PROPRIÉTÉ ARABE QVE I.A PROPRIÉTÉ
FRAMCAISE.
L'administration française a déjà fait des prodiges en Algérie. Cependant elle a fait et elle fait encore de grandes fautes.
Les plus fâcheuses sont celles qui portent atteinte à la propriété territoriale des Arabes. Elles peuvent empêcher la pacification complète du pays et préparer un orage formidable qui pourrait bien crever sur nos têtes en vêpres siciliennes musulmanes.
Le temps de la guerre est passé. Les Musulmaos de nos colonies sont des administrés et non des ennemis. Ce sont maintenant des Français comme nous : ils ont droit comme nous de réclamer de l'administration, aide, protection et respect de la propriété.
(*) Le Sénp,tu6-Consulte (7 juillet 1865) sur la naturalisation des indigènes, établit IfL voie légale de cette ;révolution, désirée par nous dès 1854, dans la propriété et la constitution civile des indigènes.
Pourquoi le gouvernement français ne garantit-il pas avec autant de soin la propriété de nos concitoyens, les Arabes d'Algérie, qu'il garantit en France la propriété de tous et en Algérie la propriété des colons ?
Dans la capitulation de la ville d'Alger, la France, en ennemie généreuse et civilisée, a inséré le respect de la propriété des particuliers : cela est fort bien. Mais depuis le temps qu'elle a la prétention d'administrer convenablement les indigènes, n'aurait-elle pas dû employer toute sa sollicitude à reconnaître sérieusement la propriété des Arabes (*), à en tenir cadastre et à faire étudier les conditions économiques de la propriété selon l'Islam, afin d'imposer à ses agents le respect de tous les droits qu'elles comportent.
Nous regrettons de le dire, hormis le travail de M. Worms, on n'a fait aucune étude complète sur la propriété dans l'Islam (**),et le territoire des tribus est loin d'être parfaitement limité. Selon les besoins de la colonisation, on refoule les Arabes du terrain qu'on leur avait d'abord reconnu, fait déplorable qui exaspère et qui donne une haine sourde contre la domination française.
En outre, les fonctionnaires des domaines sont trop ardents et trop absolus en recherchant le territoire du beylick (de l'Etat).
Certes, il faudrait être bien aveugle pour nier les éminenls services que cette administration, si respectable et si éclairée, rend en Afrique aussi bien qu'en France, en défendant avec tant d'honneur et de dévouement les intérêts de l'Etat, et en ne reconnaissant pas combien son action bienfaisante est nécessaire dans la colonie, pour faire passer par le budget des fonds dont l'emploi tout indispensable qu'il est, n'est pas régulier.
Mais nous trouvons que le pouvoir militaire aurait dû avec
(*) Le décret de 1863 sur la propriété arabe, tant attaqué par les colons, donne satisfaction au désir que nous exprimions en i8o4. Nous ne doutons pas qu'il ne i)rodui8e les meilleurs résultats.
('*) Le rapport fait en 1863 par le général Allard a rempli toutes les conditions que nous désirions.
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son épée, tranchei' dans toute l'Algérie, le nœud gordien de la démarcation du territoire du beylick, avant que radministration des domaines, qui, elle, doit accomplir des devoirs rigoureux d'un autre genre, ne vint faire ses recherches consciencieuses.
Pour mieux expliquer ce que nous voulons dire, nous devons rappeler que le territoire du beylick est le terrain qui appartenait au gouvernement turc avant la conquête. Le gouvernement français a hérité naturellement de ces terres, dont la recherche, comme de juste, appartient à l'administration des domaines.
Au point de vue de notre influence et de la soumission du pays, il est fâcheux que notamment dans le Sud cette recherche soit si rigoureuse. Le gouvernement turc n'était pas aussi régulier que l'administration française et sa domination n'était pas aussi étendue que celle de la France : par suite il n'a pu délivrer à toutes les tribus, les titres exigés naturellement, nous le répétons, par les domaines, pour la reconnaissance de la propriété.
Nous avons entendu dans la grande Kabylie et dans le sud des officiers des affaires arabes se plaindre de cela et dire qu'il y avait là un ferment de soulèvement.
Pour démontrer combien ces questions de propriété sont graves, nous rappellerons encore une fois ce qui s'est passé dernièrement près de Mostaganem . Les Arabes ont repoussé à main armée un juif indigène qui venait prendre possession d'un terrain que le gouvernement lui avait concédé à tort.
Nous comprenons que le gouvernement cherche à attirer en Algérie un certain nombre d'Européens pour infuser l'esprit européen et nos procédés de travail; mais pourquoi im juif indigène ? Les Juifs ne sont-ils pas le peuple le moins agriculteur qui soit au monde ? Qu'on cite en France un juif, un seul juif culti- • vaut la terre de ses propres mains.
COMBIEM II. EST DIFFICILE DE DÉFEMDRE ATE€ IMPARTIAIilTÉ liEii IMTÉRÈT.S DES ARABES.
Ajoutons à ces consMérations le tort que fait, au point de vue
indigène, cette protection peu mesurée et exclusive qu'on donne dans certains cas, à la colonisation européenne. Nous nous proposons de traiter spécialement des inconvénients de cette protection dans la relation d'un de nos voyages dans le Tell. Maintenant, nous donnerons seulement à nos amis les données du problème posé actuellement au gouvernement pour l'administration et pour la direction de la colonie. Ils ont l'esprit trop habitué aux affaires pour ne pas apprécier les contradictions qui doivent surgir dans l'application, sans que nous citions défaits (*).
PROBIiÈm: ADMINISTRATIF.
D'un côté, nécessité pour les colons de rentrer complètement dans les conditions économiques, sociales et politiques de la métropole. De l'autre côté, pour les indigènes, nécessité d'une administration exclusivement militaire telle que nous l'avons décrite ; nécessité d'une direction absolue suivant les préceptes de l'Islam, cette civilisation théocratique pure que nous avons essayé de dépeindre.
Les résultats produits par ces données contradictoires pour le développement des intérêts divers en présence en Algérie, sont quelquefois désastreux loisqu'on cède plus à un point de vue qu'à un autre.
L'extension du pouvoir civil et le régime de notre procédure française, pour sa lenteur, sont des causes de décadence dont il faut garer le plus possible les indigènes {**).
(*) La discussion de ce problème nous entraînerait trop loin. Ce cadre contient tout ce qu'on est convenu d'appeler: la question d'Algérie?
(*) L'aridité de la question d'Algérie est popuhîire: autant de système et de solution que d'éciMvains, autant de genres d'appréciation que de genres de milieu dans lequel l'observateur a plus spécialement vécu, colons, militaires, bureaux arabes, administrations, ingénieurs, îjavants, etc. Tous ces systèmes, malgré leurs exagérations spéciales, sont fondés. La vérité est pour nous dans leurs contradictions sagement pondérées, vers le but de la politique générale de la France, tel que nous l'avons légagé.
LEf) PRODIGIEUX RÉSULTATS OBTEMUS EN ALGÉRIE.
L'Afrique française est pleine d'avenir, et le voyageur est saisi d'admiration en remarquant les merveilles produites en vingtcinq ans de possession. (Nous devrions dire en dix ans pour être plus exact: en 1846, la guerre n'était-elle pas encore dans la Mitidja) ?
Ce sont surtout, quoi qu'on en ait dit et puisse dire, les progrès que certains indigènes ont faits dans le sens de notre civilisation qui sont le fait surprenant.
Peut-être avant bien peu de temps, Dieu aidant et la sagesse de Tadministration, une insurrection pour chasser les Français sera aussi impossible dans le Tell algérien, qu'un soulèvement ne l'est devenu en Vendée pour rappeler les seigneurs et faire pendre les braconniers.
COMSEIIi A NO» AMIS.
Le touriste, quelqu'obscur, impuissant qu'il soit, peut aussi apporter son petit contingent de travail à l'œuvre civilisatrice de la France: quand bien même il ne ferait par son voyage, que porter aux sentinelles avancées et disséminées dans le désert, une bonne marque de sympathie du pays, en leur montrant qu'on connaît leurs travaux, qu'on s'y intéresse et que même on a eu la curiosité de venir les visiter ; quand on ne ferait que montrer aux Arabes cet amour de l'humanité et cette charité dont tous les cœurs débordent chez nous; quand on ne ferait que produire dans le fond d'une province de France, un infiniment petit point d'appui pour l'œuvre de fraternité, en- persuadant son entourage que ces Arabes, qui jadis coupaient la tête avec tant de cruauté à nos soldats, sont dans la vie privée, aussi bons que les Espagnols, qui, en 1810, nous sciaient entre deux planches, et que les Français de l'ancienne châtellenie de Lille, qui, en 1815, allaient à l'affût des Russes et des Prussiens.
Que nos amis aillent donc faire une tournée dans le Sahara.
D'ailleurs, n'est-ce rien que visiter un pays vierge il y a huit
ans de touristes européens, maintenant encore plein de mystères pour notre nation peu cosmopolite et offrant à la curiosité des zones entières de pays comme le Djebel-Amour, inconnues presqu'entièrement aux Européens?
N'est-ce rien que de sentir les impressions de Christophe Colomb, que de signaler à ses compatriotes quelques richesses minéralogiques, botaniques, etc., periiues dans le petit désert?
Et puis le soleil, les teintes dorées, la fantasia, la chasse, toute une société nouvelle de mœurs, de passions, d'idées , des observations qui grandissent l'horizon intellectuel : n'en voilà-t-il pas assez pour entraîner le voyageur le plus efféminé, le plus pusillanime !