‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 37 sur 158 · DE NOMBREUSES VOIX DANS LA FOULE · texte numérisé non relu

DE NOMBREUSES VOIX DANS LA FOULE

A Dieu ne plaise 1

ELDAD.

Ces malédictions me remplissent d'eflroi; elles pèsent

sur nos tètes comme les sombres nuées qui, ce matin, se sont abaissées sur Jérusalem.

JêrusalenLj Jérusalem qui tues les prophètes, et qui lapides ceux qui te sont envoyés ! combien de fois ai'je voulu rassembler tes enfants comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes,., et vous ne Vavez pas voulu !

Voici, votre demeure va devenir déserte.

Or, je vous dis que désormais votM ne me verres plus jusqu'à ce que vous disiez : c Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

JAHIR.

Mais c'est précisément en ces termes que nous l'avons

acclamé avant-hier! Qu'exige-t-il d'autre de nous?

JOKSAN.

Oh ! Prophète maudit ! Que tes malédictions retombent sur toi et tes sectaires !

JAHIR.

Et il descend du parvis sans nous dire un mot de son prochain triomphe sur nos ennemis et nos oppresseurs?

SLIAB à PhiloD.

Ces foules qui ce matin avaient accouru joyeuses dans le temple, sont abattues et consternées. Elles vénèrent et aiment trop les Pharisiens pour rompre avec eux et ne peuvent que protester contre de telles menaces.

SATAN à Sammaél.

Il s Qntend non moins bien à rejeter loin de lui les multitudes qui lui assuraient la victoire, qu'à décourager ses

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disciples et qu'à irriter ses eanemis t II fait notre œuvre ; il est lui-même l'auteur de sa ruiae!

Jésus, suivi d'une foule immense, descend dans le parvis des femmes et s'arrête longtemps, assis vis-à^is des treize troncs dans lesquels le peuple déposait ses dons en argent pour le temple et le culte divin.

Eliab et Philon, qui ont suivi Jésus, descendent du parvis des femmes dans celui des Gentils. Mnésithée, Sérapion et Gustasp les attendent avec impatience au bas de l'escaUer à droite.

^ ELIAB à Inésilhée.

A mon grand regret, mon cher Mnésithée, je n'ai pu trouver personne qui connût assez intimement le Prophète pour vous présenter à lui au moment où il sortira du temple et traversera ce dernier parvis.

Vous aviez redoublé mon désir de le voir en venant, avec votre bonté ordinaire, aux heures du sacrifice, me raconter et m'expliquer ses discours.

PHILOXÈNE

Votre désir est le mien et je n'ai point renoncé à l'espoir de le satisfaire. Je suis comme vous un prosélyte de la porte qui n'ose franchir les redoutables barrières de ce parvis. Mais je connais personnellement un des douze disciples de Jésus. Peut-être nous serait-il possible jl'obtenir par son intermédiaire que son Maître vînt à nous.

Philon.

Je suis prêt, si vous le désirez, i, aller chercher votre ami.

iî6 PREMIÈRB JOURNÉE.

PHIfX>XÈNE.

J'accepte avec empressement votre offre obligeante. Son nom est Philippe ; le mien est Philoxène, de Gamala.

Philon.

De Gamala! de cette ville située près de la rive orientale du lac de Tibériade !

PHILOXÈNÊ.

Le commerce qui étend de toutes parts son réseau , a depuis plusieurs générations dispersé notre famille, issue de rionie, à Tyr, à Damas, à Gadara et enfin à Gamala. Je me suis trouvé fréquemment en relation avec les pécheurs de Bethsaïda et tout spécialement avec le père de Philippe.

PHILON

Indiquez-moi quel est celui de ses disciples qui se nomme Philippe.

PHILOXÈNE

C'est le plus jeune de tous; à son profil et à sa longue chevelure, on le prendrait pour un Hellène...

PHILON

Celui que j*ai vu depuis trois jours se tenir constamment aux côtés de son Maître ?

PHILOXÈNE

Non; celui-là s'appelle Jean; il était, comme Philippe, pêcheur de Bethsaïda. On' le compare à l'aigle pour sa merveilleuse intelligence des choses divines. Son nom signifie la grâce de l'Eternel, Si Dieu lui avait accordé la grâce de naître à Athènes, il aurait certainement éclipsé notre Platon.

PHILON

Il y a dans son regard une pureté d'âme, une lucidité

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d*esprit, une profondeur de sentiment vraiment admirables. Et TOUS dites qu'il est un simple pécheur, ua homme illettré?

PHILOXÈNB.

Il n'a certainement jamais lu d'autres livres que ceux de Moïse et de vos prophètes. Mais Yoîlà Philippe qui se détache de ses amis et se dirige à notre droite.

PHILON

Je vais l'appeler. — Il reotre dans le parvis intérienr et va ven Pkilippe.

PHILON à Philippe.

Un Grec de Gamala, Philoxène, qui se dit rotre ami, désire tous parler. Le voilà près de la porte dans le parvis des Gentils.

Pendant que Philippe descend vers- Philoxène, revieni vers le groupe des ÂpôtreSvprend à part André et fait k Jésus-Christ le message des ôrecs, Philon s*entretient avec Jean.

PHILON à Jeao.

Puis-je m'entretenir quelques instants avec vous en particulier? — Jean le suit. — Vous êtes Jean, le disciple bien-aimé du Prophète de Nazareth?

JEAN

Le Seigneur honore de son amitié, d'entre tous ses disciples, Pierre, Jacques mon frère et moi. Votre nom est...

PHILON

Philon d'Alexandrie.

H8 PREMljrâlE lOimNÉB.

lEAN.

Le bruit de vôtre renommée est parvenu jusque dans notre bourgade.

PHILON

Votre Maître a sans doute étudié les écrits de Platon ?

JEAN

Il ne les a pas lus ; mais il connaît d'autant mieux nos Saints Livres; on dirait qu'il en est à lui seul l'auteur inspiré.

PHILON

Quoi! il prétend donner an monde une religion nouvelle, et il dédaigne la sagesse des Hellènes t

JEAN

Il est l'accomplissement de la loi et des prophètes.

PHILON

Mais nos Livres ne nous donnent pas la solution des grands problèmes de la métaphysique. Aussi votre Prophète, que je n'ai pas quitté depuis trois jours, m'a paru éviter toutes les questions ardues et se borner à donner de saines règles de conduite.

JEAN

Notre Seigneur est le Messie annoncé à nos pères.

PHILON

Vous faites erreur: le Messie, s'il e^t un homme, ne peut être qu'un héros qui domptera les nations, et ne sera point un sage qui leur enseignera la morale.

JEAN

En effet, s'il était un philosophe, il n'aurait pas choisi pour ses disciples des pécheurs, des péagers, des hommes illettrés comme nous le sommes tous.

SCiNB II. 119

PHILON

Que voulez-vous dire?

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