LA VIE RELIGIEUSE A SAINT-GERMAIN DES PRES
Les situations peuvent du reste changer. Ne faut-il pas des prieurs, des sous-prieurs, le priorat et le sous-prîorat ne pouvant être confiés au premier venu?
Jamais, ou rarement, une tâche n'est attribuée à un unique ouvrier. Il y a presque toujours, au contraire, deux, trois ou quatre travailleurs attachés au même travail. Les anciens formeront les nouveaux, et, quand les vieux disparaîtront, les jeunes les remplaceront tout naturellement, avec l'expérience acquise à leur contact. Uno avulso, non déficit aller.
C'est ainsi qu'on verra Dom Mabillon appelé à Saint-Germain des Prés pour devenir le collaborateur de Dom Luc d'Achery qui se fait âgé et est surtout accablé d'infirmités. C'est ainsi que Dom Ruinart et Dom Michel Germain deviendront à leur tour les associés de Dom Mabillon, des associés qui sont des amis, on pourrait ajouter, des frères. Et il ne s'agit ici que des plus connus, car il y a d'autres collaborateurs subalternes auxquels sont dévolues des missions inférieures.
Le Bénédictin est humble. Il est de plus discipliné et obéissant. Quelque besogne qu'on lui assigne, basse ou relevée, digne ou indigne de sa valeur personnelle, de ses talents, il l'ebcécutera de son mieux en y mettant tout son cœur. Cette fraternité toute chrétienne à l'ombre de la Croix fait sa force et son honneur comme elle fait la force et l'honneur de son Ordre et, dans son Ordre, de la cellule qu'est son monastère.
Nulle dispersion, nul manque de cohésion des efforts individuels. Il y a un programme général tracé à l'avance et exécuté grâce au concours de tous et d'un chacun. Ces monastères dispersés sur tous les points du royaume ne sont pour ainsi dire que des membres différents d'un seul et même corps dirigé par une pensée et une volonté centrales. Dans chaque maison on copie, on collectionne livres et manuscrits, on rassemble toute la documentation éparse
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dans le milieu local et on l'expédie au grand établissement où elle sera mise en œuvre.
Sans doute, dans l'emploi de la journée, la part de l'étude ne doit pas être accrue aux dépens de la part de la prière, mais le temps est si judicieusement distribué, si économiquement utilisé que pas une minute ne se perd. Pas plus que de forces stériles il n'y a d'heures vides. Aucune occupation étrangère ne viendra par ailleurs distraire le travailleur. Il est tout entier à ce qu'il fait. Sa vie matérielle est assurée et ses besoins sont aisés à satisfaire parce qu'ils sont des plus réduits. Il travaille donc à plein rendement dans des conditions inconnues à cette époque et plus encore à notre époque à ceux que l'on appelle des bénédictins laïques.
Il ne s'agit point d'ouvrages dont on rassemble à la hâte les matériaux pour les construire ensuite fébrilement dans un but intéressé soit de notoriété, soit d'enrichissement. Telle entreprise érudite exigera de dix à vingt années de recherches toujours dans le même sens et sur le même objet avec une indéfectible patience. Elle réclamera toute une vie. Qu'importe même que la mort vienne surprendre prématurément Térudit. Il tombera aux Archives ou dans la Bibliothèque comme un soldat dans la tranchée. Ainsi se réaliseront les grandes pensées et ne seront pas trompés les vastes espoirs. Pour l's ruiner, il faudra la destruction de la Congrégation de Saint-Maur dans l'abolition des ordres monastiques.
Cependant, les Documents réunis par les Mauristes jusqu'en 1790 sont toujours là. Ils sont dans les hautes et larges travées des salles des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, soit au Fonds Français, soit au Fonds Latin. Il y a là des centaines et des centaines de volumes de correspondances bénédictines dont le dépouillement exigerait d'autres bénédictins.