SCÈNE III
nés justement; mais celui-ci n'a rien fait qui ne se dût faire, — A Jésus. Seigneur, souviens toi de moi quand tu seras venu dans ton royaume.
JÉSUS
En vérité Je te dis qu'aujourd'hui tu seras avec moi en paradis.
NicoDÈMfi à Caîphe.
Est-ce là le langage d'un blasphémateur?
CAÏPHE
C'est celui d'un fou qui se croit Dieu et que la mort même ne peut guérir de sa folie.
Quel mystère que cette assurance de la victoire au sein des défaillances du trépas !
SÉRAPION
La mort est pour lui, comme pour nous, l'entrée dan la vie bienheureuse; mais y introduire un étranger, un criminel, un brigand qui serepent, ce n'est pas d'un homme, c'est d'un Dieu.
PmLON.
Plus j'y réfléchis, moins je comprends une telle promesse dans la bouche d'un crucifié. Je ne sais en vérité de quelle école est sorti ce visionnaire. Il n'est certainement pas de sens rassis. Je me retire. — Il s'en vt.
xÉNOPHANE à EIjada.
Qu'est-ce que le paradis?
EUADA.
Le lieu de repos où vont les âmes des justes.
276 QUATRIÈMB JOURNÉE.
xÉNOPHÀNE à Stnbos.
Entends^ta ce mourant promettre à son compagnon d'infortune de le conduire ce soir encore aux champs Elysées ? C*est à n'en pas croire ses oreilles.
STRABON
J'observe et réfléchis.
JEAN, qui est retonnié yers les fenmes, à larie.
Venez avec moi au pied de la croix baigner ses pieds de vos larmes.
MARIE
Oh t que Siméon dans le temple me Tavait bien prédit ! Une épée me traosperce le cœur t Celui que j'osais à peine nonmier mon fils, que j'ai nourri de mon lait en l'adorant, que je pressais sur mon sein avec une tendresse mêlée de terreur, il meurt sous mes regards sans que je puisse essuyer la sueur de son front et le sang de ses blessures. Depuis sa tentation au désert, dans le silence des nuits, il me parlait, le cœur ému de compassion pour sa mère, de sa mort, et je le voyais traverser le Jourdain à pieds secs; de sa mort sur ce bois maudit, et je ne pouvais y croire. Comment aurais-jp cru qu'Israël livrerait aux Romains pour être crucifié, son Messie, le Fils du Très-Haut? J'ai tû pendant trois ans et le scandale de sa sortie de ce monde et le mystère de sa naissance. Je parlais de hii suivant les promesses de l'Ange ^ comme de mon enfant qui régnerait éternellement sur le trône de David. Mon cœur, où nul ne lisait, si ce n'est Dieu et mon fils, débordait de confusion et d'actions de grâces, d'espérances et d'angois-
» Luc I, 33.
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ses, de joie et de douleur. Et maintenant, Toilà le Fils de Dieu qui meurt comme un yil esclave du supplice le plus atroce ! Oh t jamais homme ne saura ce que cette épée m'a causé de douleurs. Ma souffrance est telle que je ne puis verser une larme. Omon Dieu, mon Dieu, aie pitié de lui !
JEAN
Marie, notre Seigneur ressuscitera le troisième jour.
MARIE
Mais en souffre-t-Jl moins pour cela à cette heure ?
lEAN.
n souffre, mais non pour lui.
BfARIE.
Je le sais.
JEAN
Venez donc vers la croix.
MARIE
Les sddats nous repousseront.
JEAN
Voyez le Centenier dont les yeux humides de larmes sont fixés sur le fils : il aura pitié de la mère.
Jean s'approche de la croix avec Marie^ que suivent sa sœur, Marie, femme de CJéopas, et Marie de Magdala,
JÉSUS à sa mère.
Femme, voilà ton fils, (A Jean) Voilà ta mère.
LES DÉMONS
Ses souffrances ont subitement doublé d'intensité. Hi t hi! hi! le Fils de Dieu qui va mourir de douleur entre deux brigands t
XÉNOPHANE
Ce jeuoe fanatique aime du moins sa mère. Malgré les maux qu'il endure, il lui témoigne une touchante sollicitude. — Strabon, approche-toi donc. — Vois, c'est une très belle tète; elle ne déparerait pas une statue d'Apollon. U y a sur son front et dans ses yeux une noblesse et une paix qui ne me laissent aucun doute sur son innocence. Il fallait bien tout le fanatisme des barbares • pour condamner à mort ce jeune homme. Le malheureux! tous ses traits se contractent. Il souffre cruellement . — Mais regarde donc attentivement le rocher calcaire dans lequel est fixée la croix : j'y distingue les mêmes empreintes de coquilles, de poissons et de plantes marines que celles qui m'avaient causé une telle surprise en Sicile vers le centre de l'île. Evidemment les eaux de la mer ont recouvert dans les temps antiques ce rocher, cette colline, Jérusalem et toute la Judée.
STRABON
Tu m'arraches à mes préoccupations présentes en abordant une des questions qui ont pour moi le plus vif intérêt. Sais-tu que je donne une explication tout autre que la tienne, de ces fossiles que j'ai observés en une foule d'endroits de FAsie-Mineure ? Je crois le niveau des océans invariable; ce sont les terres qui ont émergé du milieu des eaux et ont été soulevées à leur hauteur actuelle.
XÉNOPHANE
Tu me parais accorder au vieux Piuton une puissance qu'Homère ne lui connaissait pas. Mais je conviens que ton hypothèse est plus probable que la mienne. Quoi qu'il en soit, nous pouvons être certains que ces empreintes de poissons seront encore visibles dans quelques mille ans,