleuses sur Jésus-Christ. Pour arrêter le cours de ces erreurs et empêcher le peuple de s'y laisser prendre, saint Luc leur opposa un nouvel Évangile. On place vers l'an 53 l'époque de la composition de cet ouvrage remarquable par l'élégance et la pureté de la diction. Les actions et la doctrine du Sauveur y sont représentées de la manière la plus touchante; chaque phrase renferme des mystères cachés et offre une mine inépuisable de richesses. La dignité avec laquelle sont représentés les mystères les plus sublimes, sans rien emprunter à la pompe du langage, a quelque chose de divin. Quand l'Evangéliste raconte la patience, la douceur, la charité, les leçons et la vie du Dieu fait homme pour nous, on ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration ; mais quand il nous fait le récit de ses souffrances et de sa mort, sans laisser paraître une seule émotion, sans un seul mot, sans une seule ' exclamation contre les bourreaux, on est dans le ravissement et on sent que ce n'est pas l'homme qui parle, mais l'esprit de Dieu qui inspire.

L'Evangile de saint Luc comprend l'histoire de

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Jésus-Christ jusqu'à son Ascension. Il n'a pas vu les faits lui-même, comme il nous en avertit, mais il les tient des personnes qui ont vu Jésus-Christ de leurs yeux et ont vécu dans son intimité. Parmi ces témoins oculaires était la Sainte Vierge pour la vie cachée du Sauveur, les Apôtres et les disciples pour sa vie publique. Dans sa vie cachée, on trouve l'apparition de TAnge Gabriel au prêtre Zacharie. Il lui apprend qu'Elisabeth, jusqu'alors stérile, mettra au monde un fils qui sera le précurseur du Messie. — Le même envoyé céleste apparaît à Marie dans la maison de Nazareth, et lai révèle le secret ineffable de l'Incarnation. — On trouve ensuite la visite de Marie à sa cousine, qui la salue comme Mère de Dieu. — La naissance de Jean-Baptiste et le miracle qui rend la parole à son père Zacharie. — Le voyage de la sainte famille à Bethléem. — La Naissance du Sauveur dans une étable. — L'adoration des Bergers. — Le nom de Jésus donné à l'Enfant divin au jour de sa circoncision. — Sa présentation au temple, où il est racheté par deux tourterelles. — Sa prédication au temple au milieu des docteurs, à l'âge de douze ans. — Son retour à Nazareth, où il est soumis à Marie et à Joseph. Tous ces divins mystères, dont la contemplation ravit de joie les Anges, saint Luc les apprit de la bouche même de la Sainte Vierge.

Quant à la vie publique du Sauveur, ni les Évangélistes, ni les Apôtres n'ont tout écrit. Voici les particularités touchantes dont nous devons la connaissance à saint Luc : L'histoire de la femme pécheresse. — La guérison de Ihémorroïsse. — La résurrection de la fille de Jaïre. — La charité du

Samaritain. — La parabole de Tenfant prodigue. — L'histoire du mauvais riche et du pauvre Lazare. — La prière du pharisien et celle du publicain. — La conversion de Zachée.

Environ dix ans après, saint Luc écrivit les Actes des Apôtres, qui sont d'une importance immense pour l'histoire des premiers temps du Christianisme. Ils renferment le récit des principales actions des Apôtres et de ce qui s'est passé de plus merveilleux et de plus édifiant dans la naissance de l'Église.

Après la mort de saint Paul, saint Luc quitta Rome, et prêcha, dit saint Épiphane, dans l'Italie, la Gaule, la Dalmatie et la Macédoine. Après avoir beaucoup souffert pour la foi, il mourut en Achaïe, dans un âge fort avancé. L'empereur Constance fit transporter ses reliques à Constantinople, l'an 537. On les y déposa dans l'église des Apôtres, avec celles de saint André et saint Timolhée.

Réflexions pratiques

Le Sauveur demande trois choses à ses disciples : 1° Il veut qu'ils soient toujours prêts à tout entreprendre et à tout souffrir pour sa gloire, sans nulle distinction de lieux, de personnes, d'emplois, de travaux. Saint Luc a parfaitement répondu aux desseins de son Maître. Avons-nous ce zèle universel et généreux? Ne recherchons-nous "pas les endroits les plus commodes, les plus honorables, los travaux les plus conformes à nos inclinations? 2** Il veut qu'ils aient toujours des lampes ardentes dans leurs mains ; c'est-à-dire, qu'il faut que leurs bons exemples soutiennent leurs paroles ; qu'ils éclairent les hommes

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par leurs instructions, et qu'ils les attirent par leur sainte vie. Un véritable disciple du Sauveur est tout lumière et tout feu. Craignons que notre vie ne soit une vie de ténèbres par le péché et par la tiédeur. Devenons lumière par notre charité et notre ferveur dans le bien. 3° Il veut qu'ils soient toujours prêts à paraître devant leur Maître, qui les appellera pour rendre raison de leur conduite. Il veut que nous vivions de telle manière, que nous ne puissions jamais être surpris quand il faudra mourir. Le faisons nous?

Plan de méditation .

Saint Luc a été l'historien : 1° de Jésus-Christ; 2** l'historien de la Sainte Vierge; 3^ l'historien de la Sainte Eglise.

SAINT PIERRE D'ALCANTARA, de l'Ordre DE Sai>'t-Fra>'çois

19 octobre.

Saint Pierre naquit, l'an 1499, dans une petite ville d'Espagne nommée Alcantara. Son père, gouverneur de cette ville, sortait comme sa mère d'une famille noble ; ils étaient l'un et l'autre distingués par leurs vertus et leur piété. Comme ils étaient persuadés que l'un des plus essentiels devoirs des parents est d'élever les enfants dans la crainte de Dieu, ils mirent un soin extrême à son éducation ; le jeune Saint y répondit par des succès brillants dans

les études, et par une piété exemplaire. La fidélité à accomplir ses devoirs, sa ferveur et son application à la prière le faisaient regarder comme une espèce de prodige; aussi fut-il tout le temps de sa jeunesse un modèle d'innocence. La mort lui «nleva son père lorsqu'il finissait son cours de philosophie à Aloantara; quelque temps après il fut envoyé à Salamanque pour y étudier le droit canonique. Pendant les deux ans qu'il passa dans cette ville, il partagea régulièrement son temps entre l'étude, la prière et le service des pauvres dans les hôpitaux. Le temps des études qui est pour l'ordinaire l'écueil des jeunes gens, devint pour le saint jeune homme un moyen de perfectionner sa vertu. Déjà, il s'élevait au degré d'une oraison sublime dans un âge où Ton sait à peine ce que c'est que prier.

En 1513, rappelé dans 5a patrie, il eut à essuyer de violentes tentations d'impureté ; mais il les dompta par la prière, l'usage des sacrements, la fuite des occasions, les exercices d'une mortification précoce, et surtout une ardente dévotion envers la Sainte Yierge. Cette tentation vaincue céda la place à une autre, à celle de l'ambition. Pour la surmonter, le jeune Pierre alla chercher un asile dans rétat religieux, et il choisit l'ordre de Saint-François où il entra à l'âge de seize ans.

Le novice surpassa bientôt en ferveur les plus anciens ; il plaça toutes ses délices dans l'humilité, l'obéissance, la pauvreté, le jeûne, le silence et la prière. Uni continuellement à Dieu, rien ne pouvait l'en distraire. Son recueillement et sa modestie allaient si loin, qu'il ne sut jamais si la chapelle, le

dortoir ou sa chambre étaient voûtés ou planchéiés, et qi^'il ne connaissait aucun de ses frères, sinon à la voix.

Quelques mois après sa profession, Pierre d'Alcantara fut envoyé dans un couvent situé près de Belvise, dans un lieu solitaire, où il construisit, à quelque distance de la communauté, une cellule si pauvre et si étroite qu'elle ressemblait plutôt à un tombeau qu'à la chambre d'un religieux. Là il se livra à des austérités extraordinaires qui ne furent connues que de Dieu seul. Son jeûne était continuel. Deux fois le jour il déchirait son corps avec une discipline de chaînes de fer. Il portait constamment un cilice qui ensanglantait ses membres. Mais la mortification qui lui coûta le plus fut de vaincre le sommeil. Il ne dormait qu'une heure et demie, et pendant quarante ans, ce n« fut qu'à genoux, ou assis, la tête appuyée contre la muraille ; le reste de la nuit était employé à la prière. Trois ans après, ses supérieurs, frappés d'une telle vertu, le nommèrent supérieur d'un petit couvent qui venaH d'être fondé àBadajoz. Le temps de sa supériorité expiré, on l'obligea à recevoir la prêtrise et à se livrer au ministère de la parole. Un grand talent, joint à une sainteté éminente, ne pouvait manquer de produire des fruits merveilleux. Sa seule présence touchait les cœurs; les pécheurs les plus insignes l'interrompaient par leurs sanglots et par leurs larmes. Il parcourut ainsi une partie de l'Espagne. Mais l'amour de la retraite étant toujours son inclination dominante, il pria ses supérieurs de lui permettre d'aller vivre dans quelque couvent solitaire, où il pût se livrer

librement aux exercices de la contemplation. Il obtint ce qu'il demandait. On l'envoya dans le couvent de Saint-Onuphre, situé dans l'affreux désert de Lapa. Ce fut là qu'il composa deux des livres les plus sublimes que nous possédions sur la vie intérieure, l'un sur Voraison mentale^ et l'autre sur la paix de l'âme.

Quelque temps après notre Saint fut appelé à la cour de Jean III, roi de Portugal, où il édifia tout le monde par sa mortification et par son humilité. On mit tout en œuvre pour l'y garder ; mais Dieu l'appelait à une œuvre supérieure, à la réforme de son Ordre en Espagne. Il fut nommé provincial, et il fallut accepter ce poste qu'il remplit avec la supériorité des hommes les plus capables. Il jeta les fondements de sa réforme sous le nom de congrégation de la Stricte Observance. Elle fut approuvée par le pape Paul IV, en 1562. En moins de six ans, il comptait neuf maisons de sa nouvelle règle. Il faisait la visite de ces communautés lorsqu'il rencontra sainte Thérèse à Avila. Après l'avoir rassuré sur ses peines intérieures, il l'encouragea à continuer l'œuvre de la réforme des Carmélites.

L'humble religieux posséda à un degré admirable le don de la contemplation. Plus d'une fois on le vit élevé en l'air, resplendissant d'un éclat merveilleux. Il lui arriva aussi de traverser à pied sec des fleuves rapides. Ses frères se trouvant un jour dans une grande détresse, il les nourrit avec des aliments descendus miraculeusement du Ciel. Son bâton planté par lui en terre fut transformé en un figuier verdoyant. Dans un voyage que faisait le Saint, il entra

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une nuit dans une masure découverte, où la neige épaisse qui tombait lui servit de toit en restant suspendue au-dessus de sa tête.

Il restait à Pierre de recevoir la récompense de ses œuvres ; il tomba malade d'exténuation et de fatigues. Après avoir reçu les derniers sacrements, il entra en extase : la Sainte Vierge lui apparut et. lui donna l'assurance de son salut éternel ; il se réveilla plein d'une douce joie, et il rendit son âme à son Créateur, le 18 octobre 1562, à l'âge de soixante-trois ans. Après sa mort il fut glorifié de plusieurs miracles, qui engagèrent le pape Clément IX à le mettre au nombre des saints.

Réflexions pratiques.

L'empereur Charles-Quint, après deux heures d'entretien avec Pierre d'Alcantara, s'écria: «Cet homme n'est plus sur la terre ; il est déjà dans le Ciel ; on dirait qu'il voit Dieu face à face. » Dans les rues, sur les places publiques, au sein des plus nombreuses assemblées, il était constamment seul avec Dieu; il ne voyait, il n'entendait que lui; il ne conversait qu'avec lui. A l'exemple de notre Saint, pensons-nous souvent à notre Dieu ? L'aimons-nous par-dessus tout? Notre esprit et notre cœur sont-ils sans cesse tournés de son côté ? La créature n'absorbe-t-elle pas la généralité de nos pensées et de nos affections? Que répondent ces nombreuses distractions qui nous poursuivent à l'église, dans nos prières et dans tous nos exercices de piété ? Quel dérèglement de s'atta-

cher à de vaines bagatelles au préjudice du souverain bien !

Plan de méditation,

I. Pénitence de saint Pierre d*Alcantara : 1° excès de ses austérités ; 2° fécondité de sa pénitence.

II. Son humilité : 1'' dans le cloître ; 2** à la cour; 3° au milieu du public qui l'acclame.

III. Sa haute contemplation : 1° dans les situations différentes de sa vie ; 2° dans ses écrits.

SAINT JEAN DE KENTI, Confesseur

20 octobre.

Saint Jean de Kenti naquit, vers Tan J403, dans le village dont il porte le surnom, au diocèse de Gracovie. La bonne éducation qu'il reçut d'un père et d'une mère très vertueux lui procura le précieux avantage de lui faire passer sa jeunesse dans l'innocence et dans la parfaite observance des commandements de Dieu. Dès qu'il eut terminé ses premières études, on l'envoya à Gracovie pour y suivre les cours de philosophie et de théologie ; ensuite, ayant passé par les divers grades académiques, devenu professeur et docteur, il ne se bornait pas à éclairer ses auditeurs par la sainte doctrine qu'il leur enseigna pendant plusieurs années ; mais il les embrasait du feu de la piété dont il était pénétré lui-même, les intruisant à la fois par les exemples et par ses discours. Élevé au sacerdoce, il ne diminua rien de

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son ardeur pour l'étude, mais il redoubla de zèle pour s'élever à une plus haute perfection.il était profondément affligé de voir Dieu si peu connu, si mal servi et si souvent offensé par un trop grand nombre de chrétiens. Nommé curé de la paroisse d'Ilkusi, il se montra véritable pasteur des âmes, sévère pour lui-même, indulgent pour les autres. Il était le père de son troupeau, et tous trouvaient en lui un ami dans leurs peines. On raconte mille traits de sa charité et de la tendresse de son cœur envers les malheureux : souvent il se dépouilla de ses habits et de ses souliers pour les vêtir et les chausser. Un dimanche, en particulier, comme il se rendait à l'église, il rencontra un pauvre mendiant étendu sans mouvement sur la neige : à cette vue, ses entrailles de père sont déchirée? : il quitfc* aussitôt sa soutane, en couvre cet infortuné, le conduit dans son presbytère, et le fait manger avec lui. En mémoire de cette charitable action, chaque professeur de Cracovie était obligé d'admettre un pauvre à sa table, au moins une fois par an.

Cependant, effrayé de la charge des âmes, il abandonna bientôt ce ministère, pour reprendre ses fonctions de professeur. Tout le temps que lui laissait l'étude, il remployait soit à travailler au salut du prochain par le moyen de la prédication, soit à vaquer à la prière. On rapporte qu'il fut souvent favorisé alors de visions et d'entretiens célestes. Il avait tant de dévotion à la passion de Jésus-Christ, qu'il passait souvent les nuits entières à contempler le Sauveur en croix, couronné d'épines, expirant entre deux scélérats. Ce fut pour graver plus profondément

dans son esprit cet ineffable mystère, qu'il fit, sous l'habit de pèlerin, le bourdon à la main, le voyage de Jérusalem. Brûlant du désir de terminer ses jours par le martyre, il ne craignit pas de prêcher aux Turcs Jésus-Christ crucifié. Outre ce voyage de la Terre-Sainte, Jean de Kenti fit quatre fois celui de Rome, pour visiter le tombeau des saints Apôtres et donner au Souverain Pontife des marques publiques de son respect; et tâcha, ainsi qu'il le disait, de racheter une partie des peines qui l'attendaient en purgatoire, par les souffrances et les fatigues que ces courses occasionnaient. Il faisait ses pèlerinages à pied, portant lui-même son modeste bagage. Dans un de ces voyages, des voleurs l'ayant arrêté, le dépouillèrent, et l'interrogèrent après l'avoir fouillé pour savoir s'il n'avait plus rien. Le Saint leur répondit que non, et eut la liberté de continuer sa route, mais se souvenant ensuite qu'il avait quelques pièces d'or cousues dans son vêtement, il se mit à courir après les brigands, qu'il appela à cris redoublés, et offrit ce qu'il venait de retrouver. Ceux-ci admirant la candeur et la libéralité du saint homme, refusèrent de le recevoir et lui rendirent même tout ce qu'ils lui avaient pris.

Pour empêcher autant qu'il était en lui qu'on ne portât atteinte à la réputation du prochain, Jean de Kenti fit écrire sur les murailles de sa maison, à l'exemple de saint Augustin, des vers qui montraient son horreur pour la médisance. Sa charité ne consistait pas seulement à éviter de faire du mal à ses frères ; elle le portait à leur faire tout le bien qui lui était possible. On l'a vu se priver de sa nourriture.

pour la donner à ceux qui en avaient besoin. Notre Saint dormait à terre et très peu, et ne prenait que la nourriture nécessaire pour ne pas mourir. Ce fut parles jeûnes, les disciplines et un rude cilice qu'il conserva sa pureté virginale comme un lis entre les épines. Il passa les trente dernières années de sa vie sans manger de viande. Enfin, après avoir donné aux pauvres tout ce qu'il avait dans sa maison, il mourut à Gracovie, le 24 décembre 1474, dans la soixante et dixième année de son âge, aimé et respecté de tous.

Réflexions pratiques.

La vie chrétienne est le seul bien désirable en ce monde ; c'est le seul bien nécessaire, puisque sans elle il n'y a point de Ciel ; c'est le seul bien solide puisque en dehors d'elle tout est*vanité, inutilité et bagatelle. A quoi aboutissent en effet tous les autres biens ? Que sert, à la mort, d'avoir été riche, grand, savant, homme d'esprit, homme illustre et de vaste renommée ? Tout cela n'est d'aucun nrix devant Dieu, d'aucune valeur pour l'éternité. Tout cela en conséquence ne mérite pas le moindre de nos désirs. Mais la vie vraiment chrétienne, voilà ce qui mérite infiniment d'être ardemment désiré et recherché tous les jours et à tous les moments de notre vie; parce que c'est là ce qui sauve, ce qui console en ce monde; ce qui réjouit dans l'éternité et met l'âme en possession de Dieu, le seul bien véritable. C'est ce qu'a parfaitement compris Jean de Kenti dont la vie a toujours été si chrétienne. Avons-nous, comme ce Saint, regardé le temps consacré au service de Dieu comme le mieux employé de notre vie. N'avons-nous IV. 6

point au contraire, imué ces chrétiens tièdes et indifférents qui regardent comme perdus le temps destiné à leur salut ? Faisons un retour sur nous-mêmes et il nous sera aisé de reconnaître le vide de notre existence.

Plan de méditation.

I. Motifs de servir Dieu : 1° c'est le devoir essentiel de l'homme ; 2° c'est son intérêt.

II. Manière dont nons devons servir Dieu : 1** il faut le servir sans partage ; S'» il faut le servir avec joie et ferveur.

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