Chapitre quatrième
Arrivé à l'entrée de la mine, Ulrich péné tra sous un rocher taillé en voûte qui dérohait la vue de la plaine, et descendit de cheval.
La nuit était venue.
Quand il se fut débarrassé de ses éperons.
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qui l'auraient gêné dans sa marche à travers les sentiers tortueux , sous les galeries sombres de la mine, il sonna du cor avecforce pour avertir les mineurs de sa présence.
Au bout de quelques minutes , la porte de chêne ouvrit ses deux battants et les referma sur Ulrich. La bride du cheval fut nouée à un anneau scellé dans le mur à quelques pas de l'entrée.
A la clarté d'un falot, il descendit la pente rapide de la première galerie , appuyé sur l'épaule de Gottfried , qui était venu à sa rencontre.
Il respira avec plus de liberté dès qu'il sentit que son coude et ses genoux ne froissaient plus les parois de la mine , et que sa tête ne détachait plus en passant des exfoliations d'argile. L'air devint graduellement moins pesant , les ténèbres moins épaisses ; la sonorité des pas annonça bientôt l'espace.
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11 tomba une fraîcheur perpendiculaire sur son front. Gottfried éleva le falot; Ulrich remarqua qu'ils étaient sous une voûte colossale, soutenue par elle-même, formée de quartiers de roche rougeâtre , tissues et entrelacées de racines. Des fuites d'eau larmoyaient çà et là à des intervalles inégaux. Quelques étoiles luisaient au-dessus de cette voûte par une ouverture qui s'était faite à son sommet à la suite d'un amincissement de terrain. Des chèvres égarées se hasardaient parfois à avancer leur tête barbue et à pousser un bêlement plaintif au bord de ce trou.
— Passez cette chemise de toile noire, dit le conducteur à Ulrich ; sans cela, je ne réponds pas que vous ne soyez complètement habillé de deuil avant d'être arrivé.
Ulrich passa la chemise noire ; nouée étroitement à son cou , elle descendait ju<^ qu'à ses pieds en forme de sac.
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— Suivez-moi maintenant. Votre main ; avancez le pied ; ne craignez rien : je vous conduis au centre de la salle où nous venons d'entrer. Vous allez heurter une barrière ; posez-y la main , et ne bougez pas. Vous êtes à l'entrée du puits ; sans désemparer, passez votre corps sous la barrière. Bien. Allongez la jambe ; tenez-vous toujours fort à la barrière. Sentez-vous une entaille dans le trou ?
— Oui, Gottfried.
— Coulez votre pied, appuyez-le sur l'entaille ; autant de l'autre côté, il y a une autre entaille. Posez toujours un pied à droite, l'autre à gauche ; mettez vos mains où auront été vos pieds, dans les mêmes entailles.
— Est-ce bien profond?
— Quatre-vingts pieds. Seigneur, il serait prudent de ne pas parler pendant quelques instants.
Après ces recommandations , continuant
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à descendre dans ce boyau creusé à vif dans le rocher , Ulrich et Gottfried se poussèrent en silence ; car , passé le premier , le conducteur était attentif à faire sentir le voisinage de ses épaules à Ulrich, qui parvint de cette périlleuse manière jusqu'à la seconde galerie. Là , ils se reposèrent un instant. Gottfried ranima la lampe.
Au centre de cette seconde salle s'ouvrait un autre puits, mais plus large et plus profond que le premier, et qui ne lui était pas perpendiculaire ; sombre comme le chaos, béant et déchiré comme un volcan éteint. Au-dessus du puits deux paniers se balançaient ; Ulrich et Gottfried se placèrent dans le même; celui-ci saisit la corde où était attaché le panier vide , et il ne commença à la lâcher qu'après avoir éteint le fallût, précaution nécessaire, car la vue des objets fuyant devant les yeux avec une rapidité égale à la chute ferait tomber en défail-
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lance. Ulrich fut prévenu que la moindre imprudence entraînait dans ce trajet de funestes accidents. Au moindre balancement, la corbeille s'incline et dégorge, comme un résidu de charbon , le voyageur téméraire à cent cinquante pieds au-dessous de lui.
Ils descendirent. Un mugissement rauque, lointain comme celui d'une cascade, se mêlait au vent noir, courant de bas en haut, causé par la vitesse de leur chute. Ils étaient dans le voisinage des aqueducs d'où s'échappent les eaux qui jaillissent spontanément des fouilles, et engloutissent si souvent les malheureux mineurs. Ulrich traversa comme une ligne de plomb le puits percé au milieu de ces eaux invisibles, qu'une pompe élève à une certaine hauteur pour les déposer dans un bassin, qui les rejette au dehors dans le lit de quelque rivière.
Le panier toucha la terre.
Ulrich ouvrit les veux devant deux mille
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mineurs armés de flambeaux, debout au milieu d'une salle ardente de lumières que reflétaient les nombreuses pyrites dont elle était semée. Cette clarté était chaude; elle se renouvelait trop vite pour la grande cavité où elle s'exhalait sans issue , et , répétée, pressée comme elle l'était, elle semblait agir sur les parois avec la puissance de la vapeur. La lumière bouillonnait.
Ce furent des cris d'une ivresse sauvage. On se disputa l'honneur de saluer le fils du graf Eberstein , qui , un peu étonné de cet accueil, un peu ému de l'aspect de ceux qui le lui prodiguaient , semblait , avec ses membres délicats , ses mains blanches posées au-dessus de ces crinières comme pour les bénir , avec sa chevelure blonde agitée par 1 ^hes qui fumaient près
•rnaturel tombé au Jlieu des