‹ Un moine et un savant, Dom Jean Mabillon [microform]: religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-MaurChapitre 12 sur 43 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La vie religieuse et studieuse à Saint-Germain des Prés

Au milieu du faubourg Saint-Germain tel que Fa fait le XVII*' siècle, avec ses bâtiments d'une sobre élégance architecturale, l'abbaye de Saint-Germain des Prés n'a au dehors rien de l'abbaye de Notre-Dame de la Trappe au fond des bois et des étangs de son sauvage coin du Perche. Au dedans, elle n'a rien non plus de l'ascétisme de l'abbé de Rancé renouvelé de celui des Pères du désert. A la fois religieuse et studieuse, la vie qu'on y mène n'en est pas moins une véritable vie monastique des plus austères, mais pénétrée de cet esprit de discrétion et de mesure qui a toujours été celui de la Congrégation de Saint-Maur.

La parole n'est pas proscrite, en tout temps et en tous lieux, par une règle impitoyable qui est obligée de la remplacer par le geste pour les besoins de la vie commune. Elle n'est pas pour cela abandonnée à toutes les licences de la fantaisie personnelle. Le silence est l'inséparable compagnon et le naturel associé de la prière et de l'étude, et, sauf dans les circonstances qui réclament sa rupture soit comme une nécessité, soit comme une détente, il doit être généralement observé. Les récréations ne se prennent en commun qu'à certains jours et le plus souvent elles sont muettes. Quand ils ne sont pas mêlés les uns aux autres, les moines se pro-

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mènent isolément sous les cloîtres, dans les cours ou par les allées des jardins.

Le régime alimentaire destiné à prévenir et à contenir toute sensualité exclut d'une façon absolue la viande, sauf en cas de maladie. Le poisson, les légumes sont le fond de la nourriture quotidienne. Les jours déjeune et d'abstinence sont rigoureusement respectés selon les prescriptions générales de l'Église et les dispositions spéciales des Constitutions bénédictines. Le dîner a lieu les jours ordinaires à dix heures, les jours de fête et les dimanches à dix heures et demie, les jours déjeune monastique à onze et les jours de jeûne ecclésiastique à midi. Le souper est fixé à cinq heures et demie habituellement. Il est remplacé quand on jeûne par une collation à six heures et demie. Des modifications suggérées par l'expérience intervinrent à des dates diverses.

D'après un rapport du lieutenant de police La Reynie, chaque Bénédictin ne coûtait pour son entretien annuel qu'environ 487 livres et quelques sols.

Partout règne une exemplaire pauvreté monastique. Le mobilier des cellules est d'une austère simplicité : une table et une ou deux chaises de bois, une couchette, un prie-Dieu, un bénitier d'étain ou de terre, un chandelier de fer, c'est tout, avec quelques images de dévotion accrochées aux murs blanchis à la chaux.

Le sommeil est parcimonieusement mesuré. Les Matines et les Laudes sont à deux heures du matin, en pleine nuit, et pour y assister le religieux doit se lever quelque peu avant. Comme il se couchera à sept heures trois quarts, immédiatement après les Compiles qui se célèbrent à sept heures du soir, il ne dépassera pas six heures de repos nocturne. En été, après Pâques jusqu'à la mi-septembre, il y ajoutera, à la suite de la récréation du milieu de la journée d'une durée d'une heure, une « méridienne » d'une heure également, où un silence semblable à celui de la nuit est exigé de tous.

que chose qui puisse servir à ce dessein, ni la dépense pour retirer les manuscrits et pièces nécessaires qui pourraient être en d'autres mains. Cet emploi est très utile et très profitable tant pour le bien de l'Ordre en général que pour la consolation de chaque religieux en particulier, et d'ailleurs très propre pour occuper le temps que plusieurs emploient souvent inutilement, en un sujet très digne de notre profession, délectable et utile à ceux qui s'y emploieront. ))

Rien n'est oublié ni passé sous silence. Les recherches porteront sur les fondations et les fondateurs de chaque monastère. Ce monastère sera décrit avec des renseignements sur sa situation, les destructions et restaurations dont il aura été l'objet, avec la revue des changements et incidents notables survenus dans son existence, avec l'analyse de ses règlements et le signalement des actes insignes accomplis par ses religieux, avec l'indication de toutes les curiosités naturelles ou artistiques du voisinage. La suite des abbés, des prieurs sera établie, ainsi que celle des religieux relevant de l'Ordre promus à l'épiscopat ou à d'autres hauts emplois.

Tout est prévu et fait l'objet d'observations précises, tout, jusqu'à l'encre qui doit être inaltérable, au papier qui doit être solide et résistant, aux plumes, jusqu'à la disposition des notes ou des résumés dans de larges marges. Il n'est rien, l'expérience le montre, qui n'ait son utilité, sa nécessité pour la conservation matérielle des annales du passé, indispensable à sa reconstitution par l'historien.

Mais, et c'est par là que débutent les avis adressés aux RR. PP. de la Congrégation de Saint-Maur, dans leurs monastères les Supérieurs devront inspirer à leurs religieux l'amour de la retraite, de l'oraison et de la pénitence. Ils devront les appliquer à des lectures saintes qui n'impriment dans leur cœur que la vraie piété et l'attachement inviolable à leur état. Une retraite annuelle de dix jours deviendra

LA SCIENCE AU SERVICE DE DIEU CHEZ LES MAURISTES l3

pour tous, en particulier pour les prieurs et officiers, une salutaire récollection religieuse.

Au Chapitre général de i648, Dom Tarrisse vient de donner sa démission de Supérieur général et a été remplacé, mais l'Assemblée a à délibérer au sujet de conférences sur l'Écriture Sainte dans chaque maison de Saint-Maur. On ne veut rien faire sans l'avoir entendu. Malade, il vient et, malgré ses souffrances, il traite avec tant de chaleur cette question qu'il a à cœur, qu'on lui conseille de s'arrêter. « Je m'estimerais heureux de mourir à la sortie d'ici, répond-il, si ce dessein réussissait. »

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