CHAPITRE IV
La vie de Dom Mabillon
UN jour de juillet i664» on vit entrer à l'abbaye de Saint- Germain des Prés un voyageur dont la venue était annoncée et que l'on attendait. On se porta à sa rencontre et on l'accueillit avec ces formules à la fois religieuses et amicales qui dès la première minute mettent le nouvel hôte sous la garde de Dieu en même temps que sous celle de saint Benoît.
C'était Frère Jean Mabillon. Il avait fait la route à pied depuis l'abbaye de Saint-Denis qu'il venait de quitter. Ses bagages consistaient dans un simple sac. Il le portait sur son dos à la manière des Alpinistes ou des Boys-Scouts. Du frère portier au P. Prieur en passant par le P. Hôtelier, tout le monde le regarda avec une égale curiosité. Il avait déjà une certaine réputation dans la Congrégation de Saint-Maur et l'on n'ignorait point que s'il quittait Saint-Denis, c'était pour prendre place dans cette phalange d'érudits dont le chef était alors Luc d'Achery et qu'il allait devenir son lieutenant.
Frère Jean Mabillon était né le aS novembre 1682. Il avait donc à cette époque trente-deux ans. Nous aimerions con-
naître les traits de ce jeune moine tels que les connurent à ce moment ses confrères. Mais tous les portraits que nous avons de lui ne le représentent que dans sa vieillesse. Au frontispice de ses Œuvres ou de ses Biographies, dans un cadre ovale on voit, sous un noir capuchon qui ombrage le front, un visage émacié, ridé, pareil aux vieux ivoires jaunis par le temps. Des autres religieux dont les portraits s'encadrent de la même manière au frontispice d'in-folio ou d'inquarto aux robustes reliures, rien ne les distingue. Tous les membres de la grande famille monastique en renom, à l'âge où l'on fait leur portrait, se ressemblent, issus d'un même type spécifique. On dirait, tout aussi bien que Mabillon, l'abbé de Rancé, avec lequel il eut à se mesurer dans un duel resté fameux.
Il est donc superflu de chercher à découvrir l'âme derrière les traits de ce visage presque impersonnel sous le burin du graveur, quoique du vivant de l'original il y eût certainement une forte et durable empreinte laissée par elle. Nous n'avons pas besoin, d'ailleurs, d'un examen de sa physionomie pour apprendre que Frère Jean était un pacifique. Ses paroles, ses actes, ces autres actes que sont ses écrits justifient pleinement par leur concordance cette épithète de « doux » attachée à son nom comme une épithète homérique aux noms d'Achille, d'Ajax ou d'Ulysse. Sa vie tout entière témoigne de sa douceur ainsi qu'elle témoignera de son humilité, de sa modestie, de sa patience, et, pour résumer en une seule ces qualités morales, de cette supérieure qualité religieuse qu'est la sainteté. Un saint en même temps qu'un érudit, un saint qui est un érudit et un érudit qui est un saint, ce qui revient au même, il le sera jusqu'à son dernier souffle.
Le futur et prochain auteur de la Diplomatique était né dans un tout petit village du nom de Saint-Pierremont. Saint-Pîerremont, qui au XVIP siècle était une paroisse du
diocèse de Reims, sur les frontières de la Champagne, est aujourd'hui une commune de 4o6 habitants, du canton de Buzancy, dans l'arrondissement de Vouziers, au département des Ardennes. L'église du moyen âge a subsisté avec son clocher roman au chevet, sa forte tour défensive dressée sur la déclivité d'un coteau. Elle domine les habitations rangées autour d'elle.
Au nombre de ces habitations il en est une, parmi les plus simples et les plus pauvres, dont la façade de pierre, étroite et basse, n'est percée au rez-de-chaussée que d'une porte et d'une fenêtre en rapport avec la façade, et, sous le toit, d'une autre fenêtre de moindres dimensions. Il n'y a en tout que trois pièces au rez-de-chaussée. La première, celle qui donne directement sur la rue, se fait remarquer seulement par une grande cheminée antique avec ses colonnes rustiques et sa plaque armoriée. Les deux autres qui suivent derrière sont fort exiguës. L'ensemble est très délabré. Comme à peu près rien n'a changé, on voit qu'il s'agit d'un modeste logis de paysans d'humble condition, tout juste au-dessus des simples ouvriers à la tâche chez autrui.
C'était là qu'habitaient les parents de Mabillon, de très petits cultivateurs, en effet, que naquit Mabillon et que s'écoulèrent les années de son enfance. Au fronton du linteau de l'entrée, une plaque de marbre noir, posée en 1879, le rappelle sans phrases :
Jean Mabillon
NÉ LE 23 NOVEMBRE l632.
Il existait dans le voisinage un prieuré-cure, et le prieurcuré se trouvait être un oncle du petit Mabillon. Ce n'était pas un prêtre des plus recommandables. Il courtisait le beau sexe, et, pour avoir poussé un peu trop loin cette cour, il fut un jour bâtonné en place publique par ses ouailles. Il mou-
rut même un peu après des suites de cette correction un peu rude.
Mais c'était un prêtre. Il dut orienter son neveu du côté de cette carrière ecclésiastique dont il prisait fort certains avantages matériels sans en pratiquer les devoirs. Les études qu'il ferait commencer lui-même au village ne coûteraient rien au début et l'on trouverait bien par la suite quelque combinaison pour les faire continuer à bon compte ou gratuitement ailleurs.
Aussi bien, l'enfant n'avait-il rien d'un futur guerrier. Il était aussi sage qu'on peut l'être à son âge, ni dissipé, ni turbulent. Plutôt chétif, il serait un médiocre laboureur. Des éclairs d'intelligence passaient dans ses yeux et il aimait déjà les livres autrement que pour les images. Cette jeune âme toute naïve et toute candide, déjà pieuse par propension native et par instinct, inclinait d'elle-même vers le saint ministère, sans d'ailleurs s'en faire une idée autre que celle qui lui était donnée par le spectacle des cérémonies du culte auxquelles il assistait avec un recueillement d'accord avec sa nature.
Les choses se passèrent ainsi que l'oncle curé l'avait prévu. Un prévôt de la cathédrale de Reims, aumônier ordinaire du Roi, voulut bien se charger de loger, nourrir et entretenir l'étudiant tout le temps de ses études. L'Université Rémoise, fondée un peu plus d'un siècle auparavant par le cardinal de Lorraine, était peuplée d'écoliers venus d'un peu partout. Le jeune Mabillon fit à Reims neuf années d'études, de 1644 à i653, tant au collège des Bons-Enfants qu'au séminaire.
Son biographe, Dom Ruinart, ne manque pas de signaler ses succès. En philosophie, en particulier, quand le jeune prince de Nemours, qui, à vingt-six ans, venait d'être nommé archevêque de Reims, se présenta pour la première fois, ce fut lui qui fut chargé de lui adresser le compliment de cir-
constance. Auxiliaire de ses professeurs, il était en temps ordinaire le répétiteur de certains de ses jeunes camarades.
Tonsuré en i65i, il conquit, en 1662, à l'Université, le grade de maître es arts. Une place au séminaire de l'église métropolitaine lui avait permis de poursuivre ses études sans être à charge aux siens. Désormais, comme d'autres, il pouvait prétendre aux bénéfices, aux petits sinon aux grands, et, sans heurt et sans secousse, faire modestement son chemin dans la carrière ecclésiastique ainsi que bon nombre le faisaient alors quand on n'appartenait pas à une famille de haute lignée et qu'on manquait de protecteurs influents.
Mais Mabillon allait s'engager dans une voie différente. Autre est la vie du prêtre séculier qui, par cela même qu'elle se passe dans le monde, est exposée à tous les incidents et accidents de toute nature du monde, faite ce que la font, avec la volonté de celui qui la mène, les circonstances variables nées des personnes, des lieux et des temps, autre est la vie du religieux séparé de tous par les murs de son monastère, y achetant le calme, la sécurité morale et la paix du cloître au prix de la pauvreté, de l'obéissance à une règle, d'un dépouillement de ses passions et de ses instincts avec un ascétisme d'autant plus dur qu'il est de tous les jours et qu'il va se poursuivre durant toute une existence.
Reims possédait une célèbre abbaye bénédictine, l'abbaye de Saint- Remy. Dès 1627, la réforme Mauriste s'y était introduite. Dans toute la ferveur de son renouveau monastique, elle alliait sous la primauté du spirituell'étude à la prière. Passant sans interruption de l'une à l'autre, ses religieux donnaient autour d'eux le double exemple également édifiant de leurs austérités et de leur labeur intellectuel. Les voir même de loin dans leurs stalles au fond du chœur, graves et recueillis, tout entiers à leurs hymnes, à leurs antiennes, aux versets de leurs psaumes, tour à tour debout, à genoux ou prosternés, loin des hommes et près de Dieu,
c'était déjà les connaître, et les connaître c'était les aimer et secrètement les envier. Une âme telle que celle de ce jeune clerc ne pouvait qu'être attirée.
« Il était, nous apprend Dom Ruinart, incessamment ou dans l'église, ou autour du monastère. A peine pouvait-il le quitter de vue. » C'était comme une fascination. Personne ne fut étonné lorsque, le aS août i653, il se présenta comme postulant. Il prit l'habit le 5 septembre suivant, et, le 6 septembre i654, juste une année après, il faisait profession. Il était désormais pour la vie fils de Saint-Benoît.
Abusa- t-il de ses forces et ne ménagea-t-il pas assez sa santé, plutôt délicate? Il le semble bien. L'instruction des novices lui avait été confiée au lendemain de sa profession. Il s^acquitta de sa charge avec un tel zèle qu'il tomba malade. Il fallut l'éloigner de la ville et l'envoyer à la campagne, dans un monastère rural. Des maux de tête persistants l'avaient rendu incapable de toute application, au point qu'il ne pouvait même plus se livrer à la psalmodie.
A Nogent, où on l'avait ainsi exilé, grâce aux heureux effets de l'air, et aussi d'occupations moins intellectuelles, sa santé commença à se raffermir, sans cependant devenir encore normale pour l'austère existence bénédictine. De la plupart de ses religieux confrères, rien ne le distinguait alors qu'une certaine curiosité d'un genre à part, qui ne leur était pas habituelle. Il avait lu dans quelque livre ou simplement entendu dire qu'un abbé fameux en son temps avait été inhumé dans l'église du monastère. Il voulut en avoir le cœur net, et, dans l'espoir de quelque intéressante découverte archéologique, il fit dépaver toute la nef et les bas côtés.
Notre-Dame de Nogent n'était guère qu'une ferme monastique. Le naissant archéologue n'y prolongea pas outre mesure son séjour. En juillet i658 il la quitta pour l'importante abbaye de Corbie, au diocèse d'Amiens. Des fonc-
tions à la fois peu intellectuelles et très absorbantes l'y attendaient. Après avoir débuté par la porterie, il fut promu dépositaire et cellérier. Gomme tel, il lui fallut procéder à l'achat des vivres, descendre à l'office et à la cuisine, inspecter non seulement la cave et l'infirmerie, mais jusqu'aux écuries. Docilement, mais sans enthousiasme, il avait accepté ces obédiences. Il n'y a rien de vil ni de méprisable dans la maison de Dieu, et les fonctions les plus hautes seraient paralysées si ne leur prêtaient leur concours les fonctions inférieures. Le sacerdoce qui lui avait été conféré le 27 mars 1660 ne l'en dispensait point.
Son esprit n'en était pas moins toujours en éveil. Il y avait en lui je ne sais quel instinct du chasseur toujours à l'affût d'un gibier qui se cache et qu'il s'agit de découvrir au seul vu de ses traces sur une couche de feuilles ou dans une argile détrempée. « Un de ses premiers soins, quand il demeurait dans un monastère, était d'en bien apprendre l'histoire et de s'instruire autant qu'il pouvait de ce qui regarde les personnes illustres qui y ont vécu. Il s'attachait surtout à bien connaître les saints patrons du lieu et ceux dont on y conserve les reliques. Il voulut apprendre le détail de leurs actions et savoir ce qui les avait rendus si recommandables. Il s'attacha particulièrement à saint Adalard qui avait quitté la cour de Gharlemagne, dont il était cousin, pour se retirer dans cette célèbre abbaye » (Dom Ruinart).
Toute proche de Paris, l'abbaye de Saint-Denis était en commerce régulier avec la capitale. Gardienne des sépultures royales, elle était ainsi à la fois comme le musée et comme le sanctuaire de notre histoire nationale, sans perdre son caractère de nécropole. Tout notre passé était là, au fond de ses tombes. Pour l'éveiller, il n'y avait qu'à se pencher en laissant tomber sur elles un regard. Mais ce n'était point comme historiographe qu'était appelé celui qui devait
2 b DOM JEAN MABILLON
composer la célèbre Diplomatique, c'était seulement comme garde du Trésor.
Le garde du Trésor consistait moins à monter la garde autour des richesses d'art ou de piété confiées à ses soins qu'à les faire voir aux visiteurs, en satisfaisant les questions de leur curiosité. En dépit des apparences. Frère Jean Mabillon n'avait en réalité à remplir qu'une fort modeste mission. Qu'on se représente l'un quelconque des gardiens du Mont-Saint- Michel en avant d'une bande de touristes de l'une ou l'autre des côtes de la Manche, faisant halte avec eux de distance en distance, et, à chaque halte, leur donnant de ces explications, toujours les mêmes, qu'ils écoutent bouche bée, qu'au lieu de l'uniforme dont les a gratifiés l'administration des Beaux- Arts, on les revête d'une robe et d'un scapulaire surmonté d'un capuchon, et ce sera tout le portrait de Frère Jean dans son rôle.
Un jour, raconte-t-on, au cours d'une de ces promenades, soit par maladresse involontaire, soit presque à dessein, pour ne pas rester plus longtemps un maître d'erreur et de fausseté, il laissa échapper de ses mains un miroir ancien attribué par une légende à Virgile. Le miroir se serait brisé. C'est ainsi que, matériellement, il débuta, ou fut censé débuter, dans la destruction des légendes qui sont la fleur de l'histoire, mais une fleur d'ivraie, d'une apparente et illusoire beauté qui ne vaudra jamais celle de la vérité.
De l'incomparable érudit dont, quelques années plus tard, non seulement toute la France mais toute l'Europe allaient connaître le nom, les Supérieurs de la Congrégation de Saint-Maur auraient pu faire un prieur, en commençant par en faire un sous-prieur. Ils auraient pu le placer à la tête de Saint-Ouen de Rouen, de Saint-Faron de Meaux, de Saint- Vincent du Mans, de Saint-Aubin d'Angers ou même de Saint-Germain des Prés, et, en lui confiant ainsi le gouvernement matériel et moral d'une de ces grandes abbayes, le
détourner pour toujours des travaux qui, en même temps que sa réputation personnelle, allaient assurer, non seulement dans le présent, mais jusque dans le lointain avenir, la renommée de la Congrégation, Heureusement, l'idée ne leur en vint pas, ou, si elle leur vint, ils en furent détournés par une sorte de divination à laquelle se mêlait une certaine perception expérimentale de ses dons de savant.
Toujours est-il que quand en 1664 l'abbaye de Saint- Germain des Prés demanda un auxiliaire pour seconder dans ses travaux ce Mabillon d'avant Mabillon qu'était Dom Luc d'Achery, ce fut sur le trésorier de Saint-Denis que se portèrent les regards de ses chefs, et ce fut lui qui fut désigné. De cette décision, pas plus qu'un autre, celui-là même qui en était l'objet, personne ne prévoyait les effets. Ce jour-là pourtant, une extraordinaire vocation, à laquelle les circonstances avaient été jusqu'alors plutôt défavorables, allait sinon naître, du moins prendre conscience d'ellemême, croître et se développer pour donner des fruits merveilleux à la suite d'une floraison presque instantanée.
A partir de cette entrée à Saint-Germain des Prés en juillet i664> la biographie de Dom Mabillon se confond avec l'histoire même de ses travaux. Il n'en a point d'autre, ne pouvant d'ailleurs en avoir d'autre, semblable en cela à ces bénédictins laïques qui jamais ne désertent les Archives et les Bibliothèques pour descendre sur la voie publique, s'égarer au forum, en partager les passions et compromettre ainsi la sereine impartialité de la Muse de l'histoire au milieu des haines des partis.
L'Académie des Inscriptions, sœur cadette de l'Académie Française, ne partage pas sa renommée. A l'ombre de la coupole de l'Institut, elle ne connaît point les grandes séances solennelles, les brillantes réceptions qui émeuvent et font courir le « Tout-Paris ». Ce fut en juillet 1701 qu'eut lieu la transformation en véritable académie de la simple
compagnie privée créée par Golbert quarante années avant, mais seulement en 1718 que des lettres patentes lui furent octroyées.
A côté des membres associés devaient prendre place des membres honoraires. Deux religieux furent compris parmi ces derniers. L'un était le confesseur du roi, le P. de la Chaise, l'autre Dom Mabillon. Louis XIV avait ainsi tenu à honorer l'abbaye de Saint-Germain des Prés en la personne du plus illustre des religieux delà Congrégation de Saint-Maur.
Ce fut pour les étrangers, et même pour les Français, un grand sujet d'étonnement que la présence de ces deux robes noires, dont l'une bénédictine. Quant à celui qui la portait, il ne s'apercevait même pas que tous les yeux des assistants étaient respectueusement tournés vers lui. 11 ne levait jamais les siens.
Voici en quels termes il répondit à la lettre où le Secrétaire d'État Pontchartrain lui annonçait sa nomination :
« Monseigneur,
« J'ai reçu avec un très profond respect l'honneur qu'il a plu à Sa Majesté de me faire en me mettant au nombre des Académiciens honoraires de l'Académie royale des Inscriptions.
« J'avoue que j'ai été surpris qu'un si grand roi ait bien daigné jeter les yeux sur une personne obscure telle que je suis et qu'il ait eu la bonté de me donner place dans une compagnie si illustre. Heureux, si je pouvais correspondre en quelque façon aux glorieux desseins de Sa Majesté.
« Mais je sens bien qu'il me sera bien plus facile de profiter des lumières de tant d'illustres et éclairés académiciens que de présumer pouvoir leur en donner de nouvelles. Je ferai néanmoins mon possible pour n'être pas tout à fait indigne de cet honneur. »
Si le savant bénédictin quitte sa cellule, s'il parcourt la
Flandre, l'AUeinagne, la Suisse, l'Italie après s'être promené dans la France même de monastère en monastère, ce ne sera jamais que pour travailler sur d'autres chantiers de l'érudition, comme il travaille sur le chantier de Saint-Germain des Prés. Et quand, septuagénaire, il tombera, la tête encore penchée sur les feuillets d'un manuscrit, il ressemblera au soldat qui, le fer à la main, s'abat soudain, le front troué d'une balle.
Mabillon est un saint autant qu'un savant, et, lorsqu'il raconte sa mort, son biographe devient comme un hagiographe. Cette mort, avec les événements qui l'accompagnèrent, est ainsi rapportée :
« Le i^"" décembre 1707, Dom Mabillon était parti en mission à l'abbaye de Ghelles. En cours de route, pris soudain d'une rétention d'urine, au lieu de revenir sur ses pas, il poursuivit son chemin. Mal soigné à l'abbaye de Chelles, par un médecin peu capable, qui se méprit sur la nature du mal, il dut être ramené à Saint-Germain des Prés. Durant près de trois semaines il passa par des souffrances atroces. »
« Il n'est pas concevable, lit-on dans sa notice au Nécrologe de l'Abbaye, combien il souffrit durant ce temps-là, mais avec une patience angélique, toujours appliqué à Dieu, il se réjouissait d'être attaché à la Croix avec son Sauveur. Il ne manquait en rien à son office, s'entretenait en prières ou avec de saintes lectures...
« Sa maladie augmenta beaucoup vers le 20. Il reçut les Sacrements avec une piété toute singulière le 21, et communia encore la nuit de Noël. Et le 27, jour de sa mort, il passa la dernière nuit et le jour suivant dans une application à Dieu continuelle, accablé de douleurs pour le corps, mais qui ne faisaient qu'augmenter la ferveur de son esprit; et enfin rendit son âme à Dieu en le priant et en le louant, sur les cinq heures du soir, le jour de Saint-Jean, son patron. »