HISTOIRE DE DEUX SOURCES
Le Friedrich-Wilhelm.
L’aînée, le Grand-Sprudel, est née dans la nuit du 22 décembre 1846.
La cadette, le Friedrich- Wilhelm, est venue au monde le 15 mai 1855.
Ce sont les deux perles deNauheim.
Elles sont situées dans la partie orientale du parc de l’établissement, à environ vingt mètres l’une de l’autre. Elles ont d’ailleurs à peu près les mêmes propriétés, ce qui fait qu’elles ont été quelquefois confondues par les historiens.
La plus rapprochée de la gare du chemin de fer, colle qui vous saute aux yeux en descendant de voiture, et que nous avons saluée à l’heure de notre arrivée, c’est la plus jeune, c’est le Friedrich - Wilhelm.
Je commence par lui.
Il a un forage de six cent seize pieds de profondeur, jaillit par un tube en fer de douze centimètres de diamètre environ, et s’élève avec bruit sous la forme d’une pyramide conique, blanche comme de la crème fouettée. Quel serait le terme de son ascension, si les précautions n’étaient prises de manière à modérer le jet, et à éviter ainsi la perte d’une portion de l’eau? Il a fait ses preuves d’élan, puisque le jour où il est sorti de terre, il montait à une hauteur de cinquante-six pieds.
Il demeurait, cet été, sur un petit plateau où l’on abordait par un escalier de quinze marches, orné de chaque côté de pétrifications tirées des salines ; ou bien, si l’escalier déplaisait au visiteur, il pouvait, à son choix, gagner aussi le plateau par un sentier en pente douce, également bordé des deux côtés, comme les marches de l’escalier, de fascines agglomérées et durcies par le sel au point de sembler maintenant des blocs d’un rocher jaunâtre.
L’eau retombait en pluie dans un bassin en bois cerclé de fer, — une sorte de tonne d’Heidelberg, dont le fond serait enfoncé dans la terre, et dont un tiers seulement dépasserait la surface du sol.
Certes, le contenant n’élait pas digne du contenu.
L’excuse de l’enveloppe, c’est qu’elle était parfaitement
momentanée. D’ailleurs, elle n’empêchait pas d’admi-
rer le trésor liquide dont elle était l’indigne récipient.
La masse neigeuse retombée se brisait en écume dans le bassin qui, aux matinées fraîches d’août, se cachait à demi dans un nuage de fumée. La température de l’air a beau varier, celle de la source se maintient toujours à trente degrés.
J’ai goûté son eau si appétissante, et dont la mousse ressemble à celle de la plus belle bière.
Quant au goût, c’est si salé, si amer ! qu’il y aurait un moyen bien simple, ai-je pensé sur-le-champ, de rendre ou du moins de faire trouver, ce qui revient au même, l’eau de mer potable. Ce serait de faire boire d’abord aux gens quelques gorgées de ce Friedrich- Wilhelm. Après lui, l’eau de mer doit paraître douce et délicieuse.
Âu point de vue de la médication , peu importe son goût plus ou moins agréable, puisqu’on ne l’emploie pas en boisson.
On avait songé d’abord, quand on s’est vu riche de cette source, la plus belle et la plus récemment découverte, à l’installer — le jour où elle déménagerait de son pied à terre en bois — dans une sorte de tour en cristal, visible de tous les points du parc.
En d’autres termes, on l’aurait mise sous cloche, en compagnie de plantes des tropiques qui, réchauffées par le voisinage de la source, auraient prospéré comme chez elles ou auraient dit pourquoi.
On a renoncé à ce projet, et l’on a sagement fait. L’oiseau est plus beau en liberté que dans une cage, fût-elle de cristal; de même pour le Friedrich- Wilhelm.
J’apprends qu’en ce moment on lui creuse un bassin énorme qu’il partagera fraternellement avec son voisin le grand Sprudel, et j’applaudis de tout mon cœur. Ce bassin sera de forme ovale et élevé sur des voûtes maçonnées qui déjà sont terminées au moment où j’écris. Le bassin sera encadré de marbre noir ; on y arrivera par un double escalier; on en fera le tour sur un trottoir dallé de six pieds de large. Sur le bord du bassin doit être posée une balustrade en fonte ouvragée. Le bassin lui-même sera divisé en plusieurs zones, de manière à pouvoir donner des bains de différentes chaleurs, sans l’emploi de moyens artificiels pour réchauffer ou refroidir l’eau.
Le Frédéric-Guillaume donne par minute, — vous pouvez ajouter foi au calcul, ce n’est pas moi qui l’ai fait, — 50,000 pieds cubes d’eau salée et ICO, 000 pieds cubes de gaz.
Son eau a été analysée par MM. Àvénarius et le professeur Chalin. Voici le résultat des deux analyses :