‹ Un moine méconnuChapitre 9 sur 18 · I > M. MM. MU MM · texte numérisé non relu

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tait un métal qui en touchait un autre ; Claus ne sentit rien. Quand il l'eut assez bafoué, Johann le poussa brutalement; la portière se balança longtemps après le passage du géant.

Eberstein avait remarqué l'action de générosité d'Ulrich, et dans une série de méditations , qui l'avaient empêché de voir et de blâmer sans doute la scène dont Johann avait rendu Pfeiffer la victime, il rattachait cette action à la conduite déjà fort inexplicable de son plus jeune fils. Cet enfant ne ressemblait à aucun autre. Quelle influence subissait-il ?

Au bout de quelques minutes , le graf se retournant vers Ulrich :

— Vous croyez sans doute que je ferais le bonheur de ce serf si je lui accordais l'enfant dont il réclame la possession à titre de père, et que je lui refuse, moi, à titre de seigneur. Mais ma souveraineté , que je

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conserve pour mon prince, serait perdue si je ne retenais que de leur propre volonté tous ces enfants nés dans mes propriétés et qui demain seront des hommes. Ils relèvent de moi : est-ce que je ne réponds pas de leur existence ? S'ils sont à moi , je suis à eux. Cinq enfants écraseraient ce serf qui ne consulte que son amour lorsqu'il les voudrait tous. Son cœur saigne d'en perdre trois sur cinq. Et celui qui n'en a qu'un pour héritier, possédât-il cinq enfants braves , dévoués , et bons comme vous, Ulrich, celui-là n'est-il pas trois fois plus à plaindre ? Et vous le con naissez celui-là.

Ulrich se pencha vers son père ; il lui baisa la barbe avec respect.

Johann s'était presque endormi sur l'admirable Tewerdanck.

Un knecht prévint le graf que le sondeur des mines sollicitait la permission de lui être présenté.

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Il entra.

Au-dessus du cerf par sa charge, qui consistait principalement à mesurer avec une sonde le travail de chaque ouvrier des mines, Gottfried jouissait de la demi-liberté de ne pas être obligé de vivre continuellement sous la terre ainsi que ses compagnons. Par son entremise, le graf communiquait ses ordres au mineurs, et ceux-ci se servaient du crédit de Gottfried pour faire parvenir au graf leurs demandes et leurs plaintes. Comme d'usage, les ouvriers l'abhorraient. A les en croire, Gottfried était un espion, un traître, un flatteur.

— Voyons, Gottfried, qu'as-tu à nous apprendre?

— Qu'il y a fête à l'enfer dans trois jours, seigneur.

— Pourquoi cela, Gottfried?

— Vous n'avez pas oublié qu'à chaque anniversaire de votre fête vous délivrez ,

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en commémoration d'un si beau jour pour nous, un serf de vos mines.

— Vous ne m'aviez pas rappelé , Johann que c'était dans trois jours ma fête.

— C'est que Johann est libre, mon père, répondit Ulrich au lieu de Johann.

— Et bien, Gottfried. qu'il soit fait comme d'usage ; donnez la liberté à un serf de la mine.

— J'ai à vous rappeler qu'un de vos fils, ordinairement c'est l'ainé, doit être présent à la cérémonie pour prononcer le vous êtes libre! sans cela le ban ne serait pas rompu.

— Oui, c'est le vieil usage de notre bonne Saxe, Gottfried.

— Oui, libre et gueux, interrompit peu obligeamment Johann.

— Puisque Dieu ne permet pas , ajouta Ulrich, qu'ils soient libres et seigneurs.

— Johann, irez-vous dans trois jours à cette cérémonie?

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— Par obéissance , mon père , car la vapeur du charbon m'étouffe, et sa poussière me fait tousser. J'aime peu, d'ailleurs, assister à la grosse joie de ces gens qu'on affranchit ; il y en aura bientôt autant de libres que d'esclaves. Mais, par obéissanee, j'irai.

— Et vous, Ulrich, irez-vous à la mine?

— Par obéissance , mon père, et par curiosité. Je n'ai encore visité aucune de vos mines, qu'on dit si profondes.

— Gottfried ! Ulrich, mon fils bien-aimé, sera présent , dans trois jours , à l'affranchissement du mineur. Nous ne voulons pas, Johann, vous exposer à être malade; vous êtes délicat comme votre mère. Soyez toujours l'un et l'autre bons comme elle.

Et le graf porta son regard et le fixa sur le portrait à fond d'or qui surmontait la cheminée. La comtesse n'avait pas dû être belle, si le peintre avait été exact, et il l'avait été assurément, car le portrait était fort

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bien peint. C'était une tète ovale et blanche comme un œuf, sur lequel on peindrait deux teintes roses, et du sommet duquel on tirerait deux lignes, coupées par une troisième en guise d'yeux et de nez.

La contemplation du père entraîna celle des fils et celle de Gottfried le sondeur. Comme ils étaient debout, la tête rejetée en arrière pour considérer plus attentivement le portrait, la flamme les éclairait à profil fuyant, et cette flamme, et ce feu , et ces hommes, dont la barbe de l'un était si belle, et ce portrait colossal qui semblait monter devant eux, eussent fait croire à l'évocation bienheureuse de la dame protectrice du château.

C'était mieux que cela ; c'était une mère.

Le graf essuya une grosse larme.

— Allons, mes enfants, il se fait tard.

Et, appuyé sur son fils aîné Johann et sur le bras d'Ulrich, il traversa la salle, et s'a-

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