‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 19 sur 68 · UN MODÈLE I · texte numérisé non relu

UN MODÈLE I

et commune appelée la Toussaint, ou fête de tous le& Saints. Yoici quelle fut l'origine de cette fête.

Environ vingt-cinq ans avant Jésus-Christ, Agrippa, gendre de l'empereur Auguste, voulant flatter son beau-père, fit bâtir un temple magnifique qu'il eut soin de dédier à l'Empereur. Par une modestie assez rare chez les païens, Auguste refusa cette dédicace, et ce temple fut dédié à Jupiter et à Mars, en mémoire de la fameuse bataille d'Actium qui mit fin à la République et inaugura l'Empire. Plus tard on le désigna sous le nom de Panthéon, qui veut dire temple de tous les dieux, parce qu'on y avait rassemblé les images de tous les dieux de l'Empire.

L'empereur Théodose, à son avènement au trône, fit démolir les temples des idoles et n'épargna que le Panthéon, à cause de sa beauté et de sa richesse. Après en avoir fait enlever les fausses divinités, il en fit fermer les portes. Elles furent réouvertes en 607, par le pape Boniface ;IV, qui purifia ce superbe monument et le dédia à la Mère de Dieu et de tous les martyrs. Pour rendre ce magnifique temple cher aux chrétiens et digne de tout respect, le zélé Pontife y fit transporter vingt- huit chariots d'ossements de martyrs rassemblés des divers cimetières de Rome. La Ville éternelle fut donc le berceau de cette fête qui se répandit bientôt en France, sous le règne de Louis le Débonnaire, et au neuvième siècle dans tout l'Occident. Depuis Grégoire IV, en 837, la fête de tous les Saints remplaça celle des Saints-Apôtres qu'on célébrait le 1'' mai. La Toussaint fut alors fixée au premier jour du niois de novembre et précédée d'une vigile avec jeûne. Elle fut toujours célébrée

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avec tant de pompe et de piété qu'on n'a cessé de la placer au premier rang des solennités religieuses et qu'elle a été maintenue parle Concordat comme une des quatre fêtes d'obligation.

Réflexions pratiques.

L'Église dans la solennité de la Toussaint veut détacher nos cœurs de cette terre d'exil et nous faire envier le Ciel pour nous déterminer à en prendre le chemin. Mais, ne l'oublions pas, pour parvenir au séjour des bienheureux, il faut marcher sur leurs traces ; il faut s'éloigner comme eux du chemin large et spacieux, malheureusement trop fréquenté, qui mène à la perdition ; il faut s'engager à leur suite dans cette voie étroite qui est la porte de la vie.

Oui, ce n'est qu'en suivant les exemples que les Saints ont donnés pendant qu'ils étaient sur la terre qu'on peut devenir ce qu'ils sont maintenant.

Efforçons-nous donc de mettre en pratique cette grande leçon que l'Apôtre saint Paul faisait aux Hébreux : « Les Saints ont accompli le devoir de la justice ; ils ont reçu l'effet des promesses... Puis donc que nous sommes environnés d'une si grande nuée de témoins, dégageons-nous de tout ce qui nous appesantit et du péché qui nous assiège, et courons par la patience dans cette carrière qui nous est ouverte. )) (Hebr. ix.) La tâche n'est point au-dessus de nos forces. Les Saints qui sont en ce jour proposés à notre vénération, se sont trouvés dans le même état, dans les mêmes circonstances où nous nous trouvons. Ils ont été hommes comme nous. Ils ont eu les mêmfts ennemis à combattre, les mêmes obstacles à

surmonter. Puisqu'ils ont pu arriver au Ciel, pourquoi ne pourrions -nous pas y parvenir? N'avonsnous pas les mêmes secours ! Employons les mêmes moyens et le Ciel sera notre partage.

Plan de méditation.

Nous devons : 1° honorer les Saints ; S** les prier ; 3° les imiter.

Autre plan.

Nous ne devons jamais oublier ces trois choses : 1° il y a des Saints de toute nation et de toute condition, et chacun peut aspirer au salut ; 2° le bonheur dont les Saints jouissent dans le Ciel est la récompense de leurs travaux ; 3° de même que dans le Ciel l'occupation des Saints est de louer et bénir Dieu, ce doit être aussi là notre principale occupation sur la terre. Nous louons et nous bénissons Dieu en évitant le péché et en lui offrant nos actions et nos peines.

COMMÉMORAISON DES iMORTS

La fête de la Toussaint est à peine terminée, à peine l'encens a cessé de fumer, les chants joyeux de se faire entendre, et sans transition aucune, l'autel se couvre de deuil ; le célébrant et ses ministres revêtent les ornements funèbres ; les voûtes du temple retentissent de chants lugubres, et les sons interrompus des cloches, imitant le glas funèbre de

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l'agonie, rappellent aux fidèles, prêts à s'endormir dans les ténèbres de la nuit, le souvenir des morts et la fête des Trépassés.

On pourrait appeler ces deux jours de fête, qui semblent n'en faire qu'un seul, la fête de la Communion des Saints, car aussitôt après avoir contemplé le bonheur des habitants de l'Église triomphante dans la gloire des Cieux, l'Église militante, qui combat sur la terre, descend dans les abîmes du purgatoire, pour compatir aux douleurs de l'Église souffrante. La fête des enfants qui triomphent est immédiatement suivie de la fête de leurs frères qui souffrent; on se réjouit avec les uns, mais presque aussitôt on pleure avec les autres. Il n'y a que dans l'Église catholique que l'on trouve de si douces et de si délicieuses harmonies.

Yoici ce que cette mère, commune à tous les chrétiens, enseigne au sujet des morts : Les âmes des Justes qui sortent de ce monde avant d'avoir entièrement expié leurs fautes, demeurent pendant un certain temps dans un lieu d'expiation, où elles achèvent de se purifier et de payer ce qu'elles doivent à la divine Justice. Il est encore de foi que ces âmes souffrantes peuvent être soulagées par les suffrages des fidèles vivant sur la terre : CeU une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés, dit l'Esprit-Saint au livre des Machabées. Aussi, dans tous les temps, l'Église s'est-elle fait un devoir sacré de leur donner une part abondante à ses bonnes œuvres, à ses indulgences et surtout à l'oblation de son divin sacrifice. Il n'est pas une messe qui n'ait été célébrée IV. 9

dans le inonde sans une prière et un souvenir pour les morts.

Du temps de saint Augustin, il y avait pour les défunts un office commémoratif qui se célébrait, non seulement la veille des funérailles, ce qu'on appelait la vigile des morts, mais le troisième, le septième, le quatorzième jour, le sixième et le douzième mois après la mort.

Cependant ce ne fut qu'à la fin du dixième siècle qu'on commença à consacrer le lendemain de la Toussaint à la commémoration générale de tous les fidèles défunts, A cette époque Dieu inspira à saint Odilon, abbé de Gluny, d'établir pour son Ordre une commémoration générale de tous les Trépassés. Cette fête si touchante fut accueillie avec empressement par tout l'Occident et n'a cessé depuis lors d'y être célébrée avec beaucoup de dévotion.

Lorsque le lendemain de la Toussaint se rencontre un dimanche, la fête des Morts a lieu le lundi 3 novembre et les vêpres des défunts commencent après les vêpres du dimanche.

Réflexions pratiques.

L'état où sont les âmes du purgatoire doit bien exciter notre compassion! Ce sont des âmes qui souffrent, consumées par le feu de la Justice infinie, et leurs tourments dépassent tout ce que nous pouvons non seulement souffrir, mais même concevoir en cette vie de plus cruel. La charité et la justice nous font un devoir de les secourir.

I. Un des actes les plus importants de la charité c'est l'aumône. Or, disait saint François de Sales,

dans la prière pour les âmes du purgatoire, il y a une aumône véritable. Quand nous prions pour ces âmes, nous couvrons la nudité de ceux qui sont nus, nous rassasions la faim de ceux qui sont affamés, nous réparons l'abandon de ceux qui son abandonnés, nous essuyons les larmes de ceux qui pleurent, nous consolons l'infortune de ceux qui sont désolés ; en un mot, dans une seule œuvre nous accomplissons toutes les œuvres et de la miséricorde corporelle et de la miséricorde spirituelle. Mais cette aumône n'est pas seulement un devoir de cbarité, elle est souvent un devoir de justice.

II. Parmi les âmes du purgatoire ne comptonsnous pas des amis, des parents, pour qui nous fûmes ou l'occasion ou le complisa de ces fautes qu'ils expient si rigoureusement? N'y a-t-il pas là des amis qui ne souffrent que pour avoir partagé les tiédeurs, les vanités, les inutilités de notre vie? N'y a-t-il pas là un père, une mère, des proches qui ne sont privés du bonheur suprême de voir Dieu, que pour expier une condescendance fatale à ménager nos faiblesses, à épargner nos sensibilités, à nous refuser, par un amour mal entendu, un conseil, une réprimande, lorsque la religion commandait de conseiller ou de reprendre ! Eh bien! il ne s'agit plus d'un exercice de charité, c'est un acte de justice que nous devons accomplir.

Plan de méditation,

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