‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 4 sur 158 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

STRÂBON, xÉNOPHANE^ PÉNESTE, sYRus qui vieuDeDl de Jéricho,

approchent de Béthanie.

Strabon.

Dans œtte Judée tout m^étonne, la nature non moins que le peuple. Partout ailleurs, les fleuves fertilisent les contrées qu'ils arrosent et attirent sur leurs rives de nombreux habitants. Ici, ce Jourdain, dont nous avons suivi le cours, précipite ses eaux inutiles dans une profonde vallée qui est un vrai désert.

Xénophane.

Et quel fleuve sur la terre entière donne une aussi fidèle image de la vie humaine f II a son berceau dans une grotte enchantée au milieu des bosquets et des fleurs. Il étale ses jeunes ondes dans le splendide bassin du lac de Tibériade, et n'est qu'amour, paix et joie. Puis la contrée qu'il traverse, devient solitaire, monotone, aride, désolée; ses flots s'accélèrent comme nos années, et son tombeau est une mer Morte. . .

Pénbste.

...d'où l'âme s'élance vers le ciel.

Xénophane.

Mon bon Péneste, un esclave prétendraiMl connaître les mystères du sépulcre mieux que ne le font les hommes libres et les philosophes?

Péneste.

Maître, laissez au moins aux malheureux l'espérance d'une vie meilleure.

Xénophane.

Ai-je été pour toi un maître dur et cruel ?

Péneste.

Mon sort a été plus doux, j'en rends grâces aux dieux, que celui de beaucoup d'autres. Mais je ne suis qu'un esclave, et pourtant je vous avai? vu naître et je vous ai aimé comme mon enfant. Vous m'aviez remis le soin d'élever vos fils : je les ai formés de mpn mieux à la vertu. Lorsque j'assistais, muet, à vos entretiens avec vos disciples, à vos discujSsioDs avec V03 rivaux, je suivais sans peine le fil de vos raisonnements. Pendant toute ma vie, j'ai pensé, agi, aimé, comme un homme libre, et. j'attends des dieux qu'ils m'affranchissent à la mort.

Xénophane.

Péneste, la vieillesse te rend disert. Peut-être trouverastu, aux Champs Elysées, une place d'honneur auprès de Socrate !

Péijteste.

Vous ne croyez pas, je le sais, aux Champs Elysées ni au Tartare.

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