‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 157 sur 158 · LA THÉORIE RATIONALISTE · texte numérisé non relu

LA THÉORIE RATIONALISTE

tance, et l'accès à son trône de grâce était tout grand ouvert à chacun! » Jésus-Christ aurait donc simplement fait connaître à la terre la grande miséricorde de Dieu et dissipé ainsi un fâcheux malentendu.

« Dieu est tout amour ! » Mais retranchez donc de la Bible tout rAncien Testament où Moïse, les historiens, les psalmistes, les prophètes nous révèlent d'une seule voix la colère de Dieu contre le genre humain , contre les peuples, contre les individus.

Ayez le courage de Marcion et déclarez hautement que Jéhovah est une espèce de Satan, tandis que Jésus-Christ déclare qu'il ne sera pas effacé un trait de lettre du texte de la Loi.

Puis retranchez tout le Nouveau Testament ; car il y est à chaque page question de pardon, et le pardon suppose un offensé qui s'était irrité et qui s'est apaisé.

« Votre Dieu ne s'irrite point, » disait Tertuliien à Marcion ; « comment pourra-t-il maintenir l'ordre et réprimer le mal ? En vain parle-t-il des lois, s'il ne les fait pas observer; en vain défend-il de commettre le crime, s'il ne le punit point quand il est commis. Peut-il voir faire ce qu'il ne veut point, sans en être offensé? en être offensé sans se mettre en colère? se mettre en colère sans se venger ? Ou si le crime se commet contre sa volonté sans le choquer, il n'est pas contre sa volonté. Sa bonté est une faiblesse, son amour de l'ordre un fantôme, ses lois sont sans force. Dieu n'est même pas parfaitement bon, s'il ne hait le mal ; c'est en exterminant le vice qu'il met à couvert la vertu. La bonté que vous attribuez à Dieu, est une bonté stupide, injuste, déraisonnable, une bouté chiméri-

que, et qui aurait les plus funestes suites, si elle existait réellement. »

Notre siècle est malade de philanthropie. Il se croit charitable et bon, et il n'est que flasque et mou. Le sens du divin s'émousse en lui ; il prend le vague pour l'infini. La cotte mal taillée a pour lui plus de charmes qu'un compte rigoureusement exact. Le second siècle n'avait produit qu'un Marcion ; les Marcions pullulent dans le nôtre. Leur bon Dieu n'est pas plus celui de l'Alliance de grâce que celui de la Loi. Le dogme même des peines éternelles a pour auteur Jésus-Christ. Au moins le Sauveur l'a-t-il mis en pleine lumière.

« Notre repentance suffît pour obtenir de Dieu notre par. don et nous réintégrer en plein dans l'amour du Dieu très saint! »

Que vaut-elle ? Ce que vaut notre âme elle-même, qui est tout entière corrompue par le péché, et qui ne voit distinctement, ne sent profondément ni l'idéale sainteté de la loi, ni l'odieux de la transgression. Notre repentance s'arrête au point où elle nous causerait de trop vives douleurs ; elle est molle, lâche, superficielle, passagère. Pour être parfaite, elle devrait être celle d'un être parfait, intègre, non déchu. Mais l'être qui n'a pas failli, ne peut pas non plus se repentir. Ainsi la seule repentance qui pût être suffisante, est impossible, et la seule repentance possible est insuffisante.

D'ailleurs, la repentance insuffisante des fautes passées ne peut être une suffisante garantie d'un avenir exempt de rechutes.

Pleurer ses fautes, y retomber, s'en lamenter pour pécher encore et toujours, est une insulte faite à la justice.

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qui ne peut consentir au pardon qu'à la condition que désormais on observera strictement ses lois. Mais le pécheur, que sa nature primitive, saine et pure, n'a pas mis à Tabri d'une première faute, ne peut dans sa nature souillée trouver contre la tentation une force invincible. Sa conversion sera donc, comme sa repentance, incomplète et insufllsante.

Il y a plus : cette théorie de la grâce accordée au seul repentir est en contradiction avec les plus puissants instincts de notre âme (p. 387). Platon l'avait déjà fait observer : on a vu le meurtrier forcé par ses remords à offrir sa tète à la hache du bourreau. L'assassin, qui dans sa prison a versé devant Dieu des torrents de larmes amères sur ses crimes, monte-t-il sur Téchafaud avec le sentiment que c'est une révoltante injustice de faire ainsi périr un homme purifié par sa conversion? A l'autre extrémité de l'échelle des peines, l'enfant désobéissant qui reconnaît sa faute, trouve-t-il barbare que sa mère ne lui promette le baiser du pardon qu'après qu'il aura été fouetté ?

Se rend-on d'ailleurs bien compte je ne dis pas seulement de la justice divine, mais de la corruption humaine, quand on prétend que la repentance seule assure à l'homme sa grâce? Qu'on promène ses regards sur la face de notre globe, qu'on feuillette les annales du genre humain de la première page à la dernière : ne sera-t-on pas épouvanté des flots de sang qui ont inondé la terre depuis le fratricide de Gain jusques aux guerres récentes, et de tous les péchés de la chair, de l'àme et de l'esprit qui les souillent ? Et cette race serait mise en possession de la félicité et de la gloire des cieux pour avoir confessé à Dieu sa corruption et exprimé le désir de changer de vie ! Mais, tout intéressés que nous sommes à trouver en Dieu un maître dé-

bonnaire, nous serions nous-mêmes surpris d'en être quittes à si bon marché. Les races honnêtes et pieuses se demanderaient si Dieu prend au sérieux la loi morale et les peines qui la sanctionnent. Les fondements du monde de la liberté seraient ébranlés , renversés, et notre soi-disant réconciliation avec Dieu causerait un scandale universel (v. p. 77).

< La mission de Jésus-Christ était d'apprendre aux hommes qu'il n'y avait en Dieu nul sentiment de colère contre eux. »

Il valait en vérité bien la peine que le Verbe s'incarnât et mourût pour apporter du ciel à la terre un message dont se serait tout aussi bien acquitté en peu de jours le dernier des anges ou un Jean -Baptiste?

Chacun sait d'ailleurs que la pensée de la colère ou de la justice de Dieu a fait de siècle en siècle le tourment du genre humain, et que la certitude que Dieu n'est qu'amour, aurait été pour tous les hommes un immense soulagement. Nous sommes donc en droit de dire que l'Eternel aurait bien dû, d'Abraham à Halachie, ne pas confirmer les Hébreux dans une telle erreur en leur parlant sans cesse de sa colère y de son courroux, de son indignation ; que ces mêmes mots qui se retrouvent dans les écrits dés apôtres, accusent ces témoins du Christ de n'avoir point compris la grande pensée de Dieu , et que leur Maître a commis la faute irréparable de n'avoir pas une seule fois attaqué de front ce déplorable malentendu, tandis que Ton citerait de lui cent paroles qui en font un article de foi.

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