‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 155 sur 158 · LA PERSONNE DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

LA PERSONNE DU SAUVEUR

C'est ainsi que rincarnation, que nous déclarons le plus insondable des mystères, nous donne le mot des plus grands problèmes de l'histoire, et que l'incompréhensible est la clef de la réalité.

Voici toutefois ce que j'imagine comprendre de ce mystère.

Le Verbe pouTait, tout Dieu qu'il est, se faire homme, parce qu'il est de toute éternité l'Image risible de son Père, l'Adam Qadmon, au milieu de l'innombrable société des Intelligences célestes (| 24). Il ne sortait donc pas de sa nature et de sa fonction en devenant limage visible de Dieu sur la terre et parmi les hommes.

D'ailleurs, la distance de l'homme au Verbe n'est point un infranchissable abîme, puisque Dieu nous a créés à sou image (| 26 a) et que le Verbe est son Image même.

Puis, ne dénaturons pas le fait. Le Verbe infini ne s'est point métamorphosé en un être fini. Ce que les panthéistes trouveraient fort simple, et ce qui nous semblerait une absurdité. C'est le moi divin qui a revêtu la nature humaine. Jésus-Christ est dans toute la plénitude des deux mots Dieu et homme. Chacune de ses pensées , de ses paroles et de ses œuvres est à la fois aussi bien divine qu'humaine, humaine que divine. Ni docétisme, ni ébionisme; mais théanthropisme.

Ceci est d'une immense importance dans la question de la rédemption. Les souffrances du Verbe incarné, finies en tant que celles de l'homme, deviennent infinies comme étant celles du Dieu, et, si sa vie humaine a été d'une absolue sainteté, sa mort doit avoir été pareillement une

mort idéale et parfaite, la mort d'un Dieu. Or, comme la mort est la peine du péché, la mort divine est la plus ^uvantable qu on puisse imaginer.

Jésus-Christ étant Dieu, malgré sa xevioatç, le sentiment <lominant chez lui est celui de sa divinité. < Il n'a pas honte de nous nommer ses frères. • ^

Nous devons voir en lui, durant son ministère, non un homme qui s'élève à la divinité, mais un Dieu qui s'ahaisse à l'humanité et qui à chaque instant aurait pu s'écrier : « 0 race incrédule et perverse t jasques à quand serai-je avec vous? jusques à quand vous supporterai-je?>^

Je me sais sur ce point en opposition ouverte avec la presque totalité des théologiens croyants. Ils me paraissent méconnaître la révolution spirituelle qui s'est opérée en Jésus-Christ quand fa plénitude de l'Esprit saint s'est épanchée en lui au Jourdain. A ce moment-là, la conscience de sa divinité, qu'au reste il possédait déjà plus ou moins distincte à douze ans, a acquis un degré infini de clarté et de puissance.

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