‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 121 sur 158 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

alors que nul Juif ne se souviendra de ce malheureux crucifié. La pensée de ces immenses cycles de destruction et de rénovation que parcourent les mondes, nous fait apparaître bienchétifs ces événements qui passionnent quelques instants les générations humaines. Les gens de bien périssent trop souvent victimes des méchants, et personne n'y prend garde^ au ciel ni sur la terre. . . Mais quels sont ces ténèbres qui tombent sur ce pays et nous enveloppent?

STRABON

Une éclipse à cette date du mois lunaire est impossible.

XÉNOPHANE

^ C'est le vent du désert qui lance sur Jérusalem ses épais tourbillons de sable.

STRABON

L'air est calme et les nuages sont immobiles.

XÉNOPHANE

Les nuages se seront épaissis et amoncelés.

STRABON

Mais ils n'ont pas changé d'aspect depuis ce matin.

XÉNOPHANE

Tu ne prétends pas cependant, mon cher Strabon, que ces ténèbres ont une cause surnaturelle?

STRABON

Au moins les causes que tu supposes, sont impossibles.

XÉNOPHANE

Peut-être. Mais si notre savoir a ses limites, au moins sommes-nous fermement convaincus que tout s'explique par les lois immuables du destin.

280 QUATHIÈBIE JOURNÉE.

RACHEL à KMid.

0 mon Dieu I je tremble de tous mes membres. Fuyons, Eldad, fuyons. Jéhorah s'apprête à yenger sur nous la mort de son Fils.

ELDAD.

Sois sans crainte, Rachel; Jean nous Ta dit: Dieu connaît les siens. Restons ici auprès du Prophète mourant.

XÉNOPHANE

Je crois vraiment que ces Juifs insensés voient un rapport quelconque entre ces ténèbres accidentelles et le supplice de leur thaumaturge ! Oh ! les esprits faibles, bornés, superstitieux!

STRABON

Xénophane, la nuit se fait de plus en plus sombre.

XÉNOPHANE

Mon cher Strabon, souviens- toi que tu es un des représentants de la science moderne. . . Si tes forces morales faiblissent; retirons-nous décemment, et ce soir encore, si tu veux, nous quitterons ce pays habité par le plus crédule, le plus méprisable de tous les peuples... Ahl dieux 1 la terre tremble... Cette colline est ensorcelée... Fuyons.

EUADA, le retenaot.

Xénophane, vous ne croyez pas en Dieu et vou3 croyez à la sorcellerie.

XENOPHANE.

Eljada, je vous en supplie, revenez avec nous à Béthanie.

EUADA.

Ma place est ici, la vôtre est ailleurs.

STRABON

Je reste, je veux étudier de près ce prodige.

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