‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 23 sur 158 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

remettrait aujourd'hui toute sa ooulpe que demain elle se reproduirait tout aussi lourde. Elle va même s*accroissant avec les siècles; chaque génération est pire que celles qui Font précédée et l'humanité mûrit pour les supplices réservés au diable et à ses anges. Dieu ne pourrait donc, sans se renier lui-même, la réadmettre dans son amour par un simple pardon.

S'il en agissait ainsi, tout Funivers se dresserait contre lui, saisi d'un indicible étonnement.

D'un bout des hauts cieux à l'autre, les anges, accourant en foule devant le trône, s'écrieraient : « Eternel ! qu'as-tu fait? qu'as- tu fait? Les lois de Funivers que tu nous as imposées, ont-elles cessé d'exister pour toi ? Tu dispenses de la peine les coupables, tu combles de tes dons les criminels? »

Dans le monde des astres, les puissances de la nature seraient elles-mêmes ébranlées; les étoiles suspendraient leur course dans leurs orbites, et leurs habitants se diraient les uns aux autres : « Dieu devient moins sévère que notre conscience ; son indulgente bonté nous dispense de le craindre; mangeons, buvons et réjouissons-nous, l'enfer est supprimé. »

Du fond du ténébreux abime s'élancerait le vieux Lucifer, qui appellerait de tous les déserts de la terre ses légions de démons, et, s'approchant avec insolence du trône de Féternelle Majesté: «Seigneur, dirait-il, tu ouvres les portes des cieux aux hommes, mes sujets ; de quel droit refuserais-tu la même faveur à leur Maître, Satan, ton serviteur?»

Si la loi de l'immuable justice ne régissait plus l'univers, si la souffrance ne s'attachait plus aux pas de la faute, si le criminel pouvait reprendre sa place dans le ciel sans

subir de châtiment, mieux vaudrait pour nous tous le néant que de vivre sous un maître qui se contredirait luimême, appelant tour à tour le mal bien, le bien mal, et qui n'aurait d'autre règle de ses actes que d'inintelligibles caprices. Comprenez- vous maintenant, vous tous qui m'écoutez, comment Dieu ne peut pardonner aux hommes leurs péchés qu'en ne portant pas la moindre atteinte aux lois inflexibles de sa justice?

HANANÉEL.

De toute éternité, à la vue de cette race d'Adam plus malheureuse encore quecriminelle, l'amour infini s'est enflammé et a fait déborder la grâce sur ces victimes du grand Tentateur. En même temps la sagesse s'est ingéniée à trouver un salut qui fît droit à la justice et à la sainteté, et elle a décrété la mort du Fils de Dieu.

Il faut pour expier la coulpe des créatures les souffrances d'un Dieu ; il faut pour les purifier de leurs souillures la vie, le sang d'un Dieu. Il faut le sang et les souffrances d'un Dieu pour que descende des cieux sur les pécheurs graciés, l'Esprit saint qui rend la vie à ce que le péché a tué, et qui créera à frais nouveaux l'humanité morte dans ses péchés.

LE PREMIER ANGE

Nous adorons en silence les décrets de notre Dieu.

MICAEL.

Ils vont s'exécuter sous nos regards et nous en admirerons en commun les mystères. Mais silence ! A cet instant où le soleil levant éclaire de ses premiers rayons la maison de Lazare, écoutez la prière que le Fils fait monter vers son Père !

Page 1