ARABES
II y avait, en outre, dans l'appartement de Tedjini, des curiosités arabes de toutes espèces ; tout un magasin de bric-à-brac européen, dans lequel on remarquait sui'tout des appareils scientifiques. Une bascule romaine me procura l'heureuse occasion de montrer aux Arabes que j'étais plus vigoureux qu'ils ne le croyaient. Je n'en fus pas fâché: je m'étais aperçu que, grâce à mon éducation un peu bourgeoise, ils me croyaient mou, efféminé. M. C. . . voulant expliquer à notio entourage l'usage de cette bascule, dit au jeune Ould-Froun, qui la tenait parTanneau, de peser avec l'autre main, de toute la vigueur de son bras, sui
le crochet appendii à la petite branche du levier: l'aiguille tourna sur le cadran et le capitaine démontra que le chiffre indiqué était exactement la force employée par le kalifat. Gela donna à chacun idée d'essayer la sienne. Je ne sais si nous employâmes la nôtre avec plus d'adresse : la France eut une fort belle victoire dans ce tournoi, M. G. . . dépassa de plus de dix kilog. le chiffre le plus fort amené par les Arabes, et, en suivant les procédés démontrés avec grande intelligence par notre excellent professeur d'escrime, notre vieil ami, M. Lalou, au moyen de cette concentration de la puissance musculaire que M. Lalou a rendue classique et que, pour la graver dans la mémoire de ses élèves, il a désigné dans son cours sous le nom si coloré de sombre coup, j'eus la bonne chance de pousser l'aiguille encore plus loin. Je suis forcé de déclarer que cette épreuve me valut des spahis 'de l'escorte certains égards qu'ils n'avaient pas eus jusqu'alors.
En sortant de la maison de Tedjini, nous trouvâmes nos chevaux, sautâmes en selle, sortîmes de la ville, et en côtoyant le mur d'enceinte, nous trouvâmes notre camp. Nos tentes étaient dressées le long du cours de la rivière qui traverse la ville et arrose les jardins. Elle est parfaitement endiguée dans une bonne maçonnerie qui part d'un grand lavoir public pour les femmes, placé à quelques cents pas de la ville. Ce lavoir a été environné chastement par les Tedjini d'une ceinture de murailles, avec vestibule à la moresque, c'est-à-dire latéral, de numière que l'œil qui risquerait un regard à travers les fissures de la porte, ne pût pas môme deviner l'ombre d'une chaste Suzanne sortant du bain. La disposition parfaitement pudibonde de ce sanctum sanctorum me fit penser que les reproches de Moula-Ahmed avaient fait impression sur les habitants d'Aïn-Madhy, ou plutôt que les descendants de son ami Tedjini avaient cousidérabliMiuMit amélioré les mœurs de cette ville.
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J'employai mon temps, jusqu'au dîner, à visiter les jardins mis
en si triste état par l'émir Alxl-el-Kader. Les plantations sont refaites, les arbres poussent avec vi^'ueur, et Inch'alla (s'il plaît à Dieu), bientôt les plaies faites par la guerre seront cicatrisées.
Lorsque je revins au camp, la diffa avait été apportée. Nous déclarâmes à l'unanimité que c'était la meilleure réception que nous avions reçue pendant notre voyage. Louons donc avec Moula-Ahmed, l'hospitalité des gens de cette ville, et disons avec lui : « que Dieu augmente leurs biens ! »
Le lendemain, nous entrâmes dans le Djebel-Amour et parcourûmes pendant quelques heures un pays pittoresque ; montagnes couvertes d'arbres, ravins profonds dans le sein desquels nous entendions souvent le bruissement d'une rivière.* . . Et vers midi, après sept heures de marche sans mettre pied à terre, nous arrivâmes en vue d'El-Gricha.
rM PROBIiÈAIE Jk SOUMETTRE AUX ARCHÉOI.OGUES
Comme nous étions rentrés dans le cercle de Tiaret, les indigènes, avant notre arrivée au ksar, firent à leur hakem la réception ordinaire dans le Sahara. Tout le contingent de fantassins nous attendait à un kilomètre environ de la ville. Assitôt que nous fûmes signalés, les tambours de basque, les flûtes indigènes, le iou-iou des femmes, cris caractéristiques qu'on n'oublie jamais quand on les a entendus, mêlés aux coups de fusils, retentirent, en notre honneur, répétés par tous les échos du pâté de montagnes. Puis toute cette troupe, au bruit de ce bacchanal pour une oreille européenne, se réunit à notre cortège, et nous fîmes notre entrée triomphale dans notre camp, précédés des deux porte-gonfanon delà ville, faisant avec leurs drapeaux des évolutions dans le genre de celles que nos vieilles compagnies d'archers wallonnes nous font admirer dans les processions de nos villages.
Cet art d'évoluer les bannières est peut-être un précieux souvenir des croisades : livrons l'idée de la recherche de cela aux archéologues de notre bonne ville de Lille.
liA GRAMDE IMFI.IJE1ÎCE DE 1j\ CITILIiSATIOM IHIISOLmvIlMe sur MOTRE MOYEM-AGE.
« Ne serait-ce pas, aujourd'hui que la possession de l'Algérie répand en France la connaissance de l'arabe, une œuvre digne d'encouragement que la recherche des modèles que nos relations avec l'Afrique et l'Asie ont apportés en France pendant le moyenâge? Ne pourrait-on pas y trouver la preuve de l'influence qu'ont dû avoir ces communications sur l'industrie et les beaux-arts ? C'est aux croisades qu'on a attribué l'origine de l'architecture ogivale. Au milieu de ce grand mouvement, serait-ce donc seulement l'architecture qui se serait enrichie, et tout ce qui dépend de l'art n'a-t-il pas dû en profiter également? » {Revue d'Orient, 1847, page 65, signé A. A.).
Ces sages réflexions ont été inspirées par une étude sur un coffret arabe possédé par la cathédrale de Bayeux. Ce précieux souvenir est en ivoire, il est garni de plaques et de traverses en vermeil, ornées d'arabesques en relief, d'un travail achevé. Au milieu de cette dentelle de métal, se jouent des paons et d'autres oiseaux, dont les queues s'entrelacent et concourent à l'ensemble des ciselures. Un riche recouvrement à charnière, sur lequel se répète le dessin, est placé sur la serrure. Lorsqu'on le relève, on aperçoit i-.n grand écusson d'argent au milieu duquel est percée l'entrée. Cet écusson est entouré d'une légende arabe.