‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 27 sur 158 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Que TOUS soyez* témoins de mon triomphe.

SAMMAEL.

Quoit la lutte à peine commencée toucherait déjà à son dénouement !

SATAN

Quatre ans ne sont pas écoulés depuis qu'au désert j'usai en vain de toutes les ressources de mon génie pour le tenter, et voici le jour de ma revanche I

SAMMAEL.

Par quel prodige de sagesse as-tu hâté à ce point la journée décisive?

SATAN

Ma sagesse eût échoué : sa folie a tout fait.

SAMMAEL.

La folie du Verbe éternel?

SATAN

C'est sa divinité même qui le perd. Un simple homme, un Esaïe, un Socrate, parlent de ce qu'ils appellent vertu et vice, mensonge et vérité, justice divine. Us ennuient, mais on les laisse dire. Ce n'est qu'après de longues anaées de leurs fatigants discours que l'on s'impatiente et qu'on les fait mourir tout vieux et cassés. Mais lui, a fait briller en plein sa lumière sur un monde qui adore mes ténèbres, et les grands qu'il ne ménageait pas, ont bientôt juré sa mort. Il va périr misérablementà trente-trois ans.

SAMMAEL.

Périr t mais les hommes, ni nous-mêmes n'avons aucun pouvoir sur lui !

Sans doute. Je Tai vu, plus d'une fols, se dégager des mains de ceux qui allaient le précipiter d'un rocher ou le lapider. Celui qui ressuscite les morts, pourrait sans peine sauver sa propre vie. Aussi ne suis-je certain de son trépas que parce qu'il Fa prédit à ses disciples.

SAMMAEL.

Je ne puis comprendre pour quels motifs il consent à mourir. C'est se perdre soi-même et assurer la victoire à ses ennemis t

SATAN

Je ne saurais te dire quelles difficultés je rencontre à deviner ses pensées. Quand je crois en avoir saisi le fil, il se brise tout à coup dans mes mains. Mon unique ressource est de supposer qu'il va faire et dire le contraire de ce que j'aurais dit et fait à sa place.

SAMMAEL.

Mais encore conunent t'expliques-tu cette mort volontaire?

SATAN

Je ne le pourrais qu'elle n'en serait pas moins certaine; je crois pourtant m'en être rendu compte. Nou$ savons assez qu'en Dieu tout est infini, et que dans ses colères comme dans ses faveurs il ne fait rien à demi. Ayant pris la nature humaine, ce Dieu là se sera cru obligé d'être en tout semblable à ses frères. Tous ils meurent : il mourra comme eux.

SAMBCAEL.

Mourir, . quand il pourrait d'un mot nous faire rentrer dans le i^éantl

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