‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 6 sur 68 · I. De la cupidité, par le renoncement aux richesses · texte numérisé non relu

I. De la cupidité, par le renoncement aux richesses

IL De la volupté, par la mortification et la pénitence.

III. Du vice et de l'iniquité, par la conquête laborieuse d'un incomparable trésor de vertus.

SAINT APPOLINAIRE

5 octobre.

Saint Appolinaire, évêque de Valence, en Dauphiné, naquit en Auvergne d'une famille sénatorienne de Rome. Distingués par la noblesse du sang, ses parents l'étaient plus encore par les vertus qui ennobUssaient leur âme. Sans parler de son père, saint Isique qui, de sénateur devint un évêque, puis un saint, sa mère, la bienheureuse Audence, se distinguait par toutes les qualités d'une femme accomplie. Sachant combien les premières impressions sont du-

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rables, elle eut soin d'inspirer la piété à ses enfants presque dès le berceau. Elle laissa aux maîtres le scinde former leur esprit dans les lettres humaines, réservant pour elle celui de former leur cœur à la vertu. Aussi Appolinaire, enfant docile, répondait par ses progrès dans les lettres et dans la vertu à l'assiduité de ses maîtres et à la vigilance de sa pieuse mère. Sa douceur lui gagnait tous les cœurs. Ce n'était qu'un enfant et il avait la sagesse des vieillards, la pureté d'un ange et l'humilité des Saints. '

Dans cet âge tendre il aimait l'oraison ; il avait du goût pour le silence, et le recueillement était son attrait. 11 méditait avec plaisir la loi du Seigneur, mangeait peu, se mortifiait beaucoup et la présence de Dieu l'occupait tout entier. Les commencements promettaient d'heureuses suites et les suites répondirent aux commencements. A mesure qu'il croissait en âge, il recevait aussi de Dieu de plus vives lumières. Celle-ci eut une si forte impression sur son cœur qu'il résolut enfin de quitter le monde. Divers auteurs pensent que saint Appolinaire fut élevé dans le monastère de Lérins, mais ce sentiment n'est point à l'abri de toute contestation. Ce qu'il y a de sûr, c'est que saint Mamer, évêque de Vienne, sous la conduite duquel saint Appolinaire avait été formé aux sciences et à la vertu, l'admit dans son clergé et lui conféra les ordres sacrés. L'Église de Valence, en Dauphiné, se trouvant sans pasteur par la condamnation de Maxime, on en confia le gouvernement à saint Appolinaire qui fut sacré vers l'an 480. Il s'appliqua d'abord à réformer les abus que la vie déréglée de son prédécesseur avait introduits.

L'histoire ne nous a pas laissé le détail de ses actions, mais les éloges que lui décernent les anciens auteurs, ne permettent pas de douter qu'il n'ait eu toutes les vertus qui caractérisent les saints évoques. Ses travaux apostoliques furent interrompus par diverses maladies. Celle dont il fut atteint à Lyon vers Tan 510 fut longue et dangereuse. Son zèle lui attira des ennemis et le fit exiler. Voici quelle fut la cause de cette disgrâce qui ne servit qu'à sa sanctification. Etienne, trésorier des finances de Gondebaud et de Sigismond, rois de Bourgogne, avait contracté un mariage incestueux avec la sœur de sa femme qui était morte. Les évêques des provinces de Lyon et de Vienne s'assemblèrent dans cette dernière ville pour faire cesser le scandale. Le coupable fut excommunié et condamné à la pénitence prescrite par les canons en pareil cas, mais il refusa de se soumettre au jugement du concile. La Cour étant toute arienne, le trésorier des financesy trouva des protecteurs puissants. On s'éleva contre le concile et les évêques qui l'avaient composé furent exilés. Tous souffrirent cette peine avec une grande constance et rien ne fut capable de les ébranler. On fit d'inutiles efforts pour gagner Appolinaire qui était un des principaux d'entre eux ; il déclara ouvertement qu'il ne recevrait Etienne à la communion que quand il aurait expié son crime par la pénitence. Sa vertu l'ayant fait triompher de ses ennemis, il revint dans son diocèse. On assure que Dieu le favorisa du don des miracles et que ses prières rendirent la santé à Sigismond atteint d'une maladie dangereuse. — Saint Appolinaire était lié d'amitié avec plusieurs évêques illustres des

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Gaules et notamment avec saint Césaire d'Arles, où il fit un voyage en allant à Marseille.

On pense communément que saint Appolinaire mourut vers l'an o2o. On l'enterra dans l'église de Saint-Pierre et de Saint-Paul, située dans un des faubourgs de Valence. Son corps qui avait été transporté dans l'église de son nom fut brûlé par les huguenots dans le seizième siècle. Saint Avit, archevêque de Vienne qui succéda à Isique, son père, était frère de saint Appolinaire. Outre ce frère aîné, saint Appolinaire comptait encore dans sa famille plusieurs évêques qui s'étaient rendus recommandables par leurs vertus.

Réflexions pratiques.

Saint Appolinaire qui aurait pu jouer un rôle important dans le monde, après l'avoir vu et examiné, le combattit généreusement et le vainquit noblement. Il en triompha en renonçant pour toujours aux honneurs, aux plaisirs, aux richesses et à sa famille pour s'attacher uniquement à Dieu et à la vertu. Apprenons par son exemple à mépriser les vanités du siècle et à ne compter pour rien les vains honneurs, les dangereux plaisirs et les fragiles biens de cette vie. Sans ce détachement du cœur, il est impossible de lui plaire et de faire le moindre progrès dans la vertu. Quand viendra la grand jour des justices du Seigneur, on ne nous demandera pas ce que nous aurons valu dans l'opinion des hommes, ce que nous aurons quitté pour lui, ce que nous aurons fait ou souffert pour son amour. Comment avons-nous témoigné à Dieu notre attachement jusqu'à ce jour? IV. 2

Quels sacrifices nous sommes-nous imposés pour lui plaire? Où sont les créatures et les plaisirs que nous avons quittés pour marcher à sa suite ? Mon Dieu î que ma générosité est faible ! daignez m'inspirer plus de dévoûment pour votre service.

Plan de méditation.

I. La mission de l'évêque est : 1° de résister au mal ; 2° de faire triompher la vérité.

II. La vie de saint Appolinaire a été consacrée à ce double but.

SAINT BRUNO, Fondateur de l'Ordre des Chartreux

6 octobre.

En 1035, Dieu fit naître à Cologne saint Bruno qui devait inaugurer l'un des plus illustres et des plus saints Ordres de l'Église. Ses parents distingués aux yeux du monde par leur noblesse et leurs richesses étaient encore plus recommandables devant Dieu par-leurs vertus. Dans ses premières années on ne vit rien en Bruno qui ressentît la faiblesse et la légèreté de l'enfance, tout, au contraire, respirait une gravité, une sagesse, une élévation de sentiments qui présageaient les grands desseins que Dieu avait sur lui. Ses parents charmés de sa piété précoce et de ses brillantes dispositions, voulurent qu'il fût élevé sous leurs yeux. Les belles qualités naturelles de cet enfant, les grâces abondantes du Ciel laissèrent peu à faire pour son éducation qui fut néan-

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moins très soignée. Son amour du travail, sa tendre dévotion à la Sainte Vierge, mirent son innocence à • l'abri de tout danger. Il fit des progrès si merveilleux dans les lettres et dans l'Écriture sainte, la théologie et les Pères que l'évêque de Cologne le nomma, malgré son extrême jeunesse, chanoine de sa cathédrale. Étant allé à Paris pour se perfectionner dans les sciences, Bruno vint à l'école de Reims, puis à celle de Paris qui admira sa science, sa vertu, l'élévation de son caractère. Sa réputation ne tarda pas à le conduire aux plus honorables emplois. L'école de Reims lui conféra la dignité de chancelier, le choisit pour son directeur pendant que l'archevêque de cette ville le faisait asseoir dans la stalle des chanoines. Bruno professeur eut d'illustres élèves et l'un d'eux monta sur la chaire de saint Pierre.

Saint Bruno, l'exemple et l'admiration de tout le clergé, édifiait par la pureté de ses mœurs toute la ville de Reims, lorsque après la mort du prélat de cette cité, Manassés, brisant les barrières sacrées du sanctuaire, entra par la porte de la simonie dans cette Église désolée. Notre Saint, en présence du mal occasionné par ce scandale, se porta comme accusateur de Tarchevêque intrus. Manassés fut convaincu, flétri parle concileîd'Autun, déposé par celui de Lyon et enfin chassé de son siège. Dès lors tous les yeux du peuple et du clergé se tournèrent vers Bruno pour remplir le siège vacant, mais leur espoir fut trompé par la réalisation du projet que le Saint avait formé d'embrasser la vie monastique. Depuis longtemps il discourait fréquemment avec plusieurs de ses amis sur la caducité des biens et des plaisirs

de la terre, comparés à la durée des joies célestes et il résolut avec eux de dire à tout jamais adieu au monde et à ses folles vanités. Ce qui acheva surtout de le déterminer, ce fut le fait aussi étonnant que terrible que nous allons raconter.

Pendant que saint Bruno [était à Paris, un. de ses amis, célèbre docteur de l'Université, mourut après avoir joui d'une haute réputation et reçu les sacrements de l'Église. Son nom était Raymond Diocrès. On récitait pour lui l'office des morts, lorsqu'un des petits choristes chanta la leçon de Job qui commence par ces mots : Responde mihi : Réponds-moi. Le corps du défunt qui était dans le cercueil au milieu de l'église, leva la tête et dit d'une voix effroyable : Je suis accusé par un juste jugement de Dieu^ et il se remit dans son cercueil. L'assistance consternée, effrayée par un événement aussi étrange, s'enfuit. On veut quelques instants après recommencer l'office. Le cortège est revenu plus nombreux. Pendant le service, à la même leçon : Responde mihi : Réponds-moi, le mort lève encore la tête et d'une voix encore plus effrayante, il s'écrie : Je suis jugé par un juste jugement de Dieu. Les assistants plus effrayés désertent une seconde fois l'église; mais la foule, attirée par un si affreux spectacle, est bientôt, autour du cercueil, plus compacte que jamais. Et pour la troisième fois le clergé recommence l'office, mais à peine les mêmes paroles ont-elles été prononcées, le mort se lève pour la dernière fois et dit d'une voix sombre et désespérée : Je suis condamné par un juste jugement de Dieu. Alors Bruno s'écria : « Ce n'est pas pour lui, c'est pour nous que ce mort a parlé. » S'étant

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aussitôt démis de son bénéfice et ayant renoncé à tout, il prit le chemin de Grenoble avec six de ses compagnons qui partageaient ses sentiments. Étant allés trouver saint Hugues, évêque de cette cité, pour prendre son conseil, le saint prélat, éclairé d'une lumière surnaturelle leur indiqua le désert de la Cha7Hreuse et les y conduisit lui-même. Après y avoir bâti un oratoire de la Sainte Yierge et une cellule pour chacun d'eux, près d'une petite source, ils y vécurent dans une entière séparation du monde et dans la pratique continuelle de la prière et de la mortification. Telle est l'origine de l'Ordre admirable des Chartreux qui, seul, n'a jamais eu besoin de réforme.

La vie de ces nouveaux religieux fut une rigoureuse austérité. Leur jeûne était continuel, leur silence sans interruption, en dehors du chant des louanges du Seigneur. Us portaient toujours un rude cilice et gardaient une perpétuelle clôture. Bruno le plus humble, le plus mortifié, le plus parfait de tous, fut, malgré sa résistance, choisi comme supérieur; et l'évêque de Grenoble, charmé de son grand savoir et de sa haute piété, le prit bientôt pour son directeur. Il s'estimait heureux de pouvoir aller souvent à la Chartreuse s'édifier de la vie céleste que menaient les solitaires. Il vivait avec eux comme le dernier d'entre eux.

Il y avait six ans que saint Bruno jouissait du bonheur de la solitude lorsque le pape Urbain II, qui avait été son disciple à Reims, l'appela auprès de lui pour se servir de ses conseils. Il fallut obéir; mais Bruno n'eut de repos dans la cour de Rome que lors-

qu'il eut obtenu la liberté. Ayant refusé successivement le chapeau de cardinal et l'archevêché de Reggio, Bruno accepta du pieux Roger, comte de Sicile et de Galabre, des terres considérables au sein des montagnes, et ne pouvant retourner à la Chartreuse où étaient toutes ses affections, il forma dans les rochers de la Galabre un nouvel asile, image de celui qu'il regrettait. Ce monastère ne tarda pas de devenir très florissant. Saint Bruno avait assez travaillé sur la terre pour avoir droit à un salaire dans le ciel. La mort vint le trouver au sein de la prière et mit fin à ses austérités que la vieillesse n'avait pu ralentir. Ce fut un dimanche, 6 octobre 1101.

Réflexions pt^atiques.

Saint Bruno, pénétré de la crainte des jugements de Dieu et des peines éternelles de l'enfer, embrassa les rigueurs d'une pénitence continuelle. L'éloignement de tout ce qui peut flatter les sens, l'abstinence perpétuelle, un jeûne continuel, des veilles prolongées, un cilice cruel, une solitude profonde, un silence aussi long que la vie, ne sont qu'une partie de cette pénitence. Nous avons plus de raisons de craindre ces jugements et ces peines, puisque nous sommes plus criminels que saint Bruno ne l'était. Faisons pénitence pendant que nous le pouvons. Avons-nous commencé?

Plan de méditation.

Saint Bruno a trouvé dans le désert : 1° la paix de l'âme; 2° une retraite contre les ennemis du salut; 3° le souverain bien : Dieu, source de toutes les bénédictions et de toutes les vertus.

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SAINTE PÉLAGIE, Pénitente 7 octobre.

Vers l'an 453, le Seigneur donna à l'Église un des plus touchants exemples de son infinie miséricorde à l'égard des pécheurs dans la personne de Pélagie, une des plus célèbres pécheresses qu'il y ait eu dans le monde. Cette fameuse courtisane de la ville d'Antioche était comédienne, quoique inscrite au rang des catéchumènes. Le peuple l'appelait Marguerite ou Perle, soit à cause de son éclatante beauté, soit parce qu'elle était toute couverte de perles et de pierres précieuses.

Un jour, comme les évêques que Maximien, patriache d'Antioche, avait assemblés pour former un concile, étaient assis devant l'église du martyr saint Julien, la courtisane passa devant eux superbement vêtue. Elle était toute brillante d'or, de perles, de diamants et accompagnée d'une troupe de jeunes garçons et de jeunes filles magnifiquement vêtus, dont les uns marchaient devant elle, les autres la suivaient. Elle était montée sur une mule, afin qu'on pût mieux l'apercevoir ; elle s'avançait comme en triomphe, sans voile ni sur la tête, ni sur les épaules. Sa beauté était si extraordinaire que les hommes du siècle ne pouvaient se lasser de la voir. Quoiqu'elle ne fît que passer, l'air était tout embaumé des senteurs dont elle était parfumée. Tous les évêques la voyant passer avec un appareil si peu modeste, gémirent dans leur cœurs, et détournèrent les yeux, pour jie pas être témoins d'un spectacle 'si scan-

daleux; un d'eux cependant, Nonus, évêque d'Héliopolis, la regarda en s'écrianl : «Mon Dieu, voilà ce qu'on fait pour plaire aux hommes, et nous que faisons-nous pour vous plaire ? » et il versa un torrent de larmes. Toute la nuit le saint évêque pria pour cette malheureuse pécheresse. Dans son court sommeil, il vit en songe une colombe noire et maculée voltiger autour de lui ; il la saisit, la plongea dans un bassin plein d'eau, d'où elle sortit blanche et pure et s'envola vers le Ciel.

Le lendemain était un dimanche et Nonus devait prêcher au peuple. La fameuse courtisane, attirée par la curiosité, se trouva dans la foule qui était immense. Le saint évêque parla d'une manière si vive et si touchante sur le mal du péché et sur les miséricordes infinies de Dieu qu'il fit couler des larmes des yeux de tous ses auditeurs. Marguerite ellemême, touchée de la grâce, résolut à l'instant de changer de vie. Elle fut se jeter aux pieds de Nonus, en présence des évêques assemblés dans l'église, et d'une voix entrecoupée de sanglots : « Disciple de Celui qui est venu du Ciel pour sauver les pécheurs, s'écria-t-elle, ayez pitié d'une misérable pécheresse, et accordez-lui le baptême pour la rémission de ses crimes. »

Les instances de Marguerite, ses larmes abondantes, ses protestations de repentir, ses promesses d'une vie sainte, touchèrent les évêques qui résolurent de l'admettre au baptême. On lui choisit pour marraine une dame fort distinguée par sa haute piété et par ses bonnes œuvres ; et comme la convertie était déjà instruite des vérités de la foi, Nonus

la régénéra dans l'eau sainte, lui donna la confirmation et l'admit à la première communion. Marguerite abandonna son nom pour prendre celui de Pélagie qui veut dire : abîme de misères et de pécbés.

La généreuse pénitente donna ses bijoux et tous ses biens aux pauvres, accorda la liberté à tous ses esclaves, en les avertissant de rechercher une liberté plus précieuse encore, celle des enfants de Dieu. Huit jours après elle échangeait la robe blanche, qu'elle avait reçue au baptême, pour un cilice, et s'étant couverte d'un modeste manteau que lui donna le saint évêque d'Héliopolis, elle quitta secrètement Antioche, prit le chemin de Jérusalem, et alla se renfermer dans une grotte du Jardin des Oliviers. Là, sous le nom d'un solitaire. Pelage, elle mena une vie très pénitente, se livrant aux plus grandes austérités et à une oraison continuelle. Elle devint l'admiration de tout le pays, qui vénéra le solitaire des Oliviers comme un ange mortel, et comme un prodige de sainteté. Elle mourut après une pénitence d'au moins douze ans, et la stupéfaction publique fut à son comble, quand on reconnut une femme dans le solitaire Pelage ; de toutes parts on louait Dieu d'avoir donné un tel courage et une telle force à une faible créature. Cette mort précieuse devant Dieu arriva au mois d'octobre, vers l'an 468.

Réflexions pratiques.

Dès que la grâce eut éclairé et touché Pélagie, elle alla s'ensevelir dans une profonde solitude et là, cette grande pécheresse répara par la prière, le jeûne, la mortification et les veilles, ses nombreux désordres

et s'assura le Ciel. — Que faisons-nous pour réparer nos péchés passés et pour arriver au bonheur éternel ? Où est notre conversion ? Où sont nos pénitences? Hélas! nous prétendons à la couronne immortelle et nous refusons de la conquérir ; nous voulons la victoire, et nous n'avons pas le courage de combattre ! Commençons donc une bonne fois à vivre pour Dieu et pour le Ciel. Il n'y a que les chrétiens dévoués au service du Seigneur qui pourront l'obtenir.

Plan de méditation.

La conversion de sainte Pélagie fut : 1° sincère ; 2° courageuse ; 3° entière ; 4" constante.

SAINT BRIGITE, Veuve

8 octobre.

Sainte Brigite naquit en Suède vers l'an 1302. Sa famille, issue des anciens rois du pays, unissait à la noblesse du sang la noblesse de la vertu. Son père et sa mère se confessaient et communiaient chaque vendredi, et avaient l'un et l'autre une dévotion singulière à la passion du Sauveur. Leur bonheur était de s'occuper à construire des églises et des monastères où Dieu devait être servi et honoré. Le Ciel les combla de bénédictions en leur donnant sept enfants qui furent des modèles de vertu. Brigite fut la dernière. Sa mère mourut peu de temps après la

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naissance de notre Sainte. Elle fut préservée d'un naufrage imminent sur mer en faveur de la jeune Brigite qu'elle portait dans son sein. Après la mort de sa mère, l'admirable enfant fut confiée à une de ses tantes dont la piété égalait la sagesse. Celle-ci Tentoura des soins les plus minutieux. Brigite resta muette jusqu'à l'âge de trois ans. Sa langue s'étant déliée tout à coup, elle commença à parler en ce moment, non en bégayant comme les enfants, mais avec toute la facilité d'une grande personne. A sept ans elle parut si instruite des voies du Salut qu'on la crut formée intérieurement par les inspirations de l'Esprit de Dieu, et son enfance passa pour un prodige : le Ciel voulait en faire un vase d'élection. Un matin une dame éblouissante d'éclat lui apparut en face de son lit, tenant à la main une couronne : « Brigite , ma fille , veux-tu cette couronne ? — Volontiers, répondit l'enfant. » Aussitôt la Sainte Vierge, car c'était elle, plaça sur la tête de Brigite une couronne apportée du Ciel, symbole des vertus dont elle devait bientôt donner l'exemple au monde. Cette apparition fit sur Tâme de cette enfant une impression ineffable. A dix ans elle fut singulièrement touchée d'un sermon qu'elle entendit sur la passion, La nuit suivante elle vit Jésus-Christ attaché à la croix, tout couvert de plaies et de sang, tel qu'il était à l'heure du crucifiement. « Regarde, ma fille, lui disait Notre-Seigneur, de quelle manière j'ai été traité. — Et qui donc vous a blessé de ces plaies? — Ceux, dit-il, qui me méprisent et qui sont insensibles à mon amour! »

Cette image sanglante de Jésus ne s'effaça jamais

de son esprit, et quand elle pensait aux mystères de la passion, elle versait un torrent de larmes. — Étant à la pension, pendant que ses cpmpagnes dormaient, elle quitta son lit et vint s'agenouiller aux pieds du crucifix suspendu à la muraille. Une de ses tantes chargée de son éducation depuis la mort de sa mère, entra dans sa chambre ; la trouvant levée, à genoux, elle la gronda et voulut même la punir, croyant qu'elle obéissait à un caprice d'enfant ; mais les verges se rompirent entre ses mains. Cette dame ne pouvant s'expliquer un fait si surprenant. — « Pourquoi agissez-vous ainsi? — Je me suis levée, répondit l'enfant, pour celui qui m'assiste toujours. — Qui est-il ? — C'est le crucifix, dit Brigite, que j'ai vu dernièrement. » La tante, ravie et étonnée à la fois de ce qu'elle venait d'apprendre, remercia le Ciel du trésor qu'il lui avait confié.

Lorsqu'elle eut atteint l'âge de seize ans, elle épousa, par obéissance à son père, Ulphon, prince de Néricie, en Suède, lequel en avait dix-huit. Dieu bénit ce mariage. Brigite eut quatre garçons, et quatre filles. Elle les éleva tous dans la crainte de Dieu et dans l'amour de la vertu; et ce qui était encore plus difficile, elle inspira ses sentiments de piété à son époux et en fit un prince des plus vertueux. Elle vint à bout de le déterminer à quitter la Cour et à renoncer aux vains plaisirs du monde et à tous les projets de l'ambition, pour ne songer qu'à son salut. Ils se retirèrent dans leurs propriétés où ils firent bâtir un hôpital auprès de leur maison. Sainte Brigite y allait souvent, et servait elle-même les pauvres, en présence de ses

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filles, leur donnant ainsi des leçons de charité. — Yoici les leçons qu'elle se plaisait à donner à l'un de ses fils : (( Mon enfant, disait-elle, souvenez-vous en tout temps de la passion de Notre-Seigneur et recevez-le fréquemment dans la sainte communion. En quelque lieu que vous soyez, secourez le pauvre selon votre pouvoir. A l'ouvrier, payez de bon cœur son salaire et demeurez fidèle à Dieu et à votre prochain. Chaque matin priez Dieu de diriger vos actions, et marquez votre poitrine du signe de la croix. »

Ulphon mourut l'an 1343, après un pèlerinage qu'il fit avec Brigite à Saint-Jacques de Compostelle, lorsqu'il formait le projet d'embrasser la vie religieuse. Notre Sainte, dégagée de tous les liens, ne se servit de sa liberté que pour mener une vie plus pénitente et plus parfaite. Elle jeûnait tous les vendredis au pain et à Teau et mortifiait son corps en mille manières différentes. On lui demanda un jour comment elle pouvait résister sans feu au froid extrême des contrées du Nord ? « L'amour de Dieu qui brûle dans mon âme, répondit-elle simplement, me rend presque insensible aux rigueurs du climat. »

Brigite se confessait toutes les fois qu'elle communiait, c'est-à-dire plusieurs fois la semaine. Chaque jour elle nourrissait douze pauvres et les servait ellemême à table. Elle voulut, par amour pour leur état, se faire pauvre avec eux et, abandonnant à une personne étrangère le petit revenu qu'on lui envoyait, elle se condamna à lui demander, pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le pain de chaque jour. — Sainte Brigite fonda à Wastein, en Suède, un IV. 3

monastère de filles, à qui elle donna des constitutions qui furent approuvées par le Saint-Siège. Quelques religieux de l'Ordre de Saint- Augustin prirent ses constitutions, ce qui donna naissance à l'Ordre des Brigitains que Rome approuva également. Elle se retira dans son monatère, après qu'elle eut partagé ses biens entre ses enfants, et y demeura deux ans. Ensuite elle alla à Rome avec sa fille, sainte Catherine de Suède. Elle édifia tous les habitants de cette grande cité par sa piété, ne sortant que pour aller visiter les églises et les hôpitaux.

Rien de plus extraordinaire dans la vie de sainte Brigite, que les révélations dont elle fut favorisée, et qui eurent pour objet principal les soufi'rances du Sauveur, et les révolutions qui devaient arriver à certains royaumes. Ces grâces célestes dont elle fut favorisée ne la rendirent que plus humble et plus fervente. Elle mourut à Rome, le 26 juillet, à l'âge de soixante et onze ans, au retour d'un pèlerinage qu'elle avait fait en Terre Sainte.

Réflexions pratiques.

Depuis l'âge de dix ans que sainte Brigite entendit un sermon sur la passion de Notre-Seigneur Jésus- Christ, cette jeune princesse eut une dévotion extraordinaire aux souffrances du divin Crucifié. Son esprit était continuellement tourné vers la croix où elle se plaisait à contempler l'auguste Yictime du Calvaire. Pour avoir quelques traits de ressemblance avec l'amant de son cœur, elle ne cessa de mener une vie très austère et très mortifiée. A son exemple, embrassons-nous les rigueurs de la pénitence,

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d'abord en éloignant de nous tout ce qui peut nous porter au péché, à l'occasion du péché, ensuite en nous astreignant au jeûne et à l'abstinence ordonnés par l'Église ? Ces mortifications en nous éloignant du mal et en nous faisant expier nos fautes nous enrichiront de mérites devant Dieu. Elles sont l'unique voie du Ciel, suivons-la, et nous arriverons au bonheur.

Flan de méditation.

Avantages de la pénitence : le elle efface nos péchés ; 2o elle fait revivre nos mérites ; 3° elle nous rend l'amitié de Dieu; 4° elle nous délivre des peines que méritent nos péchés ; 5° elle nous procure la paix et la joie de la bonne conscience.

SAINT DENIS, Éyêque de Paris et ses CoMPAG^'ONS,

Martyrs

9 octobre.

Sous le règne de l'empereur Sévère, lorsque le glaive de la persécution faisait couler à flots le sang des chrétiens de Rome, les fidèles des Gaules ne furent pas traités avec moins de rigueur. A la vue des dangers que courait l'Église lointaine des Gaules, sept nouveaux missionnaires se prosternent aux pieds du pape saint Fabien et demandent à venir encourager les chrétiens persécutés au delà des Alpes. Après avoir reçu leur sainte mission, les nouveaux Apôtres prirent leur route, plein de zèle et de foi. Arles,

ville importante alors, à# cause de son commerce, fut d'abord le théâtre de leurs travaux. Saint Denis ayant prêché, baptisé et converti un grand nombre de païens, consacra saint Rieul, évêque de cette Église naissante et vint avec ses autres compagnons à Paris pour y annoncer l'Évangile.

A peine arrivé dans cette ville, alors resserrée dans l'île qu'on nomme aujourd'hui la Cité, il se vit entouré d'un grand peuple. Animé de l'esprit deri)ieu, il parla avec tant de force et d'éloquence de la vanité des idoles, il leur démontra avec tant d'énergie et d'onction qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Créateur du Ciel et de la terre, que la religion chrétienne fondée par le Sauveur des hommes est la seule véritable, qu'un grand nombre d'auditeurs demanda le baptême. Un si prompt et si heureux succès augmenta le zèle de ce nouvel Apôtre ; on le regardait comme un homme venu du Ciel, et les miracles qu'il opérait tous les jours en faveur d'un peuple docile aux vérités de la foi, rendaient ce peuple tous les jours plus chrétien et plus affamé des vérités de l'Évangile. On bâtit plusieurs oratoires, puis on purifia pour le vrai Dieu plusieurs temples d'idoles que leurs adorateurs avaient abandonnés; mais ils ne suffisaient point au nombre croissant des fidèles. Le saint évêque non plus ne pouvait suffire, il se multipliait avec une ardeur que les années n'avaient pu refroidir, mais ses forces restaient au-dessous des besoins de son troupeau; il se chercha des coopérateurs et ordonna des ministres auxquels il inspira son ambition des âmes. Dès ce moment le Christianisme avait vaincu. Les néophytes se multiplièrent si rapidement, que ceux

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qui 'avaient dressé des idoles les renversaient euxmêmes.

Saint Denis était heureux de la prospérité de son œuvre, lorsque les païens et surtout les prêtres des idoles, alarmés de ce que la religion chrétienne s'élevait florissante sur les ruines du paganisme, allèrent s'en plaindre amèrement au gouverneur de l'empire. Celui-ci fit comparaître à son tribunal l'Apôtre avec ses deux compagnons. A toutes les demandes qu*on lui adressa, il ne répondit d'abord que ces paroles : (( Je suis le serviteur de Dieu. » — Condamné à une rude flagellation, meurtri et ensanglanté, il ne se plaint ni ne gémit, il rend grâces à Dieu : ses gémissements sont des élans de foi et ses soupirs des louanges.

Il était beau de voir ce vieillard blanchi par les années et courbé par les fatigues d'un laborieux ministère ; il avait cent dix ans. Les bourreaux agitaient devant lui leurs verges et leurs haches homicides; lui, appuyé sur sa foi, plein de douce gravité, de majestueuse candeur et de résignation sublime, disait : «Que tous les tourments m'accablent à la fois, pourvu qu'il me soit donné de jouir de Jésus- Christ. )) Le tyran effrayé de cette magnanimité, voyant d'ailleurs que le peuple, vivement impressionné partant de prodiges, était fortement ébranlé voulut en finir. Il demanda une dernière fois à Denis et à ses compagnons s'ils voulaient renoncer à leur folie. — « Sacrifiez à mes dieux immortels, leur cria le gouverneur. — Nous adorons Jésus-Christ et ne pouvons sacrifier à vos idoles, répondirent les martyrs. —La mort vous attend si vous n'obéissez

aux ordres de César. — Nous désobéissons à César pour obéir à Dieu. — Vous allez être mis à mort. — Nous allons être reçus au Ciel. » Irrité par ces courageuses réponses, le gouverneur ordonna que Denis et ses compagnons fussent décapités. La sentence fut exécutée le jour même sur une colline qui porte aujourd'hui le nom de Montu^artre ou mont des Martyrs. — La légende populaire nous apprend que le Saint, après avoir été décapité, prit sa tête entre ses mains et la porta à une distance de deux lieues, il était suivi de deux anges qui chantaient : Alléluia! Les païens avaient dessein de jeter leurs corps dans la rivière, mais une dame nommée Catule trouva le moyen de les enlever. Après la persécution les chrétiens le firent enterrer dans un village que l'on dit être Saint-Denis et oîi se trouve la célèbre abbaye qui porte ce nom.

Réflexions pratiques.

Jésus-Christ a été persécuté durant le cours de sa vie mortelle. L'Église, à l'exemple de son divin Époux, ne pouvait manquer de l'être aussi. Durant les trois premiers siècles, elle n*a cessé de voir étinceler le glaive sanglant des bourreaux. Plus tard son sein a été déchiré pas plus de trois cents hérésies et aujourd'hui grand est le nombre de ses propres enfants qui continuent de lui faire la guerre et s'efforcent de l'enchaîner. Les Saints ont été traités comme leur maître et comme leur mère la sainte Église. N'est-ce pas ce que nous apprend la vie de saint Denis et de ses compagnons?

Les chrétiens à leur tour ne doivent point être

épargnés. Jésus-Christ Ta annoncé. « Si mes ennemis me font la guerre, ils vous la déclareront aussi à vous-mêmes. » Si nous sommes au nombre des disciples du Sauveur ; si nous sommes de vrais enfants de l'Église, serons-nous traités avec moins de rigueur? Nous ne pouvons l'espérer. Le dérrion, nos passions, la malveillance d'un ennemi, la médisance et la calomnie d'un rival ; l'envie, la jalousie d'un voisin ne nous épargneront point. Que devons-nous opposer à ces diverses attaques ? La patience, la douceur, la résignation ; c'est ce qu'ont fait saint Denis et ses compagnons. Quelle conduite avons-nous tenue à l'égard de nos persécuteurs?... Mon Dieul donnezmoi l'esprit de patience et de résignation.

l. Vertus de saint Denis : P pureté de son zèle dans sa mission; 2° ardeur de son zèle dans ses succès ; 3° sa fermeté dans ses souffrances.

IL Manière efficace d'honorer saint Denis : 1° par la sanctification de nos âmes ; 2° par notre confiance en sa protection.

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