II. La nôtre doit être de l'imiter
SAINTE ADÉLAÏDE, Impératrice d'Allemagne
16 décembre,
Adélaïde, fille de Rodolphe II, roi de Bourgogne, vint au monde l'an 931. Elle n'avait que six ans quand elle perdit son père. A l'âge de seize ans elle fut mariée à Lothaire, roi d'Italie. Trois années s'étaient à peine écoulées depuis son mariage, lorsqu'elle perdit son époux, empoisonné par Béranger III, marquis d'Ivrée. Mettant à profit les épreuves que lui envoyait le Seigneur, elle détacha dès lors son cœur des vanités de la vie, et n'eut plus d'autres pensées que la piété et l'éducation de sa fille Emma, devenue reine de France, par son mariage avec Lothaire. L'empoisonneur, profitant de la faiblesse de l'impératrice, veuve à dix-neuf ans, la dépouilla de tous ses États et la fit conduire prisonnière dans le château de Garde à Pavie. Trois semaines après il se fit sacrer roid'Itahe. Adélaïde, après avoir souffert toute
sortes d'outrages et d'indignités dans sa prison, parvint à s*évader secrètement avec une fille qu'on lui avait laissée. Comme elle ne savait où elle allait, à cause de l'obscurité de la nuit, elle tomba dans un étang ; elle y eût péri infailliblement, si le Ciel, qui veillait sur elle, n'eût permis qu'un pêcheur vînt la retirer ainsi que sa compagne. Elles avaient passé dans l'eau un temps assez long; le froid et la faim les avaient extrêmement affaiblies, et elles se trouvaient dans un lieu où elles ne pouvaient pas recevoir beaucoup de soulagement; cependant le pécheur fit tout ce qu'il putfpour les bien traiter. Il alluma un grand feu, qui, en les réchauffant, ranima leurs forces, et fit cuire un poisson qui acheva de les réconforter.
Un ecclésiastique, qui avait constamment veillé sur la princesse, vint l'avertir que l'empereur Othon était indigné des entreprises de Béranger et des outrages qu'il avait osé faire subir à la veuve de Lothaire. Adélaïde se réfugia donc auprès d'Othon. L'empereur la reçut avec bonté, et, à la sollicitation du pape Agapç II, il prit sa défense. Dans le but de la venger de ses ennemis, il leva une armée nombreuse, se rendit maître de Pavie et de plusieurs places. Quelque temps après Othon l'épousa et la fit proclamer impératrice. Ce retour de prospérité ne changea rien dans les sentiments d'Adélaïde ; elle n'usa de sa puissance et de ses richesses que pour répandre des bienfaits sur les malheureux. Othon mourut en 973 après avoir régné onze ans. Restée veuve une seconde fois, Adélaïde s'adonna plus que jamais à la pratique de toutes les vertus et sut trouver dans la
prière assez de force et de courage pour soutenir de nouvelles épreuves. Othon II, son fils, devint l'objet de ses soins les plus chers : Elle ne négligea rien pour son éducation, et le règne de ce prince fut heureux tant qu'il se conduisit par ses conseils ; mais il eut le malheur de se laisser corrompre par la flatterie, il oublia ce qu'il devait à la pieuse mère et la bannit de sa cour. Adélaïde pleura sur les égarements de son fils, et ses larmes furent exaucées ; le fils rappela sa mère et se montra fidèle à ses avis.
Enlevé lui-même à ses sujets à la fleur de l'âge, il laissa l'empire au jeune Othon III, son fils, et la régence à son épouse Théophanie. Celle-ci se déclara l'ennemie d'Adélaïde et l'accabla d'outrages ; mais une mort prématurée vint mettre un terme à ces injustes rigueurs. Adélaïde fut rappelée à la régence, et, placée à la tête d'un grand empire, elle sut se sanctifier et gouverner avec sagesse. Elle partagea son temps entre l'administration des affaires publiques et les exercices religieux, fonda de pieux établissements dans diverses provinces de son empire, et surtout dans la ville de Magdebourg, continua à répandre la foi parmi les infidèles et gouverna avec bonté ; tempérant par la douceur la rigueur des lois. Dans la dernière année de sa vie, elle entreprit un voyage en Bourgogne, pour réconcilier le roi Rodolphe, son neveu, avec ses sujets. Elle mourut pleine de jours et de mérites à Seltz en Alsace, en 999, dans le monastère qu'elle y avait bâti douze ans auparavant. Il se fit à son tombeau plusieurs guérisons miraculeuses.
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Réflexions pratiques.
Si les épreuves, les afflictions et les souffrances, sont le partage de la plupart des hommes, elles le sont d'une manière toute particulière du chrétien qui est le disciple d'un Dieu crucifié. Saint Paul l'affirme d'une manière bien précise : ceux qui sont enrôlés dans le service de Dieu et qui veulent vivre avec piété en Jésus-Christ souffriront persécution. La vie de sainte Adélaïde confirme cette vérité. Mais comment se comporte cette courageuse impératrice, au milieu des traverses et des contradictions de cette vie? Elle endure tout avec patience et résignation. — En notre qualité de chrétiens nous aurons aussi des combats à livrer, des luttes à soutenir, des épreuves à subir. A l'exemple de sainte Adélaïde acceptons avec résignation toutes les peines et toutes les tribulations qu'il plaira à Dieu de nous envoyer et nous obtiendrons la couronne immortelle réservée à celui qui aura généreusement combattu.
^ Plan de méditation,
I. Les épreuves de la vie sont sans proportion avec les biens du Ciel.
II. La gloire et la félicité qui en seront la récompense doivent nous soutenir dans nos peines.
SAINT LAZARE, Premier Évéque de Marseille 17 décembre.
Saint Lazare que Jésus-Christ appelle son ami, et que ce divin Sauveur aimait avec une tendresse connue de tout le monde, naquit dans le bourg de Béthanie, près de Jérusalem. Il était frère de Marthe et de Marie. Sa famille était fort distinguée parmi les Juifs du pays, soit par les grands biens qu'elle possédait, soit par le rang qu'elle tenait dans la province. On ne saurait préciser au juste l'époque à laquelle Lazare eut le bonheur de s'attacher au divin Sauveur. Ce qu'il y a de certain, c'est que cet homme de bien et craignant Dieu devint son disciple dès le jour qu'il eut le bonheur de voir et de connaître le Messie si ardemment désiré, et si longtemps attendu. Marthe, dont la vie était exemplaire, suivit bientôt l'exemple et les conseils de son frère ; et si Marie n'eut pas sitôt part au môme bonheur, elle répara bien cette perte par son amour et sa pénitence dans la suite.
Personne n'exerçait avec plus de dévouement que Lazare les devoirs de l'hospitalité envers celui qui l'honorait de son amitié divine. Le Fils de l'homme n'avait pas une pierre pour reposer sa tête, mais la maison de Lazare s'ouvrait toujours avec bonheur pour le recevoir. Quand il en franchissait le seuil c'était une fête et un transport de joie. Marthe se donnait beaucoup de peine pour que la table, dont elle avait le soin, fût digne du convive divin qui venait y prendre place. Madeleine et son frère recueillaient avec admiration chacune de ses paroles.
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Pendant que Notre-Seigneur annonçait le règne de Dieu dans la Palestine, au-delà du Jourdain, environ quarante jours avant sa passion, Lazare tomba malade. Les deux sœurs, attristées par la gravité du mal de leur frère, envoyèrent au Sauveur un messager chargé de lui dire : Seigneur, celui que vous aimez est malade. Elles ne le supplient point de venir en toute hâte dissiper la maladie et rendre la joie à leur maison. Connaissant l'extrême bonté du divin Maître, elles sont persuadées que dès qu'il saura que celui qu'il aime est malade, son cœur lui dira ce qu'il doit faire. Jésus-Christ répondit au messager de Marthe et de Marie :« Cette maladie n'est pas pour la mort, mais pour la gloire de Dieu, afin que le fils de Dieu soit glorifié par elle. » Cette réponse consola la tristesse des deux sœurs qui n'en comprirent pas tout le sens profond ; mais elles furent bien surprises de voir augmenter la maladie, et de ne point voir paraître ce souverain médecin. En effet, le Sauveur demeura encore deux jours dans le lieu où il était, et ne partit que quand il connut la mort de son ami. Il dit alors à ses disciples : « Retournons en Judée. » Ils lui dirent aussitôt : « Maître, comment osez-vous retourner sitôt dans un pays où il y a si peu de temps qu'on voulait vous lapider? — Notre ami Lazare dort, repartit le Sauveur, je veux aller l'éveiller. » Sur quoi ses disciples, ne comprenant pas sa pensée, lui dirent : « S'il dort, c'est bon signe, il en guérira , » s'imaginant qu'il parlait du sommeil ordinaire si salutaire aux malades ; mais c'était de la mort de Lazare que Jésus l'entendait. Alors, il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je suis bien aise de ne m'y être
pas trouvé avant qu'il mourût, pour avoir occasion de vous affermir dans la foi par le plus grand des miracles dont vous allez être témoins : Allons le voir dans l'état oîi il est. » Il partit donc pour Béthanie, et comme il ne s'y rendit qu'à petites journées, on vint à sa rencontre pour lui dire que Lazare était mort, depuis quatre jours. Dès que Marthe eut appris Tarrivée du Sauveur elle quitta sa sœur et les nombreux visiteurs qui étaient venus pour les consoler. En l'apercevant elle lui dit avec larmes : Seigneur^ si vous eussiez été ici^ mon frère ne serait point mort, — Votre frère résuscitera, lui dit Jésus. — Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour, où se fera la résurection générale, repartit Marthe. — Ignorez-vous que je suis la résurection et la vie? Où est votre foi?» Elle, sans répliquer, courut à la maison avertir sa sœur de l'arrivée du divin Maître. Marie vint en toute hâte se jeter à ses pieds : « Seigneur, lui dit-elle comme Marthe, si vous eussiez été ici, mon cher frère ne serait point mort. » En disant cela elle pleurait, et les Juifs qui l'accompagnaient ne purent retenir leurs larmes.
Ce triste spectacle toucha vivement le Seigneur, et l'émotion de son cœur parut sur son visage. « Où l'avez-vous mis », leur dit-il, voulant par cette demande exciter davantage leur foi et leur espérance. «Venez, Seigneur, répondirent-elles, venez voir où il est enterré. » A ces paroles le Sauveur ne pul retenir ses larmes, ce qui fit dire aux Juifs : « Voyez comme il aimait Lazare! » Jésus arrivé au tombeau ordonne que la pierre soit enlevée. La foule silencieuse contemplant l'ouvrage de la mort est repoussée par l'in-
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feclion qui s'exhale du cadavre. Le divin Sauveur levant alors les yeux au ciel : « Mon père, dit-il, je vous rends grâces de m'avoir écouté comme votre véritable fils. Moi, je sais que vous m'écoutez toujours en tout. Je ne parle ainsi que pour l'instruction du peuple qui m'environne, afin que tous ceux qui sont ici croient que c'est vous qui m'avez envoyé. » Après ces paroles, il élève la voix et s'écrie : «Lazare, sortez du tombeau. » Et le mort se lève plein de vie. — Le bruit de ce prodige se répandit bientôt dans Jérusalem et dans toute la Judée. Ce miracle fit d'autant plus d'éclat, que Lazare était homme de considération et fort connu dans toute la province. Sa mort avait fait beaucoup de bruit, sa résurection en fit davantage encore ; on accourait de tous côtés pour voir cette preuve vivante de la venue du Messie : on parlait avec admiration de Jésus et tout le monde croyait en lui. Les princes des prêtres en conçurent tant de rage qu'ils résolurent de se débarrasser de Lazare et de celui qui l'avait ressuscité. Le Sauveur mourut sur une croix; mais Lazare après la Pentecôte,'rempli des dons du Saint-Esprit, devint comme les autres disciples un des prédicateurs de son Évangile. Les Juifs, pour se débarrasser de ce témoin trop manifestede la gloire du Sauveur, lelivrèrentavecses sœurs et plusieurs autres disciples aux hasards de la mer, sur un vaisseau sans gouvernail, que la Providence dirigea au sein des flots et fit aborder à Marseille. Il était destiné à être l'apôtre de cette grande ville, la plus célèbre des Gaules.
Lazare annonça pendant trente ans les vérités saintes au troupeau chéri qui lui fut confié. L'exem-