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II. Ses triomphes à sa mort

SAINTE LÉOCADIE, Vierge ht Martyre

14 décembre.

De toutes les nombreuses héroïnes d'Espagne qui ont versé leur sang pour la foi, on peut affirmer que sainte Léocadie est une des plus célèbres. Elle était de Tolède, et d'une des plus anciennes et des plus nobles familles du pays. Celte généreuse vierge vint au monde vers la fin du troisième siècle. Comme ses

parents étaient chrétiens, elle fut élevée avec soin dans les principes et les maximes de la vraie foi. Le naturel et les inclinations de la jeune Léocadie abrégèrent beaucoup les leçons de son éducation. Prévenue dès le berceau des plus douces impressions de la grâce, elle fît des progrès très rapides dans la piété, et de bonne heure on lui vit pratiquer toutes les vertus chrétiennes. On la regardait dans Tolède comme un prodige d'esprit et de sainteté, et les païens eux-mêmes disaient qu'elle était la fille la plus accomplie qu'il y eût en Espagne.

Léocadie vivait en vraie religieuse dans sa maison, lorsque Dacien, chargé du gouvernement de l'Espagne, vint dans la province de Tolède en qualité de ministre de la persécution de Dioclétien et de Maximien, pour y abolir le culte du vrai Dieu. On ne vit peut-être jamais de tyran plus cruel, plus barbare ni plus ennemi du nom chrétien. Dès son arrivée il fit publier les édits des empereurs contre tous ceux qui faisaient profession de la religion chrétienne. Il commanda qu'on fît une perquisition exacte de tous les chrétiens et qu'on lui en dressât la liste. L'ordre fut exécuté, Léocadie était trop connue, même des païens, pour ne pas figurer à la tête de la liste. Le gouverneur demanda quelle était cette fille qui faisait profession d'une religion proscrite par les empereurs. On lui répondit que c'était une jeune chrétienne remarquable par sa condition, par ses nombreuses qualités, par la pureté de ses mœurs et sa haute vertu, et que son exemple était funeste à la religion de l'empire. Dacien se la fit amener, et essaya de la gagner par de douces et flatteuses pa-

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rôles. « Je me suis informé de la noblesse de votre naissance, lui dit-il, du mérite de vos aïeux et de vos éminentes qualités. Je m'aperçois que tout le bien qu'on m'a dit de vous est au-dessous de la vérité. Je ferai connaître aux princes le trésor caché dans Tolède, et vous devez vous attendre à être bientôt appelée à la Cour, où vous brillerez, et où vous ne manquerez de trouver un parti digne de vous. Sans doute que ceux qui vous ont déférée à mon tribunal sont des ennemis et d'injustes calomniateurs. Vous avez trop -d'esprit et vous êtes trop sage pour vous être laissé entraîner dans une secte qui est abhorrée de tous les honnêtes gens et proscrite dans tout l'empire.»

Léocadie écoutait en silence ce langage flatteur. Elle ne prit la parole que lorsque Dacien eut cessé de parler. « Seigneur, dit-elle aussitôt, d'un ton ferme et assuré, je vous suis très obligée des sentiments avantageux que vous avez de moi, et de l'honneur que vous faites à ma famille ; mais permettez-moi de vous dire que je suis péniblement affectée de la prévention désavantageuse que vous avez contre [les chrétiens et du mépris que vous faites de leur admirable religion. Il n*y a que ceux qui ne la connaissent point qui ne l'estiment pas. Elle seule donne une véritable idée de la grandeur et de la toute-puissance du vrai Dieu qu'on ne saurait servir sans se couvrir de gloire et d'honneur. Quant à ce que vous appelez les dieux de l'empire, ce ne sont que des êtres chimériques et fabuleux qu'une personne raisonnable et sage ne saurait adorer. Pourmoi, ajoutât-elle, je ne reconnaîtrai jamais d'autre Dieu que le

créateur du ciel et de la terre, et toujours je mettrai ma gloire à être chrétienne. » La Sainte disait cela avec tant de fermeté, de modestie et de grâce que toute l'assistance semblait l'applaudir, et Dacien lui-môme parut ébranlé par une hardiesse si noble et si bien fondée. Mais, réfléchissant a»ussitôt aux conséquences funestes qu'une tendre commisération pour cette généreuse fille pourrait produire dans tout l'empire, toute son admiration se changea en fureur et regardant la Sainte avec des yeux foudroyants : « Allez, vile esclave, lui dit-il, vous êtes indigne de la famille d'où vous êtes issue. » Puis, s'adressant aux bourreaux qui l'accompagnaient constamment, il leur commanda de la briser à coups de bâton. La sentence fut exécutée avec une cruauté inouïe, et durant son supplice la Sainte ne poussa point le moindre soupir et ne répandit pas une seule larme. Le tyran,ne voulant pas la faire expirer sous les coups, la fit conduire en prison. Léocadie ne cessait de remercier humblement Dieu de ce qu'il lui avait fourni l'occasion de verser son sang pour Jésus-Christ. Puis voyant les chrétiens qui fondaient en larmes à cause de son triste état : « Allons, leur dit-elle, avec un visage riant, soldats du Christ, félicitez-moi d'avoir été jugée digne de soutîrir pour le nom de Jésus. » Elle languit longtemps dans une obscure prison. Mais enfin ayant appris les cruautés atroces que Dacien avait exercées envers la vierge Eulalie et un grand nombre de chrétiens, elle pria instamment le Seigneur de la retirer de cette terre d'exil où la religion était si indignement persécutée Sa prière fut exaucée ; car pendant que ses lèvres étaient collées sur

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une croix, son âme s'éleva pure et sans tache vers le Ciel. Les restes de Léocadie furent ensevelis par les chrétiens dans un faubourg de Tolède. Plus tard, trois églises, qui existent encore, furent consacrées dans cette ville sous son invocation : l'une dans le lieu où elle est née ; une autre où était sa prison ; et une troisième où est son tombeau

On assure que saint Ildefonse, archevêque de Tolède, priant Dieu devant le tombeau de cette Sainte, en présence du roi Réceswinthe et d'une grande foule de peuple, la pierre tumulaire, quoique d'une énorme grosseur, se leva d'elle-même et que sainte Léocadie sortant du tombeau, couverte d'un voile, félicita le vertueux prélat de sa grande dévotion envers la très Sainte Vierge, et de ce qu'il avait fait pour défendre sa gloire contre ses ennemis. Après l'avoir encouragé à continuer d'honorer et de faire honorer notre commune reine, Léocadie rentra dans son tombeau laissanttous les assistants saisis d'une respectUjeuse admiration.

Réflexions pratiques»

Sainte Léocadie pouvait briller avcc éclat dans le monde et se procurer toutes les satisfactions possibles; mais elle avait appris que hors du service de Dieu il n*y a que vanité et affliction d'esprit. Aussi à peine a-t-elle embrassé la loi du divin Maître, qu'elle ne veut d'autre époux, d'autre bien que lui-même, d'autre vie que la sienne. Et parce que la vie de Jésus et de sa divine Mère n'ont été qu'un martyre continuel, toute son ambition est de partager le calice de l'Homme et de la mère des douleurs. Ses vœux ne

devaient pas tarder à être exaucés. Arrôlée comme chrétienne elle endure pour Jésus-Christ les tourments les plus affreux sans exhaler la moindre plainte. Félicitez-moi d'avoir été jugé digne de souffrir pour le nom du divin Maître, disait-elle aux chrétiens qui l'accompagnaient en pleurant au lieu de son supplice. Quel héroïsme et quel contraste entre la vie de sainte Léocadie et la nôtre! L'illustre martyre n'a qu'une seule ambition, celle démarcher sur les traces de divin Maître et de souffrir pour lui. — Et nous, lâches chrétiens, nous ne tenons qu'à la vie présente, nous ne rêvons que plaisirs, divertissements et jouissances. En face de ce rapprochement pourrait-on croire que nous avons la même religion et que nous suivons le même Évangile î Apprenons de sainte Léocadie la noble science des souffrances et de la mort afin d'être plus tôt et plus sûrement en possession du souverain bonheur.

Plan de méditation.

I. L'amour divin est un amour : i" de reconnaissance ; 2° d'attachement ; 3° de fidélité ; 4'' d'ineffable union.

II. Sainte Léocadie a possédé cet amour au plus haut degré de perfection.

SAINT EUSÈBE, Évéque et Martyr

15 décembre.

Saint Eusèbe naquit en Sardaigne de parents nobles. Son père mourut en prison pour la cause de

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Jésus-Christ, peu de temps après la naissance de son cher fils, et sa mère, devenue veuve, craignant pour la vie de ses enfants, se retira à Rome avec Eusèbe et sa sœur. Eusèbe fut élevé à Rome sous les yeux de sa mère, et fit dans les sciences et les lettres de rapides progrès. Appuyé par ses maîtres auprès du pape Sylvestre, il fut ordonné lecteur. Envoyé peu de temps après à Verceil, il se fit bientôt remarquer par son savoir et sa vertu. Sa réputation devint en peu de temps si grande, que le siège épiscopal étant devenu vacant, il fut élu à l'unanimité pour le remplir. Convaincu que le premier devoir d'un évêque est de former un clergé vertueux et instruit, il crut que le moyen le plus efficace d'y réussir était d'unir la vie monastique |à la vie cléricale, et il fut le premier qui donna cet exemple à l'Occident. Renfermé dans la ville avec son clergé, il imitait la régularité des moines du désert, passant les jours et les nuits, dans les jeûnes, dans l'étude, dans le travail des mainSft dans la lecture et la prière. La continuelle occupation de ces saints hommes était de louer Dieu, et leur unique désir de se rendre le Ciel favorable. Plusieurs Églises voulurent être gouvernées par ses disciples, et l'on vit sortir de son clergé un grand nombre de prélats, aussi recommandables par leurs vertus que par leurs lumières.

Pasteur plein de zèle, Eusèbe ne négligeait rien de ce qui pouvait contribuer à l'instruction des fidèles, et il tâchait d'inspirer à tous les maximes de l'Évangile. En peu de temps la ville de Verceil eut changé d'aspect. Les pécheurs, convaincus par la force de h vérité que le saint évêque annonçait, s'emprc?- IV. 20

saient de quitter leurs désordres, et s'excitaient les uns les autres à la ferveur dans le service de Dieu. Mais il eût manqué quelque chose à sa sainteté, si elle n'eût été éprouvée par le feu des persécutions. En ce temps, l'hérésie d'Arius, soutenue par la protection de l'empereur Constance, menaçait d'envahir les provinces d'Occident. Eusèbe les attaqua avec vigueur, et sa foi invincible procura une grande consolation au pape Libère. Ce pontife, reconnaissant dans l'évêque de Verceil un homme animé de l'esprit de Dieu, lui ordonna de se rendre avec ses légats auprès de l'empereur pour plaider la cause de la foi. Le Saint alla, en effet, avec les envoyés du pape à la cour de Constance, et à force de zèle, il en obtint tout ce qu'on se proposait dans cette légation, savoir, la célébration d'un concile. — Ce concile fut réuni à Milan l'année suivante, l'empereur se joignit aux légats pour presser Eusèbe d'assister à cette assemblée, où l'on désirait vivement de le voir. Lorsqu'il fut arrivé à Milan, les ariens, qui le craignaient, l'empêchèrent pendant dix jours d'assister au concile. A la fin, il y fut admis ; et comme il connut que plusieurs membres du concile étaient hérétiques, il présenta d'abord le symbole de Nicée et demanda que tous les évêques le souscrivissent avant de rien entreprendre. Les ariens furieux refusèrent en termes pleins de colère. Eusèbe, à son tour, déclara qu*il ne souscrirait jamais à la condamnation de saint Athanase. Bien plus, voyant qu'on avait abusé artificieusement de la simplicité de l'évêque Denis , pour lui extorquer sa signature, il la lui fit révoquer. Cela irrita considérablement les hérétiques, qui Tac-

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câblèrent de mauvais traitements, et le firent condamner à l'exil. Il fut déporté successivement en Capadoce et dans la Haute-Thébaïde. Les outrages et les mauvais traitements dont on ne cessa de l'accabler furent impuissants à ébranler sa constance. Il demeura ainsi exilé jusqu'à la mort de l'empereur. Après la mort de Constance, Eusèbe parcourut l'Orient pour confirmer dans la foi ceux qui étaient chancelants; et ramena à la saine doctrine ceux qui s'étaient égarés. Son retour en Italie causa une joie universelle. Enfin, il termina à Yerceil sa vie laborieuse et pleine de mérites par une sainte mort, vers l'an 370.

Réflexions pratiques.

Saint Eusèbe de Yerceil est un de ces généreux défenseurs de la foi orthodoxe qui n'ont jamais reculé devant aucun sacrifice pour faire triompher la vérité de l'erreur. Il a combattu les Ariens avec un zèle extraordinaire dans un moment où cette hérésie exerçajt des ravages affreux dans le sein de l'Église. Il a défendu la vérité avec une intrépidité 'et une indépendance extraordinaire sous les yeux d'un empereur arien et au milieu d'une multitude d'évêques livrés à l'erreur. Par son profond savoir et sa piété exemplaire il a fait triompher l'Église de ses fiers et redoutables ennemis. L'exil, loin de ralentir son zèle, n'a fait que le rendre plus actif, la prison et les mauvais traitements, au lieu de ternir Téclat de sa sainteté, n'ont fait que le rendre plus éblouissante. C'est ainsi que Dieu fait toujours triompher le bien du mal.

A l'exemple de saint Eusèbe, ne reculons jamais devant le devoir. Remplissons-le toujours coûte que coûte. Prenons comme lui la défense de la vérité et nous nous couvrirons de gloire «t de mérites aux yeux de Dieu.

Plan de méditation,

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