II. Nous le devons
SAINT MALAGHIE, Eyêque et Gonfesseur 3 novembre.
Saint Malachie naquit en Irlande, en 1094, de parents aussi illustres par leur vertu que par leur noblesse et leur puissance. Sa mère, dont la piété était remarquable, eut soin de lui inspirer des sentiments très chrétiens. Elle chargea des maîtres habiles de cultiver son esprit dans les lettres humaines, mais elle voulut seule lormer son cœur.
L'enfant docile répondait merveilleusement aux efforts assidus des maîtres et à la vigilance de sa pieuse mère. Sa douceur pleine de naïveté lui gagnait tous les cœurs. Ce n'était encore qu'un enfant, et il avait déjà la sagesse des vieillards, la pureté des anges, et la profonde humilité des saints. 11 aimait l'oraison, la retraite, le silence ; comme ses études ne lui laissaient pas le temps de faire de fréquentes visites aux églises, partout où il se
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trouvait il élevait vers le ciel ses mains pures et innocentes.
Quand il fut en âge de choisir un état, il se dit à lui-même : « L'esprit du monde et l'esprit de Dieu ne peuvent s'allier ensemble : il n'y a pas plus de rapport et de proportion entre eux qu'il y en a entre la lumière et les ténèbres. Je suis résolu de suivre l'Esprit de Dieu, et d'être fidèle à l'attrait de sa grâce. Je veux conserver mon innocence, vivre dans la pureté, et avoir une faim et une soif continuelles de la justice. Je ne chercherai d'autre satisfaction que le témoignage d'une conscience en paix avec son Dieu; mais comment pourrai-je conserver ces trésors dans le commerce du monde? Il est difficile de ne pas échouer œntre les écueils dont il est rempli. »
Plein de ces réflexions, il alla trouver un pieux solitaire dont l'ermitage n'était pas éloigné de la ville d'Armagh, son pays natal, et se mit sous sa conduite. La retraite subite d'un jeune homme de cette distinction fit un grand bruit dans la cité. Mais il laissa dire, et accueillit avec une complète indifférence la diversité des jugements qu'on portait sur lui. Sous les yeux de son humble et vertueux maître îe jeune Malachie pratiqua l'obéissance, la mortification, le silence, non pas comme un novice qui a besoin de prendre des leçons, mais comme un maître, capable d'en donner aux autres. Gelse, archevêque d'Armagh, touché de tant de vertus, le promut, malgré lui, à l'ordre du diaconat. Il en remplit avec beaucoup de zèle les fonctions. Parmi ces fonctions celle qu'il affectionnait le plus, était d'en-
sevelir les pauvres. Sa*sœur, regardant ce ministère comme indigne de sa naissance, lui en faisait continuellement des reproches. « Insensé, lui disait-elle, laisse les morts ensevelir les morts. — Malheureuse, lui répliquait le saint diacre, tu sais les paroles de la divine Écriture, mais tu en profanes le sens » , et il continua ses fonctions avec une ardeur infatigable. A l'âge de vingt-cinq ans, Malachie fut ordonné prêtre. Il n'eut pas plus tôt reçu l'imposition des mains que l'évêque le chargea du soin de distribuer le pain de la parole au peuple. Le nouveau prédicateur remplit cette mission avec autant de zèle que de succès. Les vices les plus grossiers et les abus les plus révoltants, qu'un long usage semblait avoir autorisés, furent bientôt déracinés ; et en peu de temps tout le diocèse changea de face. Il y établit l'usage des sacrements et l'habitude de chanter l'office canonial absolument inconnu dans la ville et dans les campagnes.
Enflammé de zèle pour le culte divin et plein de défiance en ses propres lumières pour les règlements salutaires qu'il faisait en vue de la réforme des mœurs et du rétablissement de la discipline ecclésiastique, il alla trouver le savant Malchi, évêque de Lismore, pour se faire instruire plus à fond des pratiques de l'Église. Ce fut durant son séjour auprès du saint prélat qu'il apprit la mort de sa sœur, celle qui avait si fort blâmé sa dévotion et sa retraite. Malachie avait fait vœu de ne plus la voir de sa vie à cause de sa conduite très mondaine. Il la vit après sa mort. Une nuit pendant son sommeil une voix se faisant entendre lui disait : «Votre sœur vous
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attend au cimetière, pleine de douleur, et depuis trente jours elle est sans nourriture. » Le Saint, réfléchissant à ces paroles, trouva qu'il y avait précisément trente jours qu'il avait cessé de prier pour son âme. Comme il ne haïssait dans sa sœur que le péché, il se remit à prier pour elle, et dit tous les jours la sainte messe à son intention. Ce ne fut pas en vain. Peu de temps après il la vit vêtue d'habits noirs, à la porte de l'église, mais sans pouvoir y entrer. Il continua ses prières, et une seconde fois il la vit admise dans l'intérieur de l'église, mais sans qu'il lui fût permis d'approcher de l'autel. Enfin il la vit mêlée à la foule de ceux qui étaient vêtus de blanc, et vêtue elle-même d'une robe blanche; il en conclut que son âm& était entièrement purifiée et qu'elle allait être admise au séjour du bonheur. Mais ce qui mit le comble à sa joie fut la conversion de son oncle maternel qui possédait l'abbaye de Bangor et faisait un mauvais usage de ses revenus. Ce parent touché de la sainteté de son neveu se démit en sa faveur de cette abbaye autrefois tellement florissante qu'elle comptait jusqu'à trois mille religieux à la fois. Malachie, sur l'ordre de son directeur, accepta cette donation. Ce monastère qui n'était plus qu'un monceau de cendres, depuis le jour qu'il fut pillé par les Danois, fut reconstruit par notre Saint et ne tarde pas à redevenir une école de science et de piété. Ce qui contribua puissamment à le faire fleurir fat l'exemple admirable de Malachie, corroboré par les nombreux miracles qu'il ne cessait d'opérer.
Sur ces entrefaites, il fut élu, malgré lui, évêque
de Counesth. Il n'avait alors que trente ans. A peine arrivé au milieu de son troupeau, il s'aperçut qu'on l'avait chargé de conduire des animaux sauvages plutôt que des hommes raisonnables. Il ne voyait partout qu'impiété, dissolution de mœurs et débordement effroyable de vices. Que faire au sein d'un peuple si dégradé. Il se mit à parcourir la ville et les villages, à prêcher, à donner des conseils. Peu à peu on l'écouta, on l'aima et on le suivit. On se mit à bâtir des églises et en peu de temps la religion refleurit d'une manière admirable. En moins de deux ans tout le pays fut converti.
Quelque temps après, Gelse, archrevêque d'Armagh, mourut. Avant de rendre le dernier soupir, il avait désigné Malachie pour son successeur. Le clergé et le peuple confirmèrent cette élection. Le Saint seul s'y opposa, disant qu'il n'était pas assez fort pour réprimer des abus enracinés depuis plus de deux cents ans par l'usurpation de certains intrus, qui n'étaient pas même prêtres. Cependant, obligé de céder aux instances des évêques d'Irlande et des grands : « Vous me conduisez à la mort, leur dit-il, mais j'obéis dans l'espérance d'obtenir la couronne du martyre, et à condition que si Dieu permet que j'aie le bonheur de rétablir l'ordre et la paix dans l'Eglise d'Armagh, on me laissera la liberté de retourner à ma première épouse. » Une fois métropolitain de toute l'Irlande, ses jours furent souvent menacés ; mais les plus furieux qui s'apprêtaient pour le tuer, n'étaient pas plus tôt en sa présence qu'ils se sentaient désarmés et convertis. Saint Malachie, après trois ans de travaux incessants, rétablit
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la paix partout, réforma les mœurs de son peuple et rendit à la religion son premier éclat. Il ne pensa plus dès lors qu'à se démettre, comme on en était convenu. Il sacra pour le remplacer un vertueux ecclésiastique nommé Gélase. 11 retourna ensuite à son premier siège qu'il partagea avec un autre prélat. Enfin, étant de passage à Clairvaux, il y mourut, le 2 novembre, dans la quarante-cinquième année de son âge.
Réflexions pratiques.
Quel courage ne fallut-il pas à saint Malacbie pour renoncer aux biens que lui offraient ses ricbes parents ; pour réformer les abtis des peuples barbares qu'il fut cbargé de convertir, et pour braver la fureur des usurpateurs qui attentèrent maintes fois à sa vie ! Il triompha de tout par la ferveur de ses prières et par sa correspondance à la grâce. Nous sommes appelés sans doute à de moins rudes combats. Employons les mêmes armes et nous vaincrons comme lui. Afîermissons-nous par la pensée que Dieu, qui permet que nous ayons à soutenir des luttes, est constamment avec nous, qu'il nous voit, qu'il nous soutient, qu'il nous encourage, qu'il combat pour nous. Ajoutons qu'il a la volonté et la puissance de nous donner la victoire. Enfin, rassurons-nous en pensant que le combat ne dure qu'un instant et que la récompense durera toujours.
Mon Dieu ! qui avez fait surmonter tant d'obstacles à saint Malacbie, soyez toujours avec nous pour nous rendre plus forts que les dangers et nous couronner après le triomphe.
lo4 UN MODÈLE
1° Ferveur dans la prière.
2° Correspondance à la grâce.