LA SCIENCE AU SERVICE DE DIEU CHEZ LES MAURISTES II
rapportera une ample moisson de notes. Ce sera cette moisson première qui servira bientôt aux travaux des Luc d'Achery, des Mabillon, des Denis de Sainte-Marthe et de leurs collaborateurs.
L'histoire de l'Ordre bénédictin vient avant toute autre histoire. Elle est d'ailleurs inséparable de l'histoire générale de l'Église, et, en étudiant l'une, c'est l'autre que l'on étudie avec elle. Tout se tient, tout communique et se pénètre. Que d'exemples édifiants trouveront les ouvriers d'une telle œuvre dans les Vies des Saints dont ils auront à rechercher les documents authentiques !
L'Ordre est un grand corps. La congrégation, quoique plus petite, est également un grand corps dont les établissements monastiques sont les membres. Chacun de ces membres doit être connu pour que le tout le soit. Dans chaque monastère, le Prieur choisira donc parmi ses religieux ceux qui lui paraîtront particulièrement aptes à réaliser cette connaissance : « Ayant dessein, dit la Circulaire initiale, de faire travailler aux Chroniques de notre Ordre en ce qui regarde particulièrement ces divers progrès et succès en ce royaume, comme c'est une entreprise à laquelle nous avons tous un égal intérêt, il est aussi nécessaire que chacun y coopère selon son pouvoir et capacité, ce qui sera fort aisé et facile y procédant avec ordre et méthode. »
Sans se perdre dans des détails inutiles, on rédigera des mémoires où rien ne sera omis de ce qui est essentiel. Dates, notions géographiques, notions historiques touchant les lieux et les personnes, toutes les particularités qui rattachent l'histoire locale à l'histoire générale et entrent dans son tissu, rien de tout cela ne sera superficiellement traité ou laissé de côté.
« L'œuvre, ajoutent les Instructions, étant d'une telle importance, il ne faudra épargner la peine de faire des recherches partout où l'on croira pouvoir rencontrer quel-
que chose qui puisse servir à ce dessein, ni la dépense pour retirer les manuscrits et pièces nécessaires qui pourraient être en d'autres mains. Cet emploi est très utile et très profitable tant pour le bien de l'Ordre en général que pour la consolation de chaque religieux en particulier, et d'ailleurs très propre pour occuper le temps que plusieurs emploient souvent inutilement, en un sujet très digne de notre profession, délectable et utile à ceux qui s'y emploieront. ))
Rien n'est oublié ni passé sous silence. Les recherches porteront sur les fondations et les fondateurs de chaque monastère. Ce monastère sera décrit avec des renseignements sur sa situation, les destructions et restaurations dont il aura été l'objet, avec la revue des changements et incidents notables survenus dans son existence, avec l'analyse de ses règlements et le signalement des actes insignes accomplis par ses religieux, avec l'indication de toutes les curiosités naturelles ou artistiques du voisinage. La suite des abbés, des prieurs sera établie, ainsi que celle des religieux relevant de l'Ordre promus à Tépiscopat ou à d'autres hauts emplois.
Tout est prévu et fait l'objet d'observations précises, tout, jusqu'à l'encre qui doit être inaltérable, au papier qui doit être solide et résistant, aux plumes, jusqu'à la disposition des notes ou des résumés dans de larges marges. Il n'est rien, l'expérience le montre, qui n'ait son utilité, sa nécessité pour la conservation matérielle des annales du passé, indispensable à sa reconstitution par l'historien.
Mais, et c'est par là que débutent les avis adressés aux RR. PP. de la Congrégation de Saint-Maur, dans leurs monastères les Supérieurs devront inspirer à leurs religieux l'amour de la retraite, de l'oraison et de la pénitence. Ils devront les appliquer à des lectures saintes qui n'impriment dans leur cœur que la vraie piété et l'attachement inviolable à leur état. Une retraite annuelle de dix jours deviendra
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pour tous, en particulier pour les prieurs et officiers, une salutaire récollection religieuse.
Au Chapitre général de 1648, Dom Tarrisse vient de donner sa démission de Supérieur général et a été remplacé, mais l'Assemblée a à délibérer au sujet de conférences sur l'Écriture Sainte dans chaque maison de Saint-Maur, On ne veut rien faire sans l'avoir entendu. Malade, il vient et, malgré ses souffrances, il traite avec tant de chaleur cette question qu'il a à cœur, qu'on lui conseille de s'arrêter. « Je m'estimerais heureux de mourir à la sortie d'ici, répond-il, si ce dessein réussissait. »