VAI.EUR DES A]«€IEMS TRAVAUX SUR I^'ORIEMT
Pour se faire idée des études sur l'Orient et de la confiance qu'on doit avoir dans l'appréciation des écrivains sur tout ce qui concerne l'Islam depuis la renaissance jusqu'à une époque très rapprochée de nous, il suffit de penser à l'étude archéologique de ce coffret. Elle est fort curieuse.
« En 1714, celte inscription, rappelle M. A. A. dans l'article cité, fut envoyée, pour élrc traduite, à Petis de la Croix, secrétaire-interprète du roi et professeur d'arabe au Collège de France. Ce savant, sans hésiter, en donna la traduction suivante, qui fut
insérée de suite dans les Mémoires de Trévoux, aux acclamations de ce qu'on appelait alors la république des lettres :
a Au nom de Dieu ! quehiue honneur que nous rendions à Dieu, » nous ne pouvons pas l'honorer autant qu'il le mérite, mais > nous l'honorons par son saint nom. »
ï Ce travail demeura incontestable et incontesté" jusqu'en 1820, où sir Spencer Smith, qui avait habité l'Orient, s'aperçut au premier coup d'œil que la science du professeur égalait pour ce fait, celle de l'interprète qui avait traduit à Louis XIV le discours des ambassadeurs du roi de Siam, et que c'était une des impostures dont on nourrissait la bonne foi publique à l'époque où le défaut de relations rendait les langues orientales à peu près un mystère pour tout le monde.
» Ce n'était pas, au surplus, la première tromperie de ce genre que s'était permise ce professeur. Déjà M. de Hammer, interprète de la cour de Vienne, avait fait connaître, dans son catalogue des manuscrits orientaux, publié dans les mines de l'Orient, que les Mille et un Jours, contes persans, traduits par Petis de la Croix, n'étaient autre chose que la traduction d'un original de son invention, car il est tout aussi bien inconnu en persan qu'en arabe.
» Sir Spencer Smith envoya avec son observation critique, le texte de l'inscription, à M. de Hammer, et le célèbre orientaliste, dévoilant encore cette supercherie, lui donna la transcription en caractère moderne, avec une traduction sérieuse, dont l'exactitude littérale peut être facilement vérifiée, et que le savant anglais communiqua à l'Académie de Caen. La voici :
» Au nom de Dieu clément et miséricordieux, sa bénédiction est parfaite et sa grâce immense. »
Les caractères de cette inscription sont koufiqiies.
lUappelons cependant, en terminant ce chapitre, que le siècle de Louis XIV n'était, en Europe, qu'un temps de décadence complète pour ce genre d'études : les lettres orientales avaient été fort bien cultivées, des croisades à la renaissance. On sait
que, dans cette période, l'arabe et l'hébreu étaient pour nos universités des langues classiques. Abailard, notre vieux Rabelais, Roger Bacon et tant d'autres hommes fameux parmi les contemporains fouillaient la littérature arabe.
On peut donc, en recourant à l'époque gothique, trouver des documents intéressants pour l'étude du monde nuisulman. Mais il faut pour s'en servir avec fruits, tenir attentivement compte des préjugés d'un temps oii toute analyse se basait complètement sur la théologie.