‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 5 sur 68 · SAINT PLACIDE ET SES COMPAGNONS · texte numérisé non relu

SAINT PLACIDE ET SES COMPAGNONS

3 octobre.

Saint Placide, fils d'un illustre et noble sénateur romain, fut offert à Dieu dès son enfance et confié dès l'âge de sept ans à saint Benoît, qui faisait alors l'admiration de toute l'Italie. Sous la conduite d'un tel maître, cette âme candide fît de rapides progrès dans la vertu. Né avec d'beureuses dispositions, jamais novice ne fut plus pieux, plus humble, plus obéissant. Quoique d'une santé faible et d'une complexion délicate. Placide donna l'exemple d'une austérité presque sans bornes. Son jeûne était continuel; sa nourriture se composait d'un peu de lait, d'eau et de racines; il ne mangeait de pain que le dimanche, le mardi et le jeudi; pendant le carême il passa des jours entiers sans prendre absolument rien. Saint Grégoire rapporte que dans les premiers temps que le jeune Placide était dans le monastère, on l'envoya puiser de l'eau dans un lac peu éloigné de la maison. Or, l'enfant se laissa tomber avec sa

i2 UN MODELE

cruche et fut emporté par les flots. Saint Benoît, renfermé dans sa cellule, connut ce fâcheux accident par révélation et, appelant aussitôt Maur, son disciple, il lui dit : « Courez vite, mon frère, l'enfant est tombé dans l'eau. » En parlant ainsi, il bénit le messager qui prit sa course, arriva au bord du lac, et, sans s'apercevoir qu'il n'était plus sur la terre ferme, continua d'avancer sur l'onde qui le portait. Il atteignit l'enfant, le prit par les cheveux et le ramena au rivage. L'enfant reconnaissant s'attacha plus que jamais à suivre les leçons et les exemples du saint patriarche. Il voulait être de tous les exercices de la religion et pratiquer toutes les pénitences. On ne pouvait voir sans admiration un jeune enfant le premier au chœur pour chanter nuit et jour les louanges du Seigneur. Jamais novice ne fut plus pieux et plus fervent que lui. Aussi avait-il toutes les affections du saint abbé et en fit-il son compagnon ordinaire et le témoin de ses miracles.

A l'âge de vingt-six ans, Placide fut envoyé par saint Benoît en Sicile, avec ordre de fonder, près du port de Messine, un monastère et une église en l'honneur de saint Jean-Baptiste. Celte maison, dirigée par le digne disciple de saint Benoît, devint bientôt semblable à celle du mont Cassin ; elle se peupla rapidement et devint une pépinière d'âmes parfaites. Sa douceur inaltérable et sa charité sans bornes lui gagnèrent tous les cœurs. Tout florissait dans le monastère de Saint-Jean-Baptiste, quand des pirates païens, venus des côtes d'Afrique, fondirent sur cette maison de Dieu et égorgèrent Placide avec tous ses religieux, au nombre de trente-trois, le

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o octobre 541. Deux de ses frères et une de ses sœurs qui étaient venus lui rendre visite subirent le même sort.

Réflexions pratiques.

Le caractère particulier de saint Placide est la joie de l'esprit et l'allégresse avec laquelle il se portait au service de Dieu et au salut du prochain. Il ne la perdit jamais, ni dans les travaux et les difficultés de la vie religieuse, qu'il embrassa dès son jeune âge sous la conduite de saint Benoît, ni dans les contradictions et dans les fâcheuses rencontres qu'il supportait avec une si grande douceur et un si grand empire sur ses passions, qu'il ne se mit jamais en colère. Bien plus, dans les tourments inouïs qu'il eut à souffrir en Afrique, il ne cessa de chanter avec une joie et une allégresse extraordinaires les louanges de Dieu.

Admirons sa vertu, et tâchons, à son exemple, de ne perdre jamais la joie du cœur, ni la paix de l'âme. Si la colère ou la tristesse nous attaque, ne nous laissons pas dominer; demeurons calmes; ne quittons point notre place. Notre place, c'est la sagesse; notre place, c'est la raison; notre place, c'est la patience, c'est la mortification ; tenons-nous là et nous serons victorieux.

Plan de méditation.

Saint Placide a été martyr toute sa vie : 1° par la séparation volontaire avec son père, sa mère et ses frères ; 2° par le renoncement aux richesses, aux honneurs; 3° par ses austérités; 4'' par les supplices enfin auxquels il fut condamné.

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE, Instituteur DES Frères Mineurs

4 octobre.

Saint François, l'un des plus grands et des plus admirables saints de l'Église, vint au monde à Assise, ville d'Ombrie, en Italie. Cet enfant extraordinaire naquit dans une étable, ainsi qu'un pèlerin inconnu l'avait annoncé à sa mère, et il portait une croix gravée sur l'épaule. Il reçut au baptême le nom de Jean ; mais il fut ensuite appelé François parce qu'il avait appris en peu de temps et qu'il parlait parfaitement la langue française. Son père et sa mère étaient de riches marchands. Le soin de leurs affaires commerciales leur fit négliger l'éducation de leurs enfants. Le jeune François fut néanmoins élevé très délicatement et confié pendant quelque temps à des ecclésiastiques de la paroisse de Saint-Georges. Après qu'il eut acquis quelques connaissances des lettres, il suivit l'exemple de son frère et se livra au commerce pendant quelque temps. François montra d'abord un grand attrait pour les plaisirs et un vif désir des richesses; il ne se laissa pourtant pas entraîner trop loin. Il s'était fait un devoir de donner l'aumône à tout pauvre qui la lui demanderait pour l'amour de Dieu. Un jour qu'il était fort occupé il en renvoya un sans rien lui donner; mais s'étant aussitôt reproché son manque de charité, il courut après le malheureux qu'il avait refusé et répara sa faute. 11 s'engagea dès lors, par vœu, à donner l'au-

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mône à tous ceux qui lui tendraient la main, et il l'accomplit fidèlement jusqu'à sa mort.

Sa charité, jointe à une grande douceur et à une gracieuse affabilité, le faisait aimer de tous ceux qui le connaissaient. Un jour ayant rencontré un homme presque nu, il se dépouilla d'un habit tout neuf qu'il venait de mettre et le donna à ce pauvre. L'an 1203, la guerre s'étant allumée en Italie, François voulut prendre le parti des armes, mais il crut entendre une voix qui lui disait : a François, lequel vaut-il mieux suivre : le maître ou le serviteur? Le riche ou le pauvre ? » Il répondit qu'il valait mieux s'attacher au service du maître et du riche, parce qu'ils étaient plus en état de nous faire du bien ; et il lui fut répondu : « Pourquoi donc refusez-vous le service de Dieu pour celui des hommes? « Aussitôt il dit comme saint Paul : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse? » Dieu lui ordonna de retourner à Assise, et il partit immédiatement pour s'y rendre. Dès lors il s'adonna à l'oraison, conçut un vif mépris pour toutes les choses de la terre et résolut de les quitter pour rechercher le trésor caché de l'Évangile. Pénétré du vif désir de la perfection, il s'étudia à se vaincre lui-même pour être plus propre à recevoir la grâce de Dieu. Ayant un jour rencontré un lép-reux qui s'approchait de lui, il recula d'horreur, mais revenant aussitôt à lui-même, il embrassa ce malheureux et lui fit l'aumône.

François ne se plaisait plus que dans la solitude, et il demandait sans cesse à Dieu de lui faire connaître sa volonté. Un jour qu'il était en prières, il lui sembla voir Jésus-Christ attaché à la croix. Cette

vision fit sur lui une impression si vive qu*il ne pouvait plus retenir ses larmes lorsqu'il pensait aux souffrances du Sauveur, et depuis ce moment il parât singulièrement animé de l'esprit de ferveur, de pauvreté et de charité. Dans un pèlerinage qu'il fit à Rome, il trouva un grand nombre de pauvres à la porte de l'église de Saint-Pierre; il donna ses vêlements à celui qui paraissait le plus malheureux et se couvrit ensuite de ses haillons, restant tout le jour dans la compagnie des mendiants. François, jusque-là, aimait la richesse et l'élégance dans les vêtements. La victoire qu'il venait de remporter éteignit cette double passion. Il ne chercha plus, depuis, qu'à vivre pauvre et humilié. Gomme le Saint donnait tout ce qu'il avait aux pauvres et aux églises, son père, mécontent de cette sainte prodigalité, le conduisit devant l'évêque d'Assise, pour exiger une renonciation à tous ses biens. François, se dépouillant même de ses habits, abandonna tout à son père en disant qu'il pourrait désormais dire avec bien plus de raison : «Notre Père qui êtes aux Cieux. » L'évêque le voyant ainsi dépouillé fut attendri; il l'embrassa avec tendresse, et le couvrit d'un vieux manteau d'un paysan, domestique de Tévêché. Au sortir du palais épiscopal, François alla chercher au loin une solitude, chantant, le long du chemin, les louanges de Dieu. Étant entré dans un bois, il fut rencontré par une bande de voleurs qui lui demandèrent qui il était, a Je suis, répondit-il, le héraut du grand Roi. » Cette réponse les irrita, ils le battirent et le jetèrent dans une fosse pleine de neige. 11 se réjouit d'un tel traitement et continua déchanter

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les louanges dii Seigneur. Dans sa route il fut reconnu par un de ses anciens amis qui le mena chez lui et l'obligea de recevoir une tunique pour mettre sous son manteau.

Se croyant appelé à travailler aux réparations de l'église de Saint-Damien, il se mit à recueillir des aumônes ; dans ce but il vint quêter jusque dans la ville d'Assise, oîi il avait joui autrefois d'une fortune considérable, et où il essuya toutes sortes d'insultes de la part de ses parents et de ses anciens amis. Tout le monde fut si édifié de son humilité et de sa patience qu'on lui donna de quoi rebâtir avec l'église de Saint-Damien une ancienne église de Saint-Pierre. François se retira ensuite auprès d'une église qui appartenait à une abbaye de bénédictins, et que ses religieux appelaient Portioncule parce qu'elle était sur une petite portion de terre de leur dépendance. Elle était environ à un mille d'Assise et dédiée à Notre-Dame des Anges. On l'avait abandonnée parce qu'elle tombait en ruines. Cette masure et cette solitude plurent à François ; il y fit sa demeure. Après avoir réparé cette église, il allait souvent y prier, et il y reçut plusieurs faveurs célestes.

Deux ans après, en entendant un jour la messe, il fut extrêmement frappé de ces paroles : ^e portez ni or^ ni argent^ ni provisions pour le voyage, ni deux vêtements, ni souliers, ni bâton. François, éclairé d'une lumière surnaturelle, prit pour lui ces paroles, et en fit le fondement de la règle qu'il voulait établir. Aussitôt il ôta ses souliers, renonça pour toujours à l'or et à l'argent, et quitta sa ceinture de cuir, ne gardant que sa tunique qu'il ceint d'une corde. S'étant

mis dans l'état que demandait le Sauveur pour la prédication de son Évangile, il alla prêcher hardiment la pénitence et opéra dès le commencement d'admirables conversions. Quelques-uns de ceux que Dieu toucha par ses discours voulurent le suivre et s'attacher à lui pour l'imiter plus parfaitement. Le nombre de ses disciples s'accrut bientôt jusqu'à sept, puis jusqu'à douze. Il résolut d'en former une société pour aller prêcher la pénitence. Ayant écrit une règle, il alla à Rome pour la faire approuver par le souverain pontife Innocent III. Le pape lui dit : (( Priez Dieu, mon fils, qu'il nous éclaire, afin que nous puissions acquiescer à vos désirs lorsqu'il aura fait connaître sa volonté. » Dès la nuit suivante, le souverain pontife vit en songe ce pauvre qu'il avait accueilli froidement la veille, soutenant l'église de Latran, qui lui paraissait prête à tomber. A son réveil il fit chercher François, et après l'avoir interrogé, il découvrit sous cet air de simplicité un des plus grands saints de l'Église. Il l'embrassa, l'encouragea pour suivre son œuvre, approuva sa règle et l'établit général de son Ordre, en lui donnant plein pouvoir de prêcher partout la pénitedce. L'amour de François pour cette vertu qu'il devait annoncer était extraordinaire. La terre nue lui servait de ht ; il dormait assis, et la tête appuyée sur un morceau de bois ou sur une pierre. Ce qu'il mangeait était rarement cuit. Il ne buvait que de l'eau et faisait huit carêmes chaque année. Sa dévotion pour la Sainte Vierge était si grande qu'il jeûnait en son honneur, depuis la fête de saint Pierre jusques à l'Assomption. Le zèle du salut des âmes et le désir du martyre

lui inspirèrent la pensée d'aller prêcher l'Évangile aux mahométans. Il partit pour l'Egypte. A peine arrivé dans cette contrée, il fut arrêté et mené au sultan qui lui demanda quel motif l'amenait au milieu d'eux. « Je viens de la part du Dieu|tout-puissant, pour annoncer l'Évangile de la vérité et pour vous montrer la voie du salut, à vous et à tout votre peuple. » Il lui exposa ensuite les premiers principes de la religion avec une force et une clarté qui excitèrent l'admiration du sultan, et il lui proposa de lui prouver sa foi en Jésus-Christ par le feu. « Faites allumer un bûcher, dit-il, ordonnez à vos prêtres d'y entrer avec moi. Un miracle vous montrera quelle est la vraie religion. » Le sultan répondit qu'il ne croyait pas qu'aucun des prêtres de Mahomet voulût accepter une telle proposition. « Eh bien, ajouta François, j'entrerai seul dans les flammes, à condition que vous vous ferez chrétien si les flammes me respectent et perdent pour moi leur activité. » Le sultan refusa et, comme il était ébloui de son courage, il lui offrit une grosse somme d'argent que le Saint refusa.

Le nouvel Ordre acquérait chaque jour plus àe célébrité. Ceux qui le composaient étaient connus sous le nom de Frères Mineurs. En moins de trois ans le Saint comptait déjà soixante maisons oii l'on suivait son institut.

Ayant reçu d'un comte une agréable solitude sur le mont Alverno, François s'y retirait souvent. Il y reçut plusieurs grâces extraordinaires. Les historiens de sa vie rapportent qu'on le vit souvent élevé de terre dans la prière. Ce fut là aussi qu'il mérita, par

son humilité et par son ardent amour pour Jésus- Christ, de recevoir sur son corps l'impression des cinq plaies de Notre-Seigneur. Depuis cette faveur, qui fit donner à notre Saint le nom de Séraphique, parce qu'il l'avait reçue par le ministère d'un Séraphin, sa vie ne fut plus qu'un martyre continuel.

La première fois qu'il visita le mont Alverno, il se vit environné d'une multitude d'oiseaux qui vinrent se placer sur sa tête, sur ses épaules, sur sa poitrine et dans ses mains, battant des ailes pour témoigner le plaisir que leur causait l'arrivée de leur ami. Se tournant vers un religieux qui l'accompagnait : « Je vois bien qu'il faut rester ici, puisque mes petits frères, les oiseaux, se réjouissent tant de ma présence. )) Un jour, allant prendre son repas avec ce même religieux, il se sentit ravi de joie au chant d'un rossignol. Il pria le religieux de chanter alternativement les louanges de Dieu avec ce chantre harmonieux ; et comme il s'excusait sur sa mauvaise voix, le Saint se mit à répondre au rossignol et continua jusqu'au soir, où il fut obligé de cesser, avouant que le petit oiseau l'avait vaincu. Il le fît venir sur sa main, le loua d'avoir si bien chanté, lui donna à manger, et ce ne fut que par son ordre et après avoir reçu sa bénédiction que le rossignol s'envola.

Cheminant à travers les marais de Venise, il entendit une grande quantité d'oiseaux qui chantaient sur les joncs et les arbrisseaux, il dit à son compagnon : « Nos frères les oiseaux louent le Créateur, allons aussi parmi eux chanter notre office. » Les oiseaux au lieu de s'en aller se mirent à chanter si fort qu'il était impossible de s'entendre. Le Saint

leur dit : « Mes frères, taisez-vous jusqu'à ce que nous ayons terminé notre office. » Et les oiseaux obéirent sur-le-champ.

Dans les environs de la ville d'Eugubio, un loup était la terreur du pays et ravageait le territoire. Les citoyens armés n'avaient pu s'en débarrasser. Le Saint seul et sans armes va à sa recherche. Quand il l'eut rencontré il lui parla en ces termes : a Frère loup, tu es la terreur de la contrée par les ravages affreux que tu exerces chaque jour. Gomme c'est la faim qui te rend méchant, je veux que tu promettes de ne plus faire de mal si l'on te nourrit. » Le loup en signe de consentement, inclina profondément la tête. « Donne-moi un gage de ta parole, » reprit le saint homme, en lui tendant la main. Le loup leva familièrement la patte et la posa dans la main de son ami et il le suivit dans la ville. Pendant deux ans cet animal venait paisiblement demander sa nourriture chaque jour, et chacun se faisait un plaisir de la lui donner.

Saint François mourut à Assise, l'an 1226, âgé de quarante-cinq ans.

Réflexions pratiques.

Au moment de son trépas, saint François apparut à l'évêque d'Assise, et lui dit : « J'ai laissé le monde, et je m'en vais a i Ciel. » Oui, ce grand patriarche séraphique avait laissé le monde dont il avait méprisé les richesses, les honneurs et les plaisirs. Il n'avait aimé que l'humilité et la croix de Jésus- Christ. Yoilà pourquoi il pouvait dire avec assurance : Je m en vais au Ciel. A son exemple, laissons le

monde et toutes ses folies ; tournons notre cœur et notre esprit vers le Ciel pour en faire la conquête par nos vertus et nos bonnes œuvres, et nous pourrons aussi dire à l'article de notre mort : J'ai échangé les bagatelles de la terre pour les biens réels du Ciel. 0 enfants des Saints ! laissons aux sages du siècle les délices de la chair et la gloire humaine; n'aspirons qu'aux biens solides de l'éternité.

Plan de méditation.

Saint François a triomphé :

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