C'EST PRÉPARER CM DÊBORDEMEMT
Nous ne saurions trop le répéter, les défauts de presque toutes les études sur les Musulmans viennent de ce que l'observateur est parti d'un point de vue exclusivement européen. Par suite, il lui a été impossible de raccorder ses observations avec ses préjugés d'éducation, et il n'a vu que chaos, que barbarie, que fanatisme.
(*) Depuis rinsurrection des Polonais, les journaux étrangers nous renvoient constamment à cause de notre possession d'Afrique, les justes reproches que nous lésons à la Russie sur ses procédés de conquête. Nous croyons qu'aucune assimilation n'est possible. La France xonge sérieusement au bonheur des vaincus. Des racines sérieuses de confraternité au drapeau s'infiltrent dans le pays soumis. Il est si vrai que la conquête n'a pas été un pressurage, que notre entreprise a toujours été et sera jusqu'à la tin, une lourde ciiarge pour le budget rancais.
Le droit public lui a complètement échappé, et il a conclu qu'il n'existe pas : que ces États se composent d'esclaves et de despotes. Il n'a trouvé aucune trace du droit de propriété, jugeant la propriété d'après sa constitution en France et ne pouvant se mettre dans la tête qu'il puisse y avoir une autre organisation que celle qu'il connaît.
Aussi, nous en avons la conviction intime, sans cette abstraction complète des idées chrétiennes, qu'on nous permette de dire cette conversion momentanée à l'Islam, on ne peut apprécier cette grande rivière sociale, et on ne peut apporter avec conscience raisonnée, sa petite part de travail à la rupture des digues et au creusement des canaux d'écoulement destinés à réunir les eaux au grand fleuve européen.
Resserrer constamment le lit aurait pour résultat final de faire enfin un torrent de cette eau, qui forme en ce monient un marais stagnant, parce qu'elle est débordée de tous côtés sur des terres jfertiles.
Que les intelligences se mettent donc à l'œuvre afin que la charité européenne enlève d'abord à l'Islam tous les peuples agriculteurs qu'elle opprime, puis convertisse à la civilisation européenne les habitants des terres fertiles, et laisse enfin administrer les peuples pasteurs d'après leur génie particulier.
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L'administration française devrait chaque année faire inscrire au budget une somme de plusieurs centaines de mille francs pour la traduction en français des nianuscrits nuisulmans.
Cela encouragerait d'abord l'étude des langues orientales.
Ensuite, cela mettrait entre les mains du public Its documents nécessaires pour l'étude d'une civilisation aussi intéressante en son genre que la civilisation romaine, pour former l'intelligence des jeunes gens; d'une civilisation, comme nous venons de cher-
cher à le démontrer, que des nécessités impérieuses, politique? et philanthropiques, forcent l'Europe occidentale à étudier à fond
Il y a, en outre, pour la France un devoir rigoureux :
Il faut administrer avec intelligence les Arabes de l'Algérie ;
Il faut les empêcher de se soulever;
Il faut les fusioimer dans notre nation, c'est-à-dire en fain des Français comme nous. Corses réunis à la France en 1783 Vendéens insurgés en 1800, Alsaciens parlant l'allemand, ou n'im porte quels de nos compatriotes réunis à l'unité française plusoi moins tard.
C'est pourquoi il faut au plus tôt que la science européenm reconstruise l'Islam, en explique chaque détail, afin que nous sa chions bien comment nous conduire avec nos frères les Arabe; pour qu'ils nous aiment comme nous sommes disposés à les aimer ; pour que nous ne nous vexions pas réciproquement en sui vant chacun nos usages particuliers.
Ainsi, le médecin français, dont l'influence est déjà si grandi sur les Arabes, saura, comme le conseille avec tant de sagessi M. le docteur Bertherand (hygiène des Arabes), qu'il peut s'appuyer sur tel ou tel principe mahométan, sur tel article de la lo mahométane pour faire prendre tel remède, pratiqner telle opération. L'officier verra ce qu'il doit respecter, les préjugés à fron der; comment il doit commander, user de son influence; il aur; dans la main de vigoureux moyens d'action administratifs, judiciaires, etc. La sœur de charité, ce problème incompris des Musulmans, apprendra qu'elle doit toujours caresser les enfants ; 1 soldat, qu'il ne doit pas engager son camarade indigène à mange du lard; le colon, qu'il doit laisser à l'Arabe son respect de l'au torité; le quidam, enfin, apprendra la manière de faire usage ave les Musulmans, de cette qualité gracieuse qui fait aimer les Fran çais partout, la politesse, cette généreuse cordialité, legs précieu: de nos pères.
Tout cela réchauffé de cet esprit de bienveillance dont nous avons tous chacun notre dose, infiltrera bien vite dans l'esprit de nos frères musulmans l'amour de la domination française.
Qu'on attaque surtout les affreuses idées des arabophobes. Celui qui ne se connaît pas capable de vaincre autrement que par l'extermination, ne peut pas dire qu'il vient civiliser.
Certes, les Arabes ne sont pas des anges ; mais puisque vous vous présentez comme apportant la civilisation, c'est que vous êtes meilleurs et mieux organisés. Acceptez donc les indigènes tels qu'ils sont et marchez l'évangile d'une main et Sidi-KréUl de l'autre.
Ii'l8liA.III Ni: PEVT ÊTIHE ATTAQUÉ PAR I.A FORCE.
11 faut toujours, venons-nous de dire, avoir devant les yeux les législateurs musulmans. D'après nous, il est impossible d'attaquer l'Islam en face. Cela est si vrai que de})uis la conquête de l'Algérie, il n'y a pas un seul Mahométan converti au christianisme.
Si la France adoptait une autre politique que celle qu'elle prescrit à ses agents, la tolérance complète et la direction des Arabes par leurs lois, il y aurait dans certains moments des soulèvements épouvantables, et en dernier résultat, l'extinction complète de la population indigène. C'est ce qui est arrivé en Espagne après le triomphe des successeurs de Pelage.
Au reste, défendre davantage cette thèse est inutile. L'esprit de liberté est si populaire chez nous qu'il sera évident pour tous que le Musulman a, dans notre communauté nationale, droit à la tolérance, aussi bien que le juif et le protestant.
MOUSI POUYOMIS MOUm A§i§(llIII.E:R I.KH MAIIOMKTAII^^I UE$^ TERRE!*^ CULTIVABLES.
Cela nous empêche- t-il d'employer notre induence pour nous assimiler les Arabes de nos possessions, pour, les rallier à notre civilisation, pour battre en brèche l'Islam ? •"
Non certainement : cela, suivant nous, nous donne, au contraire, des moyens infaillibles de réussite.
L'Islam diffère essentiellement de la société française par l'organisation de deux principes, qui sont les principaux éléments constitutifs de toute société : la famille et la propriété.
Nous avons classé sous le rapport des tendances, à notre civilisation, les Mahomélans de l'Algérie en trois catégories :
r Les habitants du Tell;
2° Les gens des ksours;
3* Les nomades du Sahara.
Comme on l'a déjà vu, d'après nous, le nomade du Sahara sera bien longtemps encore rebelle à la civilisation européenne. C'est pour lui que nous sollicitons la recherche des meilleurs principes d'administration à l'usage des peuples pasteurs.
On a vu également notre opinion sur les gens des ksours. Ils ne sont tenus à la civilisation orientale que par leur entourage : ils seront donc à nous aussitôt qu'ils pourront connaître l'excellence de notre législation au point de vue agricole, et lorsqu'ils pourront apprécier notre économie sociale.
Quant à l'habitant du Tell et à l'habitant de toute terre cultivable de l'Islam que nous pourrons ranger sous notre administration, il est, croyons -nous, possible d'agir vigoureusement sur . lui pour le gagner à notre civilisation, aidé par le temps, par la tolérance et par la persuasion :
C'est en transformant la propriété musulmane en propriété française ;
C'est en changeant l'organisation des familles indigènes.
Un Arabe marié comme nous, propriétaire comme nous, sera un Français en burnous.
Qu'on examine notre société moderne. ï.e Vendéen de 179S était-il le même en 1815? Qui l'avait modifié si fort? C'est qu'il était devenue |)ropriétaire au lieu d'êti'e fermier vassal et qu'iî ne voulait pas redevenir fermier.
mjkmmrovLMikTiom de liA} propriété miisuiiMiAiii:
fiM PROPRIÉTÉ FRAMÇAISE.
Les personnes qui ont vu l'Algérie depuis l'année dernière, savent l'empressement avec lequel les indigènes du Tell se mettent à la culture des céréales. Les bénéfices énormes qu'ils ont faits sur leurs récoltes 1853 et 1854, ont augmenté tellement cet entrain que l'exportation d'Algérie de la campagne 18o4 a été double de celle de 1853. Et cela continuera de plus belle.
De plus, nous avons démontré, nous le pensons, dans le cours de notre voyage, que si l'Islam convient admirablement aux populations pastorales, cette civilisation est contraire à l'agriculture.
Bientôt, l'augmentation de l;i culture des terres produira forcément des faits transformant l'économie de la propriété arabe. En présence de l'évidence que, dans ce communisme pour l'exploitation des terres, il y a désavantage pour la production, parce que tous se trouvent rémunérés de la même manière, le paresseux et l'incapable, comme l'homme actif et intelligent, chacun ne voudrat-il pas travailler pour soi ?
De là, ne peut-on pas prévoir l'établissement, avant peu de temps, de la propriété indigène sous le régime du code civil français ? Les Arabes demanderont certainement eux-mêmes cette amélioration sociale, et on aura raison d'accepter de suite chaque requête.
D'ailleurs, n'y a-t-il pas déjà des exemples en Algérie, de Musulmans propriétaires d'après la loi française? N'avons-nous pas des Arabes concessionnaires de terres de l'Etat ?
Ces colons mahométans sont évidemment dans de meilleures conditions de prospérité agricoles que leurs compatriotes ; ils seront les apôtres du changement de régime. Pour preuve que cette opinion est bien assise, on peut montrer, en outre, que les procédés de culture importés par les Européens, quoi qu'on en dise, réagissent déjà beaucoup sur les agriculteurs indigènes. Lf
prix de la culture du coton n'a-t-il pas été gagné cette année par un Musulman ? N'ont-ils pas des prix à toutes les expositions ?
liA I.OI MUSIJIiMAIVE TOE.ÈRE liA POIiYGAMIE fSAMH l.' ElVCOUn A G ER .
M. le docteur Bertherand, qui a fort bien observé les indigènes, signale, page 297 de son livre, un fait du plus haut intérêt : c'est qu'on compte déjà, dit-il, quelques indigènes ayant marié leurs enfants sous les conditions civiles de la loi française.
C'est la plus grande victoire que notre civilisation ait obtenue sur l'Islam, depuis la conquête de l'Algérie.
Qui nous empêche d'encourager cette tendance, nous n'aurons pas le Coran contre nous. Mahomet tolère la polygamie sans l'encourager. Nous pourrons même au contraire nous appuyer sur certains textes de la loi musulmane pour pousser vigoureusement nos administrés dans cette voie (*).
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