L. 9UARRÉ, ÉDrTEUR
Crand'Plicc.
Nous devons à Monsieur le Chanoine Peyron, la communication de deux lettres encore inédites de R. Th. H. Laênnec. Pour remercier le bienveillant Archiviste de TËvdché de Quimper de sa généreuse confiance, nous crojrons bien faire d'en présenter le texte et le noble exemple aux lecteurs du Journal des Sciences médicales de Lille.
Ces lettres ont été adressées par Tillustre inventeur de l'auscultation à Mgr Dombideau de Crouseilhes, Evéque de Quimper et de Léon. Elles sont conservées aux archives de l'Evéché. — L'une n'est point datée ; mais une main étrangère y a inscrit la date de 1822, qui est presque exacte, puisque l'Ecole de médecine de Paris (ut licenciée à la fin de 1822 et réorganisée dès le commencement de 1823. — L'ordonnance royale de 1823, tant de fois controversée, fit entrer Laénnec à la Faculté de médecine de Paris, en lui attribuant l'une des quatre chaires de clinique médicale, celle de l'hôpital de la Charité.
Avant d'occuper cette chaire officielle, Laënnec donnait, à l'hôpital Necker, des cours libres de clinique médicale. Et les succès de son enseignement libre justifiaient son initiative» l'imposaient à l'attention du public médical de Paris, et provoquaient les encouragements bienveillants de quelques membres influents de l'Université et du Ministre lui-même.
Depuis le 25 août 1822, Laênnec occupait la chaire de médecine du collège de France et sa leçon d'ouverture avait été trouvée si perspicace et si judicieuse, qu'elle était devenue l'introduction des Archives générales de médecine y qui livraient alors leurs premiers cahiers à la publicité.
Pour apprécier Tétai des esprits à cette époque, il suffit de se rappeler ce qu'en disait Bouillaud. « Les salles de clinique de la Charité étaient depuis trois ans veuves, et veuves désolées, de leur immortel fondateur, Corvisart, — dont il n'appartenait à personne, pas môme à Laênnec, de faire oublier le grand nom ; — Corvisart, qu'un autre grand maître comme lui, le Corvisart de la clinique chirurgicale, Dupujtren, avait comparé au dieu même de la médecine, en parlant de ses magnifiques leçons cliniques. » (Discours de Quimper du 15 août 1868).
La biluation de Laênnec était donc difficile quand il prit possession de sa chaire : mais elle ne l'était pas moins par ailleurs
La suppression du Tancienne Faculté de médecine avait été un acte d*autorité ; les amis du gouvernement l'expliquaient ; mais l'opposition grossissait par le nombre des mécontents, des désillusionnés, des révoqués et de tout leur bruyant entourage.
C'est dans d'aussi délicates circonstances, que Laênnec « fit partie de la Commission chargée de l'organisation de la nouvelle Faculté, où il fut lui-même nommé professeur de clinique médicale, préférant cette chaire au titre le plus élevé de membre du Conseil royal de rinstruction publique, qu'on lui oflrit. On assure que plusieurs professeurs lui durent la conservation de leur chaire ; et son mérite lui avait assuré une très grande influence. » (Biographie universelle, ou dictionnaire historique par F. X. de Feller, Paris, 1834, Vil, 198). — Cette intervention du grand homme en faveur de plusieurs collègues menacés, et même déchus, concorde bien avec tout ce que l'on sait sur sa générosité, son zèle et sa charité.
Mais il n'est pas nécessaire de recourir aux témoins de son temps, pour connaître comment Laênnec appréciait les lourdes responsabilités qui incombent au professorat, même libre, et surtout à l'enseignement de la clinique. Sa correspondance montre à découvert la sincère modestie et la délicatesse de conscience de ce modèle trop peu connu.
« Depuis que je suis ici, (à Paris,) j'ai été forcé par mes amis » de me jeter de suite dans Tenseiguement de la médecine pra- » tique ; et quoique, à part mon service d'hôpital, je ne voye de » malades qu*en consultation, je ne laisse pas que d'avoir déjà » en ce genre autant d'occupation que ma santé m*en permet. » M. Halle, mon ancien maître, vient de m*en donner une nou- » velle, qui, tout honorable qu'elle est, ne laisse pas que de me » contrarier un peu. Il m'a fait nommer médecin de S. À. R. » Madame la duchesse de Berri, sans m'en rien dire, et sans » me donner le temps de consulter mes forces; il ne m'a » laissé que Talternative d'accepter, ou de lui donner, en » refusant, l'apparence de s'être avancé un peu légèrement.
y> J'ai pris le parti de lui donner preuve de bonne volonté et » je suis en fonctions. Quoique ma santé se soutienne assez bien » jusqu'ici à Paris, je doute cependant qu'elle devienne assez » robuste pour me permettre de conserver longtemps cette » charge, si elle m'obligeait à beaucoup d'assiduité, ou si elle » nuisait beaucoup à mon indépendance. Jusqu'à présent, au p reste, je ne puis fonder cette opinion que sur la coanais-
> sance que j'ai de moi-môme, car S. A. R. m'a témoigné
> qu'elle désirait que je m'arrangeasse de manière à ce que » mon service auprès d'elle ne contrariât pas mes autres occu- » pations. »
Cette simplicité de langage montre queLaénnec était bien connu de son entourage. Huilé, au moment de quitter sa charge auprès de la princesse, s'était bien gardé de consulter son ancien élève, dont il était devenu l'admirateur, bien plus que le protecteur.
Une charge à la Cour est une situation, dont il n'est pas facile de juger de notre temps.
Penonne n'eurail eu l'idée de s'en montrer dédaigneux ; personne, pas même Dupuylren à l'époque où il était parvenu à l'apugée de sa gloire.
La preuve en eat connue ; • Soub la Heatau ration, Dupuytren aspirait aussi aux honneurs de la Cour. Certes, il pouvait, sans témérité, supposer que aon nom illuslre suffirait pour assurer le succès de sa demande ; amis il était, parult-il, de ceux qui pensent qne, quand on vent réussir, il est bon de ne rien □ég'liger. II pria donc son ancien antagoniste de l'appujer près de la royale princesse. — LaSnnec eccep'a la mission et la remplit avec le pUia grand empreasemeut. * (de Sergaradec .
Il d'^ avait cependant pas en d'antagonisme véritable. Henri Roger a dit le mot juste : « Luënnec est, avec Dupujtren. son émule, un des fondateurs de l'anatomie pathologique en France. » M. le prof. V. Cornii , (de Paris) l'a récemment rappelé par la publication de son iatêressante plaquette, portant l'introduction et les premiers chapitres du traité d'anatomie pathologique de La€nnac demeuré inédit jusque là. Elève très favorisé de Corvisart, LaâU' Dec avait pris sous ce maître habile le goût des études nécroscopiqnea.
A p«ne reçu docteur, il ae livra avec ardeur à des recherches d'anatomie pathologique , bien que cette science fut alors peu et i I'H6piial Ijinntc, i Piris. et rcpro- mal cultivée en France. Dans le
duit dins 11 pUquettt de M. le prof, ni